privilege exclusif de la traite des pelleteries, avec les prero-
gatives attachees & la commission du marquis de La Roche.
Chauvin, ayant goute 1'avis, obtint cette commission par 1'en-
tremise de ses amis ; il fut charge en meme temps de conduire
une colonie a Tadoussac et d'y etablir la religion catholique.
Marchand et protestant, Chauvin s'occupa peu des deux der-
nieres clauses.
Pontgrave, qui 1'accompagnait au premier voyage, voulut se
rendre jusqu'aux Trois-Rivieres, lieu qu'il avait precedem-
ment visite et qu'il regardait comme propre k 1'etablissement
d'un poste. Mais Chauvin refusa de s'occuper d'une sem-
blable entreprise ; il se contenta de faire la traite & Tadoussac,
et revint avec une provision considerable de pelleteries. Seize
de ses hommes y resterent pendant 1'hiver ; comme il connais-
sait peu le pays, il n'avait construit qu'une petite maison de
claies, pour les mettre a 1'abri des rigueurs du climat. Cham-
plain dit qu'apres le depart de Chauvin, le froid et la famine se
62 BOURS D'HISTOIRE [1603
firent sortir ; plusieurs Francais moururent, et les autres alle-
rent partager le feu et la nourriture des sauvages leurs voisins.
Le sieur de Monts, qui figura plus tard comme un des fon-
dateur de Quebec, avait e*te de ce voyage ; et les observations
qu'il fit & Tadoussac le degouterent des pays avarice's vers le
nord. Les marchands, au contraire, se portaient vers ce points,
parce qu'ils y trouvaient du profit. Le Saguenay, & la verite,
ne renfermait ui mines d'or, ni pierres precieuses, comme on
1'avait d'abord pense" ; mais il fournissait d'autres sources de
richesses. C'etaient des fourrures precieuses, qui avaient des
lors une grande valeur en Europe : la martre, la loutre, le
castor, le renard noir (1) surtout, etaient hautement prises et
cherement payes. Cette cote du nord etait done, malgr4 la
rigueur de son climat et la sterilite* de son sol, bien frequentee
par les marchands, qui obtenaient de tres-riches fourrures pour
des objets de peu de valeur, tels que baches, couteaux, hame-
qons, dards.
En 1600, Chauvin fitun second voyage, qui fut utile a son
commerce, mais qui n'avanca point les mte"rets de la colonisa-
tion. II mourut dans un troisieme voyage entrepris en 1601.
La commission de Chauvin passaaucommandeurde Chates,
gouverneur de Dieppe. C'etait un homme tres-honorable, qui
avait digaement et fidelement servi le roi. Quoiqu'il fut dej^
age", il voulait consacrer ses dernieres anne"es au service de
Dieu et de son pays, en allant travailler lui-meme & fonder une
colonie dans la Nouvelle- France. Pour cette fin, il forma une
compagnie composee de marchands de Rouen et de quelques
autres villes ; il confia ses vaisseaux au sieur de Pontgrave*,
que le roi chargeait de continuer les de'couvertes commencees
dans le grand fleuve du Canada (2).
Heureusement pour le Canada, le commandeur de Chates
> rencontra alors un homme d'une grande capacite : c'etait Samuel
de Champlain, qui consentit avec joie a faire partie de 1'expe"-
dition. Ne a Brouage en Saintonge (3), Champlain avait servi
pendant deux ans et demi comme officier de marine, aux
Indes Occidentales (4), et ensuite dans le midi de la France
contre les Espagnols. II e*tait depuis peu de temps & la cour
(1) Aiijourd'bui uno belle peau de rcnard noir se vend cent piastres, sur la cote du
Labrador ; ellc en vuut trois cents en Ruttsie.
(2) Ijf, voyages de la Xouvelle France, etc., par Cbamplain, liv. I, chap. vii.
(3) Samuel de Cbamplain 6tait flls d'Antoine de Cbamplain. capitainc dc \ aisseau,
et de Marguerite le Koi ; on trouve ces noius dans son coutrat de uiariage.
(4) Cliamplain a laisse. sur son voyage aux Indes Occidentales, des mtmoires, qui
sont outre les mains de M . K6ivt, de Dieppe.
1603] DTJ CANADA. 63
ou il jonissait d'une pension. Le voyage fut heureux. Laissant
leurs vaisseaux a Tadoussac, Pontgrave et Champlain remon-
terent le fleuve en chaloupe jusqu'au saut Saint-Louis. Us ne
puient aller plus loin, et reprirent le chemin de Tadoussac,
examinant soigneusement le pays, et recevant des sauvages
quelques informations sur les rivieres qui tombent dans le
grand fieuve ; ils remarquerent surtout le beau havre au
milieu duquel s'avance le promontoire, des lors connu sous
le nom de Kebec.
Mais leurs esperances furent fortement e'branle'es, lorsqu'en
arrivant a Honfleur, dans 1'automne de 1603, ils apprirent la
mort du commandeur de Chates, qui n'avait pu accompagner
1'expedition. Champlain comprenant que 1'ceuvre projete ne
pourrait avancer, a moins qu'elle ne fut conduite par quelque
seigneur, possedant un assez grand credit pour re'primer faci-
lement les entreprises de ceux qui voulaient obtenir les
avantages de la traite avec les sauvages, sans avoir aucune
charge a supporter. L'on n'aurait pas eu a craindre ces in-
conve"nients avec M. de Chates, qui, e'tant aime* et estime*
de Henri IV, jouissait de toute 1'autorit^ necessaire pour faire
respecter ses droits. Champlain, qui fait rernarquer toutes les
fautes commises dans les expeditions anterieures, reconnait
que dans celle-ci il n'y en avait point eu, M. de Chates avait
pris toutes les precautions pour la faire re"ussir. Jusqu'alors
on avait commence par reunir des colons, qu'on envoyait avant
d'avoir choisi un lieu propre a les recevoir. De la il arrivait
qu'on tatonnait longtemps avant de trouver une position conve-
nable. Pendant ces delais, les provisions s'e"puisaient, et, lors-
que tout semblait pret, il fallait retourner en France afin de
ne pas s'exposer a mourir de faim. M. de Chates avait tenu
une conduite plus raisonnable ; avant d'envoyer des colons, il
avait eu la sagesse de faire examiner les lieux pour choisir celui
qui serait le plus propre a ses desseins (1).
Sa mort fut done une perte serieuse pour le Canada, et un
facheux contretemps pour Champlain et Poutgrave'. Cependant
il se pr(3senta un nouveau protecteur, qui, sans donner toutes
(1) Lo tombeau de M. de Chates est dans 1'Eglise de Saint-R6mi, & Dieppe. Le
choeur de cette ejjlise renferme un autre souvenir du Canada : c'est un morccau de
sculpture, represeutaut des sauvages. Suivaut une tradition locale, ces stsitnettes
aur;iitintet6 placfies pour rappeler quelque voyage des Dieppois dans 1'Amerique du
Nord. Le tombeau du c61ebre arinatcur Augo. bienfaiteur de Dieppe, est dans la
belle eglise de Saint-Jacques. Dieppe est tin petit Canada; un grand nombrc dr l':i-
milles canadiennes sont sorties de Dieppe ou de scs environs ; on y trouve les noms
Irs plus connus an Canada ; la prononciatiou et certaiucs locutions cauadienues nous
sont communes avec les Dieppois.
64 COURS D'HISTOIRE [1603
les garanties qu'offrait le commandeur de Chates, etait cepen-
dant, sous beaucoup de rappoits, digne de lui succeder (1).
Pierre du Guast sieur de Monts, natif de la province de Sain-
tonge comme Champlain, offrit a Henri IV de former quelques
e'tablissements en Amerique, sans qu'il en coutat rien a la
couronne.' II e"tait gouverneur de Pons, et gentilhomme ordi-
naire du roi. Pendant tous les troubles de la ligue, il avait
rendu d'importants services au roi, qui avait en lui une pleine
confiance. Sa demande fut agreee, et, par un e"dit du huit
novembre 1603, il fut nomm lieutenant general " au pays
de la Cadie (2), du 40 e au 46 e , pour peupler, cultiver et faire
habiter les dites terres le plus promptement, faire rechercher
mines d'or, d'argent, etc., batir des forts etdes villes, conceder
des terres, etc."
M. de Monts crut devoir conserver la compagnie formee
par son pre'de'cesseur ; il 1'augrnenta meme en y admettant
plusieurs marchands de Eouen et de la llochelle (3). Afin de
fournir aux associes les moyens de subvenir aux defenses
n^cessaires pour exploiter le pays, le roi, par des lettres pa-
tentes en date du dix-huit de'cembre de la meme annee, leur
accordait pour dix ans, le privilege exclusif du commerce
des pelleteries et autres marchandises, "depuis le cap de
Eaze, jusqu'au quarantieme degre", comprenant toute la cote
de 1'Acadie, terre et Cap-Breton, baie de Saint-Cler, de Cha-
leur, lies Perches, Gaspay, Chichedec, Mesamichi, Lesquemin
(4), Tadoussac, et la riviere de Canada, tant d'un cote* que
d'autre, et toutes les baies et rivieres qui entrent au-dedans
des dites cotes."
Ainsi le territoire accorde* a de Monts descendait un pen
au sud de 1'embouchure de la riviere Manhatte ou Hudson ;
au nord, il renfermait une partie de Tile du Cap-Breton ;
quand au privilege exclusif, il s'&endait sur le golfe et surle
fleuve de Saint-Laurent. De cette date, furent jete's les
germes de division qui plus tard entrainerent la France et
1'Angleterre dans une longue suite de guerres.
Vers les anne"es 1502 et 1603, quelques vaisseaux anglais
avaient crois sur ces cotes, et avaient tents', sans succes, d'y
(1) L'eacarbot ; Champlain, liv. I, chap. vra.
(2) Les anciens documents portent tantot Acadie. tantfit Cadie: 1'origine de cenom
est mcuunue. On le retrouve dans les uiots composes : Tracadie, Shubenacadie,
Chykabenakdie.
(3) Champlain. liv. I, chap. vin.
(4) Miramkhi, Encoumin.
1603] DU CANADA. 65
former des e"tablissements. En 1606, trois ans apres la date
des lettres patentes accorde"es au sieur de Monts, Jacques I
avait donne une charte pour la colonisation de la Yirginie, a
laquelle il donnait pour bornes le 36 e degreau sud, etle 45 e au
nord. On voit par la que les deux concessions, se croisaut et
empietant 1'une sur 1'autre, devaient amener des collisions
inevitables entre les sujets des deux couronnes. Aussi, sous
differents noms et avec des limites mal definies, 1'Acadie
a-t-elle etc pendant un siecle et demi un sujet de contestations
toujours renaissantes entre la France et 1'Angleterre. La guerre
se terminait par un traite", concu en termes ambigus et qui
laissait une porte ouverte d'abord a des interpretations incon-
ciliables, puis a de nouvelles hostility's. Les autorites de la
meme nation ne s'accordaient point toujours sur ce qu'il fallait
entendre par 1'Acadie.
Cependant, d'apres 1'opinion la plus ge"nerale, ce nom s'ap-
pliquait a lape"ninsule de la Nouvelle-Ecosse. Denys, pendant
longtemps gouverneur d'une partie de 1'Acadie, donne une
autre division du pays appartenant a la France. II le partage
en quatre portions. La premiere commencait a la riviere Pen-
tagouet ou Penobscot, et s'etendait jusqu'ala riviere Saint-
Jean (1) ; c'etait la province des Etchemins. La seconde renfer-
mait les cotes de la Baie Erancaise, et se terminait au cap
Fourchu ;il la nomme la province de la Baie-Francaise (2). La
troisieme, portant seule le nom d'Acadie, embrassait les cotes
depuis le cap de Sable jusqu'au detroit de Canseau. La qua-
trieme, qui formait le gouvernement de Denys, etait entre Can-
seau et Honguedo ou le cap Fourillon ; il appelle cette derniere
la province du Saint-Laurent. Telles sont les divisions donnees
par Denys, qui, mieux que tout autre, connaissait le pays et ses
commencements.
Toutes ces contrees etaient encoie entre les mains des tribus
sauvages. Les Souriquois ou Micmacs occupaiept la peninsule
acadienne, la Gaspesie et le pays qui s'etend de 1'une a 1'autre ;
les Malecites ou Etchemins habitaient entre les rivieres Saint-
Jean et Pentagouet ; leur pays avait recu le nom de cote de
Norembegue. Au sud du Pentagouet, e'taient les Abenaquis (3),
qui avaient aussi quelques villages sur la riviere Kinibeki.
(1) Nomm6e Ouygoudy par les sauvages.
(2) La Bale Frai^aise re^ut son nom deM.de Monts ; on ne pent deviner ponrquoi
les Anglais 1'out nominee baie de Fnndy. Auraient-ils traduit par Hay of Fundy,
lew mots que portent d'anciennes cartes : Fond de la Baie t
(3) Wabanakki, orientaux. de wAban, il et anroro; etykki. terre. Ces doux mots
appanieuiieut a la laugue des Sauteurs. (Kote de M. Lafleche, inissionnaire.)
66 COURS D'HISTOIRE [1604
L'on rencontrait ensuite, en descendant vers le midi, les Ar-
mouchiquois, nation adomiee a la culture de la terre, mais
tres-me'chante ; puis les Massachusets, lesWampanoags, les
Pequods, les Narragansets (1). Vers le haut de la riviere Con-
necticut etaient les Socoquiois, qui s'etendaient jusqu'aux
sources de la riviere Chouacouet. Entre le Connecticut et la
riviere Hudson, se trouvaient les Loups ou Mahingans, appele"s
Mohicans par les Anglais.
Toutes ces tribus appartenaient a la grande famille algon-
quine ; leurs langues, ayant une origiue commune, devinrent
avec le temps si differentes les uues des autres, que denx
tribus voisines avaient peine a se comprendre. Plus tard,
les trois tribus du nord, c'est-ft-dire les Souriquois, les Abe-
naquis et les Malecites, se rapprocherent pour se preter un
mutuel secours dans leurs guerres contreles colonies anglaises.
Elles ont quelquefois e"te confondues ensemble, par des ecri-
vains anglais et francais, sous la denomination collective de
tribus abenaquises.
Josselyn, ecrivain anglais qui visita la Nouvelle-Angleterre
en 1638-39, dit que tout le pays, depuis le Cap Cod en remon-
tant vers le nord, appartenait aux Aberginiens, qu'il partage en
trois tribus : les Massachusets, les Wappanacks ou Abenaquis,
et les Tarentines ou Etchemins. II parait ne pas avoir connu
les Souriquois, ou les avoir confondus avec les Etchemins.
Ayant rencontre, dans son voyage a Tadoussac, des cotes
ste'riles et un climat froid, de Monts crut devoir porter sa colo-
nie vers le sud et s'e'tablir sur une terre plus fertile. II pensait,
comme Lescarbot, " qu'il est bon de se loger dans un doux
climat, lorsqu'on peut tailler en plein drap." Sa compagnie, e'tant
compose'e de riches marchands de Eouen et de la Rochelle, put
pr^parer un armement plus considerable que ceux qui avait e'te'
faits pre'ce'demment. Elle freta quatre na vires, dont un e*tait des-
tine" a faire la*traite des pelleteries a Tadoussac; le second,
place" sous les ordres de Pontgrave 1 , devait croiser dans le de*troit
de Canseau et autour de 1'ile du Cap-Breton, pour empecher les
marchands Strangers a la compagnie de faire le commerce avec
(1) Les Massachusetts s'attachercut aux Anglais, qui 8'6taient 6tablit an milieu <le
leur pays. Snivaiit SI. I'abb6 Maurault. Massailzoxfk dans la langue Abwiaquiae al-
^iiii'.i-: d la flroime montagiie. Ce mot et fonn6 de mass, pros; ivailzo. montapio; ot
lo lit final itek qui sigiiifie, a. vers, dang. chez. John Smith, dans son onvrage intitul6 :
A duoriptioni of New-England in 1614. dit que de la met il apercevait la grosse mon-
taune do Magsachuset.
Williamson pretend quoleMal6citcs sontdes Armoneniqnois rcfugids ft I'int^rienr
des tcrres. ot qui s'uuiruut aux Htchetuiua. Jl y a ea eflbt une certaiue resseiublance
i ii 1 1 . IUH deux inoix.
1604] DU CANADA. 67
les sauvages. De Mont conduisit lui-meme vers 1'Acadie les
deux autres navires, dont 1'un etait de 120 tonneaux et 1'autre
de 150 ; il etait accompagne de plusieurs gentilshomines, de
pretres ( 1), de ministres et de cent-vingt artisans et soldats
tant catholiques que protestants. Toujours pret a preudre part
aux voyages de deeouverte, Champlain recut avec joie 1'invi-
tation d'accompagner M. de Monts dans cette expedition ; avec
eux se joignit un gentilhomnie picard, Jean de Biencourt,
baron de Poutrincourt, qui desirait etablir sa famille dans le
nouveau monde, esperant y trouver plus de paix et de tran-
quillite qu'en Europe.
Dans ce melange de catholiques et de huguenots, Champlain
crut reconnaitre la source de grandes difficultes pour la nou-
velle colonie : " II se trouve quelque chose a redire en cette
entreprise," observe-t-il, "en ce que deux religions contraires
ne font jamais un grand fruit pour la gloire de Dieu, parmi les
infideles que Ton veut convertir. J'ai vu le ministre et notre
cure s'entrebattre a coups de poing sui le differend de la reli-
gion. Je ne sais pas qui etait le plus vaillaut etquidonnait le
meilleur coup, mais je sais tres-bien que le ministre se plai-
gnait quelque fois au sieur de Monts d'avoir e'te' battu ; et
vidaient en cette facou les questions de controverse. Je vous
laisse a penser si cela e'tait beau a voir. Les sauvages etaient
tautot d'un cott5, tantot de 1'autre, et les Francais meles selon
leurs diverses croyances disaieut pis que pendre de 1'une et
de 1'autre religion, quoique le sieur de Monts y apportat la
paix le plus qu'il pouvait. " Aussi, apres avoir et^ teinoin des
difficultes qu'entrainent les divisions religieuses dans un eta-
blissement naissant, ou 1' union des individus peut seule pro-
curer le bien general, Champlain fit plus tard tour, ses efforts
pour eloigner un semblable malheur de sa colonie du Canada.
Le temps fut si favorable que le sept mai 1604, un mois apres
le depart du Havre-de-Grace, les deux navires de M. de Monts
passaient en vue du cap de la Heve ; ils arriverent a un
port, ou ils surprirent le capitaine Eossignol, qui trafiquait avec
(1) " Denx ou trois jours apres notre arriv^e (& la baie de Ste. Marie), un de nos
pretres, appele Messire Aubry. de la vilie de Pari, s'egara- si bieu dans un bois
qu'il noput ratrouverle vaisseau. et fut dlx-oept joora ainsi suns au<-uii cliosc pour
so siibstanter. <JUK quelijiies herbes sures et aigrettes conmie de 1'oseille. et des pi-tits
fruit de peu do substance, gros com me grosseilles. qui viennent rampant snr la terre.
Ktsint au bout de son rollet. sans espfiraiice de nous revoir jamais. faible et d6bile. il
se trouvadu cot6 de la Baie Frai^aise ainsi nominee par le sieur de Monts. quaud
1'une de nos chalonpes 1'avisa qui faisait si^ne avec une j^anle. au bout de laquelle il
avail nils son chapeau. II fut uu lungtemps a se reiuettre en son premier 6tat. "
(Champlaiu.)
6
68 COUKS D'HISTOIRE [1605
les sauvages. Son batiment fut confisque ; mais, en de'dorn-
magement, son nom resta attache a ce lieu, qu'on appela le
port Eossignol.
Laissant en arriere les beaux ports de la Heve et de Che'-
bouctou, maintenant Halifax, de Monts visita la baie de Sainte-
Marie, Port-Eoyal, 1'entree de la riviere Saint-Jean, et alia
s'arreter au commencement de 1'hiver sur la petite ile de
Sainte-Croix, dans la baie qui porte anjourd'hui le nom de Pas-
samaquoddy. Le lieu e'tait fort mal choisi pour 1'etablisse-
meut d'une colonie ; 1'ile de Sainte-Croix n'ayant qu'une denii-
lieue de tour, on n'y trouva que peu de terre cultivable.
L'eau douce y e'tait en si petite quantite, que pendant 1'biver
il fallait en aller cbercher sur la terre ferme, et bientot le bois
mgme devint rare. Pour surcroit de malheur, le terrible mal
de terre se de'elara avec tant de virulence, que trente-six
hommes en rnoururent.
Au printemps, de Monts s'empressa de faire voile vers le sud,
pour chercher un lieu plus propre & son etablissement ; il suivit
la cote jusqu'au 41 e degre, c'est-a-direjusques pres de 1'endroit
ou est aujourd'hui New- York. Dans toute cette e'tendue de
pays, il n'y avait alors aucun Europe'en ; il n'y en avait pas
meme en deca des e'tablissements espagnols de la Floride, car
Jamestown, premiere colonie anglaise dans la Virginie, ne fut
fonde qu'en 1607 (1). Apres line longue course, de Monts
revint a Sainte-Croix, sans avoir trouve aucun lieu qui lui
convint. Sur ces entrefaites Pongrave, qui e'tait passe* en
France I'automne pre'ce'dent, arrivant avec un secours de cin-
quante homines, de Monts se ddcida a transporter son habita-
tion sur les cotes de 1'Acadie. II visita Port-Eoyal, et le trouva
tellement a son gre', qu'il convint d'y ^tablir sur le champ sa
colonie ; il chargea de ce soin Pontgravd, qu'il nomma en
me'me temps son lieutenant.
Fonde* en 1605, Port-Eoyal, aujourd'hui Annapolis, est le
premier Etablissement durable forme' par les Francais dans le
nord de 1'Ame'riqiie, et la plus ancienne ville de cette partie du
nouveau monde, apres Saint- Augustin. II pre'sentait des avan-
tages re'els pour 1'etablissement d'une colonie. " I>a nature, "
(1) IltKlson ne d6cotirrit 1ft riviere Manhattfi qn'en 1(500 ; il 6tait alors au service de
Iu Hollunde. Lea Hollaodais pi-oflteretit de cette decouverte pour 6tendre lenr com-
merce. En 1CI4, ils remonterent la riviere, et dons I'automne ils hatin-nt tin fort sur
tine ile pres d' Albany. Le foit Orange, nujourd'hui Albany, ne fnt COIIIIIH nrt' ;|u'rn
1C23 ; en IGi'V-quulqiioH colons furent envoyes pour linliiici duns 1'ilc dc Munliatte et
les Hollandais se niirenta y construire lefort ue New- Amsterdam, muinteuaut New-
York.^r(Collect. of the New York Hist. Soc. Vol.111).
1605] DU CANADA 69
dit Charlevoix, " n'a presque rien e"pargn^ pour en faire un des
plus beaux ports du monde. II a deux lieues de long, surune
grande lieue de large ; line petite ile, qu'on a nomme'e 1'ile aux
Chevres, est presque au milieu du bassin, etles vaisseaux peu-
vent en approcher de fort pres Le climat est temper^,
1'hiver moins rude qu'en beaucoup d'autres endroits de la cote,
la chasse abondante, le pays charniant, de vastes prairies en-
vironnees de grandes forets, et partout des terres fertiles (1)."
Ces avantages avaient frapp6 Poutrincourt, et, avant de re-
tourner en France, dans rautomne de 1604, il avait demande
Port-Boyal a M. de Monts, qui le lui accorda.
De Monts avait aussi pris possession de toutes les c6tes
jusqu'au 41 e degre ; il avait visite les lieux, et doune des noms
aux endroits les plus remarquables. Le droit a ete sou vent
invoque par les Francais et par les Anglais, dans leurs longs
demeles au sujet de la possession de 1'Acadie, de 1'ile du Cap-
Breton et de Terreneuve ; mais, dans la pratique, la de'ci-
sion a toujours etc* confiee a la force. Tantot les Francais,
tautot les Anglais s'eniparaient d'un territoire conteste ; et,
dans 1'occasion, les uns et les autres employaient le meme
argument de la force contre les nations sauvages. Par mal-
heur pour la France, elle n'a pas deploy^, pour la conserva-
tion de ses colonies, 1'obstination que inettait 1'Angleterre a
s'en emparer, et, apres avoir repousse* longtemps la force par
la force, aux Indes, en Afrique, au Canada, elle a fini par se
retirer de la lutte, abandonnant a sa rivale des pays que les
soldats et les colons francais avaient arroses de leuio ^ucurs
et de leur sang.
Vers rautomne de 1605, de Monts, laissant Pontgrave* pour
commander a sa place, passa en France, ou il trouva les clioses
1 bien changees. Les pecheurs bretons, basques et normands
s'etaient plaints d'etre gene's dans la peche par le employe's de
M. de Monts (2). Us repre'senterent auroique si Ton ne faisait
un reglement pour preveuir les abus, la peche serait inter-
rompue, et par suite les douanes en souffriraient, et eux-
memes, ainsi que leurs families, seraient reduits a la pauvret^,
Le conseil comprit le tort que devaient causer aux p^cheries
les precautions prises par M. de Monts pour proteger la traite
(1) Charlevoix, Hist. Generate de la Nouvelle- France, liv. III. II faut 86 garder de
coufoudre ce Port Koyal. situe dans 1'Acadie, avec celui quo viait6reut les huguoiiots
frau^ais dans la Floride.
(2) Voyages de Champlain, liv. I. chap. VII.
70 COURS D'HISTOIRE [1606
des pelleteries, et en consequence le privilege exclusif qui lui
avait ete accorde fut revoque".
Sans se laisser deeourager par ce contretemps, il fit un
nouveau traite avec Poutrincourt, qui se chargea de conduire
une expedition & Port-Eoyal. Le vaisseau partit de la Eo-
chelle au mois de mai 1606, portant des ouvriers et quelques
amis de Poutrincourt, parmi lesquelles se trouvait Marc
Lescarbot, avocat de Paris. Lescarbot a laisse un ouvrage
tres-precieux sur les decouvertes des Francais dans 1'Aine'-
rique du Nord, et sur les premiers e'tablissements qu'ils y
firent. Quoique frondeur et pen ami des je*suites, il etait
religieux et assez bien instruit des verite's chretiennes pour
servir de catechisme aux sauvages des environs de Port-Eoyal.
II en remplit les fonctions avec zele, a defaut de pr^tres ; car
ceux qui e*taient venus en 1604 avaient laisse 1'Acadie, et M. de
Poutrincourt, presse* de partir, n'avait pu en obtenir pour 1'ac-
compagner. Homme d'esprit et doue d'un grand bon sens, Les-
earbot aida au succes de 1'etablissement, par sa gaite et ses bons
conseils. Le voyage fut si long, que les habitants de Port-Eoyal,
voyant la saison s'avancer sans qu'il arrivat de secours, se
crurent abandonnes. Pontgrave, qui avait commaud4 pendant
1'hiver, ne pouvant plus resister aux instances de ses gens,
partit pour la France et laissa deux hommes & la garde du
fort. Heureusement il ren contra, avant de sortir de la Baie-
Francaise, une chaloupe qui lui annonca 1'arrivee de Poutrin-
court. II retourna a Port-Eoyal, ou 1'abondance avait &&