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J. B. A. (Jean Baptiste Antoine) Ferland.

Cours d'histoire du Canada (Volume 1)

. (page 39 of 56)

places dans les garnisons et des autres choses requises pour
^information du roi.

Ce reglement devait etro lu, publit* et registr^ au greffe du
conseil pour y e^tre garde et observe.

Vers le commencemant du mois d'aout, 1647, il fut porto
a Quebec, ou il etait attcndu avec impatience, car Ton esperait
qu'il mettrait fin aux troubles qui agitaient la compagnie des
Habitants. D*?ja, dans une assemble generale tenue au mois de
juillet, M. Bourdon avait cte nomine* procureur-syndic ; peu
de jours apres, il presentait la requete des habitants qui, en
attendant un reglement di'fmitif, mettaient de cote les anciena
directeurs et confinient le soin des affaires a M. de Mont-
magny (1). En effet les habitants regardaient le gouverneur
comme leur protecteur naturel ; et, pour le remercier de ses
services passes, ils lui avaient, peu de temps auparavant, fait
present d un cheval, le premier qui eut encore 6t& apporto au
Canada.

Ce reglement fut publie le onze aoiit, et fut mis de suite
en operation. II semble cependant n'avoir pas e'te du gout des
principales families, qui jusqu'alors avaient pris la plus grande
part dans le maniement des affaires. Suivant le sieur Aubert de

(I) Jo H-nal dei Jtmitei.



1647] DTJ CANADA. 359

la Chesnaye (1). M. d'Ailleboust, alors gouverneur des Trois-
Kivieres, passa en France avec le titre de commandant de la
flotte ; il <kait charge" de faire des representations et d'obtenir
des changements k plusieurs clauses (2).

Au niois de mars 1647, les Iroquois divises par petites
bandes se mireut en campagne. Un de leurs partis brula le
fort de Richelieu, abandonne des 1'automne precedent (3).
D'autres allerent surprendre les Algonquins, qui, comptant
sur la paix, avaient quitt^ les Trois-Bivieres et s'etaient dis-
perses de cote* et d'autre pour faire la chasse.

Avant de prendre conge des missionnaires, Piescaret leur
avait dit : " Je m'en vais & la niort ; j'entends une voix qui
me re"pete que les Iroquois vont me tuer. Je suis satisfait ; je
suis bien avec le bon Dieu, et j'espere aller an ciel." II avait
e'tabli ses quartiers de chasse pres de 1'embouchure de la riviere
Nicolet, pendant qu'une autre troupe des siens s'etait arrete"e
sur la riviere Wabmachiche. Eevenant un jour sur Icsglaces
de la baie de La Valliere, charge de muffles et de langues d'ori-
gnaux qu'il rapportait de sa chasse, il apercut dix Iroquois, qui
s'avancaient vers lui, en portant a la main un signe d'amitie.
Piescaret les aborda fierement. Apres avoir fume" ensemble le
calumet de paix, ils prirent le chemin de sa cabane. Un des
iroquois se chargea de sonpaquet, suivant 1'etiquette observe'e
par les sauvages a 1'egard des chefs distingue^ ; en mme
temps, un autre se glissa par derriere, et, d'un coup de hache,
abattit le guerrier algonquin, qu'eux tons n'avaient ose* atta-
quer de front. Le voyant mort, les traitres allerent rejoindre
leurs compagnons, a qui ils communiquerent les renseigne-
ments arraches a la bonne foi de Piescaret. Tous ensemble
tomberent alors k 1'improviste sur les deux camps algonquins ;
ils massacrerent les hommes et trainerent les femmes en cap-
tivite (4). Ces algonquins appartenaient h. la nation de 1'Ile,
dont une partie s'etait rapproch^e des habitations franqaises,

(1) Memoire maiiuscrit.

(2) Snr la flotto de 1647 re.toumferciit en France M. Gilles Nicollet, prfitre, premier
dessei vant de, la eot de ISeaupre. et M. Ken6 Chartier, prieur de la Muiinaye pr6a
d' Anders etchapelain des ui'.sulines de Quebec.

Conime presque tons les paiements se faisaicnt en iieaux d castor, M. Cliartier
avait reu ses ftppointeruenta eu monnaie du pay*. 11 se disposait a apporter aveo
lui en France dnux ceiit soixanto livres de castor, lorsque les direoteara do la eompa-
gnie des Habitants, on vcrtu do leur droit, les (irent saisir et porter au ma^asiu, oti
n retour ils donnerent a M. lo chapelaiu des bous sur leurs ajjeuts eii Frauce.

(3) Histoire du Montreal.

(4) Memoire do X. Perrot. Kous le snivons, quoiqno, sur quolqnes details pen
importarita, il diffftre de la Relation de 1617. O'ost la riviere Macbicbe qa'il designe
nous le nom de Wabmacliiclie.



360 COURS D'HISTOIRE [1647

et residait ordinairement autour des Trois-Kivieres. Les
Wawechkairini, ou Algonquins de la Petite-Nation, furent
aussi attaque's dans leur pays, situe* sur la rive gauche de la
riviere des Outaouais. Beaucoup de leurs femmes et de leurs
enfants furent enleves par les Iroquois et conduits en capti-
tive. Toutefois plusieurs des prisonnieres trouverent le
moyen de s'enfuir des villages ennemis et de retourner vers
leurs families, apres avoir eprouve les plus grandes souffrances.
Les aventures d'une de ces femmes me'ritent d'etre rapporte'es.
Elle avait ete prise sur 1'Outaouais, clout elle ne s'etait point
eloigne"e jusqu'alors ; jamais elle n'avait e'te aux habitations
des Francais et elle n'en connaissait pas nieme le chemin.

Prisonniere depuis dix jours, elle dtait trainee avec ses com-
pagnes d'infortune par une bande d'iroquois, qui chaque soir
la liaient par les pieds et les mains a quatre poteaux solidement
plantes en terre. Cependant 1'espoir de s'echapper ne 1'avait
pas abandonnee. Une nuit, elle reussit a secouer les liens qui
retenait un de ses bras ; elle vint ensuite a bout de detacher
les courrois quilui serraientle reste du corps. Desormais mai-
tresse de ses mouvements, elle passe par-dessus plusieurs iro-
quois plonge's dans un profond sommeil. A la porte de la
cabane, elle pose la main sur une hache, et s'arrete un instant.
Ne pouvant resister au plaisir de se venger, elle assene un coup
violent suj 1 la tete d'un iroquois etendu pres de la porte. Get
homme pousse un cri ; ses voisins s'e veillent ; bientot, a la lueur
d'une e"corce allura^e, ils apercoivent leur compagnon baignant
dans son sang. La prisonniere nest plus avec eux ; elle s'est
echappee, et, avant de pleurer le mort, il faut la reprendre pour
lui faire expier ce meurtre. Aussi, ses gardiens s'elancent a sa
poursuite avec toute 1'ardeur de limiers excerc^s. D'un arbre
creux dans lequel elle s'est refugiee, elle entend tout le bruit ;
elle les voit sortir de la cabane, parcourir les alentours et s'e"-
loigner en se dirigeant tous ensemble d'un meme cot^ : elle saisit
cette occasion favorable pour fuir dans uue direction oppose'e.
Au point du jour, les iroquois, revenus de leur courses iun-
tile, ('tudient soigneusement le terrain et finissent par tomber
sur ses pistes, qu'ils suivent pendant deux jours. Ils marchent
plus vite qu'elle ; deja elle les entend s'approcher rapidement
du fourre ^paisdans lequel elle vient de se Jeter. Un moment,
elle se crut perdu ; s'avancant encore un peu, elle se trouve
sur les bords d'un petit lac, forme par une'chausse"e que des
castors avaient construite afin de retenir les eaux. Elle s'y
plonge, et se cache si bien au milieu de quelques touffes de ro-



1647] DU CANADA. 361

seaux, que ses bourreaux ne peuvent la decouvrir malgre toutes
leurs recherches. Enfin, completement depistes et ennuye"s
d'une si longue course, ils se de"cident a rebrousser chemin.

Ainsi delivree, elle s'eloigna de ces lieux ; pendant trente-
cinq jours elle marcha dans 1'epaisse foret, n'ayant pour se
couvrir qu'une ecorce de bouleau, et se nourrissant de fruits
sauvages et de racines. Dans sa longue course, elle rencontra
plusieurs rivieres, qu'elle traversa a la nage ; mais elle se
guidait si bien au moyen de son experience sauvage, qu'elle
re"ussit a arriver sur les bords du Saint-Laurent. Pour le pas-
ser, elle construisit un radeau avec des pieces de bois, qu'elle
trouva au rivage et qu'elle assujettit au nioyen de liens faits
d'ecorces de tilleul. Malgre sa fragilite, cette embarcation la
porta heureusement sur le bord oppose", ou elle etait moins en
danger de rencontrer des iroquois. Parmi ceux de sa nation,
elle avait entendu dire qu'on allait chez les Francais en sui-
vant le cours du fleuve ; elle continua done son voyage, se
guidant d'apres cette observation. Horriblement fatiguee de
sa penible marche, durant laquelle elle etait sans cesse tour-
mentee par les cousins, elle eut le bonheur de ramasser une
mauvaise hache, dont elle se servit pour faire un canot
d'ecorce. Des lors elle put s'avancer plus aisement vers le
terme de son voyage, en se laissant deliver au courant.

Au sortir du lac Saint- Pierre, elle apereut enfin les maisons
et le fort des Trois-Eivieres ; presque en meme temps elle re-
marquait un canot conduit par quelques hurons, qui s'avan-
caient lentement pour reconnaitre son embarcation, dont la
forme extraordinaire excitait leurs soupcons, tout en piquant
leur curiosite. En les voyant approcber, elle gagna pr^cipi-
tamment le rivage et se cacha dans les broussailles, la modes-
tie naturelle aux femmes algonquines 1'empecbant de pa-
raitre comme elle etait devant des hommee. A sa demande, les
hurons lui jeterent quelques couvertures ; alors seulement elle
consentit a sortir de sa retraite, pour etre conduite a 1'babita-
tion des Francais, ou elle fut recue et traitee avec une bien-
veillance qu'elle n'aurait pas rencontre"e meme au sein de sa
famille. Aussi, elle temoignait une joie indicible de se voir
d^livree de ses bourreaux et accueillie avec tant de charite* par
ceux qu'elle n'avait auparavant connus que de nom.

La nouvelle des massacres commis en pleine paix par les
Iroquois porta la terreur parmi toutes les tribus algonquines,
qui chercherent a se r^unir ensemble pour combattre 1'en-
nemi commun. " Mais," remarque Nicolas Perrot, " le peu



362 COURS D'HISTOIRE [1648

d'union qui regnait entre eux rompit toutes leurs mesures et
fit avorter tous leurs projets ; car 1'Algonquin n'a jainais
voulu souffrir de subordination." De cette anne"e date le
commencement de la decadence de ce peuple ; de jour en jour
a puissance baissait sous les coups des Iroquois, moins guer-
riers, m#is beaucoup plus constants dans leurs projets et plus
sounds a leurs chefs dans les expeditions militaires, que ne
1'^taient les homines des tribus algonquines.

L'effroi se repandit bientot parmi les sauvages de Sillery,
qui n'oserent plus s'eloigner pour faire la chasse. Au com-
mencement de 1'ete, leurs inquietudes devinrent si fortes,
qu'ils abandonnerent 1'enceinte de pieux dans laquelle etait
la maison des missionnaires. Ponr les mettre a 1'abri des
attaques de rennemi durant le temps des semailles et des
moissons, on songea a elever un fort au milieu de leurs
champs, et le gouvernement alia lui-meme en designer la
position (1).

Sur la flotte, arrivee au mois d'aout 1648 (2), se trouvait
M. D'Ailleboust, qui venait d'etre nomine gouverneur de la
eolonie, en remplacement de M. de Montmagny. Des 1'au-
tomne precedent, M. de Maisonneuve, venant de France, avait
annonce que la cour etait dispose a faire ce changement, en
vertu d'une resolution prise au conseil du roi, de ne point
laisser les gouverneurs des colonies plus de trois ans en place,
M. de Poincy, gouverneur general des lies de 1'Amerique et
parent de M. de Montrnaguy, ayant refuse" de livrer son poste
au successeur que lui avait nomine* le roi, on crut devoir
prendre des mesures pour empecher que pareil exemple ne fut
8uivi dans les autres colonies (3).

II aurait &t& bien desirable qu'une exception eut pu tre faite
en faveur de M. de Moutmagny. Depuis douze ans qu'il e"tait
charge" des affaires du Canada, il avait appris a en connaitre
les besoins et les ressources ; il savait quels dangers Ton
avait a redouter, quelles espdrances Ton pouvait nourrir,

(1) Journal des Jesuites.

(3) Au mois de juin, se noyereut deux interpreted encore jeunes, qni furent re-
grett6s detous les colons, taut pour leurs bellt-s quulit6s que pure*; qu'ils suvaifiit
plnmeurs luimu^s f-auvasjcs. Jeau Ainiot et Ki an^ois Margueiie. travcr.sant in fleuve
vis-a-vis dt's Trois-Kivieres, furent surpiis par uno yiolente temj)ete. l<eur cauot
6tant vieux et brise 'entrouvrit et ils furent englontis dans les eaux, sans que per-
oune put leur porter socours. Nous avons d6j^, par!6 de Francois Marguerie. Jean
. Ainiot etait estime pour ses qualites morales, pour .->:i valeur et son aiiresse. Etaut
aux Trois-Uivi6res, 1'hiver precedent, il avait provoque les Frangaia et les sauvage
a la course, soit avec des ruquettes aoit sans raquettes. 11 remporta la victoire sur
tons ceuz qui se mesurerent avec lui. Sou hunieur t'-tiut si gaie et si agreablu, qu
lea vaiin-.ua eux-nieuioa lui temoignereut de 1'auiour et du respect.

(3) Cliarlovoix, Hittoire de la tfouvelle France, liv. IV.



1648] DU CANADA. 363

quelles mesnres e*taient les plus convenables pour les circon-
stances. Ayant recu des mains de Champlain la colonie
naissante et k peine e"tablie sur les bords du Saint-Laureut, il
1'avait gouverne'e et protegee avec toute 1'affection d'un pere.
Suivant soigneusementia marche tracee par son predecesseur, il
s'attacha & asseoir la petite colonie sur les seules bases solides
d'un etat, la religion et 1'honneur.' " C'etait," diseut les annales
de I'Hotel-Dieu, " un homme fort brave, tres-accommodant,
plein de compassion pour les pauvres, zele pour la religion, et
tout propre a inspirer 1'amour du christiauisme par 1'exemple
de sa piete."

Avec des ressources tres-faibles, M. de Montmagny re"ussit h.
conjurer les dangers qui menaeerent la colonie, sur tout du
cote des Iroquois, devenus plus audacieux depuis qu'ils posse"-
daient des arrnes a feu. Pendant tout le cours de son adminis-
tration, il ne cessa de montrer une prudence et un courage qui
inspiraient de la confiauce aux colons, et tenaient les sauvages
dans le respect. II est assez cominun de trouver des hommes
capables de faire face a un danger pressant durant un court
espace de temps ; mais il est rare d'en rencontrer qui puissent,
pendant la dure'e de plusieurs annees, fournir des preuves
journalieres de ces belles qualites sans jamais se de"mentir.
M. de Montmagny possedait a uu haut degre la perseverante
e"nergie qui ne se lasse jamais devant des difficultes toujours
renaissantes. " Aussi, il emporta," dit le P. Lalemant, " les
regrets de la colonie, et laissa une memoire eternelle de sa
prudence et de sa sagesse (1)." Apres avoir lui-meine fait
les honneurs d'une reception officielle a son successeur, il
de*posa Tautorite entre ses mains, et 1'assista de ses conseils.
M. de Montmagny s'embaiqua pour la France vers la fin du
mois de septembre, et se chargea du commandement de la flotte
pendant le voyage (2).

M. D'Ailleboust apportait un nouveau reglement royal, donn&
le cinq mars 1648, et modifiant considerablement celui de
1'annee pre'cedente. Voici quelles en etaient les dispositions.

Dans la suite, le gouverneur-g^neraldevaitetre nomine pour
trois ans ; celui qui sortirait de charge une premiere fois pou-
vait etre continu^ dans ses fonctious pendant trois autrea
annee. Le roi creait un conseil compose du gouverneur de la

(1) Relation de 1648.

(2) L'on ue tronve plus rien de bien antheutiquesiir M. de Moutmapny. M. Aubert
de LaChesnaye dit-cependaut qu'il silla moiiiir a Saiut-Christophe. chez son parent
M. de Poiucy ; cette assertion u'est appuyee d'aucuue preuve.



364 COURS D'HISTOIEE [1648

colonie, du superieur des J^suites de Quebec, en attendant
qu'il y eut un e veque, du dernier gouverneur sorti de charge,
de deux habitants du pays elus de trois ans en trois ans par
les gens tenant le conseil et par les syndics des communautes
de Quebec, de Montreal et desTrois-Eivieres (1). S'il n'y avait
point d'ancien gouverneur dans le pays, 1'on choisissait le
cinquieme conseiller parmi les habitants de la colonie.

Le conseil forme en 1648, fut compose* de M. D'Ailleboust,
du P. Jerome Lalemant et des sieurs de Chaviguy, Godefroy et
Giffard (2).

Les gouverneurs des Trois-Eivieres et de Montreal avaient
entree, seance et voix deliberative an conseil lorsqu'ils se
trouvaient a Quebec.

Toutes les autres dispositions du reglement de 1 647, e"taient
maintenues et confirmees.

L'ordre de choses qui resulta du remamement de 1'ancien
reglement, semble avoir satisfait aux besoins de la colonie pen-
dant longtemps. Voici les remarques que renferme sur ce
sujet un me'inoire presente an roi en 1719 et attribue* a M.
D'Auteuil. " Ce qui a donne lieu aux depenses annuelles au-
dela des depenses necessaires, est que messieurs les secretaires
d'etat ont abandonne 1 1'execution du reglement de sa majeste"
par arret du conseil du trois mai 1648. Get arrt fixe la
depense annuelle et indispensable a trente-cinq mille livres.
Que si, depuis 1666 a 1675, il y a en augmentation d'emplois
et de depenses, ce changement n'est venu que de 1'imagination
des ministres du roi, par des vues particulieres qu'on ne doit
pas imputer an Canada, puisqu'il etait pour le moins aussi
bien gouverne et conduit sous I'ex^cution de ce reglement qii'il

1'a ^te depuis En faisant attention a ce reglement on con-

statera que 1'intention du roi etait que le gouverneur ge'ne'ral du
Canada put etre choisi du nombre des habitants du pays,
puisqu'il y est dit expressement que 1'ancien gouverneur, sor-

tant de charge apres trois ou six ans sera encore pour

trois ans du conseil, que cet arret e*tablit a Qudbec Ce

reglement a e'te' executd pendant dix-huit ans sans augmen-
tation de depenses depuis 1648 en 1666 ; et il le serait encore,
si MM. les secretaires d'etat u'avaient pas eu de parents et
creatures a placer, auxquels ils ont procure ce poste en y atta-

0) Lcs syndics oil procurenrs syndics, dans les affaires et les procea reprfaen-
taient les corps qui les avaient t'-lus.

(2) Francois de Charignv de Berchereau 6tait 116 & Crfeancoy dans la Champagne ;
Jean-Fanl Godefroy, etait de Saint-Nicola-des-Champs a Paris.



1648] DU CANADA. 365

chant de gros appointements, outre trois mille livres pour le
gouvernement particulier de Quebec, des capitaines de gardes,
des pensions."

Ces reglements donnaient une part dans les affaires inte*-
rieures de la colonie, aux habitants du pays, regarded comme
naturellement interesses a les bien conduire. Le conseil avait
le droit de faire des lois locales ; il reglait les affaires de com-
merce, decidait de la paix et de la guerre avec les nations sau-
vages, jugeait les differends entre les particuliers ; il posse-
dait des pouvoirs legislatifs, executif et judiciaires, toujours
ne"anmoins sous la. direction du gouverneur general. Les par-
lements de Paris et de Rouen, qui avaient deja voulu s'im-
miscer dans les affaires de, la colonie, et dont 1'intervention a
une telle distance ne pouvait qu'etre nuisible, furent avertis
que le roi re*servait a son conseil la revision des decisions du
conseil de Quebec et 1'examen des affaires du Canada.

Les reglements de police et les affaires municipales etaient
aussi du domaine du gouverneur et de ses conseillers. On
concoit que, dans les premiers temps de la colonie francaise,
I'autorite de ces fonctionnaires devait etre fort e"tendue et
s'exercer d'une maniere paternelle, sans qu'on s'attachat trop
scrupuleusement aux formes suivies alors dans les parlements
de France (1). Get etat de choses est sans contredit le plus
convenable et le plus avantageux pour une cornmunaute
naissante.

Adoptant des pratiques analogues, les assemblies de la N"ou-
velle-Angleterre s'etaient affranchies des formalites en usage
dans les cours et le parlement de la mere patrie, et s'occupaient
de matieres qui sembleraient aujourd'hui d'une trop mince im-
portance pour attirer 1'attention de la legislature d'un pays.
Apres la mort de Winthrop en 1649, Endicot fut choisi pour
le remplacer comme gouverneur (2). Dans ce temps, le rigo-
risme des honnetes gens de la colonie e"tait a son apogee.
Endicot, le plus severe de tous les magistrats, etant devenu
gouverneur, de concert avec la cour des assistants, commenca
une croisade centre des innovations qui leur semblaient re-
prehensibles. Us s'opposerent surtout a la coutume de por-

(1) Parmiles actesofflciels qui nonsrestentdece conseil, onentronve un en date da



que tous pnissent aller se chauffer chez lui .... II ne gardera personne pe
grand'mesae. le Bermon, le cat^chisme et les vepres. Cet acte eat sipi6 par M.
D'Ailleboust, gouverneur, lo P. J. Lalement et les sieurs de Chavigny, Godei'roy et
Giffard.

(2) Hutchinson, History of Massachusetts Bay.



366 COUES D'HISTOIKE [1648

ter les cheveux longs. Un texte de Saint Paul servit de base
aux arguments qu'ils employerent pour condamner cet usage
comme immoral et digne de la plus severe censure (1). Pen
cPannees auparavant, 1'emploi du tabac avait etc* defendu sous
peine d'amende. Au soutien de cette loi quelques savants
magistrats du temps crurent devoir e"crire pour prouver que
la fumee du tabac est semblable a celle qui s'eleve du fond
de 1'abime. Cependant plusieurs ministres ayant contract^
1'habitude de funier, le gouvernement declara qu'on pourrait
a 1'aveuir se servir de tabac sans enfreindre les lois de la
colonie..

(1) " Vu que la coutume de porter les cheveux longs, & la fa9on des bandits et des
indiens barbares, acomiueiic6 a s'introduire dans la Nouvelle-Angleterre, contraire-
iiM-nt aux directions de la parole de Dieu, qui ditqu'il est honteuxpour un homme de
porter tie lougs cheveux, et eu opposition a la luuable coutume de toutes les per-
sonues religieu.-ies de noire nation jusQu'a ces deruieres annees, nous les magistrats
oussignes declarons et publions que nous reprouvons etdetestons la coutume de por-
ter les cheveux longs, la regardant comme 6tant centre la politesse et indigne d'uu
homme, puisque par !ii 1'liomine se dcflgure, scandalise les persoiiues sages et mo-
destes, et corrompt les manieres honnetes. Nous supplions done les ancieiia de
manii'ester leur zele contre cette pratique .... et de 1'aire en sorte que les membres
de leurs eglises respectives ii'eu soie'nt point souilles ; 'afin que ceux qui se inontre-
i-out obstiues et ne se corrigerimt poiut aieut Dieu et les homuies comuie temoinu
outre eax.

(Slsn6) ENDICOT, THOMAS BUDLET.



1648] DU CANADA. 367



CHAPITEE SEPTIEME



Colonie franchise choz les Hurons Maison da Sainte-Marie Menrtre d'nn fran-
$ais et mauvais vouloir d'uue partio des Hurons Flottille hnronne attnqne*
par les Iroquois snr ie lac Saint-Pierre La nation neutre menacee Bourgade
de Saint-Joseph detrnite ; mort du P. Daniel Destruction dos Lourgs de Saint.-
Ignace et de Saint-Louis Snpplice et mort des Peres De Brebeuf et Gabriel
Lalemant Beau caractere des deux: missionnaires Ketraite pr6cipito dec
Iroquois.



Outre les etablissements francais formes a Quebec, aux
Trois-Eivieres et a Montreal, il en e'tait un quatrieme qui, avec
des circonstances favorables, pouvait de venir important ; c'e'tait
celui qui avait ete commence au pays des Hurons. La petite
colonie europe'enne qui s'y trouvait en 1648, etait composee de
quarante-deux francais : dix-huit appartenaient a la compagnie
de Jesus, les autres etaient des homines choisis, dont la plu-
pait s'etaient devoues a la propagation de 1'evangile, et assis-
taient les missionnaires au moyen de leur travail et de leur in-
dustrie. A cette bonne ceuvre ils apportaient un courage, line
fidelite et une piete qui n'avaient rien de la terre. " Aussi, "
<5crivait le P. Eagueneau, " n'est-ce que de Dieu seul qu'ils
en attendent la recompense, s'estimant trop heureux de rd-
pandre leurs sueurs et, s'il en est besoin, tout leur sang,
pour contribuer ce qu'ils pourront a la conversion des bar-
bares (1). "

La maison de Sainte-Marie dtait, comme nous 1'avons vu,
la principale residence des missionnaires et de leurs compa-
gnons europeens ; c'etait aussi un asile pour tons les Chretiens
hurons, qui y trouvaient un hopital pendant leurs maladies, un
refuge dans les dangers de la part des Iroquois, et une hotellerie
dans leurs voyages,ou lorsqu'ils allaient visiter les missionnaires.
Dans le cours d'une seule ann^e, trois mille pelerins y avaient
trouv^ le gite et la nourriture. A chacun des hotes qui Etaient
recus Ton distribuait trois repas par jour ; ce qui paraissait ma-
gnifique aux sauvages, accoutume's a des jeunes longs et forofo.

(1) Relation de IMS.



368 COUKS D'HISTOIRE [1648

Les repas, cependant, n'etaient pas somptueux ; car ils ne se
composaient que de mais pile*, bouilli dans 1'eau et assaisonne"
avec du poisson fume 1 ; mais ils couvenaient aux habitudes des
Hurons, et suffisaient mme aux besoins des missionnaires.

Situee dansle coeurdu pays, la maison de Sainte-Marie avait
jusqu'alors ete peu exposed aux attaques des Iroquois. Aussi
les Francais y vivaient en assurance et aucun d'eux n'avait



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