barbarie. C'etait une espece de berceau, ayant vingt-cinq pieds
de longueur sur quinze de largeur ; en dehors, elle etait cou-
verte d'e'corces, et a l'inte"rieur revenue de pieces de bois. Le
Pere la partagea en trois appartements : le premier, pres de la
porte d'entre"e, servait de cuisine, de dortoir, et de chambre de
reception ; le second etait le refectoire ; le troisieme devint une
ehapelle.
Le genre de vie des missionnaires e"tait d'une grande sim-
plicite. " Nous prenions notre repas," dit le Frere Sagard (1),
" sur une natte de jonc ; uu billot de bois nous servait de chevet
pendant la nuit, et nos manteaux de couvertures. Nous n'avions
points d'autres serviettes pour essuyer les mains que les feuilles
de ble d'Inde. Nous avions bien quelques couteaux, mais ils
ne nous etaient aucunement necessaires pandant le repas,
n' ayant pas de pain a couper. La viande, d'ailleurs, nous etait
si rare, que nous avons souvent passe des six semaines et des
deux mois entiers sans en manger un seul morceau, sinon
quelque petite portion de chien, d'ours ou de renard, qu'oii
nous donnait dans les festiiis. A la reserve du temps de Paques
et de 1'automne, que les Francais nous donnaient abondamment
de leur chasse, nos viandes ordinaires etaient de la saga-
mitt$ faite a 1'eau avec de la farine de ble d'Inde, des citrouilles
et des pois, ou nous mettions, pour y donner quelque gout, de
la marjolaine, du pourpier, d'une certaine espece de baume,
avec des petits oignons sauvages que nous trouvious dans les
bois et dans la campagne. Notre boisson etait Feau des ruis-
seaux. . . . et si, dans le temps que les arbres dtaient en seve,
quelqu'un de nous se trouvait indispose" ou ressentait quelque
debilite" de coeur, nous faisions une fente dans l'e"corce d'un
Arable, qui distillait une eau sucree, qu'on amassait avec un
plat d'e"corce, et qu'on buvait comme un remede souverain,
quoiqu'a la ve"rite" les effets n'en fussent pas bien conside-
rables."
Le vin leur ayant manque" pour la messe, ils en firent avec
des raisins sauvages ; ce vin du pays leur parut tres-bon, et se
conserva jusqu'a ce qu'ils en eussent de Quebec.
(1) Qratid Voyage au pay* den Hurons.
206 COURS D'HTSTOIRE [1624
Pendant les longues soirees de 1'hiver, pour lire ou pour
ecrire, il fallait recourir au feu de la cabane, ou se servir de
petits flambeaux d'eeorce de bouleau, qui avaient 1'incom-
modite" de durer fort peu de temps et de re"paudre beaucoup
de fumee. Les missionnaires s'occupaient a apprendre la
langue huronne, a e"baucher un dictionnaire et a instruire
quelques families mieux disposees que les autres. Ne se fiant
pas cependant aux apparences, ils ne voulurent baptiser que
deux adultes, de la since'rite desquels ils se crurent plus
assures.
Au printemps de 1'ann^e 1624, une flottille de canotshurons
se mit en route pour descendre au saut Saint-Louis et aux
Trois-Rivieres. Les Hurons allaient vendre les fourrurss qu'ils
s'e*taient procure'es par la chasse et par la traite avec leurs
voisins. II s'agissait encore pour eux d'une affaire fort impor-
tante, car ils souhaitaient retablir la paix entre toutes les
nations sauvages. Le P. Le Caron se ddcida & les suivre, avec
le Frere Sagard. Depuis bien des annees, la guerre rdgnait
dans toutes ces centimes, depuis le pays des Montagnais jus-
qu'au grand lac des Hurons. Ce n'etait pas, il est vrai, une
grande guerre que Ton faisait ordinal rement ; c'etait plutot une
chasse aux hommes, qui, a la longue, affaiblissait et de"truisait
des nations entieres. Chaque ann^e, un certain nombre de
guerriers se partageaient en bandes de cinq ou s:x, et allaient
se cacher aupres d'un village ennemi pour/aire coup ; pendant
des jours entiers, ils attendaient, avec toute la patience de
chasseurs, que quelque femme sortit et se presentat sans de*-
fense. Alors le casse-tete frappait ; et, lorsque la pauvre vic-
time e*tait tombee, on lui enlevait la chevelure. Quelques tro-
phe'es de cette espece suffisaient ordinairement aux guerriers,
qui retournaient au village pour y chanter leur victoire.
Les Hurons, les Iroquois etles Algonquins paraissaient enfin
disposes k mettre fin a une guerre harassante pour tons, et
desastreuse pour les bourgades rapprochees des enuemis ; ils
voulurent essayer de la terminer par un traite 1 . La flottille
huronne, qui descendait pour faire la paix. dtait compos(5e de
soixante canots ; sur la route, elle fut grossie par la rencontre
de vingt-cinq canots iroquois et de treize canots algonquins.
Un/eu de conseil (1) avait e"t6 allumd pour toujours aux
Troia-Kivieres ; ce fut Ik que se rdunirent les d6pute"s et leurs
escortes. On n'avait jamais vu dans le pays un tel concours de
(1) LeClercq, Etabluaement de la Foi.
1624] r>u CANADA. 207
peuples differents. Cepeudant, par les sages airangeinents que
prit Champlain, il n'y ent point de troubles ; chaque nation
avait ses interpretes, qui les mettaient en rapport avec les
autres. Les ceremonies ordinaires se firent re'gulierement ; la
chaudiere de paix fut suspendue ; on donna des festins, et
Ton prononca des discours ; les diverses nations assemblies
s'offrirent des presents les unes aux autres. Enfin la paix, si
longtemps desiree, fut conclue entreles Iroquois, les Francais,
les Hurons et les Algonquins ; suivant le langage figure des
sauvages, les baches de guerre furent jetees a la riviere.
Quelques families huronnes, au lieu de retourner dans leur
pays, descendirent a Quebec pour demeurer aupres des mis-
siounaires et se faire instruire. D'autres families etant venues
de differents cote's avec la meme intention, on vit ainsi se
xe'unir aupres de Quebec un nombre de sauvages bien plus
grand qu'a 1'ordinaire. On eut meme pendant quelque temps
1'esperance de les fixer et de les former a la francaise. Voici
les remarques qu'a cette occasion le P. Joseph adressait & ses
superieurs, sur les croyances des sauvages et sur 1'espoir de
leur conversion.
" On fait pen de veritables c'on versions parmi nos sauvages,
le temps et la graces ne sont pas encore arrives. On les policera
par les lois etles manieresde vivre a la francaise, avantdeles
rendre capables d'entendre raison sur des mysteres si Sie-
ves . . . Car tout ce qui regarde la vie humaine et civile sont
des mysteres pour rios barbares dans 1'etat present, et il faudra
plus de depenses et de travaux pour les rendre hommes, qu'il
n'eii a fallu pour faire chretieris des pen pies entiers.
" Ces peuples ne manquent pas de bon sens, en ce qui
regarde l'interet public et particulier de la nation . . . . et nean-
moins ils n'ont rien que d'extravagant et de ridicule, quand il
s'agit ou de dogmes de religion, ou de regies de mceurs, de lois
et de maximes .... Chez les huit ou dix nations dans le bas du
fleuve, Ton entrevoit a travers leur aveuglement quelques sen-
timents confus de divinite. Les uns reconuaissent le soleil,
d'autres un genie qui domine en 1'air ; quelques-uns regardent
le ciel comme une divinite", d'autres un manitou bon et mau-
vais. Les nations du haut du fleuve paraissent avoir un esprit
universel qui domine partout ; ils s'imaginent qu'il y a un
esprit dans chaque chose, meme dans celles qui sont inanimees,
et ils s'adressent quelquefois a lui pour le conjurer .... Lea
songes leur tiennent lieu de prophetic, d'inspiration, de lois,
de commandements et de regie, dans leurs entreprises de
208 COURS D'HISTOIRE [1624
guerre, de paix, de traite, de pche, de chasse ; c'est meme
une espece d'oracle .... Cette ide'e leur imprirae une espece
de necessite, croyant que c'est un esprit universel qui les
commande.
" S'il y a quelque saut difficile a passer, quelque pe'ril &
e'viter, ils jetteront dans 1'endroit meme une robe de castor,
du petun .... pour se concilier la bienveillance de 1'esprit qui
y preside.
" Ils croient communement une espece de creation du
monde, disant que le ciel, la terre et les hommes ont e"te faits
par une femme, qui gouverne le monde avec son fils ; que ce
fils est le principe de toutes les choses bonnes, et que cette
femme est le pricipe de tout le mal ; qu'elle est tombee du
ciel enceinte, et qu'elle fut recue sur le dos d'une tortue, qui
la sauva du naufrage ....
" Ils font profession de croire a I'lmmortalite* de Tame et une
vie future, ou on trouve me'me une chasse et une pche abon-
dante, du bl^ d'Inde et du petun .... Ils tiennent que Tame
n'abandonne pas le corps aussitot apres le mort ; c'est pour-
quoi on enterre avec le corps, arc, fleche, ble d'Inde, viande, et
sagamite', pour la nourrir en attendant .... Ils estiment que
les hommes, apres la mort, chassent les ames des castors, elans,
renards, outardes, loups-marins, et que 1'ame des raquettes
leur sert a se tirer des neiges .... Ils s'imaginent que les
ames se promenent invisiblement dans les villages durant un
temps, et qu'elles participent a leurs festins et re^gals, dont ils
laissent toujours leur portion.
" Ces pauvres aveugles professent de me'me une infinite'
d'autres superstitutions .... II ont une manie de ne pas pro-
faner certains os d'elans, de castors et d'autres btes, ni de les
faires manger a leurs chiens : mais on les conserve pre'cieuse-
ment, ou bien on les jette dans le fleuve. Ils pre'tendent que
les ames de ces animaux viennent voir de quelle maniere on
traite leur corps, et en vont donner avis aux betes vivantes
et a celles qui sont mortes, de sorte qu'elles ne voudront plus
se laisser prendre, ni dans ce monde-ci, ni dans 1'autre.
" Parmi une infinite* de superstitions, on ne voit rien a quoi
ils s'attachent par principes de religion ; ce n'est qu'une fan-
taisie, toute pure .... Si on les presse sur nos mysteres, ils
^content cela avec autant d'indifference que s'ils vous racon-
taient leurs chimeres . . . J'en vois plusieurs qui semblent se
rendre a cette vdrit^, qu'il y a un principe qui a tout fait ; mais
[1624 DU CANADA. 209
cela ne fait qu'effleurer leur esprit, qui retornbe an meme mo-
ment dans 1'assoupissement et dans sa premiere insensibilite.
" De 1& vient que commuuement ils ne se soucient pas d'etre
instruits .... On leur apprend leurs prieres, et ils les recitent
comme des chansons, sans aucun disceruement de foi . . . Je
ne sais si leurs ance'tres ont connu quelque divinite ; mais il
est vrai que leur langue, assez naturelle pour toute autre chose,
est tellement sterile en ce point, qu'on y trouve point de
termes pour exprimer la divinite, ni aucun de nos mysteres,
pas meme les plus cominuns.
" Un des plus grands obstacles a leur conversion, c'est que
la plupart ont plusieurs femmes, et en changent quand il leur
plait, ne comprenant pas qu'on puisse s'assujetir k 1'indisso-
lubilite du mariage ....
" Tin autre emp^chement est 1'opinion, qu'on ne doit con-
tredire personne et qu'il faut laisser chacun dans sa pensee.
Ils croiront tout ce que vous voudrez, ou, du moms, ils ne
vous contrediront pas, et ils vous laissent aussi croire tout ce
que vous voulez. C'est une indifference profonde, surtout en
matiere de religion, dont ils ne se mettent pas en peine.
" Ils laissent chacun dans sa croyance ; ils aiment meme ce
qu'il y a d'exterieur dans nos ceremonies ; et cette barbaric
ne fait la guerre que pour les interets de la nation. Us ne
tuent les gens que pour des querelles particulieres, ou par ivro-
gnerie, ou par brutalite", par vengeance, pour un songe ....
Et ils sont incapables de le faire en haine de la foi.
" Tout est brutal dans leurs inclinations ; ils sont naturelle-
ment gourmands. . . . L'opposition est grande au christianisme
du cote de la vengeance, quoiqu'ils aient beaucoup de douceur
a l'egard de leur nation ; mais ils sont cruels et vindicatifs au
dela de 1'imagination, envers leurs ennemis ; ils sont naturel-
leinent inconstants, moqueurs, medisants, impudiques ; enfin,
parmi une infinite de vices ou ils sont absorbes, on ne remarque
aucun principe de religion, ni de vertu morale ou payenne ....
" II faudrait, pour les convertir, les familiariser parmi nous. . .
II faudra done les fixer et les porter a de"fricher et a cultiver
les terres, a travailler de diffe*rents metiers, cornme les Fran-
cais ; apres cela, peu a peu on les civilisera entre eux et avec
nous ....
" Nous avons attire" ici quelques iroquois. J'estime, quoi-
qu'on dise de la cruaute* et de la fierte de cette nation, qu'ils
ont plus d'esprit, de raisonnement, de politique que les autres, et
sont par consequent plus capaHes de concevoir nos ve'rite's."
210 COUKS D'HISTOIRE [1624
Les premiers missionnaires se flatterent d'amener les sau-
vages a la civilisation, et, par la, au christianisme ; plus tard,
ils reconnurent que ces enfauts de la foret, accoutumes la
liberte la plus absolue, lie pourraient jamais etre asservis a la
gene qu'impose la vie civilisee. Vainement a-t-on essaye de
les engager a cultiver la terre ; il fut to u jours impossible d'eta-
blir parnii eux 1'agriculture, avec sou travail assidu, avec ses
instruments de labourage, avec ses habitudes d'ordre, d'eco-
nomie et d'ussiduite. Les femmes sauvages cousentaient a
cultiver quelques petits champs de ble d'lnde et de fe'ves ;
mais il ne fallait pas songer a en obtenir da vantage. Quand
aux hommes, ils dedaignaient ce travail, et le regardaient comme
etant au-dessous de leur dignite. Apportant, en venant au
monde, 1'instinct de I'independaiice, accoutume des 1'enfauce &
poursuivre au milieu des bois, Tours, rorignal, le chevreuil, a
faire glisser son leger canot sur les eaux des lacs et des ri-
vieres, a transporter sa derneure d'un lieu a un autre, sui.vant le
caprice du moment, comment le sauvage aurait-il pu denieurer
courbe sur la glebe, retournant un penible sillon, et parcouraut
sans cesse 1'etroit enceinte du meme champ ? Dans sa vie er-
rante, libre de toute inquietude pour le leudemain, pouvait-il
se soumettre h Texistence de 1'homme civilise, toute pleine de
sollicitudes, de calculs, d'appreheusions ? Bien des fois depuis,
dans la vue de les former pour le saint miuistere, on a essaye
de faire faire un cours d'etudes a de jeunes sauvages doues
d'heureuses dispositions, et jamais Ton n'a reussi. A peine
avaient-ils subi une ou deux ann^es de captivittS au college,
que, pousses par un mouvement irrc'sistible, ils jetaient bas
les habits de 1'^tudiant, endossaient le capot du chasseur, et
s'elancaient, ivres de joie, vers les sentiers de la foret.
Les metiers europeens leur convenaient encore moins que
1'agriculture et 1'^tude. Avant 1'arrivde des Francais,ils savaient
faire leurs canots d'^corce, tailler dans la pierre des tetes de
calumets et tresser des paniers ; ils h'apprirent rien davantage.
On n'a peut-^tre jamais vu un sauvage du Canada manier le
marteau du forgeron, le rabot du menuisier, la truelle du
macon (1). D'ou peuvent nattre cette inaptitude et ce degout
pour les arts et les metiers de la civilisation ? Est-ced'une dis-
pensation spticiale de la Providence, qui a voulu que des ine-
galites existassent entre les families du genre humaiu ? de
(1) Nos remarqiii'K lie 'appliqnent qu'auxsauvago-f du Canada. C^peudant BI I'UQ
e.xcepte la iiatiou di-s ChorokiM mix Etats-Uiiis, oll-s coiivifinlniient A toutes le
de I'Auifriqiie du X ord.
1624] DU CANADA. 211
1'im possibility, pour une race tombed dans la barbaric, de re-
monter au rang dont elle est de"cbue ? des charmes d'une vie
libre, independante et sans soucis ? Nous ne croyons pas devoir
les attribuer a une seule de ces causes en particulier ; mais,
toutes tiois re* unies ont concouru a produire, dans le caractere
des sauvages, les resultats que signalerent les premiers-inis-
sionnaires.
Malgre tous les essais, qu'ont encourages, depuis cette ^poque,
la puissance civile Bt les autorite's religieuses, aucuue des tribus
canadiennes ne s'est avance"e au-del& d'une demi-civilisation,
et presque toutes se sont e"teintes avant d'y parvenir. Aujour-
d'bui encore, les Moutaguais et les Tetes-de-Boule du Saint-
Maurice, rnalgre leurs rapports frequents avec les blancs,
sont plonges dans 1'etat sauvage, et se plaisent a y demeurer.
Eb bien ! quoiqu'ils n'aient pas adopte les coutumes des Fran-
cais, ils n'en sont pas moins devenus d'excellents cbre"tiens.
La vie des bois les conserve dans leur attacbement a la foi ca-
tholique et dans la purete' de leurs moeurs. Moins leurs rap-
ports sont frequents avec la civilisation, et niieux ils gardent
la dignite de caractere et l'innocence de vie qui appartiennent
aux vrais disciples du Christ.
II semble done qu'il aurait fallu diffe"rer trop longtemps 1'ad-
mission des sauvages du Canada dans le sein de 1'Eglise, si
Ton avait attendu qu'ils eussent adopt^ la civilisation euro-
peenne, il fussent deveuus semblables aux Francais. Sans
doute, il etait n^cessaire de donner aux sublimes ve'rite's de
1'^vangile le temps de germer dans des coeurs barbares et d'y
prendre racine ; et les premiers missionnaires ont etc* accuses
de precipitation, lorsque leurs neopbytes, manquant de perse-
v^rauce, retombaient dans I'lnfidelite" apres avoir recu le bap-
t^me. Mais ces apostasies e*taient presque toujours dues au
de*faut d'instruction, aux inspirations mauvaises des blancs.
ou a quelque circonstance extraordinaire ; la vie sauvage, par
elle-mSme, n'a jamais e'te' un obstacle a la fide'lite' des vrais
catholiques, soit chez les Hurons, soit cbez les Algonquins.
15
21:2 co UBS D'IUSTOIBE [1624
CHAPITRE SIXIEME
Saiut Joseph clioiai pour patron du pays L'ancienne habitation de Quebec eat
abattu et on commence a en eonstniire une nouvelle Champlain conduit sa femuie
en France M. le due de Ventadour, vice-roi Cinq jesuites viennent au Canada
Le P. Nicolas Viel uoye dans la riTiere des Prairies Lea Jesuites batiasent une
residence sur leur terre de Notre-Dame des Angea Commission nouvelle donn6e a
Champlain, qui retourne A. Quebec Le fort Saint-Louis agrandi Deux j6suites et
un recollet au pays des Hurons Mort de Louis Hebert L compagnie de 1
Jfouvelle-Frauce ou des Cent Associes a'organise Sea privileges et sea obliga-
tions.
L'aimee 1624 fut marquee, a Quebec, par une solennite" reli-
gieuse, 2t laquelle assisterent tous les Framjais et plusieurs
sauyages. Elle fut c^lebr^e en execution d'un vceu fait a 1'hon-
iieur de saint Joseph, qui, dans cette occasion, futchoisi comme
premier patron de la Nouvelle-France. Depuis ce temps, la
devotion envers saint Joseph s'est toujours conserved vive et
efficace parmi les Canadiens, ainsi que 1'attestent les noin-
breuses e"glises plac^es sous sa protection, et les confre'ries
etablies en son honneur (1).
Des bestiaux avaient e'te' introduits dans le pays, des les
premiers temps de la colonie, comme le proure une carte de
Quebec et de ses environs pour I'anne'e 1608, carte donn^e
par Champlain, dans Tuition de ses voyages qu'il publia en
1613. II y designe en effet un lieu, " ou Ton amassait des her-
bages pour le betail qu'on avait meneV' Pendant 1'^t^ de 1623,
Champlaiii et De Caen dtaient descendus jusqu'au cap Tour-
mente, pour y examiner les belles prairies naturelles qu'on leur
avait dit s'^tendre au pied des montagnes. Us trouverent ce
h'eu (2) agreable, et reconrmrent qu'il pouvait fournir des pa-
turages et du foin en abondance. Aussi, des la me^me annee,
ils y fireut plus de deux mille bottes Je ibni, qu'on transporta
a 1'habitation sur des barques.
C'e'tait une epoque d'ameliorations pour Quebec : Champlain
ouvrit un chemin commode, conduisant du magasin au fort
(1) LeClereq, Ktnblitsement de lafi.
(2) Saint- Joachim.
1624] DU CANADA. 213
Saint-Louis sur la hauteur, aim de reraplacer le sentier e'troit et
difficile dont on s'etait servi jusqu'alors. Les ouvriers conti-
nuaient en rne'ine temps les travaux du fort. Eeconnaissant le
mauvais e*tat de 1'habitation, et desespe"rant de la pouvoir
reparer convenablement, il entreprit d'en batir une nouvelle,
et rassembla les materiaux pour la commeneer au printemps de
1624. Vers les premiers jours du mois de mai, il fit abattre
tous les vieux batirnents, a 1'exception du magasin, et les fon-
dations furent posees. Pour conserver la me'moire de cette recon-
struction, Ton enfouit une pierre sur laquelle etaient gravees
les armes du roi, ainsi que celles du vice-roi, avec la date et le
nom de Champlain, lieutenant du due de Montmorency (1).
Ces batiments devaient consister en un corps de logis, long de
cent huit pieda, avec deux ailes de soixante pieds, et quatre
petites tours aux quatre angles de I'edifice ; devant 1'habitation
et au bord du fleuve, etait un ravelin, sur lequel on disposa des
pieces de canon ; le tout etait environne" de fosses que traver-
saient des ponts-levis. Ces constructions, plus e'tendues que les
premieres, occupaient toute la pointe de la basse ville, au nord-
est de Tanse du Cul-de-sac, qui servait alors de port pour les
barques et les chaloupes.
Pendant que ces ouvrages s'exe'cutaient, Champlain se de'cida
a repasser en France, ou il n'avait pas e'te' depuis plus de
quatre ans, et a y reconduire sa femme. Accoutumee aux dou-
ceurs de la vie de Paris, elle avait du souffrir beaucoup de la
privation des choses conside're'es comme indispensables a son
etat (2). Son mari etant fort souvent absent avec le sieur
Boulle, elle n'avait d'autre compagnie dans 1'habitation que les
trois femmes de sa suite, et se trouvait ainsi expose a bien des
ennuis.
Champlain* apres avoir instamment recommande" de conti-
nuer non-seulement les travaux de 1'habitation, mais encore
ceux du fort, qu'il savait n'etre pas du gout de messieurs les
associe's, se mit en route le quinze d'aout 1624 ; il laissait le
commandement a Emeri De Caen, qui e'tait en meme temps
principal commis de la compagnie. Avec celui-ci restaient a
(1) Cette pierre, retroavee dans une des fouilles faites ear I'emplacement du vieur
magasin, avait 6te plac6e au-dessus de la porte d'entree d'une maison qui touchait &
la chapelle de la basse yille. Tin incendie detrnisit cette maison en 1854, et 1'inacrip-
tion a disparo,
(2) Chroniqueg de I' Ordre des Ursuliaes, Vie de Marie-Helene Bonllo.
214 cotras D'msToiRE [1625
Quebec cinquante-une personnes, tant hommes que femmes
et enfants (1).
Cependant les Peres Re'collets reconnurent qu'il fallait songer
a obtenir de nouveaux ouvriers pour les missions ; ils avaient
parcouru une grande partie du pays, et y avaient trouve" bien
des tribus, disperses sur nn immense territoire. Que pou-
raient, an milieu de tant de peuples, cinq ou six missionnaires,
dont la moitie devait rester aux environs de Quebec, pour les
Francais et quelques sauvages ? La compagnie s'etait chargee
de subvenir aux besoins de six re'collets ; et elle comptait avoir
de'ja beaucoup fait en fournissant a leur subsistance. Les
aumones de France, jointes a ce que donnait la compagnie, ne
suffisaient pas pour etablir les cinq missions juge"es necessaires.
Les missionnaires conclurent qu'il serait bon de s'adresser a
quelque communaute religieuse, qui, jouissant de secours plus
abondants, voudrait offrir a la Nouvelle-France un certain
nombre de pretres. Ils convinrent done de d^puter en France
quelqu'un d'entre eux, pour en faire la proposition aux Jesuites,
qu'ils croyaient les plus propres aux rudes missions du Canada.
Le P. Irenee Piat fut choisi pour cette ambassade, et partit
avec Champlain et le F. Sagard.
Sur les representations de leurs confreres de Quebec, les re-
collets de Paris s'adresserent aux Jesuites, qui de'ja, comme
nous 1'avons vu, avaient tente" d'etablir des missions sur les
eotes de 1'Acadie. Le de"finitoire de la province de Saint-Denis
s'adressa a ces Peres plutot qu'a d'autres corps religieux, pare*
que les deux socie'te's avaient toujours subsist^ dans une union
tres-e'troite, les Eecollets et les Je'suites travaillant ensemble
dans plusieurs missions avec une entente toute cordiale. Let
Jesuites recurent avec plaisir 1'invitation de prendre part aux
missions de la Nouvelle-France. Le nouvel arrangement fut
soumis a M. de Ventadour, ik qui le due de Montmorency,
de'goute' des querelles continuelles enire les deux parties de la
eompagnie du Canada, venait de vendre la charge de vice-roi
avec tous ses inte'rets dans la Nouvelle-France.
Henri de Levis (2) due de Ventadour, neveu de son pre'de'-
U) Le Orand Voi/age du Pays des Hurons, pat- F. Gabriel Sa-runl.
Toyagex de Champlain. Champlain faisait chaque jour des obervntionB tiirle cli-
iniit du Canada. II en a cnnKigne dans ses Merits uii assez grand noiubro, qn'il fit *ur-
tent en 1624. Voir appendix 1'..
(2) La famille de LCVIB pr6tendait descendro du patriarche Jacob par son fits L6Ti.