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A. (Adolphe) Granier de Cassagnac.

Histoire des Girondins et des massacres de septembre d'après les documents officiels et inédits, accompagnée de plusieurs fac-similé (Volume 2)

. (page 19 of 30)


colas-du-Gliardonnet. 13 aout.

36 Giroust (George -Jerome) , 27 ans, Saint-

Firmin. 13 aout.

» Gomer (Nicolas), -47 ans, seminaire de Saint-

Firmin ^ 13 aout.

37 Gros (Jean-Marty), 50 ans , Yieille-Estra-

pade, n" i. 17 aout.

38 Guerin-Diu-ocher (Pierre), CI ans, Nouveaux-

Convertis. 13 aout.

39 Guerin-Duroclier(Robert-rran5ois), 50 ans,

aux Nouveaux-Convertis. 13 aout.

40 Guillier (Jean-Henri), 59 ans, Saint-Firmin, 13 aout.

41 Guillon (Yves-Andre), 44 ans, college de

Boncourt. 23 aout.

42 Hedouin (Julicn-Fran(;ois-Jean), 32 ans, rue

des Fosses-Saint-Yictor. 13 aoiit.

43 Henoque (Pierre-Francois), 42 ans, Cardinal-

Lemoine. 13 aout.

44 Herque du Roulc (Floy), 52 ans, a la Pitie. 13 aout.
» Imberty (Joseph), 30 ans, Navarre*. 23 aout.

45 Jorot (Pierre-Louis), 31 ans, rue des Fosses-

Saint-Yictor. 43 aout.

46 Kervisie (Yves-Jean-Pierre), 31 ans, college

de Boncourt. 23 aoiit.

» Lafontan (Jean -Francois), 67 ans, Saint-

Nicolas-du-Cliardonnet ^. 23 aont.

1 II s'est sauve le 3 septembre 1792.

2 Sauve le 3 septembre 1792.

3 Conduit le 4 septembre a la Charity, pour cause d'infirmit^s.
II est sorti par ordre du D^partement,



— 324 —

4.7 Lanchon(Gilles-Louis-Sympliorien), 39ans,

rue Neuve-Saint-li^tiennc. 26 aout,

-48 Lanier (Louis-Jean -Mathieu), 39 ans, semi-

naire de Saint-Nicolas-du-Cliardonnet. 13 aout.
» Laurent (Claude- Ignace), 31 ans, Navari'e '. 30 aout.

-49 Le Ber (Michel), 61 ans, faubourg Saint-

Honore. 30 aout.

50 Leclercq (Pierre-Florenl), 23 ans, seminaire

de Saint- Nicolas -du-Chardonnet. 13 aout.

» Ledoux (Etienne-Casimir), 45 ans, rue de la

Clef^ 27 aout.

51 Le Grand (Jean-Baptiste), 47 ans, rue Saint-

Jean-de-Beauvais. 31 aout.

52 Le Maitre (Jean), 25 ans, seminaire Saint-

Louis. 13 aout.

53 Le Roy ( Jean-Thomas ) , 54 ans , rue de

Bievre. 31 aout.

» L'Etang (Pierre-Alexandre), 38 ans, rue des

Bernardins^. 13 aout.

» Lhomond (Charles-Francois), 65 ans, Cardi-

nal-Lemoine *. 13 aout.

54 Loublier (Martin-Frangois-Alexis), 59 ans,

college de Boncourt. 23 aout.

» Magnelin (Charles-Frangois), 58 ans, rue

Neuve-Saint-Etienne '". 17 aout.



1 Reclame par la section du Pantheon frangais. II lui a ete
remis , et il demeure maintenant dans I'arrondissement de
ladite section.

^ Sorti le 3 septembre, par ordre du Departement.

3 Sorti le 3 septembre, comnio malade. Nous prdsumons qu'il
demeure rue des Bernardins. Par ordre du Departement.

* Sauv6 le 3 septembre 1792. — C'estle Rollin du xviii" siecle,
auteur des meiUeures grammaires qui existent encore.

s II est maintenant a Saint-Firmin. II reclame son ^largisse-
ment.

Au-dessous de cette mention , on lit la suivante, ecrite par
une autre main :



- :m -

35 Marmottan (Claiule-Loiiis), 44 ans, nic dps

Fosses-Saint-Viclor. 13 aout.

» Martin (Jacques-Pierre), 29 ans, rue Neuve-

Saint-Klicnne ' . 13 aout.

' 56 iMaynautl (Claudc-Sylvain), 42 ans, rue des

Fosses-Saint-Viclor. 13 aout.

.57 Meunier (Frani^ois- Joseph), 29 ans, rue du

Platre-Saint-Jacques. 30 aout.

58 Millet (Henri-Jean), 32ans, college de Navarre. 18 aout.

59 Mouffe (Marie-Fraufois) , 38 ans, Saint-

Firmin. 13 aout.

GO Oviefve (Joseph-Louis), 44 ans, Saint-Mcolas-

du-Chardonnet. 13 aoilt.

01 Phelipot (Jean-Michel), 49 ans, college de

Navarre. 23 aout.

02 Ponse (Claude), 63 ans, Sainte-Genevieve. 31 aout.

63 Pettier (Pierre), 49 ans, aux Eudistes. 26 aout.

64 Ilahe(Jacques-Feonor),42ans, Saint-Firmin. 13 aout.

65 Picgnier (Pierre- Pi obert-Michel), 37 ans, rue

des Fosses-Saint-Victor. 13 aoiit.

66 Rigot (Louis-Fran(,ois), 4i ans, a la Pitie. 13 aout.

67 Roussel (Nicolas-Charles) 62 ans, Saint-Ni-

colas-du-Chardonnet. 13 aout.

68 Saint- James (Pierre), 48 ans, rue des Fosses-

Saint-Victor. 13 aout.

69 Schmid (Jacques-Louis), 40 ans, college du

Cardinal-Lemoine. 13 aoiit,

70 Seconds (Jean-Antoine), 58 ans, a la Pitie. 13 aout.

7 1 Thurmenyes (Pierre-Jacques) , 48 ans, college

de NavaiTC. 23 aoiit.

72 Veret (Charles-Victor), 29 ans, Saint-Nicolas-

du-Chardonnct. 13 aout.



« Mit en liberty par deliberation de lassemhlee general, le 7 sep-
tembre 1792. »

1 Sorti le 3 septembre. II demeure maintennnt rue Neuve
Saint-Etienne. Par ordre dn Departement.

â– 28



— 32G —

7.1 Vorron (Nicolas), 51 ans, rue Neiivc-Sainto-

r.oTievieve. 18 aoni,

lA Villettc (Jean- Antoino-Josopli), Gl ans,

Saiiil-Firniin '. 13 aout.

7') Violard ((juillamne), 3:2 ans, place Cambray. 13 aout.
» Vi\oix (Rene- Joseph), 26 ans, seminairc des

Trente-Trois *. 30 aoiil.

7(> Vom-lat (Jean-Francois-^Iaric-Benoit) , 62

ans, anx Eudistes. . 30 aoul.

All bas de cet elat, qui occupe neiif pages, on lit
la mention suivante :

((Nous, commissaires provisoires soussign^s de
la section des Sans-Culottes, ci-devant du Jardin-
des-Plantes, certifions la presente sincere et veri-
table. Au comite de la ditie section, le douze octobre
mil sept cent qualre-vingt-douze, Fan l"' de la Re-
publicpie francaise.

(( Ont signe : Meunier, Orban, Thierre,
commissaires h I'arrestation des pr6-
tres, et Ramier, president. »

Le proces- verbal d'inventaire , vacation du IG
mars 4793, constate, en outre des noms qui pr6c6-
dent, le deces de M. I'abbe Gruyer, et dans la vaca-
tion du 19 du meme mois, celui de M. Grimaldy,
dont on a trouve le testament ^

1 Chevalier de Saint-Louis, pensionne depuis sept ann^es,

2 Sauve le 3 septerabre.

' Inrenlaire des effets provenant des pretres de Saint-Firmin,
dresse paries commissaires de la section des Sans-Cidottes, p. 17 et
19 , carton n. 312. {Archives de VHvtel de ville de Parix.)



LIVRE DIX-NEUVIEME

MASSACRES DES VOLEURS. — LA CONCIERGERIE.
— LE CHATELET. — LA FORCE.

La CoNciURfiERiE. — Historiens qui ont nie les massacres de la
Conciergerie. — Preuves officielles qui en etablissent la
realite. — Detail de ces preuves. — II n'y en a pas de plus
authentiques pour aucune dcs neuf prisons. — Massacre des
officiers suisses. — La bouquetiere du Palais-Koyal. — Liste
authentique des] victimes egorgees a la Conciergerie. — Le
Chatelet. — Ce qu'il etait a I'epoque des massacres. — Motifs
qui deterrainerent les auteurs des massacres a y comprendre
les voleurs. — Temoignage de Prudhomme. — II se rend chez
Danton avec Tlic^ophile Mandar. — Seance au ministere de la
justice. — Liste des malfaiteurs cgorges au Chatelet. — La
Force. — Les massacres de la Force commencent dans la nuit
du 2 au 3. — Ce qu'etait la prison de la Force. — Pretres et
personnages de la Cour qui s'y trouvaient. ■ — Ecrou de la
princesse de Lamballe. — Recit du massacre fait par ]\Iatlion
de la Varenne, Weber et les agents du due de Pentbievre. —
Tribunal du peuple. — Huit juges ; — leurs noms, — leur temoi-
gnage. — Bourreaux de la Force; — leurs noms. — Mathon de
la Varenne devant le tribunal. — Jugeraent de Weber. — Mort
de la princesse de Lamballe. — Horrible mutilation. — Liste
authentique des victimes.



MASSACRES DE LA CONCIERGERIE.

Un des historiens de la Revolution francaisc se
lait la remarque suivante sur les massacres de la
(Jonciergerie :

c( Nous rapportons ceci Japres la traJiliou. 11 iie



- 328 —

reste, je crois, aucune trace authentiqiie du mas-
sacre de la Conciergerie'. »

Pen d'episodes de la Revolution ont laisse, au
contraire, des traces aussi nombreuses et aussi pro-
fondes que les massacres de ]a Conciergerie ; et il
laut d'etranges preoccupations d'esprit pour n'avoir
point vu ce qui est partout. II suffit neanmoins qu'un
ecrivain d'une aussi grande autorite ait doute des
massacres de la Conciergerie pour que nous devions
en ^tablir la realite avant d'en faire le recit.

Le Bulletin du Tribunal revolutionnaire, public
par Clement, cour des Barnabites, pres le Palais-de-
Justice, s'exprime ainsi, dans son numero du lundi
3 septembre 1792:

u Le retard occasionne dans nos numeros nous
engage a prevenir nos abonnes qu'il est la suite ne-
cessaire des evenements imprevus, et que le bien de
la chose publique a malheureusement rendus indis-
pensables.

« Les premiers immoles k la justice du peuple,
tires des cachots de la Conciergerie, etaient les
nommes : Gerdroux, Labonne, Jouan, Bassignot,
Pelletier, Noblet, Thuret, Fournier, Real, ci-devant
garde du roi ; les freres Seguyer et Caudebert ; les
freres Houblon et Portier, assassins; Gregoire, as-
sassin; Marie-Madeleine-Josephe Grederer, femme

t Michelet, HUtoirc de laRevulutiuti, /rantawp, t. IV, \>. 150.



— 320 —

Baptiste, bouquetiere, agee de trente-deux ans, ci
de vant condamnee a mor t par les premier et deuxieme
tribunaux d'arrondissement ^ »

Certes, on trouvera sans doute qu'un journal ju-
diciaire, publie pres du Palais-de- Justice, racontant
le 3 septembre le massacre de la Conciergerie, qui
avait commence le 2 au soir, et qui durait encore,
en donnant les noms des premiers prisonniers egor-
ges, est un document authentique.

En voici un second, c'est le proces-verbal officiel
de I'Assemblee legislative, redige par les membres
du bureau :

« Du lundi 3 septembre 1792, un membre fait le
rapport des evenements qui ont eulieu dans la jour-
nee d'hier et pendant la nuit derniere dans les pri-
sons de Paris. L'Assemblee decrete que ce rapport
sera insere au proces-verbal. (Suit la teneur de ce
rapport.)

« La commission assemblee pendant la suspension
de la seance de la nuit a et6 instruite par plusieurs
citoyens que le peuple continuait ^ se transporter
dans les differentes maisons d'arret et y exercait sa
vengeance. La commission a juge qu'il etait neces-
saire d'ecrire au Conseil general de la Commune,
pour connaitre officiellement la veritable situation
des choses. La Commune a repondu qu'elle allait

1 Bulletin du Tribunal revohdionnaire, 1" partie, n. 9.

?8,



envoyer une deputation pour rendre compte du fait
a la commission.

« A deux heures , la deputation , composee de
trois commissaires, MM. Tallien, Truchon et Gui-
raut, a etc introduite. Voici, Messieurs, le rapport
litteral de MM. les commissaires, d'apres la d^cla-
tion verbale qu'ils ont faite :

« ...M. Guiraut, troisieme commissaire, a dit :
Les prisons du Palais sont absolument vides, et fort
peu de prisonniers ont echapj)e a la mort... M. Gui-
raut a ajoute que le peuple faisait, sur le Pont-Neuf,
la visite des cadavres, et deposait Fargent et les
portefeuilles *. »

Ainsi, les prisons du Palais, c'est-^-dire les pri-
sons de la Conciergerie, ^taient absolument vides le
lundi 3 septembre, et fort peu de detenus avaient
echappe a la mort, d'apres le rapport fait k 1' Assem-
blee legislative par un commissaire de la Commune
de Paris. On ne saurait souhaiter, sur ce point, un
document plus explicite et plus positif.

Le proces-verbal des deliberations du Conseil ge-
neral de la Commune porte ^galement, en trois en-
droits, la trace ^vidente des massacres executes k la
Conciergerie. Voici Fun de ces passages, extraitsde
la seance du soir, le 2 septembre :

c( Sur Fobservation de M. Coulon que plusieurs

1 Proc'es-verhaux de VAssemhlee nalionale, I. XIV, p. '219.



— 331 —

efl'eis etaient detournes a la Conciergcrie, ie Conseil
general arr6te que MM. Coulon, Cochois et Charles
se transporteraient a la Gonciergerie, a FeUet d'y
poser les scelles et d'empeclierles depredations'. »

Comment des effets auraient-ils ete detournes ^
la Conciergerie et comment une apposition de scel-
les y aurait-elle ete necessaire, si ce nest a la suite
du desordre amene par le massacre des prisonniers ?
D'ailleurs, voici un mandat acqiiitte par le tresorier
de la Commune, qui ne laisse subsister aucun doute
^ cet 4gard :

c( Mandat du 3 septembre, signe Ni , Pa ,

officier municipal, au profit de Noiste, marchand
fripier, pour fourniture d'un gilet, veste et pantalon,
pour un citoyen qui a travaille k porter les cadavres
de la Conciergerie ^ w



II



Voil4 done quatre documents authentiques, eta-
blissant de la maniere la plus certaine que les pri-
sonniers de la Conciergerie furent ^gorges le 2 sep-
tembre, comme les autres ; et, ce qui rend d'autant
plus strange le scepticisme de Tliistorien de la Revo-
lution dont nous avons parte, c'est que ces quatre

1 Proces-verhaux de Ja Commune de Paris, Seance du 2 sep-
tembre au soir.

2 Etat des sommes payees par le tresorier dc la Commune de Paris,
pour frais de la Revolution du 10 aout, p. :J-20.



— 332 -

documents sont imprimes depuis longtemps, et k la
portee, sinon de tout le monde, du moins de tous les
hommes d'etude, curieux de savoir et desireux d'e-
crire la verite.

Independamment de ces quatre documents impri-
mes, il y en a plusieurs aulres inedits que nous al-
lons placer sous les yeux du lecteur. Le premier est
un proc^s-verbal du 3 septembre signe du president
et du commissaire de police de la section du Pont-
Neuf, et ainsi concu :

(( Du lundi trois septembre mil sept cent quatre-
vingt-douze, Tan IV de la liberte et le P' de Fega-
lite, trois heuresde relevee.

« Par-devant nous, commissaire de la section du
Pont-Neuf, est comparu Pierre Plancon, fort de la
Halle, demeurant rue de la Tannerie, lequel nous a
dit qu'ayant ete charge d'un ordre signe de M. San-
terre, president de la section des Gobelins, de venir
avec sa voiture, cour du Palais, pour enlever les
corps morts des prisonniers qui ont ete tues 4 la
Conciergerie ; qu'etant arrive k Clamart avec une
voiture desdits cadavres, il a trouve dans la poche
d'un dit corps mort, et en le depouillant, un porte-
feuille; que, I'ayant ouvert, il a vu qu'il contenait
un assignat de cinquante francs et trois de cinq
livres ; qu'il les a fait voir au public. II a ete inter-
pelle par un particulier de lui donner communica-
tion dudit portefeuille, ce qu'il a fait A I'instant, en



— 333 —

leur disant :« Je suis de bonne loi, I'aites de m6me.))
« Que le dit particulier a, en ce moment, ete joint
par un homme rev6tu de I'uniforme de canonnier,
ayant un pistolet k son c6te gauche et la main droite
en echarpe, qui etait un mouchoir rouge, et qui s'est
dit commandant du detachement de service k Cla-
mart, lequel a fait charger k six heures du matin les
corps qui etaient dans la cour du Palais, laquelle
voiture etait la premiere de Tenlevement des cada-
vres ; et qu'a I'instant ou le portefeuille venait d'etre
remis, un detachement est venu relever le premier.
« Que le particulier designe ci-dessus a profits
de cette circonstance pour s'evader avec le canonnier
soi-disant chef du detachement ; que le sieur Plan-
con s'etant apercu de la disparition de ces deux
hommes, et ayant besoin de conducteurs, les a vai-
nement cherches, ils se sont retires par devers le
comity de la section des Gobelins ; 11 ont annonce le
dep6t des cadavres au cimetiere de Clamart, et qu'ils
etaient actuellement charges des hardes provenant
desdits cadavres ; qu'ils ont recu une lettre de
M. Santerre, annoncant que lesdits effets seraient
remis k la section ou est situee la Conciergerie ; que
le comparant a demande qu'il lui soit donne acte de
sa declaration.

(( Signe : Plancon.



« Sur quoi nous, commissaires soussignes, disons
qu'expedilion de la presente declaration sera remise
au sieur Plancon, pour lui valoir ce que de raison.
— Fait au comite, les jour et an que dessus.



tf Signe : Baradelle, president ;
Barade, commissaire *.



»



La seconde piece in^dite, servant li etablir la rea-
lite des massacres de la Conciergerie, est datee de
la Mimicipalite de Paris, le 26 septemhre 1792, et
porte pour titre : « Reclamation de la veuve Jour-
dain, dont le mari, Pierre-Claude Jourdain, cordon-
nier, a ete tue a la Conciergerie ^. »

La troisieme piece inedite est mi jugement du
21 floreal an IV;, rendu par le tribunal criminel de
Paris, au profit de Gaspard Durand, ne k Lyon,
et de Joseph Chateau, ne k Paris, accuses d'avoir
fait partie des massacreurs de septembre, et dans
lequel la declaration du jury porte a qu'il est con-
stant que des personnes ont ete liomicidees dans les
journees de septembre, dans les prisons de la Con-
ciergerie ^ ))

La quatrieme piece inedite est la liste officielle,

1 Proces-verbal du commissaire de police de la section du
Pont-Neuf , en date du 3 septembre. — Collection des procfes-ver-
baux. [Afchmes de la Prefecture de 2)olice.)

2 Reclamations des families des victimes , piece n. 1 , carton
n. 312. (Archives de I'Hoiel de ville.)

3 Greffe du Palais-de-Justice. — Dossier des scplvmbriseurs.



— 335 —

avec proems - verbal authentique , ties trois cent
soixante dix-huit personnes ^gorgees k la Concier-
gerie, lisle que nous publierons plus has, et qui est
deposee comme les autres aux Archives de I'Hotel
de ville, pour servir k I'etat civil des habitants de
Paris k cette epoque.

On le voit, aucune des neuf prisons de Paris, ou
les massacres furent commis, ne presente une plus
grande masse de documents certains, officiels, que
la Conciergerie, et Ton s'etonne k bon droit de la le-
geret6 avec laquelle les historiens ont passe sur des
^venements si completement hors de doute et si la-
mentables.

Ill

A r^poque des massacres de septembre, et pen-
dant la Revolution, la Conciergerie s'appelait encore
prison du Palais. Elle fut, des son origine, le palais
meme qu'occuperent, pendant leur sejour k Paris,
les premiers rois de la troisieme race ; le Parlement
de Paris, devenu sedentaire, s'y etablit ; et les ca-
cliots qui avaient primitivement servi de ge61e a la
juridiction royale servirent de maison de justice au
Parlement pour tous les pr^venus donl le proces
s'instruisait k la Tournelle. Depuis 1791 et Tetablis-
sement des nouveaux tribunaux criminels, la Con-
ciergerie conserva la meme destination.



— 336 —

On entrait ;\ la Conciergerie, k cette epoque, pav
la grande cour du Palais, en prenant I'arcade qui
existe encore k gauche, au has du grand escalier.
C'est meme au pied de cet escalier que s'etablit le
simulacre de tribunal qui presida au massacre des
prisonniers. Yoici comment s'exprime k ce sujet le
journal de Priidhomme, k la date du 8 septembre :

c( Le peuple, qui avail place I'un de ses tribunaux
en dernier ressort au pied meme du grand escalier
du ci-devant Palais-de-Justice, y exercait les memes
vertus et les memes vengeances : le pave de la cour
6tait baigne de sang. Les cadavres amonceles pre-
sentaient I'horrible image d'une bouclierie d'hom-
mes. Pendant un jour entier, du dimanche au lundi,
on y jugea a mort, et les sentences etaient aussitAt
ex^cutees que rendues ; mais k travers mille traits de
barbaric on observa la plus severe ^quit^j on se fit
un devoir de consulter le livre des ^crouS-;_et_,ces
memes bras qui frappaient sans misericorde la tete
du brigand, de I'assassin, du faussaire, du traltre k
la patrie, s'ouvraient fraternellement pour serrer le
debiteurde bonne foi mis en liberie. A sa sortie de
la prison, on lui prodiguait tous les secours, on le
faisait manger, et on ne lui demandait, pour prix de
tous ces soins, que de crier Vive la nation * ! »

II serait inutile de faire observer que cette apo-

1 Prudhomme , RevoluHons rfe Parif, t. XIIT, p. 42-'].



00/



logie des assassins de septembre, ^crlte pendant que
les massacres duraient encore, sous le poids de la
lerreur qui glacait toutes les Ames , et par im
journaliste qui assistait lui-meme , en qualite de
membre du comite des Quatre-Nations , aux exe-
cutions de I'Abbaye, perd singulierement, par
toutes ces circonstances, de sa sincerite et de son
autorite.

Voici, du reste, comment le meme Prudhomme
s'exprimait A une autre ^poque, lorsqu'il n'y avait
plus aucun danger k etre honnete et sincere, sur ces
memes prisonniers de la Conciergerie mis en liberte
par le tribunal de sang :

« Trente-six prisonniers ont ete mis en liberte,
dans lequel nombre il y avait heaueoup â– ^'assassins
et de voleurs; la compagnie des tueurs se les asso-
cia. Soixante-quinze femmes furent aussi mises en
liberte ; elles etaient en partie detenues pour vol ,
mais elles promirent de bien servir leurs liberateurs.
Elles furent, par la suite, les tricoteuses des tribunes
de la societe des Jacobins et des Cordeliers.... Tous
les cadavres de la Conciergerie, r^unis k ceux du
Grand- Chtitelet, etaient amonceles sur le pont Notre-
Dame ; spectacle elFroyable ! surtout de voir des
femmes, ou plutot des furies, retourner ces cadavres,
leur faire les attouchements les plus indecents, aider
k charger les voitures, monter dessus, et, tout le
long de la route, jusqu'aux carrieres de Montrouge,

29



— 338 —

frapper sur les fesses des cadavres. Le coeur se soii-
16ve d ces affreuses images * ! »

C'est entre quatre et cinq heures, im peu avant la
nuit, que les massacres de la Conciergerie commen-
cerent. Le lendemain a quatre heures tout etait
fini, et les prisons etaient vides ; c'est ce qui restdte
de la declaration suivante, faite par la femme du
concierge Richard :

<( Gejourd'hui, 22 mars 1793, deuxi^me de la Re-
publique ; en consequence de Tarrete du Conseil
general de la Commune du 1 aout dernier, delibe-
rant sur les comptes, en date du 20 de ce mois et en
presence des commissaires d'icelle, suppose h cet ef-
iet. La citoyenne Marie- Anne Barasaint, epouse de
Toussaint Richard, concierge des prisons de laCon-
ciergerie du Palais, a declare que le peuple s' etait
porte aux jjrisons dans la nuit du 2 septembre der-
7iier, en avaient fait sortir les prisonniers, dont Us
avaient massacre le plus grand nombre et elargi les
<xviivQ.s.Quapres V expedition faite, les commissaires
de la section s'etant rendus, sur les quatre heures
de Fapres-midi, aux prisons, avaient mis les scclles
sur toutes les chambres pour conserver les objets
qui y 6taient ; mais que le lendemain le peuple etant
encore venu aux prisons, avait bris^ tous les scelles,
dans la persuasion qu'ils renfermaient encore des

Ipfudhotomc, Jihi. impWflale ^en Re'volnHnnn, t. Ill, p, 272,273.



— 339 —

prisonniers, et s'emparait de tout ce qui lui parais"
suit propre a emporter. Que de nouveaux commis-
saires de la section du Pont-Neui' etant survenus,

avaient fait entendre raison au peiiple, I'avaienl

[ce blanc existe sur les registres), et qu'ensuite ils
avaient de nouveau appose les scelles sur les portes
des chambres.

« Qu'environ huit ou dix jours apres, les memes
commissaires s'etaient rendus aux prisons, avaient
lev^ les scelles et avaient dresse proc^s-verbal de
tout ce qui s'etait trouve dans les chambres, qu'ils
lirent ensuite emporter a leur section.

c( Observe la declarante que tous ces objets etaient
de peu de valeur, appartenant a des malheureux.

« Observe encore la declarante qu'il lui avait ete
depose en main cinq louis en or, deux louis et demi
et un ecu de trois livres en argent blanc, la nuit du
dimanclie au lundi, provenant des Suisses massacres,
dont le citoyen Richard, son mari, avait fourni un
recu, mais que cet argent iui avait ete retire en verlu
d'une ordonnance dont la teneur suit :

MUNICIPALITE DE PaRIS.

« Extrait des deliberations du Conseil general des
commissaires des quarante-huit sections du i2 sep-
tembre 1792, Van quatrieme de la liberie et premier
de I'egalite.

« M. Richard, greffier de la Conciergerie, remet-
tra a M. Roulanger les cinq louis en or et deux louis



- 340 —

et demi et un ecu de trois livres en argent bknc,
saisis sur un Suisse.

« Signe : IIuguenin, president.
« Pour copie conforme :
« Signe : Tallien, Secretaire-greffier . »

« Affirme aussi la declarante qu'il y avait dans
le greffe de la Conciergerie une cassette , avec un
proces-verbal , scelles et caclietes, que les commis-
saires de la section du Pont-Neuf n'avaientpas voulu
cmporter, et que le citoyen Duffort etait venu cher-
cher; que, I'ayant ouverte, elle contenait des assi-
gnats; que le citoyen DufFort, apres en avoir fait
I'ouverture, avait voulu les laisser au greffe, la de-
clarante s'y etait opposee et I'avait oblige de I'em-
porter, ce qui s'etait passe en presence des commis-
saires de sections, qui en avaient dresse proces-
verbal, ce que la declarante atteste veritable, et a
signe avec les commissaires :

« GouDicHEAU , commissaire ; Cuampeaux , com-
raissaire; femme Richard ^ »

L'une des premieres victimes des assassins fut
Louis-Yictoire-Luce de Montmorin , Age de trente
ans , maire et ancien gouverneur de Fontaine-
bleau. Traduit devant le tribunal revolutionnaire

1 Copie litterale de la copie de la declaration de la femme
Richard, transcrite sur le registre des comptes de la Commune

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