vouerent. Ainsi avaient fait Robespierre, Marat et
Petion ; ainsi fit Santerre.
Une Vie de Santerre, publiee d'apres les docu-
ments originaux laisses par lui, et d'apres les notes
d'Augustin Santerre, son fils aine, s'exprime ainsi
au sujet des massacres : a On fit i\ Santerre I'hon-
neur de penser qu'il pourrait en contrarier I'execu-
tion, il fut eloigne. On lui donna Tordi-e de se rendre
A Versailles pour y passer en revue des gardes natio-
nales. II ne dutrevenir a Paris que le 4 septembre '. »
D'abord on observera qu'avoir 4te absent de Paris
le 2 et le 3 septembre , ce ne serait pas une excuse
suffisante pour Santerre, car on massacrait encore a
la Force le 7 au matin, ainsi que le prouve un proces-
verbal autbentique qui trouverasa place plus loin.
* A. Carro, Santerre, general de la Republiqiie frangaise, p. 1-24.
8.
— 90 —
Ensuite, cette revue de gardes nationales, passee
par Santerre h, Versailles, et le tenant eloigne le 2,
le 3 et une partie du 4, est, malheureusement pour
lui, une fable, completement detruite par les proces-
verbaux du Conseil general de la Commune et de
I'Assemblee nationale.
La presence de Santerre k Paris, le 2, le 3, le 4,
le 5et le 6 septembre, est officiellement constatee.
Et non-seulement Santerre etait k Paris pendant
les massacres, mais il recut, comme commandant
general de la garde nationale, des ordres formels de
proteger les prisons. II recut ces ordres de la Com-
mune, le 2 septembre; de I'Assemblee nationale,
le 3 ; du ministre de I'interieur, le 4. Santerre n'en
ex^cuta aucun ; car nous produirons le temoignage
desofficiers des sections dans lesquelles se trouvaient
I'Abbaye et la Force, et ces olficiers declarerent,
pendant la duree des massacres, qu'ils n'avaient pas
d'ordres pour les empecher.
Le 2 septembre, k quatre heures du soir ', on
vient annoncer au Conseil general de la Commune
1 C'est sans aucun fondement que MM. Marrast et Dupont (les
Fastes de la Revolutioji, t. I"'', p. 357), en reproduisant le passage
du Proces-verhal de la Commune, ou il est dit : « Un officier de la
garde nationale apporte la nouvelle... que la foule commence a
■pmetrer' dans les prisons, » le font preceder de ces mots : vers six
heures.
Ces mots ne se trouvent pas dans le texte du procfes-verbal ,
et c'est k quatre heures precises du soir, au moment ou s'ou-
vrail la beance , que la nouvelle des massacres parvint au
Conseil general.
— 'Jl —
de Paris, que la foule commencait a pmetrer dans
les prisons. Le Gonseil prencl immedialement des
arr^tes pourfaire elargir les prisonniers pourdettes,
les prisonniers pour mois de nourrices, et fait ouvrir
les porles de Sainte-Pelagie. Santerre , present k
I'assemblee, annonce qiCil va envoyer de la force
armee au Temple *.
Le m6me jour, 2 septembre, a huitheures du soir,
Santerre assiste, h. la mairie, chez Petion, ci un con-
seil sur les affaires presentes avec Servan, Roland et
\ Dan ton ^
! Le meme jour, dans la soiree, Santerre prend la
j parole au Gonseil general, et fait voter la liberte
I d'entree et de sortie aux barri^res pour toutes les
j personnes du dehors qui apporteront des comestibles
et des objets de premiere necessile ^.
Enfm, le m6me jour, 2 septembre, au moment de
lever la seance du soir, le Gonseil general rend cet
arr6t<^ : « M. le commandant general est autoris^
I a envoyer de nombreux detachements autour du
Temple et des prisons ^.
On le voit, Santerre ne passait point des gardes
I nationales en revue, k Versailles, le 2 septembre.
j Santerre ^tait k Paris, au sein du Gonseil general de
1 Proces-verbaux de la Commune de Parisj Stance du 2 sep-
1 tcmbre au soir.
2 Ibid.
â– â– ' Ibid., .Seam.'H du 2 septembre au soir.
^ Ibid.
— y:^ —
la Commune, et au sein du conseil des ministres,
tenu A la mairie ; Sanlerre assistait au commence-
ment des massacres ; et, en se rendant, de rH6tel
de ville £i la mairie, il avait du necessairement enjam-
ber les cadavres des prisonniers du Chatelet et de la
Conciergerie , que les tueurs depouillaient sur le
Pont-au-Change, sur le Pont-Neuf et dans la grande
courdu Palais.
Le 3 septembre, Santerre etait ^ Paris, car I'As-
semblee nationale, epouvantee des massacres qui
s'executaient en ce moment dans neuf prisons ,
rendit un decret pour rappeler le peuple a sa di-
gnite, a son caractere et a ses devoirs; et ce decret,
porte aux sections par quarante-huit commissaires
pris dans I'Assemblee, chargeait le commandant
general de la garde nationale d'employer tons les
moyens et de donner, sons sa responsabilite, tons les
ordres necessaires potir que la surete des personnes et
des proprietes ftct respectee ^
Le 4 septembre, Santerre etait k Paris, car le
Conseil general de la Commune le chargeait de pre-
parer le depart de deux cent cinquante volontaires
de Saint-Cloud et d' Arches % et Pioland lui ecrivait
une lettre celebre, a laquelle Santerre repqndait
dans les termes suivants ;
* Moniteur du 5 septembre 1792, Seance de I'Assemblee natio-
nale du 3.
- Proces-verbaux delaCommvne de Paris, Seance du4 septembre.
— 93 —
« Monsieur le ministre, je recois a I'instant votre
lettre ; elle me somme, au nom de la loi, de veiller
a la surete des citoyens. Vous renouvelez les plaies
dont mon coeur est ulcere en apprenant a chaque
instant la violation de ces memes lois, et les exces
auxquels on s'est livre.
« J'ai I'honneur de vous representer qu'aussit6t
la nouvelle que le peuple etait aux prisons, j'ai donne
les ordres les plus precis aux commandants de batail-
lons de former de nombreuses patrouilles , et aux
commandants du Temple et autres, voisins de la
; demeure du roi et de rh6tel de la Force, a qui j'ai
recommande cette prison, qui n'etait pas encore
forcee.
I (( Je vais redoubler d'efforts aupres de la garde
} Rationale , et je vous jure que si elle reste dans
( I'inertie, mon corps servira de bouclier au premier
I citoyen qu'on voudra insulter ^ . »
On remarquera que cette lettre de Santerre, citee
dans les memoires publics par sa famille, prouve
pr^cis^ment, independamment des proc^s-verbaux
de la Commune, que le commandant general de la
j g-arde nationale etait k Paris, non 4 Versailles, le
2 septembre.
En elfet, Santerre dit, dans cette lettre, qu'il a
donn6 des ordres aussitdt apres la nouvelle que le
' Af-iiii/ei'?- fill 7 septemhre 1793.
— 94 -
peuple etait mix prisons. Or, cette nouvelle fut
annoncee publiquement au Conseil general le 2 sep-
tembre, k quatre heures precises , ainsi que le con-
state le proces- verbal de la seance.
Santerre ajoute qu'il a recommande sp^cialement
la prison de la Force, qui n etait pas encore forcee.
Or, les documents officiels, dont la place se trou-
vera plus loin, etablissent que la Force fut attaquee
du 2 au 3, entre minuit et une heure du matin,
Certes, la presence de Santerre a Paris, le 2 sep-
tembre, etait surabondamment prouvee par le pro-
ces- verbal du Conseil general de la Commune ;
cependant il ne nous a pas semble inutile de faire
observer qu'elle etait encore constatee par un docu-
ment signe de lui.
Le 5 septembre, Santerre etait a Paris ; car le Con-
seil general lui ordonne de faire relever le poste des
barrieres et de n'y laisser que quatre hommes et un
caporal K
Enfin, le 6 septembre, Santerre etait ^ Paris, car
le Conseil general le charge, k dix heures du matin,
de regler une affaire de fusils relative a la section des
Droits de rtlorame ^
La presence de Santerre k Paris, pendant toute la
duree des massacres, ne saurait, comme on voit, etre
J Proci'/i-verhdu.v de la Comniane da Paris, Scanct! du 5 .jep-
tuuibro.
- Iliid., Si'aiifi- (lu () su[)tenibre.
— 95 —
I'objet d'aucun doiite; et les denegations conteuues
I dans les Memoires publies avec Fassentiment de sa
I famille, n'ont pas plus de fondement que Fassurance
! avec laquelle Robespierre pretendait etre reste cbez
I lui pendant ces horribles journees.
I Present k Paris, Santerre recut les ordres les plus
iformels de proteger les prisons ; il recut, comme
nous Favons dit, ces ordres, le 2 septembre de la
â– Commune de Paris ^; le 3, del'Assembleenationale ;
lie 4, du ministre de Finterieur. Si Fon excepte le
jTemple, Santerre ne protegea rien, et les chefs de
bataillon rest^rent sans instructions.
I Deux documents authentiques etablissent que San-
terre n'avait pas donn^ d'ordres aux chefs de batail-
lon de la garde nationale. Le premier est le proc^s-
Iverbal d'une commission dite des Cinq, instituee au
mois de germinal an III, dans la section de F Unite
ou des Quatre-Nations, sous la presidence de Chau-
veau-Lagarde, pour faire une enquete sur les mas-
sacres de FAbbaye. Voici le passage de ce proces-
verbal, relatif au nomme Moliere, commandant, le
^ septembre, le bataillon de F Unite.
« Prevenu d'avoir repondu, le 2 septembre, k deux
1 Dans un rapport officiel , fait ;i rAysembl(5e nationale, au
nom de la Commune, Tallien s'exprime ainsi : « Plusieurs de-
putations se sont succ6d6 a la Force; et I'ordre a ete donne au
jommfmdant general d'y faire transporter des de'tachemeiits. [Proces'
jerbaux de I'Assemhlee nationale, t. XIV, p. 218.)
— 96 —
citoyens, I'un qui lui disait : Est-ce que vous ne
pourriez pas faire cesser le carnage? Et Fautre, qui
I'invitait k rassembler la force armee de la section,
pour s'opposer a la fureur des scelerals, gu'il rCavait
point d'ordres '. »
Le second document est un jugement du tribunal
criminel du departement de la Seine, en date du
23 floreal an IV, statuant sur le nomme Monneuse,
Fun des jitges de la Force. En voici un extrait :
« Le directeur du jury declare qu'il resulte de
Fexamen des pieces, et notamment d'un extrait des
deliberations de Fassemblee g^n^rale de la section
des Droits de FHomme, du 5 prairial an III, que ledit
Monneuse est un assassin, et qu'il a ete juge a laForce
au mois de septembre 1792 ;
« Que ledit Monneuse a declare que, dans aucune
prison, il n'a pris part aux massacres qui s'y sont
commis ; qu'il n'a egalement pas rempli les fonc-
tions de juge, puisque, d'apres Farrete du Conseil
general de la Commune, Fobjet de leur mission etait
d'etablir et de maintenir Fordre et d'empecher les
massacres - ; que meme, pour s'etre oppose k cc que
1 Proces-verhal d'enqu^le de la commission des Ciiiq. — Dossier
des massacres de septembre. {ArcJtives de la Prefecture de police.)
2 Ce Monneuse 6tait membre du Conseil gemral de la Com-
mune; il avait ete nomme commissaire, et envoye a la Force j
pour proteger les prisonniers ; mais la Commune n'envoya par-
tout que des assassins, cliarges, non d'arreter, mais de regula-
riser les massacres.
— 97 —
I'on en sacrifi(\tquelques-uns, il a manqu^ de perdre
la vie; que ceux qui jugeaient et prononcaient
etaient des jures, etablis et nommes par le peuple;
que lui-memel'aisait justice; que la force armee, qui
avait ete requise de se rendre c\ la Force, etait en
tr^s-petit nombre ; et que d'ailleurs ceux qui la com-
mandaient, ont dit n avoi?' point d' or dres K »
Santerre, quoique place k la t^te de la force armee,
laissa done les massacres de septembre s'accomplir
par raoins de deux cents assassins amies d'assom-
moirs, d'epees et de piques, et que cinquante gen-
darmes auraient disperses et aneantis: il sut tout,
vit tout et laissa tout faire, comme le maire, comme
le procureur de la Commune, comme le minist^re,
comme I'Assemblee legislative. Tous ces factieux,
tous ces ambitieux, tous ces revolutionnaires, esclaves
de la populace, qu'ils avaient dechainee, parlaient
aux egorgeurs le chapeau a la main. Toute lenr
energie s'etait epuisee k comploter, a conspirer, ;\
organiser des emeutes; et comme, apr^s tout, il y a
toujours un pouvoir quelconque au milieu de la
plus grande anarchic, apres avoir renverse I'autorite
paternelle et debonnaire de Louis XVI, ils subis-
saient la tyrannic sanglante d'une centaine de bri-
gands, chamarres d'^charpes et de plumets, et tr6-
nant k I'Hdtel de ville.
* Informalions et jugemenls conire Jes iueurs de septembre. (Greffe
fill Pdhiifiile-.THxIire. )
— 9cS —
Les apologistes des massacres imaginferent iine
excuse, consistant k dire que le grand nomljre de
troupes necessaires aux barrieres n'avait pas permis
de disposer de forces suffisantes pour iraposer aux
assassins. Gette excuse est un mensonge. Paris n'avait
pas de troupes de ligne, c'est vrai, parce que les
Girondins les avaient eloignees pour faire la revolu-
tion du 10 aout; mais Paris possedait dix fois plus
de forces qu'il n'en fallait pour preserver les pri-
sons.
« J'ai vu, dit Rocli Marcandier, la place du The^-
tre-Francais couverte de soldats que le tocsin avait
rassembMs ; je les ai vus prets a marcher, et tout k
coup se disperser, parce qu'on etait venu traitreuse-
ment leur annoncer que ce n'etait qu'une fausse
alerte, que ce n'etait rien.
« J'ai vu 300 hommes amies , faisant I'exercice
dans le jardin du Luxembourg, a deux cents pas des
prMres que Ton massacrait dans la cour des Garmes.
Direz-vous qu'ils seraient restes im mobiles si on
leur eiit donne I'ordre de marcher contre les assas-
sins*. »
D'ailleurs, I'entree des Prussiens avait occasionne
des enrdlements considerables, et Paris ^tait plcin
de conipagnies qui defilaient devant FAssemblee
avant de marcher k I'ennemi.
1 Roch Marcandier, Histoire des hommes dsproie, p. 20.
— U9 —
Le 4 septembre seiilement, on y voit defiler la com-
pagnie des Chasseurs de l Egalite^ la compagnie des
Hussards de la Liberie ei la compagnie des Hiissards
de la MortK On trouve mentionnees, dansles debats
du Conseil general, la compagnie franche caserneea
rOratoire; la compagnie franche de I'Observatoire,
la compagnie de la section des Tuileries, et la 29"
division de gendarmerie k cheval ^ Enfm I'Assem-
blee nationale avait A son service et k ses ordres
deux compagnies de gendarmerie; c'etait plus qu'il
n'en fallait pour empecber les massacres si elle I'avait
voulu ; mais, au lieu d'envoyer des soldats aux prisons,
les Girondins y envoyerent quarante-huit orateurs.
VIII
LES SECTIONS.
Ce n'etait pas tout que d' avoir arrete la pensee des
massacres, il fallait encore trouver mi certain nom-
bre d'hommes egalement atroces et resolus, qui vou-
lussent en diriger I'execution.
Ce n'est pas qu'il piit y avoir pour personne un
doute raisonnable sur les desseins de la Commune.
La resolution d'exterminer les pr6tres, les nol^les,
les bourgeois riches, tons ceux qui pourraient 6tre
1 Procen-verlaux de V Assemblee nalionale, i. XIV, p. ^91, 817.
- Procbs-verhaux de la Commune de Paris, Seances du 2 et du
:i septembre 1792.
— 100 —
im obstacle k ses plans, avait ^te r^velee par cette
decision prise le 23 aoiit, et ainsi formulae au proces-
verbal :
(( Surla proposition tl'un membra, tendant a sepa-
rer les prisonniers de lese -nation de ceux de mois de
nourrices et autres cas pareils des differentes pri-
sons, le Conseil a adopte cette mesiire '. »
Cette resolution fut publiquement annoncee par
cet arr6te du 30 aoiit :
(( II est arrete que les sections sont chargees d'exa-
miner et de juger, sous leur responsabilite, les
citoyens arretes cette nuit ^. »
Les sections n'etaient pas des corps judiciaires.
Leur donner la charge d'examiner et de juger les
personnes arr^tees k la suite des visites domiciliaires
operees dans tous les quarliers de Paris, les barrieres
closes et toute delivrance de passe-ports suspendue,
c'etait leur deferer I'accomplissement d'un acte po-
litique inspire aux demagogues et par leurs prin-
cipes et par les passions du moment.
C'est done bien en vain que deux apologistes des
hommes et des journees de septembre voient dans
« cette hypothese de la premeditation des massacres,
une invention royaliste et girondine ; » et pretendent
que « les Girondins I'imagin^rent plus tard, lors-
1 Proccs-verhaux-minutes de. la Commune de Paris, Seance du 23
aout 1792, vol. XXI, p. 350, carton O. 7. O. (Archwet, de VHdtel
de ville de Paris.)
2 Ihid., Sf^ancf dn 30 aoi'U 179-2.
— 101 _
qu'ils voukirent perclre les Montagnards, leurs enne-
mis '. )) Cette premeditation eclata dans le texte
meme de tons les documents officiels.
Un ecrivain intelligent, et qui ne saurait etre sus-
pect en matiere de doctrine demagogique, M. Mi-
chelet, ne s'est pas trompe sur cette premeditation.
(( Personne, dit-il, ne doutait des massacres. Robes-
pierre, Tallien et autres firent reclamer aux prisons
quelques pr^tres, leurs anciens professeurs. Danton,
Fabre d'Eglantine, Fauchet, sauverent aussi quel-
ques victimes -. »
M. Michelet aurait pu ajouter que iMarat sauva
son bote, I'avocat Daubigny, arrete pour avoir vole
cent mille livres aux Tuileries, le 10 aout.
Yoici, en effet, ce qu'on lit dans un registre, inti-
tule : Registre des comptes rendus en presence des
citoijens conimissaires des qiiarante-lmif sections,
par le Conseil general de la Commune :
« Le 17 avril 1793, Fan II de la Republique fran-
caise une et indivisible, je soussigne citoyenne Marie-
Jeanne Pincepre, femme du citoyen Bault, concierge
k rh(Mel de la Force, section des Droits de I'Homme,
declare que le citoyen Daubigny a etc constituc pri~
sonnier a V hotel de la Force, le 28 aout 1792, de
I'ordre du Comite de surveillance, ct que le citoyen
• Marrast cl Dupont, ?cs Fastes de la RevoluHon fran<;aisi, t. I",
p. 349, 2^ colonne.
- Micbclet , Iliatoirc de la Re'voJutiun franrnixr , 1. IV , p. 1-21.
— 10-2 —
Marat est venu deux on trois jow's ava?it sa sortie,
avec line permission de la mairie, pour parler au
sienr Daiibigny, qui a ete conduit dans le greffe, et
lui a parle tant en ma presence qu'en celle de mon
mari ; assure la declarante qyHelle a entendu dire au
citoyen Marat que si ledit Daubigny etait innocent,
il lui rendrait service; que le 2 septembre, le
citoyen Chavois, gendarme, s'est presente a la mai-
son de la Force avec un ordre du Coniite de surveil-
lance, signe Panis, Duplain, Leclerc, c\ I'effet de
transferer le sieur Daubigny k la mairie, ce qui a ete
execute en vertu dudit ordre, en foi de quoi je fais
la presente declaration et signe : Marie-Jeanne Pin-
cepre, femme Bault^ concierge de la maison d' arret
de la Force \ »
On va voir en effet les sections les plus revolu-
tionnaires se concerter entre elles, pour mettre de
I'ensemble dans les massacres ; et il faudrait un
strange aveuglement pour ne pas comprendre la
lettre suivante adressee, le 2 septembre, k dix heures
du soir, de rH6tel de ville, k un membre de la com-
mission administrative :
(c Ce dimanclie , 2 septembre ,
40 heures du soir.
« Nous sommes h notre poste, frere etami, depuis
1 Page 225 du regislre ; — n. 8279 de Ja pagination d'cnseinbic
uL's regislres. {Archives de VHdtel de ville dc Paris.
— 103 —
quatre heures. Nous avons pense que les circon-
stances exigeaient imperieusement que nous fus-
sions en etat de permanence. Nous vous prions de
vous y rendre k I'instant. Yotre presence est indis-
pensable.
« Signe : Lachevarbiere, Raisson, Righi, Leblanc,
J. N. Pache, Berthelot *. »
IX
Les assemblees des sections etaient autant d'in-
struments employes par les meneurs de la Commune,
j pour ecarter d'elle la responsabilite, ou au moins la
I clameur publique. Aussi les meneurs firent-ils
j demander par les sections qui leur etaient le plus
surement acquises le massacre des prisonniers ; et
cette demande fut faite le 2 septembre, dans la ma-
tinee, quelques heures seulement avant Fexecution ;
afin que I'idee du crime n'eut pas le temps d'etre
divulguee, commentee et repoussee.
La section Poissonniere se signala entre toutes par
son horrible ferocite. Une main, probablement cou-
1 Archives de I'Hotel tie viUe de Paris, carton 312. — Cette pifece
est inedite. Elle porte pour ndresse : A Monsieur Janie, tncmlre
de la commis.'iion administrative, 7-ue Mouffetard , pres les Go6e?nis.
— A droitc du pli ei au coin est r-orit ce mot : Presse.
— lOi —
pable, a dechire dans le registre de ses delibera-
tions, les deux feuillets ou se Irouvait inscrit son
proces-verbal de la seance du 2 septembre ; mais son
arrets, relalif aux massacres, fut communique ^plu-
sieurs autres sections qui y adher^rent, et la Provi-
dence a permis ainsi que ce monument de lionte fut
conserve.
On lit eneffet, dans le proces-verbal de la section
de la Fontaine de la rue Montmarlre :
« Une deputation de la section Poissonni^re a lu
I'arrete suivant de cette section :
c( Tous les conspirateurs de I'Etat, actuellement
enfermes dans les prisons d'Orleans et de Paris,
seront mis a mort avant le depart des citoyens qui
volent a la frontiere.
« hes pret?'es refractaires , les femmes et en f ants
d' emigres seront places sajis armes au premier rang
de I'armee qui se rend sur les frontieres pour que
lews corps servent de rempart aux bons citoyens qui
vont exterminer les tyrans et leurs esclaves '. »
Le meme arrete fut communique par des deputa-
tions aux sections de Mauconseil et du Louvre, qui y
adhererent -.
* Registre des deliberations de la section de la Fontaine de la rue
Montmarlre , Seance du 2 septembre 1792. {Archives de la Prefec-
ture de police.)
^ Voir les registres de ces sections /Stances du 2 septembre. '
{Archives de la Prefecture de police.)
— lOn —
Le registre de la section de Popincourt porte cette
mention :
« Un membre a fait la motion de purger Paris,
avant de parti r, des traitres qui sont enfermes a
I'Ahbaye *. »
La section dii Luxembourg prit I'arrete suivant :
« Sur la motion d'un membre, de purger les pri-
sons en faisont coulcr le sang de tons les detenus de
Paris, avant de partir, les voix prises, elle a ete
adoptee. Trois commissaires ont ete nommes ,
MM. Lohier, Lemoine et Ricliard pour alter a la
Ville, communiquer ce voeu, afm de pouvoir agir
d^me maniere conforme ^ »
i La section des Quinze-Yingts, dont le registre ne
se retrouve pas pour cette epoque, prit une delibe-
I ration conforme a celle de la section du Luxembourg ;
I et elle eut pareillement le cynisme ou la naivete
I d'aller en demander I'homologation, leSseptembre
I au matin, au Conseil general de la Commune. Le
I Conseil g(^neral repondit par un ordre du jour qui
j equivalait a un ordre de proceder au massacre ; le
i . .
; voici :
j « Une deputation de la section des Quinze-Yingts
I
j ' Regislre des deliberations de la section, de Po'pincourt, Seance
' (111 2 septembre. [Archives de la Prefecture de police.)
] - Le registre du Luxembourg de I'c'poque du 2 septembre
I manque a la collection de la Prefecture de police. Nous avons
pris Texlrait du proces-verbal dans Mathon de la Varenne, His-
toire particidiere , etc., p. 311. Mathon I'avait copi-"^ dans le re-
gistre.
— 106 —
demande I'emprisonnement, comme otages, des
femmes et des enfants des emigres, et la mort des
conspirateiirs , avant le depart des citoyens pour
Tarmee,
« Sur cette demande, le Conseil general passe k
I'ordre diijour, motive sur ce que les assemblees
generates de section peuvent prendre , dans leiir
sagesse, les mesures qii'ellesjiigeront indispcnsables,
sauf k se pourvoir ensuite par-devant qui il appar-
tiendra '. »
Les sections de Paris et le Conseil general de la
Commune etaient done, comme on voit, pleinement
d'accord sur les massacres ; cependant, il fallait en-
core, selon I'expression de la section du Luxem-
bourg, pouvoir agir d'une maniere conforme; et
c^est dans ce but que fut organist^, c\ la mairie le
Comite d' execution ainsi nomme, non-seulement
par I'abb^ Sicard ^ et par Jourdan ^, mais encore par
les actes ofticiels de la Commune *.
1 Proces-verhaux de la Commune de Paris, Seance du 3 septem-
bre au matin.
2 « Je fus introduit, dit I'abbe Sicard, dan:5 une salle basse,
oh se tenait le Comite d' execution. La, autour d'une grande table,
des hommes a chevelure jacobite recevaient les prisonniers qui
se succedaient dans cet antre. » [Relation de M. I'ahbe Sicard,
p. 91, 92.)
3 « Je crus devoir m'adresser au citoyen Tallien, qui etait
alors secretaire de la municipalite. II me repondit que cela ne
le regardait pas, niais le Comite d' execution. >:> [Declaration du
citoyen Jourdan, p. 150, 151.)
'i- Proces-verbaux de la Commune dePari^, Seance duisepteni-
bre au matin.
— 107 —
La mairie de Paris, doiit le malheiireux Sylvain
Bailly fut investi le premier, reunit les attributions
'!distinctes des prevots des marchands et des lieute-
nants civils de police. II y avait k la mairie un depar-