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A. (Adolphe) Granier de Cassagnac.

Histoire des Girondins et des massacres de septembre d'après les documents officiels et inédits, accompagnée de plusieurs fac-similé (Volume 2)

. (page 1 of 30)

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HISTOIRE



DES



GIRONDINS



EX DES



MASSACRES DE SEPTEMBRE



II



Paris.- Iinprime chez Bonaventure et Ducessois,
55, quai des Augustiiis.



HISTOIRE

DES



GIRONDINS



E T DES



MASSACRES DE SEPTEMBRE

D'APRES LES DOCUMENTS OFFICIELS ET INEDITS



PAR



M. A. GRANIER DE CASSAGNAC

DKPUTE An CORPS LEGISLATIF, MEMBRE DO CONSEIL GENERAL DV GERS



TOME SECOND

Deuxioine edition.



T^^^^^r^




I - 1 1



PARIS

E. DENTU, EDITEUR

LIBRAIRE DE LA SOCIETE DES GENS DE LETTRES

Palaid-Royal, i:j, galerie d'Orleans.

1860

Reserve de tous droits.



1 • •



« ■ • •












/r3

LIVRE QUATORZIEME

DICTATURE DE LA COMMUNE DE PARIS.-ELLE IMAGINE
ET RESOUT LES MASSACRES.

Origine de I'organisation de la. Commune de Paris. — Change-
ments que la Revolution y apporta. — EUe usurpe tous les
pouvoirs a la chute de Louis XVL — Insolence de sa dictature.
— Elle suspend le tribunal revolutionnaire du 17 aout. —
Operations de ce tribunal. — Le bourreau se tue. — Emotion
du peuple aux premiers supplices. — Les massacres sont reso-
lus. — But des massacres de septembre. — Explications qu'en
donnent leurs apologistes. — Opinions de Robespierre, de
Petion, de Collot d'Herbois, de Barrere, de Marat. — lis furent
un acte politique et prem^dite. — Preuves. — Petit nombre des
tueurs. — lis ne sont que 187.— Ceux qui ont resolu ces mas-
sacres avaient fait sortir leurs amis des prisons. — Precautions
qui annoncent les massacres.



I



Tant que Louis XVI resla sur le tr6ne, les Assem-
blees deliberantes furent I'un des grands pouvoirs
de I'Etat, et le plus grand de tous. Le jour ou
Louis XYr fut renverse, non-seulement I'Assemblee
legislative n'herita point de sa part de puissance,
mais elle perdit la sienne propre ; et elle ne fut plus
qu'une machine 4 decrets, fonclionnant sous la pres-
sion de la Commune de Paris.

T. II. 1



- 2 —

Quelles etaient I'origine, Torganisation, les fonc-
tions de celte celebre et redoutable Commune, qui
fut, du 10 aout 1792 au 9 thermidor an II (27 juillet
1794), le foyer de I'activite revolutionnaire et le
point d'appui du gou\ernement de la Convention?

La Commune de Paris etait, sous un autre nom,
ce qu'avait ete avant la Revolution rH6tel de ville
ou rEclievinage.

Dans I'ancienne organisation de la France, les
Mairies, Echevinages ou H6tels de ville etaient de
veritables seigneuries, ayant, comme les seigneuries
ecclesiastiques et lalques, une juridiction qui com-
prenait la haute, la moyenne et la basse justice,
c'est-^-dire une juridiction en matiere criminelle,
civile et de simple police.

Yers le milieu du xvi^ siecle, une ecole de juristes
ayant fait prevaloir I'opinion que toutes les justices
seigneuriales etaient un demembrement et une usur-
pation de I'antique autorite royale, Charles IX, con-
seille par Michel de I'llospital, rendit, en 1566, la
celebre ordonnance de Moulins, qui retira, par I'ar-
ticle 71, aux maires, echevins, consuls et capitouls,
la connaissance des instances civiles, et ne leur laissa
que la juridiction en matiere criminelle et en matiere
de police.

Neanmoins un grand hombre d'Echevinages et
d'Hotels de ville resisterent a I'ordoimance de Mou-
lins, allegiiant et prouvant que leur juridiction ci-



vile, loin d'etre une usurpation sur I'autorite royale,
etait de plusieurs siecles anterieure t\ I'etablissement
de la monarchie, et remontait a I'epoque de I'admi-
nistration romaine. De ce nombre furent les Hotels
de ville de Reims, de Boulogne, de Calais , de La
Roclielle, de Bourges et de Toulouse. Un grand
nombre de villes, appartenant k des provinces qui
n'etaient pas encore reunies 4 la couronne, comme

r

la Flandre, la Lorraine, les Etats de la maison de
Beam , echapperent h I'application de I'ordonnance
de Moulins et gard^rent, dans les Coutumes, le nom
de villes de lot.

II y avait done, au moment de la Revolution, un
tres-grand nombre d'Echevinages possedant leur
justice seigneuriale complete. On peut citer parmi
eux Wissant, Marqueterre , Saint-Omer, Aire, Lens
et Hesdin, au nord ; Strasbourg, Befort, Brissac,
Haguenau, Munster, Scbelestadt, k Test ; Chctteau-
neuf, Issoudun, et en general toules les munici-
palites du Berri et du Bourbonnais, au centre ; les
jurades de la Guyenne, du Beam et la Navarre,
c\ I'ouest et au midi ^

L'Hdtel de ville de Paris fut traits encore plus

1 Couhimes de Calais, art. 1; — de Wissant, art. 1;— de M~arQ_ue
terre, art. 5; — de Saint-Omer, art. 1;— d'Aire, art. 1; — de Lens,
art. 36;— de Hesdin, art. 1; — de Chateauneuf, tit. Ill, art. 23, 24;
— du Bourbonnais, art. 1, 2, 3,4; — BoulainviWieTs , Etat de la
France, t. IV, p. 404;— t. VII, p. 120 ;— Remontrances du Par-
leinent de Paris centre I'etablissement de la Cour pleniere,
I'j juin 1788. — [Introduction au Moniteur, p. 34y).



4 —



dureraent que les autres : ind^pendamment de la
juridiction civile, qu'il perdit par le fait de I'ordon-
nance deMoulins, il perdit encore la juridiction
criminelle, ahsorbee par le pr6v6t de la Yicomte de
Paris, represents, au moment de la Revolution, par
le lieutenant civil, seant au Chcitelet, de telle sorte
que rH6tel de ville de Paris, considere comme tri-
bunal, n'avait plus, en 1789, que la juridiction en
mati^re de police.

En meme temps qu'il etait un tribunal, rH6tel de
ville de Paris etait une administration, comprenant
les subsistances, les domaines de la ville, les eta-
blissements de travaux publics.

Enfm rH6tel de ville de Paris (^tait encore, et
specialement , une grande institution linanciere.
Lorsque se formerent, sous Francois P'", les pre-
miers Elements du credit public, les emprunts de
I'Etat furent faits par I'intermediaire de I'Hdtel de
ville, sous sa garantie et par son administration.
Tout ce qui concernait la dette publique : rentes
perpetuelles, rentes viageres, pensions sur I'Etat, se
reglait et se pay ait non a rh6tel des finances et par
les soins du contr6leur general, mais ^ I'Hotel de
ville, par trente payeurs et quarante-trois contr6-
leurs*.

Au point de vue administratif, I'Hotel de ville de

1 Almanack royal de 1789, p. 452, 453,



Paris comprenait, aii moment de la Revohilion : un
prevdt des marchands, nomme par le roi, pour deux
annexes ; sept eclievins, dix conseillers, seize quarti-
niers, soixante-quatre cinquanteniers et deux cent
cinquante-six dizainiers\

Au point de vue judiciaire, le prev6t des mar-
chands faisait fonctions de president ; et sur les sept
echevins, quatre faisaient fonctions de juges, un
faisait fonctions de procureiir du roi, un autre faisait
fonctions de greffier, le septieme etait tresorier. Le
tribunal tenait ses audiences k rH6tel de ville,
le mardi et le vendredi, de dix heures k midi ; et il
connaissait des poids et mesures, des impositions de
la ville, des octrois, des marches, des domaines mu-
nicipaux, de la voirie, des ports et de la police des
quais. Ce tribunal avait sa ge6\e, comme toutes les
juridictions du royaume.

La Revolution trouva I'HAtel de ville de Paris
en r^tat dont nous venons d'indiquer les traits prin-
cipaux. Elle n'y changea rien d'essentiel. L'admi-
nistration financiere persista el fonctionna, jusqu'ol
I'etablissement regulier du grand-livre de la dette
publique; Fadministration proprement dite ne fit
que s'etendre; et, quant au tribunal, il persista jus-
qu'^la destruction de la Commune de Paris et k I'e-
tablissement des douze mairies.

1 Almanack royal de 1789, p. 136,



— 6 —

Qnelqnes noms furent changes; le prev6t des mar-
chands prit le nom de maire de Paris; les echevins,
quartiniers, cinquanteniers et dizainiers s'appelerent
officiers municipaux, et le procureur du roi s'appela
procureur de la Commune jusqii'4 la revolution du
31 raai 1793, qui lui fit donner le nom d'agent na-
tional.

Au moment ou nous sommes de I'histoire de la
Revolution, Petion 6tait maire de Paris, Manuel etait
procureur de la Commune, et Billaud-Varennes son
substitut. On sait que la Commune insurrectionnelle
du 10 aoiit les maintint dans leurs fonctions.

Deux circonstances contribuerent k. donner k la
Commune de Paris la terrible influence qu'elle usurpa
le 10 aout : la publicite des seances de son Conseil
general, et la formation de son Comite de police et
de surveillance.

II y avait dans la Commune, telle qu'on I'avait
organisee depuis la Pievoluiion, trois corps distincts :
le bureau municipal, compose de seize administra-
teurs ; le Conseil municipal, compose de trente-deux
officiers municipaux et de quatre-vingt-seize nota-
bles, et le Conseil general de la Commune, compose
de ces cent quarante-quatre officiers, reunis sous la
presidence du maire. Ce Conseil general fut, a partir
du 10 aoiit, une Convention au petit pied: ses seances
etaient publiques et permanentes ; le public y assis-
tant dans des tribunes ouvertes a tous venants , et



c'est 1^ que parurent les premieres tricotenses, me-
geres accouriies des quartiers populeux avoisinant
riTotel de ville, et qui ravaudaient ou tricotaient des
bus dans les tribunes, pendant les discussions ora-
geuses du Conseil general. Marat avait un bureau
dans la salle et il fut le journaliste officiel de la
Commune jusqu'd sa mort '.

L'organisation speciale de la Commune de Paris
lui donnaitdes attributions immenses; elle avait la
pleine et entiere disposition de la force armee, dans
I'etendue du departement , et Faction de sa police
n'avait pas de bornes. Ainsi, on verra la Commune
de Paris executer des operations considerables, et a
main armee, j usque dans les departements voisins :
k Saint-Germain-en-Laye, a Chantilly et meme k
Orleans.

II est indispensable , pour I'intelligence do ces
operations de la Commune, d'avoir une idee exacte
de la iopogTaphie des diverses divisions dont elle se
composait : ainsi la division des subsistances siegeait
rue de Vendome, au Marais, et la division des eta-
blissements publics, rue Vieille-du-Temple; les
payeurs de rentes continuaient d'avoir leur domicile
dans tons les quartiers de la ville ^. La police, la



1 A la seance du 23 aout, le Conseil general arrela qu'une
tribune dans la salle serait menagee pour M. Marat, lequel fut
charge de rediger un journal des arrotes et de ce qui se passait
h la Commune. [Proces-verhaux, Seance du 23 aout 1792.)

^Almanack national Je 1793, p. 415, 416, 417.



mairie , et leiirs bureaux , avaient leur siege, non
point k rH6tel de ville, comme on pourrait le croire,
mais k rh6tel du maire, qui fut, depuis le mois de
juillet 1789 jusqu'au mois d'avril 1792, Fancien
h6tel du lieutenant de police, ou I'hdtel recemment
abattu du ministere des affaires etrangeres, rue
Neuve-des-Capucines ; et qui etait, k I'epoque du 10
aout, I'ancien h6tel des premiers presidents du Par-
lement, ou TiiAtel actuel de la Prefecture de police,
rue de Jerusalem *.

On ne comprendrait jamais k quel degr^ de delire
s'eleva la dictature de la Commune , apres la revo-
lution du 10 aout, si I'histoire n'avait pas une source
de renseignements irrecusables dans les proces-
verbaux du Conseil general.

D'abord la Commune commenca par s'installer le
plus commodement qu'elle put, en faisant enlever
dans les propri(^tes de I'Etat, dans les hotels et ch^-



1 La lecture de tous les documents relatifs au 10 aout, aux
massacres de septembre et au 9 thermidor, est pleine de tene-
bres, si Ton n'a pas nettement dans I'esprit cette distinction de
rH6tel de ville et de la mairie, qu'en general les historiens de
la Revolution n'ont pas faite quoiqu'elle soit indiquee partout.

Pour ne citer qu'un exemple enire cent, Mathon de la Varenne
dit, dans les Crimes de Marat et autres egorgeurs, p. 11 : « Des
renseignements dont i'avais besoin, dans une affaire a laquelle
je m'interessais, m'avaient fait passer I'apr^s-midi du 24 d'Au-
guste 1792 tant a la mairie qu'a la Commune. »

Dans sa relation sur les massacres de septembre, I'abbe Sicard
dit: « Je monte a cette grande salle , qui, dans le temps oil
Vhutel de la mairie etait occupe par le premier president du Par-
leinrn'.. servait de grenier a foin. »



— 9 —

feaux des emigres, et enfin dans les eglises, tout ce
qui fut a sa convenance, en fait de meiibles, d'etoffes
precieuses et d'argent.

a Des individus revetus d'une echarpe mimici-
pale , disait Roland dans un rapport a FAssem-
blee, en date du 16 aoiit, se presentent dans diffe-
rents hotels appartenant k la nation; ils en font
enlever les meubles et tout ce qu'il y a de precieux.
Dans une seule maison, on a enleve pour cent mille
ecus *. »

Le 23 aoiit, les commissaires de la Commune or-
donnancaient un mandat de 117 francs au voiturier
Collet, pour ses trois voitures, attelees de trois che-
vaux , venant de Chantilly , chargees des depouilles
de M. de Conde'^\

Le 20 septembre, un commissaire du Conseil ge-
neral delivrait au sieur Francois Marie un mandat
de 31 francs, pow' solde de ce qui ltd etait di},
comme employe au demenacjement des maisons des
e?nigres ^.

Les proprietes nationales, les maisons des emigres
ravagees, la Commune passa aux eglises. Un arrett^
du Conseil general, en date du 30 aoi\t, « autorisa
les commissaires des sections k enlever, dans toutes



' Prutllioinme, Revolutions de Paris, t. XIII, p. 459.
"^Elat des sommes payees par le tresorier de la Commune, pour
depenses occasionne'es par la Revoh(tio>i du 10 aout. p. 307.
^ Ibid., p. 321.



— 10 —

les paroisses de la capitale, tous les objets d'argen-
terie, et meme les chandeliers, tant sur les autels
que dans les sacristies desdites paroisses \ » Le pro-
duit dii pillage des eglises dut etre immense; car il
resulte d'lm mandat delivre le 19 septembre, au
voiturier Picard, qu'il fallut qualre cbevaux pour
trainer Targenlerie de I'eglise de la Madeleine-la-
Ville-^Eveque^

Que devinl cet amas de ri chesses entasse dans les
salles de la mairie et provenant de toutes les sections
de Paris, argent, assignats, bijoux, linge, chande-
liers, ostensoirs, calices?Il fut en tres-grande partie
vole par les administrateurs, ainsi que le constate
un rapport officiel fait au Conseil general de la Com-
mune, le 27 novembre 1792, par une commission
nommee le 19 octobre et chargee d'examiner les
comptes du Gomite de surveillance du 10 aout.

(( Le conseil prepose pour Fapurement des comp-
tes, apres avoir delibere, considerant que les sou-
stractions, dilapidations, 7nalversations que pre-
sentent les resultats des comptes, contre les citoyens
administrateurs du Comite de surveillance du 10
aout et jours suivants; que les scelles apposes sur
partie des effets deposes audit Comite, ont ete pour
la plupart brises; que les reponses des administra-

< Proch-ver'baux de la Commune de Paris, Seance du 30 aout
1792.

^ Etat des sommes payees par le tresorier de la Com^nune, etc.,
p. 331.



— u -

teurs, entendus contradictoirement, sont en opposi-
tion les nnes avec les autres, et presentent un en-
semble de violation de depot et d' in fide lite ; — arr^te
que le tableau de la situation des comptes du Comite
de surveillance de I'epoque du 10 aoiit, ensemble
copies des pieces justificati-ves d^posees dans le re-
gistre du Conseil general, seront renvoyes au con-
seil executif \ »

Ces soustractions , dilapidations, malversations,
bris de scelles, violations de depot et infidelites ,
n'empecherent point Marat, Sergent et Panis, meoi-
bres du Comite de surveillance, et Tallien, prepose
a la garde des objets voles ^, d'etre nommes deput(5s
a la Convention nationale.

Apartir du moment ou la Commune du 10 aout
fut installee , I'Assemblee legislative disparut en
quelque sorte ; le pouvoir passa du Manege k
rilotel de ville ; et il faut, nous le repetons, I'auto-
rite des proces-verbaux officiels du Conseil general,
pour comprendre I'elfroyablc dictature dont la Com-
mune s'investit elle-meme.



1 Rafport des commissaires verificateurs des comptes du Comite
de surveillance, fait au Conseil general de la Comrmme le mardi
17 novemlre 1792, Van Jer de la Repuhlique, imprime par ordre du
Conseil gcn(§ral. Un exemplaire de ce rapport se trouve aux ar-
chives de la Prefecture de police.

2 Un bon du 18 aout, de la somme de 30 livres, signe Tallien,
fut paye a lui-meme pour I'acquisition d'un coffre-fort destine a
assurer la conservation des depots qui lui etaient confi^s. lElat
des sommes 2)ayees par le tresorier de la Commune, etc., p. 307.)



— 1-2 —

Le lOaout, elle mande en ces termes Roland,
nouveau ministre de Finterieur: «M.le commandant
(Santerre) a ete autorise a faire chercher le ministre
de Finterieur; et, a defaut du ministre, a faire venir
son premier commis *. »

Le U , elle destitue de sa propre autorite Duport-
Dutertre, president du tribunal da premier arron-
dissement, seant aux anciennes Requetes du Palais,
par cet arrete : « Sur la motion d'un membre, FAs-
semblee declare que M. Daport a perdu la confiance
de la nation'^. »

Le 12, elle supprime plus de la moiti^ des journaux
et distribue leurs presses et leiirs caracteres aux im-
^nTCiQuvs patriotes . « Sur la proposition d'un mem-
bre, le Conseil g^n^ral arr6te que les empoisonneurs
de Fopinion publique, tels que les auteurs des divers
journaux, seront arretes, et que leurs presses, ca-
racteres et instruments seront distribues entre les
imprimeurs patrioles^. » Marat, qui n'y mettait pas
tant de facons, se passa d' arrete, et il fit enlever
purement et simplement quatre presses, avec les
caracteres necessaires, a Fimprimerie royale ''.

Le 17, elle prive de leurs droits civiques, et de-



'^ Proces-verhaux de la Commune de Paris^ Stance du 10 aoiit
1792.

2 Ibid., Seance du 11 aout 1702.

3 Ihid.j Seance du 12 aoiit 1792.
'â–ºMadame Roland , Memoires, l'^ partie, p. 76.



- 13 -

clare incapables de remplir ancunes fonctions, les
signataircs de la petition dite des vingt mille, contre
rinsuiTection dii 20 juin, ainsi que tous ceux qui
avaient prete serment a La Fayette ^

Le 18, elle fait arr^ter une femme , madame
Geoffrey, et ordonne qu'elle sera gardee en prison,
jiisqud ce que son mari la vienne delivrer"-.

Le meme jour, et dans le meme esprit, elle rend
I'horrible d^cret que voici :

« Considerant que le meilleur moyen d'arr^ter les
exces des emigres, est de retenir pour otages les
seuls objets qui puissent leur 6tre chers, si la rage
n'a pas encore etouffe dans leur ccEur la voix de la
nature ;

« Arr6te qu'il sera fait, dans le plus href delai,
une petition k I'Assemblee nationale, pour lui de-
mander une loi qui autorise la Commune de Paris k
rt^unir, dans des maisons de surete, les fenimes et
les enfants des emigres, et k employer, k cet effet,
des maisons ci-devant religieuses^. » L'autorisation
ne fut pas meme demand^e, et la Commune encom-
bra les prisons.

Le meme jour encore, elle vota, de son propre



* Vroces-verhaux de la Commune de Paris, Stance du 17 aout
1792.

-Ibid., Seance du 18 aout 1792. — Le mandat d'arret se trouve
aux archives de la Pefecture de police ; il est signe Huguenin
et Tallien.

Uhid.



— 14 -

chef, line armee de viiigt mille hommes, deslinee 4
occuper un camp sous Paris, et couvrit les places
publiques d' amphitheatres pour recevoir les eiir6le-
ments ^

Le 21, elle supprima, par un arrete, les qualifi-
cations de Monsieur et Madame, et y substitua celles
de Citoyen et de Citoyenne^.

Enfin, et elle ne pouvait pas alter plus loin dans
I'usurpation et dans I'audace, la Commune de Paris
suspendit, le 29 aoiit, le tribunal revolutionnaire
^tabli par la loi du 17 aout; elle le suspendit sans
en prevenir TAssemblee legislative, par le simple
envoi d'une commission de quatre membres, chargee
de porter au president I'ordre de descendre de son
siege ; elle le suspendit au milieu de Tinstruction
du proems du major Bachmann, et pendant le juge-
ment du proems de M. de Montmorin 3.

Deux mots suffiront k expliquer I'objet de cette
mesure : la Commune allait laire executer les mas-
sacres de septembre, et le tribunal revolutionnaire
devenait inutile.

Ge tribunal revolutionnaire, ^tabli pour juger les



1 Proch-verlaux de la Commune de Paris, Seance du 18 aout
1792.

^Ibid., Seance du 21 aoiU 1792.

s Ibid., Seance du 29 aout 1792.— Le tribunal revolutionnaire
du 17 aout fat supprime par la Convention, le 29 novembre
suivant.



— '15 —

crimes commis dans lajoiirnee du lOaoiit, c'est-^-
dire les actes de devouement accomplis dans I'inter^t
de la loi, de la Constitution et de la monarchie,
avait ete ]e premier acte de lache et coupable con-
descendance, arrache aux Girondins par I'emeute
triomphante.

Pendant que le sang coulait k torrents aux envi-
rons de I'Assemblee, et que les cris des Suisses mas-
sacres retentissaient jusqiie dans son enceinte, ces
vainqueurs de Louis XYI, tremblant pour eux-
memes, autoriserent leur president, qui etait Gen-
sonne, a nommer des commissaires pour aller, par-
tout ou ils le jugeraient necessdiire, promettre justice
cm peuple si longtemps trahi, et I'inviter a prendre
lui-meme les mesiires necessaires pour que les critnes
f assent frappes du glaive de la loi ^

Le lendemain, 11 aout, le Conseil general de la
Commune, expliquant encore plus clairement au
peuple souleve la pensee de I'Assemblee, lui disait,
dans une proclamation : « Peuple souverain, sus-
pends ta vengeance ; la justice endormie reprendra
aujourd'hui ses droits ; tons les coupables vont perir
sur I'ecbafaud'^. w En efFet, I'Assemblee venait de
decreter que, « pour I'instruction et le jugement du
proces des Suisses, ainsi que des soldats, il serait



'^ Proces-verhaxi,x deV Assemhlee nationale, i. XII, p. 19

- Proccs-verhaux de la Commune de Paris, St-ance du 11 aout 1792.



- 16 -

form^, dans le jour, ime cour martiale k Paris, la-
quelle cour jugerait sans desemparer\ »

Toutefois, I'organisation du tribunal extraordi-
naire ne fut decretee que le 17 aout^; et les juges,
jures et accusateurs publics furent nommes dans la
nuit du 47 au 18. La Commune avait convoque les
electeurs dans les salles de I'Archeveche, afin d'y
proceder d la nomination des nouveaux magistrats,
qui s' occuperaient sur-le-champ de satis faire la.
vengeance du peup)le ^.

Ces magistrats, charges de satisfaire la vengeance
du peuple, furent :

Les jug es: Robespierre, Osselin, Mathieu, Pepin-
Desgrouettes, Lavaux, Daubigny, Dubail-Coffmbal.

Les accusateurs publics : Lullier, Real.

Les jures : Le Roy, Blandin , Bolleux , Lohier,
Loiseau, Calli^re de I'Etang, Perdrix'.

Robespierre n'accepta pas ces fonctions, qui etaient
incompatibles avec celles de membre de la Com-
mune^.

Le tribunal revolutionnaire commenca ses opera-
tions le 25 aoiit, par le proces de Collenot d'Angre-



1 Proces-verbaux de VAssemhlee nationah, t. XII, p. 75.
^Moniteur du 19 aoiit 1792.

^ Proces-verhaux de la Commune de Paris, Seance du 17 aout
1792.
^Moniteur du 20 aout 1792.
s Voir sa lettre de refus, Moniteur du 28 aout 1"92.



mont, secretaire de radministration de la garde
nationale. II fut condamne k mort, ainsi que M. de
Laporte, intendant de la liste civile, et M. de Rozoi,
redacteur de la Gazette de Paris. Ces trois premieres
victimes moururent avec la plus grande dignite et
le plus grand courage.

De Rozoi* etait le troisieme journaliste immole a
la Revolution. L'abbe Rouyon avail ete le premier,
Suleau le second. « En sortant du tribunal, dit Cle-
ment, present a I'audience, il remit au president une
lettre dont ce dernier fit lecture apres que le con-
damne fut sorti ; elle ne contenait que ces mots : Un
royaliste comme moidevait mourir tin jour de saint
Louis^. »

Le 27 aout , le tribunal prononca quatre autres
condamnations k mort , contre le nomme Real, les
deux freres Seguier et le nomme Gaudebert, accuses
de fabrication de faux assignats.

Dossonville, coaccuse de Collenot d'Angremont,
et le comte d'Affry, colonel des gardes suisses, furent
acquittes.

Comme la Revolution ^tait encore k la surface de
lasociete, I'opinion publique avait etc profondement



»Les biographes le nomment generalement Durosoy et le
font naitre en Picardie.

Une affiche, conserv^e aux arcliives de la Prefecture de po-
lice, porte sa signature autographe. II signait DeRosoi, memhre
de 2)lusieurs academies, citoyen de Toulouse.

^ Bulletin du Tribunal revolutionnaire, P'- parlie, n. 2, p. 8

2.



— 18 —

impressionnde par la condamnation de Collenot
d'AngTemont, de MM. de Laporte et de Rozoi.
Les executions, qui se faisaient aux flambeaux, sur

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