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A. (Adolphe) Granier de Cassagnac.

Histoire des Girondins et des massacres de septembre d'après les documents officiels et inédits, accompagnée de plusieurs fac-similé (Volume 2)

. (page 3 of 30)

de sinistre. A deux heures, ilrentra; nous I'entou-
r^mes; il fut sourd k toutes nos questions; et apr^s
qu'il eut, contre son ordinaire, ramasse tons les cou-
teaux que nous avions soin de placer dans nos ser-



1 Mathon de la Varenne, Les crimen de Marat et des autres e'gor-
geurs, ov ma resurrection, p. 59.



— 3G —

viettes, il fit sortir brusquement la garde -malade de
Fofficier Suisse Reding- \ »

Qu'on dise si la premeditation des massacres de
septembre est, comme on I'a imprime de nos jours,
une invention royaliste ^ ?



*Journiac de Saint-Meard, Mon agonie de trente-huit heureSj
p. 23.
^Marrast et Dupont, les Pastes de la Revolution, t. II, p. 349.



LIVRE QUINZIEME

LES AUTEURS DES MASSACRES DE SEPTEMBRE.

Manl-el. II participe directement aux massacres. — II faitle triage
des prisonniers. — Sa conduite aux prisons. — Temoignage des
prisonniers. — Opinion de CoUot d'Herbois. — Billaud-Va-
RENNEs. Son discours aux egorgeurs. — II fixe leur salaire. —
II est approuve par la municipalite. — Les frais sent payes par
les morts. — Pieces officielles. — Marat. II conseilla les mas-
sacres et les dirigea. — II nia eflProntement sa participation. —
Du reste, il les approuva. — Temoignage formel de Petion sur
la participation de Marat. — EUe resulte de la propre signature
de Marat. — Robespierre. Explications qu'il donne sur les
massacres. — II nie sa participation. — Preuves officielles qui
I'etablissent. — Ses mensonges prouves par les proces-verbaux
de la Commune. — Sa froide atrocite. — Petion. Sa complicite
dans les massacres. — Yanite de ses denegations. — II sait tout et
se mele a tout. — II laisse egorger les folles de la Salpetriere. —
IlOLAND, Les massacreurs viennent lui demander leur salaire.
— Madame Roland donne un grand diner pendant les mas-
sacres. — On y parle des evenements du jour. — On loue les
massacres a la table de Roland. — II les excuse et loue lui-
m^me par ecrit.— Santerre. Vie de Santerre, publiee par sa
famille. — Sa participation aux massacres y est niee.— Docu-
ments officiels qui detruisent cette denegation. — : Santerre
connait les massacres. — Il n'execute pas les ordres qu'il re-
9oit pour les empecher. — Preuves authentiques. — Les sec-
tions DE Paris. — Leur complicite dans les massacres. — Le
projet des massacres y est connu des le 23 aoiit et commente
des le 30. — Texte de la deliberation. — Unite qu'elles mettent
dans les massacres. — Comite d'execution. — Piece officielle
instituant la commission ct execution, chargee de diriger les
massacres. — Prelude des massacres.



1

MANUEL.

La paiiicipation directe et officielle de Manuel aux
massacres de septembre n'aurait pas besoin d'etre

1 1 'i 4 ^



- 38 —

proiiv(^e. Elle r^sulte necessairement de ces deux
fails, que la Commune de Paris prepara et fit exe-
cuter les massacres, et que Manuel etait procureur
de la Commune. A la rigueur, le maire pouvait etre
supplee par le Conseil general, au moins pendant la
duree d'une crise aussi violente; personne ne pou-
vait supplier le procureur de la Commune, parce
que le droit de requisition etait exclusivement dans
sa main.

Accable de repentir et de honte, Manuel nia, d^s
le 5 novembre suivant^; mais Robespierre nia,
Petion nia, Marat nia, Panis et Sergent ni^rent ; la
den^gation de Manuel n'a done aucun poids par elle-
meme ; on va voir qu'elle est detruite par les fails.

D'abord, c'est sur le requisitoire de Manuel que
furent prises toutes les mesures du 2 septembre au
matin , la fermeture des barrieres , la reunion au
Champ-de-Mars, la proclamation de la patrie en
danger, la requisition des chevaux, et le signal
donne par le canon d'alarme ^.

Ensuile, la nouvelle etant arrivee k la Commune,
k deux heures de I'apres-midi, que les massacres
commencaient dans les prisons, quel fut le requisi-
toire de Manuel ? Demanda-t-il qu'on envoydt des



^Moniteur du 14 novembre 1792, Seance de la Soci^t^ des Ja-
cobins.

^ Proces-verhaiix dela Commune de Paris, Seance du 2 septem-
bre 1792, an matin.



— 39 —

troupes, afin de defendre les prisons?— Nullement;
il demanda que les sections delivrassent certaines ca-
tegories de prisonniers,et abandonnassent les autres.
Voici ses paroles, d'apr es le proces-verbal de la seance :

« Le procureur de la Commune demande que cha-
que section soit invitee k reclamer les prisonniers de
son arrondissement qui sont detenus pour dettes,pour
mois de nourrices, ou pour des causes civiles, ainsi
que les militaires detenus pour fails de discipline.

« Sur la proposition de faire sortir de Sainte-
Pelagie les prisonniers qui y sont purement pour
dettes et reconnus pour tels par la verification de
I'ecrou, le Conseil arrete que la prison de Sainte-
Pelagie sera ouverte'. »

En m6me temps que le Conseil general de la Com-
mune ordonnait, sur le requisitoire de Manuel, de
delivrer les prisonniers pour dettes, afin que les
assassins ne trouvassent plu-s dans les prisons que
les pr^tres et les prisonniers politiques, le co?nite
d'execution prenait la meme mesure. Ecoutez Ma-
rat, qui etait Fame de ce comite :

« Je me trouvai au Comite de surveillance, dit-il,
lorsqu'on y annonca que le peuple venait d'arracher
des mains de la garde et de mettre a mort plusieurs
pr^tres refractaires, prevenus de machinations, et
envoyes a la Force par le comite^, et que le peuple

I Proccs-verbanx de la Cuiitinnne de Paris, Dccrel du 2 sep â– 
tembre 1792, au soir.



— 4U —

menacait de se porter aux prisons. A cette nouvelle,
Panis et moi nous nous ecriames, comme par inspi-
ration : Sauvons les pauvres debiteurs, les prison-
niers pour rixes, et les petits delinquants.

« Le coniite donna I'ordre' sur-le-champ a diffe-
rents ge6liers de les separer des grands malfaiteurs
et des Iraitres contre-revolutionnaires, afin que le
peuple ne fut pas expose a immoler quelque inno-
cent. La separation etait faite, lorsque les prisons
furent forcces '. »

II faut done avoir presente a I'esprit cette separa-
tion des prisonniers, operee sur les ordres du Conseil
general de la Commune et du Comite de surveil-
lance, pour juger, dans sa moralite, cet envoi de
commissaires, charges, par la Commune, d'aller
defendre les prisons avec des discours. C'etait une
sinistre et sanglante comedie, jouee par Petion, par
Manuel, et par toute la municipalite , informee,
heure par heure, des torrents de sang qui coulaient.
Les pretres, les Suisses, les gardes du roi, toutes
les perscnnes arretees depuis le 10 aout, etaient
vouees a la mort ; et si on n'employait que des
harangues pour les sauver, c'est qu'on ne voulait
pas qu'ils fussent sauves. Les commissaires envoyes
aux prisons pour precher les assassins, etaient les
directeurs supremesdes assassinats.

'Marat, Journal de Ja Repullique frangaise n. 12, 6 octobre
1792.



Pendant que I'abbe Sicard, refugie au comite de
la section des Quatre-Nations, attendait d'un hasard
la mort ou la vie, on annonca un commissaire de la
Commune. « II entre, dit I'abbe Sicard, et adresse
ces mots au comite : « La Commune vous fait dire
c( que, si vous avez besoin de secours, elle vous en
« envena.— Non, lui repondirent les commissaires,
« tout se passe bien chez nous (on massacrait a force).
« — Je viens, repliqua-t-il, des Carmes et des autres
c( prisons ; tout se passe e'galemeut bien ^ » Yoild les
commissaires que la Commune envoyait aux prisons,
pour les proteger !

Manuel fat precisement un de ces commissaires ;
il alia d'abord h I'Abbaye, ensuite h la Force. Le
proces-verbal de la Commune rapporte en ces ter-
mes, le resultat de sa premiere mission :

« M. Manuel rend compte du spectacle douloureux
qu'il a eu sous les yeux, h I'Abbaye. II dit que les
efforts de douze commissaires de I'Assemblee na-
tionale, les siens et ceux de ses collegues du corps
municipal, ont ete infructueux pour sauver ks cri-
minels de la mort^ ! »

Yeut-on savoir les efforts qu'avait fails Manuel
pour sauver les criminelsl les voici :

« Manuel, dit I'abbe Sicard, au milieu de la rue

1 Relation de M. Vahhe Sicard, p. 111.

"^ ProceS'Verhau.v de la Commtine de Paris, Seance du 2 septem-
hre 1792, au soir.



42



Sainte-Marguerite, en lace de la grande prison, et
au moment ou les massacres avaient commence, avait
parle ainsi H ce meme peuple : a Peuple francais, au
(( milieu des vengeances legitimes que vous allez exer-
« cer, que votre hache ne frappe pas indislinclement
u toutes les tetes. Les criminels que renferment ces
« cachots no sont pas tons egalement coupables \ »

Madame de Fausse-Lendry, niece de Fabbe de
Chapt de Rastignac, enfermee avec ce venerable
prelre k I'Abbaye, n'apprecie pas autrement que
Fabbe Sicard, la conduite de Manuel.

« A sept lieures du matin, le lundi , dit-elle, on nous
annonca Manuel, qui eut Fair de desapprouver tout,
mais qui n'empecha rien. Sa presence I'ut done bien
inutile ou bien funeste. II passa une grande par tie
dela journeedans la prison. Comme j'avais ete obli-
gee de le voir pour obtenir la permission de partager
la captivite de mon oncle, je lui exposal mes craintes
sur le danger qui environnaitl'objet de matendre ve-
neration. «Soyez tranquille, Madame, me dit-il; il ne
« lui arrivera rien, j'en reponds sur ma tete'^ » L'abbe
de Gliapt de Rastignac tut egorge dans la journee.

Ce meme jour, 3 septembre , vers huit lieures du
matin , Manuel alia faire sa meme harangue aux



^ Relation de M. Vabhe Sicard, p. 13i.

2 De Paysac, marquise de Fausse-Lendry, Quelques-uns des
fruits amers de la Revolution et une faible parlie des journees des
2 et 3 septembre 1792.



43



tueui's de la Force : « Quatre sabres, dit Matlion de la
Yarenne, echappe miraculeusement aux massacres,
comme I'abbe Sicard, etaieiit croises sur ma poi trine.
Je fiis traduit devant le personnage en ecliarpe qui
siegeait au bureau du concierge. II etait boiteux,
assez grand, fluet de taille, II m'a reconnu et parle
sept ou liuit mois apres. Quelques personnes m'ont
assure qu'il etait fils d'un ancien procureur et se
nommait Chepy. En traversant la cour dite des Nour-
rices, je la vis pleine d'egorgeurs que perorait Pierre
Manuel, alors procureur de la Commune ^ »

La mission de Manuel aux diverses prisons i'ut
done partout la meme ; il allait sauver les prisonniers
detenus au nom des lois, et livrer aux assassins les
prisonniers detenus au nom des haines politiques.
C'est le r6le qu'il eut aux yeux des quarante-huit
sections de Paris; et on lit la mention suivante dans
le proces-verbal de la section des Sans-Gulottes, a la
date du2 septembre 1792 :

« Le citoyen Thomas, commissaire a la Commune,
a rendu comple de ce qu'il y avait appris, et notam-
ment des mesures que M. Manuel a prises pour
Telargissement des prisonniers pour dettes -. »



1 Malbon de la Varenne, les Crimes de Marat et des autres egor-
geurs, oti ma resurrection, p. 84.

- Regintre des deliherafions de I'assemblee generale des Sans-
Cvlottes , commence le 15 aout 1792, folio 50. [Archives de la
Prefecture de police.



- 44 -

Le lecteur est done en 4tat d'apprecier la sincerite
de cette parole de Manuel, au sujet des massacres de
septembre : « Monte sur un tas de cadavres, je pre-
chai le respect pour la loi ; je cherchai Bosquillon,
il avait ete mon ennemi; c'etait le premier que je
devais sauver \ » — Collot d'llerbois, plus naivement
feroce, put lui repondre avec raison : « Manuel n'est
pas assez etranger aux revolutions pour ne pas savoir
que ce tocsin qu'il a fait sonner, ce canon d'alarme
qu'on a tire, et qui disait aux citoyens de voler a
Chalons, ne Icur disait pas aussi d'abandonner leurs
femmes, leurs enfants 4 la merci des conspirateurs.
Manuel a coopere a cette joiirnee; qu'il ne vienne
done pas deguiser son opinion. Manuel sentira que
c'est une grande journee dont il a ele I'instrument^ »



II



BILLAUD-VARENNES.

Avant d'etre substitut du proeureur de la Com-
mune, Billaud-Yarennes avait ete secretaire de

^Moniteur du 14 novembre 1792.

Si en effet Manuel chercha Bosquillon, juge de paix de la sec-
tion Bonne-Nouvelle, arrele et ecroue a I'Abbaye le 12 aout,
il ne vouiutni le trouver, ni le sauver.

Bosquillon fut tue le dernier d'une serie de trente victimes,
dans la nuit du 2 au 3, dans les latrines du corps-de-garde inte-
rieur de I'Abbaye, par I'assassin Bourre, ancien garde-frangaise.
(Extrait gmeral des declarations faitcs a la commission des jour-
nc'es des 2 et 3 septemhre — Massacres de septemhre, piece n. 43.—
Archives de Ja prefecture dc police.)

- Moniteur du 14 novembre 1792, Seance dea Jacobins du 5.



— ^o —

Danton '. 11 devint plus tard son rival et son bour-
reau : il n'etait encore, an 2 septembre , que son
instrument.

Billaud-Varennes se rendit , le 3 septembre au
matin, et de fort bonne beure, £l I'Abbaye. II y etait
mande pour une cause assez etrange. Une discussion
s'etait elevee entre le comite de la section qui presi-
dait aux massacres, et les egorgeurs qui les execu-
laient. Chacun pretendait conserver les depouilles
des morts.

« Au milieu de la nuit, dit I'abbe Sicard, Billaud-
Varennes apprend que les egorgeurs volent les pri-
sonniers apres les avoir tues. II se rend dans la cour
de I'Abbaye, et la, sur une estrade, il parte k ses
ouvriers.

« Mes amis, mes bons amis, la Commune m'en-
« voie vers vous pour vous representer que vous des-
« honorez cette belle journee. On lui a dit que vous
« voliez ces coquins d'aristocrates apres en avoir fait
« justice. Laissez, laissez tons les bijoux, tout I'ar-
« gent et tous les effets qu'ils ont sur eux, pour les
((frais du grand acte de justice que vous exercez.
« On aura soin de vous payer comme 0)i est convenu
« avec vous; soyez nobles, grands et genereux comme
« la profession que vous remplissez; que tout, dans

i Xotets incdites s%ir le proces de Danton, redigees pendant son
proces par Topino-Lebrun, I'un des jures. {Archives de la Prefec-
ture de police.)



— 46 —

« ce grand jour, soit digne du peuple dont la sou-
« verainete vous est commise ^ »

L'abbe Sicard entendit ces paroles du reduit ou il
^tait cache, a ]a section des Quatre-Nations. II fut
fait ainsi que Billaud-Yarennes I'avait demande, et
les depouilles des victimes furent reservees pour les
frais, ainsi que la Commune de Paris I'avait ordonne.
On lit, en effet , dans un compte rendu de I'execu- jj
tion des prisonniers de I'Abbaye, adresse au Conseil
general de la Commune par Lecomte, membre de la
section : \

« Nous vous devons aussi un compte exact des
depenses qu'ont necessitees les evenements, et d'ail-
leurs, un arrets de la nmnicipalite nous autorisait a
les faire, et le citoyen Billaud-Varennes en a ap-
prouve la quotite. Dans I'etat de ces depenses sont
compris les ouvriers qui onttravaille a I'enlevement
et au depouillement, les marchands qui ont fourni le
vin, le pain, et toutes les clioses absolument neces-
saires, et chaque article est appuye d'un bon des
comraissaires du comite.

« Enfin, nous vous presentons I'etat comparatif
des objets recus, de ceux remis, et le resultat que
presente I'etat de ceux qui restent.

Dans cet etat, vous vous apercevrez que la plus
grande partie du numeraire a servi h rembourser la



Relation de M. V ah be Sicard. p. 134.



47



depense; et, k cet ^gard, nous devons vous expliquer
que la section nous ayant autorises a prendre les
FRAis suR LA CHOSE, nous avous preferc prendre en



numeraire '. »



Afin de vider imraediatement ce point de la ques-
tion, a savoir que le Conseil general de la Commune
de Paris avait decide, par un arrete, que les egor-
geurs seraient payes; que la section des Quatre-
Nations avait ete autorisee k traiter, de gre h gre,
avec les assassins , et que le salaire indique par
Billaud-Varennes fut adopte, nous transcrirons ici
les premieres lignes de VEtat des frais :

« ETAT DES FRAIS faits par la section des Quatre-
Nations, dans les journees des 2, 3 et 4 septembre
dernier, d'apres V autorisation du Conseil general
de la Commune.

(( MUNiciPALiTE DE PARIS; — cxtrait du rcgistro des
deliberations du Conseil general des commissaires
des quarante-huit sections.

« Du quatre septembre mil sept centquatre-vingt-
douze, I'an quatrieme de la liberie et premier de
r^galite.

« Sur la demande faite par des citoyens ouvriers



1 Rapport au Conseil general de la Commune, joint a Vet at des-
frais des massacres de I'Ahhaye et a Vinventaire des depouilles des
victimes. (Dossier des massacres, pifece cotee n. 46. — Archives de
hi Prefecture de police.)



— 48 —

de la section desQuatre-Nalions*, le Conseii general
a renvoy^ cette reclamation an coraite de ladite
section des Quatre-Nations. Signe:Ballin, president,
Mehee, secretaire-greffier adjoint.

« Pour extrait conforme k Foriginal : Signe , ,
Mehee, secretaire-greffier adjoint. 1

« Meinoire de ce qui a ete paye par les coinmis-
saires de la section des Quatre-Nations, aux ouvriers
et fournisseurs, pour Tenlevement et d^pouillement
des cadavres qui sont morts dans cette section,
d'apres le dire du citoyen Billaud-Varennes, sub-
stitut du procureur de la Commune \ »

Enfin, en marge de I'inventaire des d^pouilles des
victimes, on Jit, de la main de Lecomte, page 3 : — •
« Pour les lYais, 7 doubles louis ; — plus, 3 ecus de
Glivres; — \ piece de 1 livre 10 sous; - 15 pie-
ces de 15 sous; — 1. pi^ce de l^ sous, dans la bourse
bleue. » — Page 7 : « Pris par Lecomte, pour les
frais, 12 louis simples ; — 64 pieces de 15 sous ; —
3 ecus de livres ; — 2 ecus de 3 livres ; — 1 pi6ce
de 1 livre 10 sous ; une piece de 12 sous. — Pour
le meme objet, les ecus de 6 livres, 3 livres, pieces
de 24 sous et 12 sous, contenus dans la bourse de



1 Dans les comptes des massacres de sepiembre, les e'gorgeurs,
les fouilleurs et les depouilleurs des cadavres sont toujours appe-
l^s citoycns ouvoiers. ,

2 Dossier des massacres, pifece cotee n. 45. — Arcliives de la
Prefecture de police.



— 49 —

filet. — Plus, pris par Lecomte, pour les frais,
1 loiiis simple K »

Ce I'ut done Billaud-Varennes qui fixa le salaire
des egorgeurs de TAbbaye , et son appreciation
servit de base a la depense. Quoique ce i'ait soil dejst
irrevocablement fixe, il nous a paru digne d'interet
d'ajouter aux details qui precedent I'extrait d'une
piece inedite du dossier des massacres, et le recit du
president de la section, Jourdan, qui discuta avec
Billaud-Varennes le salaire des egorgeurs.

« Le comite, dit cette piece, tourmente par les
assassins pour partager les depouilles, envoya un
commissaire pour faire part de cette pretention, faire
le rapport, el demander Tavis. Le Conseil envoya
Billaud-Varennes et Godieux, Le premier, arrive
sur le perron, perora les assassins, les felicita, les
remercia, les engagea ^ ne pas partager les de-
pouilles, et leur promitS^livres. II repeta ce propos
dans le comite. Le comite representa Fimpossibilit^
de payer, faute de fonds. Billaud assura que le mi-
nistre de I'intcrieur I'erait des fonds ; mais qu'en
attendant il I'allait que quelqu'un en fit I'avance. Le
president en parla au citoyen Laconte, qui en parla
a Roland". »



^ Proces-verhal d'inventaire des efftts trouvcs sur leu personnes
mortes dans les journees des 2etS septembre. (Piece cotee n. 94 bis.
— Dossier des massacres. — Archives de la Prefecture de police.)

^ Piece cotee n. 48. — Dossier des massacres, — Archives de la
Prefecture de police.



— 50 —

Le president clu comit6 des Quatre-Nations fut
plus particulierement celui avec lequel Billaud-
Varennes discuta le salaire des assassins. Yoici le
recit qu'il en fit lui-meme, lors de I'enquete oper^e,
k la demande du Coraite de surete generale, au mois
de thermidor an III.

« Dans le cours de la matinee du 3, sept ou liuit
massacreurs vinrent me demander leur salaire.
« Quel salaire?)) leur dis-je. Le ton d'indignation
avec lequel je leur fis cette demande les deconcerta.
« Nous avons passe, dirent-ils, notre journee k de-
« pouiller les morts ; vous 6tes juste, monsieur le pre-
« sident, vous nous donnerez ce qu'il vous plaira. »

« Le citoyen L... (Laconte) ', un de mes collegues,
^tait a c6te de moi; je lui proposai de donner un
petit ecu k ces monstres, pour nous en debarrasser.
— <( Ge n'est pas assez, me repondit L... ; ils ne se-
tt raient pas contents, »

« Au meme instant entra le citoyen Billaud-
Varennes, alors oificier municipal; il nous fit un
grand discours pour nous prouver I'utilite et la
n^cessite de tout ce qui s'elait pass6. II finit par nous
dire qu'en venant a notre comite, il avail rencontre
plusieurs des ouviners (ce sont ses expressions) qui
avaient travaille dans cette journee, lesquels lui

1 Ce Laconte, qui signait Delaconte, a redig^ de sa main et
sign6 la plupart des bons de 24 livres delivr^s aux tueurs par
le comity des Quatre-Nations.



- 51 —

avaient demande leiir salaire; qu'il leur avait promis
que nous leur donnerions k chacun un louis.

— «0u voulez-vous que nous prenions ces sommes?
« vous savez aussi bien que nous que les sections
« n'ont aucun londs a leur disposition? » II fut inter-
dit pendant un moment ; ensuite, il me dit qu'il fallait
nous adresser au ministre de I'interieur, qui avait
des fonds destines a cet objet.

« Le citoyen L... m'observa qu'il devait aller,
diner chez le ministre de I'interieur, et il m'offrit de
lui en parler. J'acceptai sa proposition, et je lui don-
nai sur-le-cliamp une autorisation pour demander
au ministre une somme de 3,000 fr., de I'emploi de
laquelle la section des Quatre -Nations justifie-
rait'. ))

Le lecteur n'oubliera pas que Billaud-Varennes
etait le substitut du procureur de la Commune, et
qu'il etait autorise par un arrete du Conseil general.



TtJ



MARAT.

Marat eut deux r61es considerables dans les mas-
sacres de septembre : il lut a la fois un de ceux qui
les inspirerent et un de ceux qui les executerent.

. 1 Enquete sur les massacres de septembre ^ Declaration du cifnycn
Jourdan, p. M8, 149.



Cependant, i'lin et I'autie cle ces deux r6les, il les
nia effrontement.

(c L'l^venement desastreux des 2 et 3 septembre,
ecrivait-il le 6 octobre, que des perfides et des sti-
pendies attribuent a la municipalite, a ete uiiique-
ment provoque par le deni de justice du tribunal
qui a blanclii le conspirateur Moritmorin, par I'in-
dignation du peuple, qui a craint de se voir esclave
*de tous les traitres qui ont si longteuips cause ses
desastres et ses. malheurs '. «

C'est la, comme le lecteur le salt deja, une des
fables accreditees sur les causes des massacres. Mais
Facquittement de M. de Mcntmorin, prononce le
vendredi 31 aout, dans I'apres-midi, par le tribunal
revolutionnaire- ne put pas faire que, des le 25 aout,
Sergent dissuadat madame de Fausse-Lendry d' alter
s'enfermer a I'Abbaye, avec son oncle I'abbe de
Chapt de Rastignac, en lui disant qiielle commettait
une imprudence etque les prisons n etaient pas sitres^;
ilne put pas faire que, le 31 aout.au matin, un pro-
fesseur nomme Felix, membre de la section des Sans-
Culottes, fort mele, comme on verra, aux massacres,
proposat de faire le triage des pretres de Saint-Fir-
min ''. Une fermentation vague et generale , sans

1 Marat, Journal de la Repuhlique franr^aise, n. 12.
^Bulletin du Tribunal re'volutionnaire, V' parti e, ii . 8.
3 De Paysac, marquise Iv Fausse-Lendry, QneJques-uns des
fruits amer/s de la Revolution, etc., p. 71.

<* « M. Felix, dit le proees-verbal, a observe que, relativement



00 —



plan, sans chefs et sans but, n'aurait meme pas pu
faire que le 2 septembre, « de trh-fjrand matin, le
concierge de I'Abhaye fit sortir de la prison sa
femme et ses en f ants, precaution qui in'etonna, dit
madame de Fausse-Lendry, d'autant que je voyais
de la consternation sur sa figure *. »

Au reste, Marat n'avait aucun scrupule sur les
massacres; et voici en quels termes il s'en exprimait,
dans son discoursel la Convention, du25 septembre:

« Qui de vous, Messieurs, eut ose me faire un
crime d'avoir appele sur les tetes coupables des sce-
lerats la hache des vengeances populaires? Le
peuple, sans obeir a ma voix, a eu le bon sens de
sentir que c'etait effectivement \k toute sa ressource;
il I'a employee plusieurs I'ois pour s'empecher de
perir. Ce sont les scenes sanglantes des 14 juillet,
(3 octobre, 10 aoiit, 2 septembre, qui ont sauve la
France. Que n'ont-elles ete dirigees par des mains
habilesl... Desole de voir la hache frapper indis-



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