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J. B. A. (Jean Baptiste Antoine) Ferland.

Cours d'histoire du Canada (Volume 1)

. (page 26 of 56)

pour proteger la chapelle, les maison^ des Jesuites et des
Eecollets, ainsi que celle de la veuve Hebert et du sieur
Couillard. Cent cinq i; ante Anglais desceudirent a terre pour
prendre possession de la place ; les clefs de 1'habitation furent
confines par Louis Kertk a un nomm^ LeBaillif, d' Amiens,
autrefois an service de Guillaume de Caeu, comme comniis
du magasin ; il s'etait depuis doune aux Anglais, en meine
temps que trois autres francais, Etienue Brule, de Champiguy,
interprets des Hurons, Nicolas Marsolet (1) de Eouen, inter-
prete des Montagnais et Pierre Eaye, de Paris. Les trois der-
niers etaient veiius tout jeunes au Canada, ou ils avaient ^te
conduits par Champlain, quinze ou seize ans auparavant. Le
Baillif et Pierre Eaye en userent plus mal envers leurs com-
patriotes que ne le firent les Anglais. Louis Kertk, qui devait
rester a Quebec comme gouverneur, ne voulut point que
Champlain laissat ses appartements du fort ; il lui permit de
faire dire la messe et temoigna beaucoup de bienveillance pour
les families franchises. De fait, " Louis Kertk, " dit Cham-
plain, " etait courtois, tenant ton jours du naturel francais et
aimant la nation, bien que fils d'un ecossais qui s'etait marie
a Dieppe ; il d(5sirait obliger en tant qu'il pouvait ces families
et autres francais a demeurer, aimant mieux leur conversation
que celle des anglais, a laquelle son humeur montrait re-
pugner. "



(1) Ce Jsicolus Mni-rtolt't ptirtiit t'-tn> ! nioiiif Nicholas M;usnlct, interprdte monU-
ffnais et alffonquill, qui. qui;lque8 anuses plus tard. esi mentionn ii;iiis Ifs rr-isin-s
<le Kotrc-DaniP de Qu6'm-r i>t dansle Journal desJAwiltea. A rcitcilri-niiT<- rpoquc. il
t-tait duvcuii ban boorgeoia de Quebec, i-lcvant bunndtemeut avc<- sa frmnn-. .Minir
Le Barbier, In uuinbi-euse I'ainille ijiril en avait -ue. 11 avair o!>tcin. la oonoeoaion de
plnnieon tiet's, sin- 1'un dcsqiit-ls. li-s prairies dc Maisol. t, pies des Trois Rivtore*,
ou il alia di-incuror. Ses di-sc.i-n.Iaiits sont enoorenombreuz dans le district des Trois-
.Kivieren. Une de 8M flllea upoUM le sieur Daiiioui.-,. ineinbre du conseil .>upi in in ;
iiin- autre .M- iiiaria avec .I-au I.eMire iiii.eetri- <les nDiiilireiiscs I'ainillei. lie i-e nom,
a la Baie.-du-Febvre|et dans lea paroi sues voisines. Marsolet et Bnlle declar6rent
^a'ils avaieut ete forces par les Anglais do rester avec car.



1629] DU CANADA. 235

Les chefs des deux ou trois families qui avaient commence
a cultiver, se trouverent dans un tres-grand embarras ; d'une
part, il leur coutait de demeurer dans le pays, prive's de tout
secours spirituel, et soumis a un souverain etranger. D'uu
autre cote", en abandonnant leurs maisons et leurs terres cou-
vertes d'une abondante moisson, ils se trouvaient complete-
ment mines ; leurs families, de retour en France, auraient ete
plongees dans la misere. Louis Kertk leur offrait sa protection,
s'ils voulaient rester dans le pays, et leur promettait qu'ils
auraient pleine liberte avec les Anglais ; qu'ils pourraient me'ine
echanger leurs grains avec les sauvages pour des pelleteries ;
il ajoutait que si, 1'annee suivante, ils n'etaient pas satisfaits
de leur sort, ils pourraient quitter la colonie.

Ces offres avantageuses, accornpagnees de 1'esperance que
bientot les Francais rentreraient en possession du Canada, les
determinerent a demeurer a Quebec. Champlain lui-meme le
leur conseillait, en leur recommandant cependant de retourner
en France au bout d'un an, si les Anglais retenaient le pays,
afm de ne point s'exposer a perdre leur foi. Quelques traiteurs,
parnii lesquels etaient les sieurs Nicollet et Godefroy, e*taient
remontes avec les Hurons vers les contrees de 1'ouest, d'ou ils
revinrent lorsque les Anglais se furent retires.

Louis Kertk fut Iaiss4 a Quebec pour 1'hiver ; et le vingt-
quatre juillet, son frere Thomas partit pour rejoindre 1'ami-
ral, qui s'etait arrete a Tadoussac, avec cinq grands vais-
seaux Men arnies. Thomas Kertk amenait aveclui les Jesuites
et Champlain, qui preferait attendre a Tadoussac le depart de
la flotte.

Pendant que Quebec tombait ainsi aux mains des Anglais,
Emery De Caen remontait avec hate pour le ravitailler, et pour
prendre possession des pelleteries qui appartenaient a 1'an-
cienne compagnie. Ayant appris avant son depart que la paix
e"tait conclue entre la France et 1'Angleterre, il naviguait en
pleine se"curite. Son navire passa vis-a-vis de Tadoussac, sans
6tre apercu par les Anglais, grace a une brume ^paisse ; mais,
en essay ant de doubler la pointe aux Alouettes, il fut pousse sur
1'ile Rouge, ou il resta echoue. Au meme moment, la brume
disparut, et les Francais reconnurent la flotte anglaise. De
Caen, se croyant en danger, tira du canon pour demander du
secours. " II les faut laisser," repondit Kertk a ses officiers
qui voulaient aller s'en emparer, " il faut attendre un pen, ils
ne pourront nous echapper." II se trompait, car le flux de la
mer souleva le navire franqais, qui se tira du danger sans



236 COUKS D'HISTOIKE [1629

avarie considerable. Toutefois il n'echappa a ce peril que pour
tomber dans tin autre plus s^rieux ; car, en remontant, il alia
donner au milieu des batiments anglais qui descendaient de
Quebec. Thomas Kertk renferma Champlain et ses compagnons
a fond de cale, et poussa son vaisseau contre celui d'Emery
De Caen. Par une mauvaise manoeuvre, le beaupre du bati-
ment anglais se trouva engage dans les haubans de son adver-
saire ; 1'abordage e'tait devenu impossible, et Ton se laneait de
bord a bord tout ce qui tombait sous la main. I/issue du
combat semtlait douteuse, lorsqu'un homme de De Caen ayant
crie', " Quartier," Kertk s'empressa de re"pondre, " Eon quar-
tier." Ces mots suffirent pour suspendre le combat. Le com-
mandant anglais lit monter Champlain sur le pont, et en sa
presence, il renouvela a De Caen la promesse de le bien traiter.
Ce dernier consentit a se rendre, au moment m^ine ou arri-
vaient les deux pataches anglaises, qui s'avancaient pour deci-
der le combat.

David Kertk recut Champlain avec politesse ; il se montra
fort aise de la prise de Quebec, qn'il voulut aller voir lui-meme.
A son retour, il exprima de nouveau 1'estime qu'il en faisait,
ajoutant que : " Si cela leur demeurait, ils feraient bien d'autres
fruits que ce qu'on y avait fait, tant aux peuplades qu'aux bati-
ments et commerces de ce qui se pouvait faire dans le pays,
par le travail et Industrie de ceux que Ton y enverrait." (1)

Champlain trouva a Tadoussac le capitaine Jacques Michel,
calviniste dieppois,qui avait conduit les Anglais dans leurs deux
expeditions. II avait, peu d'anne'es auparavant, command^
un vaisseau de De Caen ; mais, par suite de quelque me'con-
tentement, il s'etait donne" aux Anglais. II e'tait premier officier
de la flotte anglaise sous David Kertk, dont il se plaignait ame-
rement. Selon Michel, Kertk u'tStait qu'un marchand de vin,
sans aucune connaissance de la rner et n'ayant jamais pass^
en Amerique avant ces deux voyages (2). Michel, bon matelot
et soldat courageux, avait fait connattre le pays aux trois freres,
et les avait engage's a en prendre possession ; il avait guide 1'atta-
que centre Koquemont, et, par ses conseils, il avait assure la vic-
toire aux Anglais. Ses services (Staient m^connus, et on le ne*gli-
geait ; de son cote", il rnenacait les Kertk de leur enlever ce
qu'il leur avait procure. " J'ai laiss^ ma patrie," disait-il a
Champlain, " comme ils 1'ont fait, pour servir un Stranger ;

(1) Voyages df Champhiin.
(Q) Voyages de Chanplain. '



1629] DU CANADA. 237

jamais je n'aurai I'&me bien contente ; je serai en horreur a
tout le monde, sans espe'rance de retourner en France, ou Ton
a fait mon proces. Puisqu'on me traite ainsi de toute part,
c'est me mettre au desespoir et me forcer a faire plus de mal
que je n'en ai jamais fait."

Champlain cherchait a le consoler et a 1'encourager ; mais le
malheureux transfuge, meprise 1 comme un trattre par les Fran-
cais et meme par les Anglais, avait Tame ronge par les plus
noirs chagrins et se livrait parfois au desespoir. Epuisd par
les acces de sa fureur, il tomba dans un profond assoupisse-
ment, dont il ne sortit que pour parattre devant son juge.

La mort du traitre Michel causa plus de plaisir que de regret
aux Anglais ; ne'anmoins on le fit inhumer a Tadoussac avec
les honneurs dus a sa bravoure et a son rang. " Mais," ajoute
Champlain, " le deuil n'en dura gueres ; au contraire, jamais ils
ne se rejouirent tant et principalement en son vaisseau, ou il
avait quelques bariis de vin d'Espagne." A Tadoussac, David
Kertk n'avait point voulu permettre aux catholiques de prier
Dieu publiquemeut a terre, ou tous les prisonniers etaient des-
cendus ; les huguenots montraient ainsi ce qu'il aurait fallu
attendre de leur tolerance, s'ils etaient rested maitres dans le
pays. Les pertes des Francois u'avaient pas produit de grands
avantages pour les Anglais. Aussi pour se refaire un pen de
leurs depenses, ils chargerent leurs navires de matures, de
bois de construction et meiine de bois de chauffage.

Uu rude contretemps attendait Kertk en Angleterre. II laissa
Tadoussac au mois de septernbre, et arriva le vingt d'octobre a
Plymouth, ou il fut tres-fache d'apprendre que la paix avait
e*te conclue entre la France et 1'Angleterre, deux mois avant la
prise de Quebec. Deja a Tadoussac, il avait ete iuforme de la
conclusion de la paix ; alors il avait paru mepriser ces bruits.
La prise de Quebec devait, selon ses espe'rances, le recompense!
des de'penses qu'il avait faites pour anner sa flotte ; mais il s'etait
trouve" grandement d^cu, et il preVoyait que, par la paix, il
serait encore oblige de restituer aux compagnies francaises ce
qu'il leur avait enleve. L'ambassadeur de France en Angle*,
terre, a qui Champlaiu pre'senta ses me'moires et un proces-
verbal de ce qui s'dtait passe, lui promit de s'occuper de 1'af-
faire, et de travailler a obtenir la restitution du fort de Quebec,
ainsi qu'un de"domrnagemerit pour toutes les pelleteries et rnar-
chandises enlev^es par les Anglais.

Avant la derniere expedition de Kertk, Ton avait deja en
France pris des mesures pour secourii la colonie. Richelieu



238 COURS D'HISTOIEE [1629

s'etait empare du boulevard du calvinisme. Apres un long
et penible siege, LaRochelle avait ouvert ses portes a 1'armee
royale, le vingt-huit octobre 1628. A peine eut-il ainsi e'crase
les esperances des revoltes soutenus par 1'Angleterre, qu'il
songea & renverser les desseins des Anglais contre la colonie de
la Nouvelle-France, a laquelle il s'interessait speciale Jient. II
mit sept vaisseaux du roi sous les ordres du commandant de
Kazilly, qui s'etait distingue au siege LaRochelle, et il le
ehargea de convoyer les navires de la compagnie qui devaient
porter des secours au Canada.

Pendant que cette petite flotte se rassemblait dans le port
rneme de LaRochelle, d'ou le depart devait avoir lieu, et pres
de trois mois avant la reddition de Quebec, un trait^ de paix fut
concluaSuze, le vingt-quatre avril 1629, entre Louis XIII, roi
de France, et Charles I, roi d'Angleterre. Le cardinal de Riche-
lieu fit aussitot avertir Razilly que, les Anglais etant devenus
les allies de la France, il n'e'tait plus ne'cessaire de proteger leg
vaisseaux marchands qui se rendaient au Canada, et que sa
flotte serait employee contre le Maroc.

Les navires de la compagnie places sous la conduite du ca-
pitaine Daniel, de Dieppe, avaient e"te retarde's pendant pres
de quarante jours pour atteudre la flotte royale ; ils partirent
enfin du Che de Boys le vingt-six juin, et t par consequent, trop
tard pour etre de quelque utilite aux habitants de Quebec.
Se"pare par la brume des vaisseaux qu'il convoyait, le capi-
taine Daniel se rendit a la riviere du grand Cibou, dans 1'lle du
Cap-Breton, pour obtenir des sauvages quelques informations
sur I'e'tat du pays. II apprit qu'un sieur James Stuart, ecossais,
avait bati un fort, d'ou il menacait d'empecher les Francais de
faire la peche et la traite dans les environs, s'ils ne lui payaient
le dixieme. Le capitaine Daniel, resolu de s'opposer a de nou-
veaux empietements de la part des Anglais, de"barqua avec
une partie de ses gens, attaqua le fort et 1'emporta d'assaut.
II fit prisonnier le sieur Stuart et tons ses hommes, et remplac^a
le drapeau de 1'Angleterre par celui de la France. En partant,
il laissa dans ce lieu quarante hommes pour le garder, et deux
jesuites, les Peres Vimont et de Vieuxpont. Le4'- Viinont
avait traverse la mer avec le capitaine Daniel. Le P. de Vieux-
pont 1'avait rejoint a la suite d'un naufrage ; il etait parti de
France sur un vaisseau qui avait e'te' fre'te' par le P. Noyrot,
procureur de la mission, et qui alia se briser sur un rocher,
pies de 1'ile du Cap-Breton. Le Pere Noyrot et le Frere Malot se
noyerent, tandis que les Peres Charles Lalemant et de Vieux-



1629] DU CANADA. 239

pont re*ussissaient & se sauver avectme partie de 1'equipage. Us
furent recueillis par un batiment basque, qui faisait la pche, et
resterent dans ces parages jusque vers le commencement du
mois d'octobre, que le capitaine menace* par les Anglais
crut prudent de retourncr en France. Mais, au moment ou ils
allaient mettre a la voile, ils apprirent que le capitaine Daniel
e"tait a vingt-cinq lieues de la, au port des Baleiues. Le P. La-
lernant permit a son compagnon, qui desirait travailler au salut
des sauvages, d'aller rejoindre le P. Vimont pour passer 1'hiver
avec lui dans le fort. Quant au P. Lalemant lui-meme, il fit un
second naufrage, le batiment sur lequel ilretournait etant alle se
perdre a la cote d'Espagne. Le Pere parvint encore a s'e'chapper
et a gagner la maison des jesuites de Saint-Sebastien. Des
deux autres na vires de la compagnie qui e"taient partis sous le
commandement du capitaine Daniel, Tun fut repousse vers un
port de France par les vents contraires, 1'autre fut porte" vers
1'Espagne. Ainsi, pour la seconde fois fuient de"truits les se-
cours que la compagnie envoyait a la Nouvelle-France, dans
le temps ou celle-ci en avait le plus pressant besoin.

Pendant que la colonie francaise. fondee au milieu de tant
de difficulte's sur les bords du Saint-Laurent, eprouvait des
tehees re"iteres et semblait condamnee a perir pour toujours, les
Anglais etendaient leurs etablissements vers le nord, et se rap-
prochaient peu a peu de 1'Acadie, sur laquelle ils jetaient des
regards de convoitise. Des 1'annee 1627, ils possedaient ^
1'embouchure du Kinibeki et sur les rivieres voisines, quelques
postes, d'oii ils menacaient les forts francais de 1'Acadie.

Dans 1'annee 1628, le conseil de la Nouvelle-Augleterre, qui,
comme nous 1'avons dit, avait recu de Jacques I toute la partie
de rAmerique du Nord qui est eutre le 40 e et le 48 e degr(5, ac-
corda a une compagnie particuliere une portion de ce territoire,
attendant, d'un cot4 jusqu'a trois rnilles au nord du Merrimac,
et de 1'autre a trois milles au sud de la riviere Charles (1). Vers
le meme temps, plusieurs miuistres . de 1'eglise d'Angleterre,
interdits de leurs fonctions parce qu'ils refusaient de se con-
former aux prescriptions de 1'etat et des eVeques touchant
certaines croyances et ceremonies religieuses, r^solurent d'aller
chercher, au-dela des mers, un asile ou ils pussent etre libres
de pratiquer et de faire pratiquer aux autres la religion, telle
qu'ils 1'entendaient. Plusieurs d'entre eux entrerent avec leurs
amis dans la nouvelle compagnie, et presserent tellement la

(1) Holmes ; American Annals, vol. I,



240 COURS D'HISTOIRE [1630

mesure, que, des la meme annee, quelques employes, conduits
par le sieur Endicot, allerent sur les lieux pre'parer les voies k
la future colonie.

Les envoyes s'arreterent a Naumkeak, qui recut ensuite le
nom de Salem. Endicot visita le territoire, et se rendit jusqu'a
Merry-Mount, ou son zele se de'ploya centre ceux qui trafi-
quaient en ce lieu. II fit abattre, comme ne convenant pas a
la gravite chre'tienne, un mat qu'ils avaient plante, et leur
adressa de severes re'primandes sur leur conduite pen reli-
gieuse.

L'annee suivante, Charles I donna un acte d'incorporation
a la compagnie, qui rec,ut le nom de " Compagnie de la Baie de
Massachuset dans la Nouvelle-Angleterre." Par leur charte,
les associes etaient autorise's &, choisir annuellement parmi eux
un gouverneur, un lieutenant gouverneur, et dix-huit assis-
tants ; a faire les lois et les reglements juges necessaires au
bien de la colonie, pourvu toutefois qu'ils ne fussent pas con-
traires aux lois de la mere patrie. Le conseil de la compagnie
siegeait a Londres, et nommait les officiers charges de gouver-
ner la colonie. Plusieurs personnages importants, attaches aux
idees de la secte des inde'pendants (1 ), se determinerent a
passer en Amerique ; mais pre" voyant les difficultes qui s'eUeve-
raient, si les lois coloniales etaient faites en Angieterre, ila
proposerent que le siege du conseil fut transport^ en Am^riqn.e.
La proposition fut agie'e'e ; et John Winthrop, nomin^ gouvei-
neur, fit pr^parer une flotte considerable pour 1'annee sui-
vante.

Douze na vires, charges de tout le materiel requis pour 1'eta-
blisseinent d'une colonie, mouillaient dans la baie de Massa-
chuset le six juillet 1630. Us portaient quinze cents passau - ers,
parmi lesquels etaient le gouverneur Winthrop, le lieutenant
gouverneur Dudley et plusieurs autres gentilshomrnes, distin-
gues par leur rang et par leurs richesses.

Depuis environ un an, quelques maisons s'e'taient ^lev^es
sur une pointe de terre situde au nord de la riviere Charles ;
le modeste village avait rec,u de ses habitants le nom de Char-
lestown. Winthrop convoqua en ce lieu la premiere assem-
ble des conseillers qui ait ike" tenue dans la colonie. Ddsi-
rant y dtablir le siege du gouvernement, il faisait batir une

(1) Les pnritains fonddrent la colonie de Plymouth ; celle de la Baie de Massa-
chuset fut etablie par les iiidepeiidauts. Cette secte, sur les epaules de laquelle s'eleva
Olivier Cromwell, regardait chaque petite congr6gation conun* formant une 6glise
independante, et possedant le droit de choisir et de nommer son pasteur.



[1630 DU CANADA. 241

niaison pour lui-meme, lorsqu'une cruelle maladie, attribute &
la mauvaise qualite des eaux, le forea a chercher une situation
plus favorable. Au sud de la riviere Charles, etait une pres-
qu'ile, nominee Shawm ut par les indigenes, et Tremont par les
Anglais. Un ministre, du nom de Blackston, y vivait dans une
profonde solitude ; il informa le gouverneur qu'a Shawmut se
trouvait une source d'eau excellente. On visita le site indique,
qui fut trouv^ convenable ; plusieurs personnes y batirent des
maisons, et, bient8t apres, le gouverneur et les principaux con-
seillers allerent y fixer leur residence. Le conseil de'creta que
la noil veil e ville porterait le nom de Boston ; et des lors Ton y
convoqua les assemblies generates de la colonie. Les villages
de Watertown, de Eoxbury et de Dorchester s'eleverent dans
le meme temps aux environs du chef-lieu.

Ainsi deux colonies distinctes, celle de Plymouth, deja solide-
ment assise, et celle de Boston, etaient placees autour de la
baie de Massachuset ; chacune possedait sa charte particu-
liere, son conseil, son organisation et ses lois. Toutes deux
relevaient de la grande compagnie de la Nouvelle-Angleterre,
qui n'avait cependant point a s'immiscer dans leurs affaires
interieures. C'est de ces deux points principaux, de Plymouth
et de Boston, que sortirent la plupart des fondateurs des
colonies anglaises, qui ontle plus influe sur les destinees de la
Nouvelle-France. Les francais du Canada et les anglais de la
Nouvelle-Angleterre se sont multiplies sur le sol de 1'Arne'-
rique, vivant quelquefois en paix, mais bien plus souvent se
faisant une guerre ouverte, on se harcelant par de sourdes
hostility's. Remuante, bardie, avide d'a ventures et de voyages,
la population franchise a penetr^ de bonne heure au milieu
des nations de 1'ouest, elle a de"couvert tout 1'interieur du con-
tinent depuis le golfe du Mexique jusqu'a la baie d'Hudson ;
pleine de gaitd et de bonhomie, elle s'est attire et elle a su con-
server 1'amitie des tribus indigenes ; sincerement catholique et
par consequent conservatrice, elle a garde les mceurs, les
usages, les croyances de ses ancetres, et en mme temps leur
caractere physique. Prudente, se"rieuse, habile a deviner et a
saisir les chances d'une entreprise commerciale, la population
anglaise est devenue riche et commercante ; mais elle n'a
jamais ete aim^e de ses voisins sauvages, envers lesquels elle
manifestait trop de flegme et trop de roideur. Le calvinisme
lui a iniprime' un cachet de sanctimonie et de froideur, dont
elle n'a pu encore se d^barrasser. Quant au physique, elle a
perdu le type que ses ancetres apporterent de la vieille Angle-



242 COURS D'HISTOIRE [1630

terre ; le veritable Yankee, avec ses formes longues et minces,
sa figure pale et sa poitrine etroite, ne ressemble plus aujour-
d'hui a 1'anglais pesant, robuste et rubicond. II est intdressant
de remarquer que la Nouvelle-Angleterre a fourni au Canada
un bon nombre de ses enfants. qui se sont male's a la popula-
tion francaise et se sont confondus avec elle. En effet, pendant
pres d'un siecle apres 1'etablissoment des colonies anglaises
du nord de 1'Amerique, pen d'anne'es s'e"coulaient sans que
les partis francais et sauvages amenassent au Canada des
femmes et des enfants, pris dans les villages des ennemis.
Les femmes e"taient ordinairement rendues, apres un certain
temps de captivite", tandis que le plus sou vent les enfants
etaient adoptes dans la colonie. Beaucoup de families cana-
diennes de nos jours comptent ainsi, parmi leurs ancetres, des
individus n^s et en partie eleves dans la Nouvelle-Angle-
terre.



1630] DU CANADA. 243



CHAPITEE HUITIEME



Preventions des Anglais et ties Francais sur la Xouvelle-France Sir "William Alex-
ander et sa colonie Claude et Charles- Amador de La Tour dans 1'Acadie Us sont
nommes baronnets de la Nouvelle-Ecosse Charles de La Tour rejette les offres
des Anglais Trait6 de Saint-Germain-en-Laye L'Acadie et le Canada restitufis a
la France Quebec est remis aux mains des Francais Lea Jesnites retoument an
Canada Razilly etablit la Heve Champlain, nomine lieutenant general du roi.
arrive a Quebec.



Champlain entretenait toujours 1'espoir de voir sa colonie se
retablir. Fonder un empire francais dans 1'Amerique, appeler
les tribus sauvages an christianisme et a la civilisation, voila
les objets auxquels il avait consacre toute son tSnergie, toutes
ses affections, en un mot, sa vie tout entiere.

De Rouen, ou il s'etait arrete apres avoir quitte 1'Angleterre,
il se rendit a Paris, ou il fut presente au roi, au cardinal de
Richelieu et aux associes. Sur ses representations, Louis
XIII fit demander au roi d'Angleterre la remise de Quebec
et des autres forts que les Anglais avaient pris, apres la con-
clusion de la paix entre les deux couronnes. Une reclamation
si juste ne pouvait etre repoussee, m^me avec la plus mauvaise
volonte".; et Charles I fit immediatement donner 1'ordre de
remettre le fort et 1'habitation de Quebec aux mains des Fran-
cais. Mais comme les affaires d'ltalie occupaient rafctention du
roi de France et de son ministre, les Anglais ne se hataient pas
de mettre a execution les injonctions de leur souverain ; ils
avaient meme envoye a Quebec deux na vires avec des vivres
et des marchandises pour profiter de la traite, tandis qu'ils le
pouvaient (1). De leur cote", les directeurs de la compagnie de
la Nouvelle-France exp^dierent deux vaisseaux au secours des
habitations de 1'ile du Cap-Breton, et deux autres pour e"tablir
un poste dans 1'Acadie, ou e'taient toujours restes quelques
franqais, meme apres la destruction de Port-Royal par Argall.

Pour comprendre la suite des e've'nements, il est n^cessaire
d'examiner les pr(5tentions respectives de 1'Angleterre et de la
France.

(1) Voyages de Cbamplain. 17



244 COUKS D'HISTOIKE [1630

La compaguie formee par Richelieu avait recu un immense
territoire, dont les bornes n'e'taient pas clairement definies, et
qui d'ailleurs etait en grande partie reclame par 1'Angleterre.
Le roi de France aceordait aux cent associes " en toute pro-
priete, justice et seigneurie, le fort et habitation de Quebec,
avec tout le dit pays de la Nouvelle-Erance, dite Canada, tant le

long des cotes depuis la Floride en rangeant les cotes de

la rner jusqu'au cercle Arctique pour latitude, et de longitude
depuis Tile de Terre-Neuve tirant & 1'ouest jusqu'au grand lac

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