Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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HISTOIRE



LA TAPISSERIE



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PL I



LA DAME A LA LICORNE

(Tapisserie da oommenoemcnt du xn* 8i6cle proTenant dn cbfitean de Boaasac J
Consery6e aa mns^e de Clcuiy.



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HISTOIRE ^



DE



LA TAPISSERIE



DEPUIS LE MOYEX AGE JUSQU'A NOS JOURS



PAR



JULES GUIFFREY



TOURS

ALFRED MAME ET FILS, fiDITEURS



H DCCC LXXXVI (O



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AUX ARTISTES EMINENTS

QUI COXTINUENT LA GLORIEUSE TRADITION DE LA MANUFACTURE
DE TAPISSERIES DES GOBELINS

FONDBE PAR HBNRI IV
REORGANISEE SOUS LOUIS XiV

CKT OUVRAGE EST DEDit



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AVERTISSEMEM



H y a une cinquantaine d*ann4es, les vieilles tapisseries dtaient
dans le plus complet discrddit. Employees d d'humbles usages ou
reUguies au fond des gr enters, elles n'excitaient VinUret ni la
curiositS de per Sonne. Quant a rechercher les auteurs , Vdge, Vori-
gine de ces oeuvres ddmoddes , nul n*y songeait. Le grand ouvrage
de i¥. Achille Jubinal consacri a la description et a la reproduc-
tion des Anciennes tapisseries historiees de la France, fut une rivd-
lation. H porte la date de 1839. Cette publication fit connaitre
aux artistes et aux curieux des tresors ignores. Mais il fallut
bien des anndes avant que d'autres drudits suivissent la voie ou-
verte par le hardi pionnier de Vhistoire de la tapisserie. Ce n'est
guere que depuis vingt ans que la curiositd des chercheurs s'est
tournSe de ce cotiy et a organise un vasle ddpouillement des grands
depots publics pour y recueillir des notions exactes sur les tapis-
siers du temps passd et sur leurs oeuvres.

On peut done mainlenant essayer de tracer les grandes lignes
de Vhistoire de la belle Industrie qui a pour but la decoration
des riches habitations ou des Edifices religieux. II est dordnavant
possible de donner un apergu des origines, des pr ogres, des vicis-
situdes et de la decadence du travail de la tapisserie a travers
les diffdrents sidcles et dans les divers pays de VEurope depuis le
commencement du moyen dge jusqu'a nos jours. Tel est le but du
present ouvrage.

Uauteur s'est propos6 de rdunir et de presenter sous une forme
concise le rdsultat des recherches multiples poursuivies d la fois



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VIII AVERTISSEMENT

sur tous les points, rdsultats consign^s en des centaines de vo-
lumes ou d'articles. Pour ne pas effrayer le public par un Slalage
d'drudition d4plac4e, on a rdsisU a la mode de nepas avancer un
fait sans surcharger le bas des pages de notes, de citations et de
renvois. De rdcents et notables exemples prouvent que ce systeme
a ses partisans et ses avantages.

Aprds toutes les publications dont la lapisserie a 61^ Vobjet
depuis un certain nombre d'annies, il nous a sembU qu'il res-
tait quelque chose a dire. Si la supirioriti des tapissiei's frangais
depuis la creation des Gobelins est un fait unanimement reconnu,
le role des artisans de notrepays aux ipoques plus recuUes n'avait
pas it6 prisenti jusqu'ici sous son veritable jour. On n'avait'pas
assez remarqui que VArtois et la Flandre, du moins jusqu'd la
Renaissance, faisaient partie intSgrante de la patrie frangaise,
et que nous avions le droit de rMamer comme notres les triomphcs
et ies gloires de ces deux provinces. Par contre, certaines produc-
tions 4trangdres avaient 6td exaltdes outre mesure, au detriment
de la viriti historique. II ^'agissait done de mettre chaque chose
d sa place, sans oublier que nous icrivons en France et pour des
Frangais.

Nos voeux les plus ardents seraient comblds si ce livre pou-
vait inspirer au public, et surtout d ceux qui ont charge de veiller
sur les industries et les institutions nationales, un peu de solli"
citude en faveur d'une classe de travailleurs des plus int^res-
santes, car elle a contribui, de tout temps et autant que nulle
autre, a ripandre et d maintenir au loin la rdputation du gout
frangais.



i. G.



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INTRODUCTION



Parmi toutes les manifestations de Tart decoratif , il n'en est pas,
a coup siir, de plus eclatante et de plus magnifique que la tapis-
seiie. La tapisserie a sa place marquee dans les galeries et les ap-
partements des palais princiers, comme dans le deploiement des
grandes solennit^s religieuses ou triomphales. La civilisation, par-
venue a son plus haut degr^ de d^veloppement, en a fait un des 616-
ments essentiels de toutes les ffites, de toutes les ceremonies pu-
bliques.

Sans doute il eiit et^ du plus haut int^r^t de suivre Thistoire de
cette noble Industrie depuis ses origines, depuis Tenfance des arts
somptuaires. Malheureusement les t^moignages ferits et les monu-
ments subsistants sont trop rares, trop incomplets, pour nous ren-
seigner exactement sur les progr6s et Temploi de la tapisserie
dans Tantiquite grecque ou romaine. Nous nous contenterons done
d'etudier son histoire au moyen 4ge et dans les temps modernes.

C'est une entreprise bardie, presque tem^raire, que de vouloir
interpreter les lextes obscurs et souvent contradictoires des anciens
auteurs , que de pretendre dissiper les t^nSbres des premieres civi-
lisations orientales, que d'aller chercher chez les figyptiens, les
Assyriens ou les H^breux , les premieres manifestations de I'indus-
trie textile. Les decouvertes les plus recentes de la science n'ont
que bien imparfaitement dissip^ les tenebres dont sont envelopp^es
les origines de Tart du tissage.

Qu'on retrouve sur les monuments de I'^poque la plus recul^e la

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2 INTRODUCTION

figuration de certains instruments olTrant d'incontestables analogies
uvec les metiers encore employes, cela n'a rien pour nous sur-
prendre. Le metier du tisserand, comme le tour du potier, appa-
rait necessairement parmi les premiers outils du g^nie humain ; il
est done naturel qu'ils se montrent sur les monuments des ages
primitifs. Que les populations commergantes de I'Asie aient connu
fort anciennement la fabrication des tissus de laine, de sole ou de
lin, personne ne le conteste. Que, de bonne heure aussi, elles aient
pratique Tart de relever I'eclat de leurs vetements ou de leurs ten-
tures par des couleurs eclatantes ou de fines broderies, c'est en-
core un fait acquis. Qu'elles aient su, en entremelant les fils de
dilKrentes nuances, composer des dessins d'un brillant effet, les
preuves ne manquent pas; mais c'est tout ce qu'on salt. Aller plus
loin serait s'exposer a de serieux mecomptes, a de gi^aves erreurs.

Les Orientaux ont exerce avant nous presque toutes les sciences
techniques. lis sont nos maitres sur bien des points; nous avons
profite de leurs legons, porte leurs decouvertes a un haul degre de
perfection : voila tout ce qu'il est possible d'admettre. Bornons-
nous done a rassembler les faits positifs dont la preuve est acquise,
sans nous lancer dans des hypotheses perilleuses. Pour ces mo-
tifs, nous n'avonspas cru devoir remonter au dela du moyen age;
nous ne rechercherons pas dans les industries asiatiques, grecques
ou romaines, les origines obscures de la haute ou de la basse
lice.

Mais, avant d'entrer en matiere, avant de retracer les developpe-
ments et Thistoire d*un art qui doit a notre pays son plus vif eclat
ct son complet epanouissement, il convient de dire quelques mots
des precedes qu'il met en oeuvre et des difierents termes usit^s
pour designer ses productions.

Le mot tapisserie, que nous appliquerons exclusivement ici a
des tentures fabriquees sur des metiers de haute ou de basse lice,
etait pris autrefois , et au siecle dernier encore, dans des acceptions
tres di verses.

D'apres tons les dictionnaires, anciens et modernes, la tapisserie,
dans son sens le plus large, est une piece d'etoffe ou d'ouvrage qui
sert a parer une chambre, a en couvrir les murailles.

Done toute etofTe, toute matiere employee a tapisser les murs



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INTRODUCTION 3

d'une habitation, est comprise sous la d&ignation de tapisserie. Pour
qu'il ne reste aucun doute sur la portte de ce terme, VEncyclopddie
ajoute ces explications empruntees textuellement au Dictionnaire du
commerce de Savary : « On peut faire cet ameublement de toutes
sortes d'etoffes, comme de velours, de damas, de brocart, de bro-
catelle, de satin de Bruges, de calmande, de cadis, etc.; mais,
quoique toutes ces etoffes, taill^es et months, se nomment tapisse-
ries, on ne doit proprement appeler ainsi que les hautes et basses
lices, les bergames, les cuirs dor^s, les tapisseries de tentures
de laine, et ces autres que Ton fait de coutil sur lequel on imite
avec diverses couleurs les personnages et les verdures de la haute
lice. » Ainsi, quand on trouve le mot tapisserie au xviiP si6cle,
il faut bien se garder de le prendre toujours comme Univalent de
tenture de haute ou de basse lice. D'ailleurs, cette application d'un
terme unique a tons les tissus propres a la decoration des apparte-
ments n'est pas speciale au dernier siecle. On la retrouve bien avant
le rSgne de Louis XV et en plein moyen dge. Notons en passant
que r^numeration m6me qui vient d'etre citee ne comprend pas
tons les genres d'ouvrages connus sous le nom de tapisserie; elle
ne parte pas notamment de la tapisserie au point, a laquelle le
Dictionnaire de I'Academie et celui de Littr^ donnent la priorite
dans leur Enumeration des difKrentes acceptions du mot tapis-
serie.

La tapisserie au point est, on le sait, un travail a Taiguille exe-
cute sur un canevas plus ou moins serrE, produisant, au moyen
de laines de difierentes nuances, les dessins les plus varies. C'est
une sortede broderie fort usiteea toutes les Epoques, mais n'ayant
rien de commun avec la haute ou la basse lice. Bien qu'elle atteigne
parfois de tres vastes dimensions, la tapisserie au point rentre plutot
dans la decoration des meubles, sieges, lits, rideaux ou tables, qu^
dans celle des murailles. Nous ne nous occuperons point ici de ce
genre de travail. Nous laisserons egalement de cote la broderie, et
les ouvrages de toute nature executes a I'aiguille. Bien entendu , les
cuirs dores, les bergames et autres etoffes d^coratives englobees
autrefois dans le terme general de tapisseries , ne rentrent pas da-
vantage dans le plan du present ouvrage.

Sans nous perdre en de longs developpements , il convient d'in-



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4 INTRODUCTION

sister sur le sens de certains mots qui pourraient preter a con-
fusion. Ainsi les bergames, fort employes dans la decoration des
appartements bourgeois au si6cle dernier, ^taient, dit un ancien
auteur*, « une grosse tapisserie fabriqu^ avec differentes sortes de
mati^res filees, comme bourrede soie, laine, coton, chanvre, poil
de boeuf, de vache ou de chfevre. C'est proprement un tissu de
toutes ces sortes de fiis , dont celui de la chaine est ordinairement
de chanvre, qui se manufacture sur le metier a peu pres comme la
toile. 2> Et notre auteur ajoute : « II y a peu d'artisans ou de gens
de basse condition a Paris qui ne se fassent un point d'honneur, en
s'etablissant, d'avoir dans leur chambre une tapisserie debergame.
On leur donne encore le nom de tapisseries de la rue Saint- Denis
ou de la porte de Paris (corruption pour Tapport Paris), parce qu'il
s'en vend plus dans ce quartier-la que dans tons les autres de
Paris. »

Ainsi les tapisseries dites de Bergame, de la rue Saint -Denis ou
de la porte de Paris, n'ont rien de commun avec les tentures de
haute ou de basse lice, sauf certaines analogies dans le mode de
fabrication.

En effet, le metier du tisserand et celui du tapissier de basse
lice ne different pas sensiblement ; la remarque en a ^t^ faite bien
souvent. Dans Tun comme dans Tautre, les fils de chaine, tendus
horizontalement, se separent, pour Tintroduction de la navette qui
porte la trame, au moyen de marches ou de pedales que Touvrier
fait mouvoir avec le pied. La description de ce metier se trouve
partout.

L'ouvrier de basse lice suit les contours du dessin traces par un
trait noir sur les fils de chaine ; il est encore guid^ par le module
tendu sous le metier et qui se voit par les interstices des fils. Mais,
tandis que dans Touvrage du tisserand , comme le dessin est forme
de la repetition du mfime motif, la navette pent ^voluer d'un bout
du metier a Tautre entre les fils separes a Tavance, le tapissier de
basse hce est contraint de changer constamment de couleur, de
remplacer une navette par une autre, de couper les fils ; aussi tra-
vaille-t-il a I'envers et ne peut-il juger de Teffet d^ja obtenu qu'en

* Savary , Dictionnaire du commerce.



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INTRODUCTION 5

retoumant son metier. Ces explications, si braves qu'elles soient,
auront permis de saisir les points de contact existant entre le
travail du tisserand et celui du tapissier de basse lice. Elles font
aussi pressentir que le metier de haute lice est un perfectionne-
ment de I'outil primitif, de celui qui se rencontre partout et a toutes
les ^poques, et qui est le metier de basse lice. D*ou il r^ulte ne-
cessairement que ce dernier precede a devance I'autre.

Nous laisserons done de c6te tout ce qui rentre dans la categorie
des ^tofles decorees de dessins r^guliers par des moyens meca-
niques, et aussi tons les tissus ornes, apres leur fabrication, de
dessins ajoutes, soit en cachant completement la trame, comme
dans la tapisserie au point, soit en recouvrant seulement une partie
de sa surface ; c'est le cas de la plupart des broderies faites a Tai-
guille.

Si nous ne nous occupons que des tapisseries de haute ou de
basse lice, comment les distinguer les unes des autres? La ques-
tion nelaisse pas que d'etre embarrassante. Rien de plus malaise,
en eflet, que de determiner par quel precede une tenture a ete
tissee, surtout quand son execution remonte a deux ou trois
siecles. Sur ce point nous avons eu recours aux experts les plus
competents. Tons sent unanimes a declarer que le diagnostic,
dans la plupart des cas, est fort embarrassant. On cite bien
quelques moyens empiriques, mais ils sont si peu certains,
que nous n'en parlerons que pour prouver Tinanite de cette
recherche.

Ainsi le tapissier de basse hce, travaillant a I'envers en suivant
les contours du modele place sous le metier, retourne le dessin et
reproduit ainsi en sens inverse les inscriptions de Toriginal. Le
texte se lirait de droite a gauche et non de gauche a droite. Rien
de plus simple, pour eviter cet inconvenient, que de tracer sur le
carton les inscriptions a Tenvers. C'est le systeme ordinairement
employe par les peintres prevoyants. La moindre experience en-
seigne cet expedient.

Souvent aussi un guerrier, dans la tapisserie de basse lice, tient
son ^p6e de la main gauche, tandis qu*il se servait de la droite sur
le carton original. Mais un peu d'attention chez le dessinateur ou
le tapissier suffit pour eviter cette transposition. D*ailleurs, toutes



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6 INTRODUCTION

les tapisseries ne portent pas des inscriptions et ne representent
pas des scenes militaires ou des combats'.

On le voit, les signes distinclifs des deux precedes sont des
plus indecis et des moins silrs. Dans beaucoup de cas, la marque
d'origine elle-m^me ne saurait permettre de trancher cette incer-
titude. Si, dans certains centres importants de fabrication, Tusage
d'un seul metier a toujours prevalu, d'autres ateliers fameux, et
les Gobelins en premiere ligne, ont employe simultanement les
deux genres de travail. Et combien de manufactures celebres se
trouvent dans le m^me cas ! Le nombre des tentures dont on pent
avec certitude determiner le mode d'execution est done relative-
ment restreint. D'ou il suit que presque toujours on devrait dire :
une tapisserie de haute ou de basse lice. Est-il bien necessaire
d'employer sans cesse une formule aussi longue, pourvu qu'il soit
bien entendu que le mot tapisserie sera toujours pris dans le sens
exclusif de tapisserie fabriquee sur le metier, soit de haute, soit de
basse lice?

Ajoutons que la basse lice, en raison de la plus grande rapidite
du travail, et par consequent de Teconomie, a ete preferee dans
beaucoup d'ateliers fort importants, tels que ceux de la Marche et
de TAuvergne.

L'oeuvre du hauteliceur est generalement consideree comme
plus soignee, plus parfaite; on obtient toutefois avec Tautre metier
des r^sultats presque identiques , et la meilleure preuve qu'on en
puisse fournir est la difficulte m6me de reconnaitre apr6s Texecu-
tion la nature de la fabrication. Une longue observation et une
vieille experience se trouveront souvent en d^faut, quand une signa-
ture ou un texte precis ne leur preteront pas un appui decisif.

Le terme tapisserie designera done exclusivement dans ce vo-
lume Touvrage de haute ou de basse lice. Le mot tenture s'ap-

* Un connaisseur em^rile nous signale encore un aulre moyen de conlrdle;
nous rindiquons seulement pour sa singularity. Le m6lier 6tant plac6 horizonlale-
ment, I'ouvrier, pendant le travail, tient la t6te pencheesur la chatne; aussi Irouve-
t-on parfois, en examinant le tissu de tres pr^s et k I'envers, des poils de barbe pris
dans I'ouvrage. Le m^nie accident ne peut se produire dans le travail de haute
lice, le metier 6tant dress6 verticalenient devant le lapissier. Encore fallait-il
que I'ouvrier de basse lice port^t une longue barbe, pour en laisser des vestiges
dans les tentures sortant de son atelier.



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INTRODUCTION 7

pliquera a Tensemble de plusieurs pieces appartenant a une m6inc
suite, faisant partie de la m^me decoration; ainsi la tenture des ^U-
ments ou celle des Saisons se compose des quatre pieces dessinees
par Charles le Brun, et executees sous sa direction aux Gobelins.

A partir du xiv^ siecle seulement, on pent suivre le developpe-
ment historique de la tapisserie avec le double secours des monu-
ments et des preuves ecrites. Jusqu'a cettedate, les termes tapis,
tapisserie, employes dans les chroniques ou les textes litteraires,
offrent un sens trop vague , trop indetermine pour qu*il soit pos-
sible d*en tirer des conclusions rigoureuses.

Et, bien que Texistence de tapissiers de haute ou de basse lice,
a partir de Tan 1300, ressorte de documents decisifs, les oeuvres de
cette premiere periode existantes aujourd'hui sont de la plus insignc
raret^. On verra plus loin qu*on connait a peine deux ou trois ta-
pisseries de date certaine remontant au xiv® siecle.

D6s Torigine , et de longues recherches nous ont de plus en plus
confirme dans cette opinion, la Fmnce a ete le berceau de Tart
du tapissler. Par sa position, ses relations, ses ressources, notre
pays se montrait particulierement apte au developpement de cet
art. Aussi n'a-t-il jamais cesse d'y fleurir, malgre de passageres
eclipses, et malgre les efforts tentes, quelquefois avec succes, par
des nations voisines pour nous disputer la suprematie.

Sans doute 11 a existe des ateliers tres prosperes, non seule-
ment dans les Flandres, mais en Italic, en Angleterre et ailleurs.
Chaque jour fait decouvrir quelque nouveau centre de fabrication
en HoUande, en Espagne, en AUemagne, a Munich, a Vienne, a
Varsovie, a Saint- Petersbourg. Encore faut-il ajouter que ces ma-
nufactures n'ont eu, pour la plupart, qu'une duree ephemere, et
n'ont pas survecu a la volonte puissante qui les avail creees de
toutes pieces.

L'observation a souvent ete faite : rien de plus facile que letablis-
sement d'un atelier de haute ou de basse lice. Aussi constate-t-on
de temps en temps la presence de tapissiers dans des provinces ou
leur installation n'avait pas encore ete signalee. Mais il ne fau-
drait pas conclure de ces decouvertes a Texislence d'ateliers impor-
tants dans ces provinces.
L'artisan transportait avec la plus grande facilite ses outils pour



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8 INTRODUCTION

travailler sous les yeux de son client ; il faisait venir les matiSres
premi6res, et, assists de quelques ouvriers ou de ses apprentis,
restait dans sa nouvelle residence le temps strictement necessaire
pour mener a bonne fin la besogne commandee. Quand le travail
avait une certaine importance, il retenait le tapissier une ou plu-
sieurs annees; puis celui-ci, sa tdche termin^e, pliait bagage et
partait a la recherche de nouvelles commandes. C'est ainsi qu'on
a pu constater la presence du mfime tapissier dans deux ou trois
villes differentes , a des intervalles de temps tr6s rapproches. II ne
s'ensuit pas que ces villes aient possede des ateliers de haute ou
de basse lice d'une maniere permanente et stable.

II en est de m6me pour certaines manufactures qui ont eu leur
moment de gloire et de reputation. Nees du caprice ou de la vanite
d*un prince riche, soutenues d'abord par d'abondants subsides,
d6s que leur prolecteur vient a manquer, elles trainent une exis-
tence obscure et miserable jusqu'au jour ou les ouvriers, aban-
donnes a leurs seules ressources , se trouvent reduits a partir vers
d'autres pays plus hospitaliers. Combien pourrait-on citer d'ateliers
rentrant dans ces conditions ! combien de centres de fabrication
renommfe, apr^s des annees de prosp^rite, sont tombes rapide-
ment en decadence et ont cesse tout travail !

Seule la France a possed^ depuis six siecles une suite non inter-



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