Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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sance s'accusent plus franchement, comme les belles tapisseries
de M. Spitzer, sont d'une dale sensiblement posterieure.

Une description rendrait mal les beautes des pieces conservees
dans le tresor de Sens; la reproduction en couleur publiee par



LE COURONNEMENT DE BBTHSABEE

Tapisserie du commencement du xvi* si^cle.

( CattaMrale de Bens. )

M. Gaussen, dans le Porte feuille arcMologique de la Champagne,
n'en donne qu'une faible idee , et le lecteur ne saurait les juger
sur les gravures reduites placees ici pour rappeler seulement le
sujet et la composition. Les tapisseries de Sens sont au nornbre
de trois; les deux plus petites representent V Adoration des Mages
et le Christ mort sur les genoux de la Vierge;\B. plus importante
par son ^tendue et sa richesse, celle qui a ete reproduite par
M. Gaussen, a pour sujet le Couronnement de la Vierge, accom-
pagne de deux scenes secondaires ou paraissent Esther et Assuerus,
Bethsabee et Salomon. La partie superieure du sujet central a ete
coupee pour donner a tout^ la bande la meme hauteur. Elle aflec-



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PREMIERE MOITIE DU XVT SIECLE 13o

tail autrefois la forme d'un retable, avec un milieu d^passant les
deux c6tes , et servait sans doute a la decoration d'un des princi-
paux autels de la cathedrale. Les deux autres pieces etaient pro-
bablement employees comme devant d'autel ou antependium.
Notons en passant que Tapplication de la tapisserie a la de-



ESTHER ET ASSUERLS

Tapisserie du coDimeDcement du xvi« si^cle.

(CathMrale de Sens.)



coration de Tautel se generalise partout au xvi^ siecle; beaucoup
de ces tableaux, traites avec une extreme delicatesse, du tissu le
plus tin, ont du a leur taille exigue et peut-etre aussi a leur
valeur exceptionnelle, d'echapper au vandalisme des ignorants ou
des iconoclastes.

II n'y a pas d'incertitude sur la date des precieuses tapisseries
de Sens. Elles appartiennent a Tart du commencement du xvi^ siecle.
Comme le siege archiepiscopal a ete precisement occupe a cette
epoque, cest-a-dire de 1475 a 1519, par un prelat des plus ma-
gnifiques, qui a laisse dans son eglise de nombreuses traces de sa
munificence, il est tres vraisemblable que nos trois tapisseries furenf



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136 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

ex^cutfes sur Tordre de Tarchevfique Tristan de Salazar. Faut-il
aller plus loin et admettre que ces pieces hors ligne sont Toeuvre
d*un maiti^e tapissier nomm^ AUardin de Souyn, peut-etre origi-
naire de Souain, pres de Sainte-Menehould, en Champagne,



LES SAINTES FEMMES AU TOMBEAU DU CHRIST
Tapisaerie de la Chaiae-Dieu, d*apr^s lea Anciennet Tapiiseries hUlorU98 d'Achiile Jubinal.



habitant a Paris Thotel m^me de Tarchev^que de Sens, et passant,
en 1507, un marche avec Jehan Nicolay, pour Tex^ution de
petits ouvrages de tapisserie identiques a ceux qui viennent d'etre
decrits? A vrai dire, la preuve formelle, decisive, de cette attri-
bution fait defaut. Cependant il serait bien extraordinaire que Tar-
chevfique eilt heberge dans son palais un tapissier habile sans
mettre ses talents a contribution. II y a done de serieuses pre-
somptions pour qu'Allardin de Souyn soit I'auteur d'une ou de
plusieurs des tapisseries de Sens.



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PREMlfiRE MOITIE DU XVP SIECLE 137

Le style de ces admirables tableaux, aussi fins que s'ils avaient ete
peints par le miniaturiste le plus d^licat, suggererait d'autres obser-
vations. Bornons-nous a constater que, si Tinfluence des maitres
llamands se fait visiblement sentir, Tauteur du modele pent bien



EVBOtTOH

Verdure du zvi* sitele.
(MoatedefGobeUnt.)



etre un Frangais eleve dans le culte et Tadmiration des ^oles de
Gand et de Bruges. C'est Topinion des juges les plus comp^tents
en la matiere, notamment de M. de Montaiglon. Nous ne sau-
rions done mieux faire que de nous ranger a leur avis.

Les grandes tapisseries de murailles, executees aux environs
de Tan 1500, sans qu'il soit possible de leur assigner une date
certaine, sont encore nombreuses dans nos vieilles eglises, comme
on vient de le dire.

La place dont nous disposons nous interdit d'insister longue-



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138 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

ment sur chacune d'elles. Nous devons nous contenter d'une enu-
meration rapide.

La double suite conservee a Tabbaye cistercienne de la Chaise-
Dieu, pres Brioude (Auvergne), ne compte pas moins de quatorze
I)anneaux, sur lesquels les scenes de la Vie du Christ sont rap-
proches de sujets correspondants pris dans TAncien Testament, la
premiere serie compte trois pieces, la seconde onze. Toutes ont
ete gravees dans le grand ouvrage de Jubinal, auquel nous em-
pruntons le dessin public ici, et representant les saintes femmes
au tombeau de Jesus, a cote de Ruben debout aupres du puits oii a
ete abandonne son frere Joseph. Chaque panneau reunit plusieurs
scenes superposees suivant un usage ti*es frequent alors. Les ar-
moiries de Jacques de Saint -Nectaire, trente-sixieme abbe de la
Chaise -Dieu, repetees sur tons les tableaux, permettent de placer
Texecution de la tenture entre les annees 1492 et 1518, dates de la
nomination et de la mort de cet abbe.

A la meme.epoque appartiennent plusieurs des tapisseries con-
servees dans la cathedrale d'Angers, a cote de V Apocalypse, tapis-
series qui font de cette eglise un musee incomparable pour Tetude
de la haute lice.

Le lecteur trouvera dans le present ouvrage une reproduction en
couleur des scenes de la Vie de saint Martin, une des perles de
cette rare collection. Le fragment de la Vie de saint Maurille^
Vllistoire de saint Jean-Baptiste, les trois pieces d'une originalite
si charmante ou sont figures les Anges portant les instruments de
la Passion, a cote de largos ecriteaux charges d'inscriptions en
vers frangais, enfin la curieuse verdure a chardons exuberants,
sont a pen pres de la meme date. Nous donnons ci-contre le des-
sin d\me verdure identique a celle d'Angers, recemment acquise
par le musee des Gobelins.

Les provinces du centre de la France ont probablement possede
vers cette epoque une florissante ecole de tapisserie, car ses repre-
sentants ont laisse de nombreuses traces de leur habilete dans les
eglises de la region. M. de Farcy a etabli que beaucoup des ten-
tures ^numerees plus haut avaient ete tissees pour Teglise d'An-
gers et tres vraisemblablement dans le pays mSme.

La meme cathedrale possede aussi quatre pieces representant des
sujets de la Passion, qui se trouvaient, en 1789, a Teglise Saint-
Saturnin de Tours.



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140 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Le Mans n'est pas bien loin d'Angers. La cathAirale de cette
ville poss^de une longue frise, d'un mMre et demi de haul, sur
trente metres environ de longueur, retracant, en seize tableaux,
les Episodes de la Vie de saint Gervais et de saint Protais. Nous
avons d^ja signale un fragment de Thistoire des m6mes mar-
tyrs dans la cath^drale de Soissons. Ce qui rend la suite du Mans
particulierement interessante, en dehors de sa conservation et
de son ^tendue, c'est Tinscription qui se lit encore sur le der-
nier panneau. Par elle, nous savons que la tapisserie fut tissee
en 1509, aux frais de Martin Guerande, Angevin de naissance et
chanoine du Mans , puis offerte par ce clianoine a Teglise pour la
decoration du choeur.

La cathedrale du Mans possede encore deux scenes de la Vie
de saint Julien, un peu plus recentes que VHistoire de saint
Gervais et de saint Protais, mais d'une ex^ution egalement re-
marquable.

La ville de Saumur appartient a Tancienne province d'Anjou.
Ses ^glises sont riches en tapisseries ex^utees express^ment pour
elles, et plusieurs de ces series, point essentiel, ont une date. La
Vie de saint Florent, en cinq pieces, avec legendes explicatives en
quatrains frangais, est de 1524, tandis que la Vie de saint Pierre,
comptant le mfime nombre de panneaux, porte le mill&ime de 1546.
Si la premiere de ces suites, dont nous reproduisons ici deux su-
jets d'apres une ancienne publication faite a Saumur, parait d'un
style plus correct, nous avons sur la Viede saint Pierre des ren-
seignements d'un grand int^rM.

On salt que les dessins furent entrepris par un peintre d'Angers,
nomme Robert de Lisle, et acheves par Jehan de Laistre. II res-
sort, en outre, de textes authentiques que le travail du tissu fut
confix a un artisan de Tours. Or, prfeisement vers 1535, s'^tait
^tabli dans cette ville un tapissier de grand renom, nomm^ Jean
Duval. La Vie de saint Pierre serait ainsi Toeuvre du tapissier
tourangeau.

A Saumur meme, une autre eglise, Notre-Dame de NantiUy,
possede encore plusieurs pieces remontant au commencement du
xvie si6cle et prfeentant de nombreuses analogies de sujet et de style
avec certaines tentures du voisinage. La se trouve une nouvelle
interpretation de la sc^ne des Anges portant les instruments de la
Passion, deja rencontree a la cathedrale d'Angers. La tapisserie de



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142 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Saumur, dont on trouvera ici une photogravure obteaue par des
procedes nouveaux, diflFere sensiblement, par la composition, de
celle d'Angers.

Dans la meme eglise sont reunis d'autres panneaux a peu pres
de la mfime epoque : Tun nous montre les Anges chantant le
triomphe de Marie; il est malheureusement en assez mauvais etat;
deux autres, consacres a VHistoire de la Vierge, avec un arbre de
Jesse et la Naissance de Marie, sont dates de 1529. D'autres enfin
repr^sentent la Prise de Jerusalem par Titus, et une Nativity de
Jisus, en quatre compartiments. Signalons, pour ne pas y revc-
nir, une Vie de J^sus^ Christ, en sept pieces, posterieure de pres
d'un sifecle aux tapisseries precedentes, et dat^e d'Aubusson, 1619.

C'est encore pour une maison religieuse de la mfime region, Tab-
baye du Ronceray, a Angers, que fut command^ la curieuse serie
conserv^e aujourd'hui au chateau du Plessis-Mac^. Vingt scenes,
tirees tant de Thistoire ancienne que d'episodes recents, nous
exposent les Miracles de VEucharistie. Les armes d'Isabelle de la
Jaille, abbesse du Ronceray de 1505 a 1518, permettent d'assi-
gner une date approximative a cette oeuvre remarquable; on en a
fait honneur aux ateliers de Tours. Que cette hypothese soit fondee
ou non, la suite des Miracles de VEucharistie est bien frangaise,
par le style du dessin comme par les quatrains explicatifs places
au-dessous de chaque scene. On trouvera ces legendes curieuses
dans le livre de M*^ Barbier de Montault, sur V£pigraphie du
Maine ~et- Loire.

Est-il encore besoin de preuves pour ^tablir que les provinces
centrales de la France ont poss^de^ pendant la premiere moiti^ du
xvic siecle, une ecole de tapisserie tres Kconde, sur laquelle on
manque de renseignements ecrits, il est vrai, mais dont Texistence
est attestee par les oeuvres bien personnelles et bien typiques qu'elle
alaiss^s?En effet, dans toutes les suites enumerees ci-dessus, et
ou Temploi de Tor et de la soie est exceptionnel , se reconnaissent ,
au premier aspect, les vieilles traditions de Tecole fi^angaise, la
clarte de la composition, avec un goilt un peu suranne de dessin
gardant, en pleine renaissance, quelque chose de la saveur des
oeuvres du moyen age.

Nous avons la les plus siirs t^moignages de Texistence d'ateliers
frangais de tapisserie dans la Touraine et dans les provinces limi-
trophes durant la premiere moiti^ du xvi*^ siecle.



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PREMlfiRE MOITIE DU XVP SifiCLE 145

On pourrait fournir bien d'autres preuves de la persistance du
travail de la haute lice en France pendant la p^riode en ques-
tion.

Les tentures exposes, Tune dans la cathedrale, Tautre dans



LES MIRACLES DE SAINT REMI

Dernidre pi^oe de la tenture de Tdglise Saint -Remi, k Reims,
d'apr^s les Anciennet Tapisaeriet M$toriiea d'Achille Jubinal.



r^glise Saint-Remi, a Reims, jouissent d'une grande et legitime
notoriete. La premiere expose les episodes de la Vie de la Vierge;
Tautre retrace Thistoire et les miracles de I'illustre patron de
r^glise.

Toutes deux furent tissees pour le cardinal Robert de Lenoncourt,
archeveque de Reims de 1509 a 1532. Le blason du cardinal
s'^tale encore sur chacun des tableaux des deux series. La Vie de
la Vierge porte la date de 1530; c'est probablement celle de son
ach^vement; Topinion de M. Loriquet, Thistorien des tapisseries de

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146 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Reims, suivant laquelle celte suite aurait ^t^ commencee une quin-
zaine d'annees auparavant, n'offre rien que de tres plausible. Le tra-
vail de ces dix-sept grands panneaux tres ouvrag^s, et formes
chacun de plusieurs compartiments encadrant un sujet central, a
certainement demande des annees.

La Vie de la Vierge, exposee dans la cathedrale, merite a coup
siir d'etre compt^e parmi les echantillons remarquables de la haute
lice, vers 1530; nous preferons toutefois la tenture conservee dans
la basilique de Saint- Remi. Les dix pieces qui la composent peuvent
compter parmi les plus belles tapisseries religieuses du temps. Le
recueillement et la dignite severe que le moyen age savait imprimer
aux compositions de cette nature, n'ont pas encore fait place aux
preoccupations exclusivement plastiques des artistes de la renais-
sance. L'auteur des sujets croit encore ace qu'il raconte; Tinfluence
dissolvante de I'ltalie se fait peu sentir. Certaines figures, notam-
ment celle du donateur presente a la Vierge par le patron de I'eglise,
ont une grande allure.

On trouvera ici la reproduction de la scene representant le car-
dinal agenouilie, au-dessous de Tinscription en huit vers ou est notee
la date du travail, 1531. Cette gravure donnera une idee de la dis-
position des pieces, divis^es chacune en quatre compartiments.

Nous croyons superflu d'insister sur I'importance exceptionnelle
de ces deux belles series. II nous est impossible, bien qu'on
manque absolument de documents authentiques sur les auteurs des
patrons comme sur ceux des tapisseries, de voir dans les tentures
commandees par le cardinal de Lenoncourt autre chose qu'une
oeuvre frangaise, et bien frangaise, par la conception comme par
Texecution.

Elle sort tres certainement aussi d'un atelier de notre pays,
cette suite, en neuf pieces, deVHisloire de saint £tienne, recem-
ment entree au musee de Quny. Donnee, en Tan 1502, a la cathe-
drale de Saint- Etienne d'Auxerre par Teveque Jean Baillet, VHistoire
de saint £tienne raconte, en dix- huit sujets, soit deux par pan-
neau, la vie du premier martyr Chretien et la decouverte de son
corps , d'apres la Ugende dor4e de Jacques de Voragine. On a fait
honneur de cette tapisserie aux ateliers d'Arras, faute d'avoir pu
en determiner bien exactement Torigine. Le lecteur sait ce qu'il
doit penser maintenant de ces attributions vagues, ne reposant sur
aucun texte, sur aucun argument serieux.



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148 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Si les six pieces de Thistoire de la Dame d la licorne, conservees
jusqu'a ces dernieres annees au chateau de Boussac, et depuis peu
acquises par le musee de Cluny, proviennent reellement des ateliers
de TAuvergne, comme on Ta quelquefois pr^tendu, elles font le
plus grand honneur aux vieux artisans de Felletin et d'Aubusson.
Mais, a Tappui des conjectures emises sur les origines de ces
tapisseries, d'une originalite si etrange et d'un sentiment d^oratif si
puissant, aucune preuve serieuse n'a ete produite jusqu'ici. Elles
se trouvaient depuis longtemps dans la ville qui vient de les ceder a
notre musee parisien : voila tout ce qu'on sait de leur histoire.
Elles datent incontestablement des premieres annees du xvp siecle
mais, comme elles ne se rattachent a aucun type connu, cette sin-
gularite mfime deroute toutes les hypotheses. Le choix du sujet
est-il, ainsi qu'on Ta suppose, une allusion voilee aux vertus de la
dame dont les armoiries, r^petees sur chaque piece, rappellent la
maison lyonnaise des Le Viste? A ces questions il est impossible,
jusqu'a nouvel ordre, de r^pondre categoriquement. Toute des-
cription ne donnerait qu'une idee vague de ce monument unique.
Nous avons cru mieux faire en presentant une reproduction en
couleur de la partie centrale de la tapisserie principale. Malgrd les
difficultes de la tache, M. Pralon a su rendre avec un veritable
talent les delicatesses et le caractere de Toriginal.

Les quinze tapisseries qui decorent la cath^drale d'Aix, et ou se
trouve representee, en vingt-huit tableaux, Y Histoire de la Vierge
et de JdsuS' Christ, portent le millesime de 1511. Commandees,
croit-on, pour TAngleterre, dans un des ateliers les plus fameux
du temps, elles ne vinrent en France qu'apres la mort de
Charles 1^^; elles avaient et^ acquises en 1656, pour la somme de
1,200 ecus, par un chanoine qui les destinait a la cathedrale
ou on les voit aujourd'hui. Nous avons fait reproduire pour notre
ouvrage, d'apres la pubUcation d'Achille Jubinal, la piece ou Ton
voit la Naissance de Jisus-Christ a c6te d'une autre scene.

Le midi possede encore une tr6s curieuse suite de la Ugende de
saint Martin de Tours, divisee en seize tableaux. Offerte a la
cathedrale de Montauban par un de ses ^vSques, au commencement
du xvic siecle, cette tenture appartient maintenant, on ignore par
suite de quelles vicissitudes, a Teghse de Montpezat, dans le Gard.
Peu connue, elle est cependant comparable aux meiUeurs ouvrages
contemporains, Les legendes en vers frangais placees sous chaque



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PREMIERE MOITlfi DU XVI° SlfeCLE 149

scene permettent d'attribuer cet ouvrage aux ateliers du centre de la
France. Pour expliquer les sujets de leurs tapisseries, les Flamands
faistiient plus volontiers usage de la langue latine que du francais.



LEVEE DU SI^GE DE DIJON, EN 1513

Fragment d*une tapisserie du xvi* sitele,
d'apr^s les Ancienne* Tapiueries 'historiiu d'Achille Jubinal.



II n'etait pas en France, au debut du xvi^ siecle, une eglise de
quelque importance qui ne possedat, grace a la liberalite de ses
prelats ou de ses pieux habitues, quelque riche tenture retra-
cant rhistoire de ses patrons. Aux exemples deja cites on pour-
rait en joindre bien d'autres. A Nevers, a Limoges, on voyait
encore naguere de belles tapisseries remontant a la premiere moitie
du xvF siecle. Non seulement les cathedrales des grandes villes.



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150 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

mais encore de modestes paroisses , perdues au fond des provinces,
recevaient des dons de cette nature. Les quatorze pi^es consacrees
a la vie et aux miracles de saint Anatoile, qui d^coraient autrefois
Teglise de Salins placee sous invocation de ce saint, m^ritent
une mention particuliere. La tenture etait encore complete en 1789.
Comment se fait-il qu'il n'en existat plus, il y aquelques annees,
que quatre panneaux? L'un d'eux est devenu, grace a la liberalite
de M. Spitzer, la propri^t^ du mus^e des Gobelins. Consacre a la
representation d'une scene contemporaine , ce tableau nous montre
la promenade de la chasse de saint Anatoile pour obtenir la
lev^e du siege de la ville de Ddle, investie par Louis XL Une in-
scription, relevte autrefois sur une piece qui n'existe plus, ajou-
tait a rinteret de cette repr&entation celui d'une date precise.
En effet, d'apres la legende inscrite sur la derni^re piece, repre-
sentant les exploits des habitants de Salins a la journee de Dour-
non (1477), la Ugende de saint Anatoile avait eli commandee a
Jean Sauvage, tapissier de Bruges, et terminee en Tannee 1501.
G'est done une des rares series ofTrant, avec une date, une origine
certaine.

Une sc^ne analogue a celle qui se voit sur Thistoire de saint
Anatoile donne un prix particulier a la tapisserie de Dijon, repro-
duite dans le grand ouvrage d'Achille Jubinal. En 1513, les Suisses
etaient venus mettre le siege devant la ville de Dijon au nombre de
vingt mille; la Tremoille n*avait que quelques milliers de soldats
decourages a leur opposer. Le danger ^tait pressant ; ces Strangers,
affames de butin et de pillage, n'eussent accorde aucun quartier aux
vaincus. On n^gocia avec eux, on acheta leur retraite. Ce denoue-
ment peu glorieux n'emp^cha pas la ville de commander une tapis-
serie destinee a consacrer le souvenir de sa d^livrance. Tandis que
les bourgeois promenent en grande pompe les reliques de leurs
eglises autour des murailles, tandis que le commandant de la ville,
tout bard^ de fer, est agenouille devant la statue de la Vierge,
suivi de son cheval qui Tattend a la porte, on voit au premier
plan les assaillants faire leurs preparatifs de depart. Deja, dans le
lointain, de longues files de soldats, avec leurs canons et leurs mulets
charges de butin, disparaissent derriere les plis de terrain. Deux
elegantes colonnettes divisent la composition en trois parties ; nous
donnons a la page precedente la reproduction de celle de droite.
Les renseignements font defaut sur la date et Torigine de cette



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132 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

pi6ce. L'evenement mSme qu'elle rappelle assigne a son execution
une date post^rieure a 1543.

Parmi les tapisseries consacrtes a des souvenirs historiques, la
suite de Beauvais, repr^sentant les Anciens rois des Gaules, pre-
sente un caract6re bien original. On ignore dans quel atelier cette
tenture a ete tissue; Tex^cution pent se fixer aux environs de Tan-
n^ 4530. M. Jubinal a imprim^ les curieuses legendes suivant
lesquelles Samothes, fils de Japhet, aurait occupe le premier le
trdne de la Gaule , et aurait eu pour neuvi^me successeur Jupiter
Gelte. Puis paraissent, sur la deuxi^me pi6ce, Hercule de Libye,
dixi^me roi, fondateur d'Alesia; sur la troisieme, Galathes, fils
d'Hercule, onzi^ine souverain ; puis Lugdus, fondateur de Lyon; sur
la piece suivante, le quatorziSme roi, Belgius, fondateur de la Gaule
Belgique et de Beauvais; Jasius, son successeur imm^diat; enfin
Paris, fondateur de la ville de Paris. La serie se termine par Francus
et Remus, fondateur de Reims, vingt- troisieme et vingt-quatrieme
rois. Le lecteur trouvera ici une reproduction de cette derniere com-
position, et pourra se rendre compte, d'apres les costumes des
personnages, que cette tapisserie est tout a fait contemporaine du
regno de Francois I^r.

Une autre piece historique, a peu pres de la m6me epoque,
nous a conserve le portrait en quelque sorte authentique du roi
Charles VIIL Cette image precieuse, ou le roi est represente a
cheval, convert du harnais de guerre, Tep^e haute, partant pour
la conqu^te de Naples, porte Tinscription suivante :

Carolus, invicli Ludovici fiUus, olim
Partenopem domuit, saliens sicul Hannibal Alpes,

( Charles Y fils de Tinvincible Louis, soutnit Naples naguSre, en franchissani,
comme Annibal, les Alpes.)

Au bas, entre les pieds du cheval, Tanimal symbolique de
Frangois I«% la salamandre, fort mal indiquee sur la gravure que
Ton voit ci-contre, avec la legende vivifico extinguo; le tout encadre
d'une bordure originale ou des Amours, avec leurs attributs ordi-
naires, sont s^pares par un ornement a losanges, accompagne de
cette devise plusieurs fois repet^e : inquire pacem. Ce beau por-
trait historique a ete envoye par son propri^taire, M. le vicomte
Arthur de Schickler, a diverses expositions. En 4878, elle a paru



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PREMlfeRE MOITIE DU XVT SIECLE lo3

complStement reparee; toute la partie inferieure avail du 6tre re-
faite. Notre gravure la montre dans son etat primitif, avant la
restauration, qui n'atteint pas d'ailleurs les parties essentielles.
On remarquera le joli fond seme de fleurettes. Gette decoration



LE ROI CHARLES Vlll

Tapisserie frangaiM du xvi* si6cle.

(Apptftenant k U. A. de Schickler.)

a ete parfois presentee comme un echantillon de verdure du
xvc siecle. C*est une double erreur, puisque c'est un simple acces-
soire, une garniture, et non le motif principal de la tapisserie;
et puisque la piece, datee par la salamandre et la devise de
Frangois I*^*"^ est certainement du xvi^ siecle.

Le siege de Troie, si fertile en episodes herolques, offrait une
matiere in^puisable a Timagination de nos vieux tapissiers.



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