Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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de cette ville.



A



Marque de Jaoquei GeubeU , Marque de Nicolas l^eTOiers .

8ur la 1" pi6ce sor la 2« piece

de VHistoire de Cwrut, k Madrid. de VHintoire de Cyrut, k Madrid.



Apres le succes sans precedent et Timmense retentissement des
Actes des apdtres, les tapissiers bruxellois ne suffisent plus aux
commandos qui leur viennent de toutes parts. En 1518, c'est
Teveque de Mayence qui commando une riche tapisserie dans les
Pays-Bas. En 1530, le roi de Portugal Emmanuel, prince eclaire,
fait acheter des tentures a Bruxelles, par son ambassadeur Damien
Goes. Le roi de France, bien qu'il s'occupat d'installer un atelier
de haute lice dans son palais meme, s'adresse frequemment aux
ateliers de la Flandre; citons seulement les cinq pieces enrichies
d'or et de soie, representant les Cinq Ages du monde, qu'il ac-
quiert, en 1538, de Melchior Baillif, marchand de Bruxelles.

Cinqans plus tard, deux marchands genois, Emmanuel Riccio
et Jean-Baptiste de Grimaldi, residant a Anvers, demandent un
sauf- conduit pour exporter cent paquets de tapisseries.

Enfm, dans le cours de la m6me annee 1543, Charles -Quint
accorde une exemption de droits au cardinal de Ferrare, arche-
veque de Milan , pour les nombreuses acquisitions faites par lui
en Flandre. Ces acquisitions comprenaient vingtrhuit couvertures



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PREMIERE MOITIE DU XVP SIECLE



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de mulets en tapisserie et vingt-six autres pieces de haute lice,
en tout quatre chambres entieres representant : VHistoire des
en f ants de David, VHistoire de Cyrus, la Punition de Pharaon,
enfin VHistoire de Remus et de Romulus; cette derni^re suite
appartenait nagufere a M. L^on Gauchez.

Toutes ces tentures, est-il besoin de Tajouter, etaient de Texecu-
tion la plus riche. L*or, I'argent et la sole entraient dans le tissu







Marqae de Jean Raes, Marqae de Jean Baes»

•or la lr« pidoe d'ane tenture snr la >• plAee

B Jh-AHcatUnu da apdtntt k Madrid, des PrMeaHtnu dea apiirm, k Madrid.



A



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Marqae de J. Oeabels,

snr la >• pidoe

dea PrMioatioiu des ap6tr«t.



4

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Marqne de la II* pMce

dea PrMkatUnu dea ap6trt$,

k Madrid.



\



Marque de la ire pi^e
des^ctetdet apdtref, .
en partie de Jean Raes.



pour une forte proportion et lui donnaient un eclat, une splen-
deur incomparables.

Les industries, quelles qu'elles soient, n'ont jamais si besoin
d'etre defendues par des rfeglements contre les fraudes et la contre-
fagon que pendant la periode de leur plus grande prosperite. De la
les ordonnances sur la tapisserie qui se succedent si rapidement
a Bruxelles pendant la premiere moitie du xvi^ siecle. II est essen-
tiel de faire connaitre les stipulations principales de ces statuts.

Un edit de 1525, promulgue par le magistrat de Bruxelles,
interdit aux fabricants de nuancer les tetes des personnages, dans
les pieces d'une certaine valeur, au moyen de substances liquides.
La fraude visee par cet article a ^t6 de tout temps fort pratiquee,
car nous voyons la m6me interdiction reproduite a differentes



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172 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

epoques et dans divers pays, des le moyen age. Le meme edit
assurait aiix tapissiers la propriete et Texploitation exclusive de
leurs modeles, en defendant a leurs concurrents de les copier ou
de les imiter.

L'edit de 1528 completait les sages dispositions que nous venons
de resumer. II ordonne que toute piece fabriquee a Bruxelles
porte desormais, dans la lisiere ou le g-alon inferieur, un ecusson
rouge entre deux B tisses en laine plus claire que le fond. Ainsi
on pent aflirmer que les tentures accompagnees de cette marque
distinctive ont ete execulees apres I'annee 1528. Le meme edit
imposait aux fabricants et aux marchands Temploi d'une signature
particuliere. Le plus souvent cette signature consiste en un 4
combine avec differentes lettres. M. Wauters croit que la presence
de ce signe indique que la piece a etc, soit commandee par un
marchand, soit executee par un fabricant faisant le commerce de
tapisseries. D'autres erudits pensent que cette sorte de chiffre est
un souvenir ou une degenerescence de la croix qui remplagait le
nom des illettres ne sachant pas signer. Chacun donnait a cette
croix abatardie une* forme particuliere pour la distinguer de la
marque de ses confreres, en y ajoutant ses initiates. Souvent cette
marque, comme on le voit par les exemples donnes dans les pages
precedentes, est formee d'un monogramme ou so retrouvent toutes
les letti'es du nom du maitre tapissier.

Tout recemment, le savant historien de la tapisserie tlamande,
Alexandre Pinchart, a decouvert a Bruxelles de curieuses pieces
reproduisant les marques d'un cerL^in nombre de tapissiers a cote
du nom de leurs proprietaires. I\ a dii exister autrefois, au bureau
de la corporation, des registres ou les signatures de chaque chef
d'atelier etaient soigneusement inscrites ; malheureusement ces
documents si precieux, s'ils existent encore, ont echapp^ jusquMci
a toutes les recherches.

L'edit imperial de 1544 consacre et complete les reglements
anterieurs. C'est le statut fondamentid en quelque sorte de Tin-
dustrie tlamande pour les temps modernes. l\ convient done d'in-
diquer ses dispositions essentielles.

Charles-Quint avait etendu a toutes les villes des Pays-Bas les
prescriptions imposees auparavant aux seuls tapissiers de Bruxelles.
[^a fabrication de la haute et de la basse lice etait interdite en
dehors de Bruxelles, Louvain, Anvers, Bruges, Audenarde, Alost,



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LE CALVAIRE

Tapidserie flamande du xvi« si^le.

(Collection de Ban Donato.)



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PREMIERE MOITlfi DU XVP SINGLE 175

Enghien, Binche, Ath, Lille, Tournai et des aut res cites franches,
ou le metier ^tait regl^ par les ordonnances.

L'edit entrait dans des details techniques sur les matieres em-
ployees, soit pour la chaine, soit pour la trame. II renouvelait
les prescriptions de Tordonnance de 4528 au sujet de la double
marque. Tune propre a la ville, Tautre au fabricant. Les peines
les plus s^veres etaient prononc^es contre les moindres contra-
ventions. Un privilege exorbitant etait etabli au benefice des villes
d'Anvers et de Berg-op-Zoom, dont les negociants Etaient consti-
tu^s, a Fexclusion de tons autres, seuls entrepositaires et courtiers
de la vente des tapisseries.

Gette r^glementation excessive et vexatoire devait avoir de funestes
consequences. Ses efTets ne tarderent pas a se faire sentir. Tandis
qu'auparavant les habitants de la campagne occupaient les longs
loisirs de la mauvaise saison en travaillant a des ouvrages com-
mandes par les chefs d*atelier de la ville voisine, cette ressource
leur fut desormais enlevee. On eut beau apporter dans la pratique
quelques adoucissements aux rigueurs de Tinterdiction , les r^sul-
tats de Tordonnance n'en furent pas moins desastreux.

Les persecutions caus^es par Tintroduction de la R^forme d^ns
les Pays-Bas acheverent I'oeuvre commencee par Tddit del544,
et Findustrie naguere si florissante etait profondement atteinte au
moment de Tabdication de Charles-Quint.

Une ordonnance de 4563 « sur le fait du metier de tapisserie
de haute lice, tapisserie et bourgetterie i>, ajoute aux principaux
centres de production enumeres dans Tedit de Charles -Quint les
villes suivantes : Arras, Courtrai, Douai, Gand, Grammont,
Lannoi, Orchies, Termonde, Valenciennes et Ypres. D'autres cites
enfm sont indiquees dans des documents judiciaires de la mSme
epoque comme possedant quelques metiers. Alexandre Pinchart a
releve les noms de Binche, Diest, Hal, Leembeck et Tirlemont.
Empressons-nous de reconnaitre que cette mention est a peu
pres tout ce qu'on sait de Tindustrie de ces villes.

Avant de presenter le tableau des ateliers secondaires de la
Flandre pendant la premiere moitie du xvp siecle, nous nous
arr6terons aux oeuvres les plus caracteristiques des tapissiers
bruxellois. Sans doute les renseignements parvenus jusqu'a nous
et publics jusqu'ici sur les auteurs de ces admirables tentures,
I'orgueil et le plus riche omement des palais de Madrid , de Vienne



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176 HISTUIRE DE LA TAPISSERIE

et tie Florence, sunt fort rares; cepeiulant les iioms de plusieui-s
(I'entre eux out ete sauves de I'oubli. Aussi convient-il de recueillir
les moindres vestiges de la biographie de ces illustres artistes.

All debut du \\\^ sieele, en 1501, un tapissier de Bruxelles,
nomine Jean du Pont, livre a Philippe le Beau cent cinquante tapis
armoiies pour mulets. Les chefs datelier les plus renommes, on en
a plus d'un temoif'nage, ne croyaient pas deroger en acceptant una
besogne qui paralt aujourd*hui bien vulgaire. Nous avons ^numere
plus haut les travaux considerables du tapissier Pierre d'Enghien,
dit van Aelst, pour les souverains des Pays-Bas et pour le pape.
Nous n*y reviendrons pas.

Parmi les conteinporains de Tauteur des Actes des apotres, on
rencontre le nom de Jean Pissonnier, auteur d'un Triomphe de
Jules C^sar (1510); celui de Gabriel van der Tommen, qui vend a
Charles -Quint, en 1510, pour la somme de 1,500 livres, des ver-
dures a feuillages, betes sauvages et chasses. L'Empereur achete an
meme, cinq ans plus tard, une tenture en huit pieces de VHistoire
de Persie, peut-etre celle qui se voit encore a Madrid, plus huit
autres pieces d'histoires de Chasses destinees a etre dislribuees
en presents. Le tout fut paye 2,000 livres.

An nombre des tapissiers qui balancerent la reputation de van
Aelst se place Pierre de Pannemaker. Les commandes conti-
nuelles dont il est honore par les souverains des Pays-Bas sont la
meilleure garantie de son habilete. Vers 1519, Marguerite d'Au-
triche lui prend deux scenes de la Vie du Christ; puis, en 1520,
deux autres pieces representant le Christ au jar din des Olivier s
et le Porlenient de croix. Ces deux dernieres, payees pres de
2,000 livref?, etaient la traduction de cartons de Bernard ran Orley.
Elles existent encore dans la collection de Madrid et appartiennent
a cette Vie de J^sus-Chrisl attribuee un peu temerairement a
Bogier van der Weyden. Les bonnes photographies que la maison
Laurent a publiees d'apres les tapisseries de la couronne d*Es-
pagne ont fait connaitre cette collection, a peu pres inaccessible
auparavant, et perniettent traflii*mer que bien peu de ces tentures
remontent a une date anterieure a Tan 1500. En voici deux,
classees parmi les plus anciennes, qui ont ete reellement exe-
cute's en 1520, d'apres les cartons de van Orley.

Trois ans plus tard, Pierre de Pannemaker regoit le titre de
tapissier de Madame, gouvernante des Pays-Bas; en mdme temps,



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LES VICES ET LES VERTUS

Fragment d'une tapisserie repr^senUDt VInfamie. — Tapisserie bruxelloise da xvi« sitele.

(Collection royale de Madrid.)



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V :



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PREMIERE MOITIE DU XVP SIECLE 179

il est charge de nouvelles commandes pour celte princesse. Une
tapisserie de la Cene lui est payee, en i531, la somme de 4,038
livres. II travaille aussi pour TEmpereur et livre, en 4528-i529,
cent tapis de mulets destines au voyage de Charles - Quint en
Ilalie. Cinq ans apr6s (4534), uouvelle fourniture de cent vingt
autres tapis de m6me nature, pour le prix de 4,365 livres.

Notre tapissier, investi de toute la confiance de la cour, est
aussi employe a restaurer les tapisseries imperiales, dont un cer*
tain nombre, notamment celles qui venaient de la maison de Bour-
gogne, reclamaient d'urgentes reparations.

Un autre chef d*atelier, Guillaume de Kempenare, vend a Marie



Marque de la !'• pidce
aes Stpt picMt capiiavx ( Madrid )



de Hongrie, en 1539, douze pieces de VHistoire d'Hercule. Elles
repr^sentaient , a n'en pas douter, les douze Iravaux du h^ros
grec.

Charles-Quint achate encore, en 4544, de Jean Dermoyen, une
Histoire de Jo8u4 en huit pieces rehaussees d'or, d'argent et de
sole; a en juger par le prix, elles auraient egale les plus riches
tentures sorties a ce moment des ateliers flamands. La suite com-
plete coilta la somme ^norme de 40,000 livres de Flandre.

r.es comptes du temps restent malheureusement muets sur les
auteurs de cerlaines series admirables qui existent encore. Si Ber-
nard van Orley a donne les patrons de plusieurs sujets de la Vie de
J^sus-Christ , si cette tenture pamit sortir des ateliers de Pierre de
Pannemaker, on ne sait, par contre, a quel peintre faire honneur
des tapisseries fameuses representant les Sept p^cMs capitaux et le
Combat des Vices et des Vertus, Or ces tentures comptent a juste
litre parmi les plus remarquables specimens de la fabrication
bruxelloise, avant la substitution de Tinfluence italienne aux vieilles
traditions flamandes.

A la mSme p^riode se rattache la Ligende d'Hei^kinbald, d*apr6s
les cartons de Jan van Brussel ou Jan van Romme, ^videmment



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180



HISTOIRE DE LA TAPISSERIE



inspirfe de la fameuse peinture de Rogier van der Weyden. L'au-
teur de cette tapisserie, ex^cut^e en i513, et aujourd'hui con-
servee a Bruxelles, se nommait L^on.

Un comte de Nassau avait commande, en i5i5, a un maitre
bruxellois seize pieces repr^sentant les portraits equestres des
seigneurs et dames de la maison de Nassau. A la meme date envi-
ron appartient la tenture du Roi Modus et de la reine Ratio, qui
se voit aujourd'hui a Thdtel d'Arenberg. Les legendes en vers fran-
gais feraient presque douter de son origine bruxelloise.



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Marqne de Is Irt pidce Marque

dtj VHiatoire de Pomone, deGoillftamedePuineniaker
oil se voit antd sur Is 2* pldce

la marqne do VHistoire de Pamone

de Guillaame de Pannemaker. ( Madrid ).





Marque
de la demiere pitee

de
VHittcire de Pomone.



Marqoe de la tmitore

des

Triontpkes des dievx

(mobilier national, k Paris ).



Une suite de sept panneaux, commandee par Teveque de Liege
vers i535, representait les principaux sites de la foret de Soignes.

L'envoi des cartons de Raphael devient le signal d'une revolution
complete dans les sujets traites par les tapissiers flamands, et par-
ticulierement bruxellois. Desormais les vieilles compositions des
peintres du Nord, si riches et si d^coratives, seront remplacees par
les cartons des maitres italiens en renom. A la place des scenes
tumultueuses et mouvementees de Y Apocalypse et des Sept p4cMs
cdpitaux, les tapissiers se mirent a copier les Amours de Ver-
tumne et de Pomone, dont nous donnons plus loin (page 189) un
^hantillon, YHistoire de Vulcain, dont la magnifique bordure
semble sortir du meme atelier que celle des Actes des apdtres,
les Triomphes des dieux, d'apres Mantegna, dont les Gobelins
ex^cut^rent plus tard une libre et charmante interpretation , YHis-
toire de PsycM, partag^e aujourd'hui entre les palais de Fontai-
nebleau et de Pau, et dont les modeles ont ete attribuds successi-
vement a Raphael, puis a son eleve, Michel Coxcie.

Ces premiers fruits de Tinfluence italienne sont souvent d'une



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PREMlfiRE MOITIE DU XVP SINGLE 183

delicatesse exquise; il faudrait 6tre bien aveugle pour le contester.
Toutefois la tapisserie se trouve desormais detournee de sa voie
naturelle et logique, et les nobles inventions des maitres italiens ne
sauraient nous empficher de regarder les conceptions des artistes
du Nord comme bien mieux appropriees aux exigences de la pein-
ture en laine et en soie.




Uarqae de Jean Leynieri

tur In T pidce des BcOaiUea da ScipioH .

k Madrid.



De Tannee 1350, ou environ, datent deux suites dont les dessins
furent donnes par Jules Romain et qui ont conserve jusqu'a nos
joui-s une reputation meritee : VHisloire de Scipion et les Fruits de
la guerre. La tenture de Scipion, qui ne comptiiit pas moins de
vingt-deux pieces, mesurait cent vingt aunes de cours. Un cri d'ad-
mii-ation salua son apparition'; on y retrouvait les qualites maitresses
de I'eleve de Raphael, une grande richesse d'imagination , une verve
intarissable, une energie qui approche souvent de la violence.

La fantaisie de Tartiste s'etait donne libre carriere dans les bor-




M



Marqnei d'Antoine Leynlera lar difMrentes places
de VHi$l(fire de Rcmulwt,



dures, composees de guirlandes de fleurs et de fruits, entrem^lees
d'enfants nus dans des attitudes parfois un peu risquees.

Les Fruits de la guerre, avec leurs combats, leurs sieges, leurs
triomphes, leurs supplices, derivent du meme sentiment. On a pu
recemment examiner a loisir ces deux series, en exemplaires mer-
veilleusement conserves, a Texposition triennale de i883.

A une inspiration plus calme appartient YHistoire de Rdmus et
Romulus, dont la date nous a ete conservee; car on sait qu'elle fut
tissee vers 4540 pour le cardinal de Ferrare. Nous avons vu qu'elle
appartient aujourd'hui a M. Leon Gauchez.

Si les Mots grotesques, ou des figures accessoires ne servent que



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184 HISTOIRE DE LA TAPIS'SERIE

d'accompagnement a des rinceaux et a des arabesques d'un caprice
charmant et d'une fantaisie inepuisable, peuvent etre revendiques
hautement par les maitres italiens, par ces habiles decorateurs
de la suite de Raphael qui ont couvert les murs des loges du
Vatican de leurs exquises inventions, les Mois dits de Lucas et
les Chasses de Maximilien conservent in tacts, en pleine invasion
italienne, les souvenirs de la tradition nationale.

Executes pour un fervent connaisseur, Tinfant Ferdinand de Por-
tugal, les Mois de Lucas empruntent aux occupations ou aux plaisirs
des diverses saisons les sujets de leurs douze pieces. L'attribution
des modeles a Lucas de Leyde est depuis longtemps abandonnee,
bien que la tenture ait garde le nom de son auteur pretendu.



^



Marque de la tenture

dee BeUea Chaatea de MaximUien,

au Louvre.



Assurement il serait difficile d'approuver le dessin etrange de
ces chasseurs au costume allemand qui animent les Chasses de
Maximilien, Mais, si Ton passe condamnation sur ces defauts im-
putables au peintre plus qu'au tapissier, on ne saurait imaginer de
deration plus gaie et plus riche que ces scenes vivantes pour
les galeries ou les vastes salles d'un chateau princier. Le tapissier
bruxellois, Frangois Geubels, qui a mis sa marque sur les Triomphes
des dieux, inspires par les cartons de Mantegna, et conserves au
mobilier national a Paris, a prouve qu'il etait bien plus a Taise
quand il s'agissait d'interpreter les sujets pittoresques et les vives
colorations des Chasses, que lorsqu'il devait copier le dessin severe
des grands Italiens.

Les Chasses de Maximilien, connues aussi sous le nom de fi^Zies
Chasses de Guise, probablement parce que les chefs de cette illustre
maison en ont possede une suite, exciterent pendant deux siecles
une vive admiration. Leur succes durait encore cent cinquanteans
apres leur apparition. En efiet, les habiles tapissiers des GobeUns
furent appeles a les reproduire en haute et en basse lice. lis s'ac-



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PREMIERE MOITIE DU XVI^ SIECLE 187

quitterent de cette tache avec une si scrupuleuse fidclite, que les
copies ont paifois ete confondues avec les originaux.

La salle a manger du nouveau chateau de Chantilly est decoree
de plusieurs panneaux de la suite des Belles Chasses de Guise,



ALEXANDRE PASSANT LB GRANIQUE

Pifecc de VHisloire <ffA leccandre.

Tapisserie bruxelloise du xvi* si^le.

(Collection royale de Madrid. )



portant la signature de Jean de La Croix, tapissier de basse lice
aux Gobelins; cette copie fut executee aux environs de i685.

Aux compositions empruntees a Tallegorie, a la mythologie, a
Thistoire sacree ou profane, les maitres tapissiei*s des Pays-Bas joi-
gnirent quelquefois la traduction des scenes contemporaines. Nous
avons vu les dues de Bourgogne et les rois de France prendre
plaisir a contempler la representation de leurs exploits sur les mu-
railles de leurs demeures. Les rois d'Espagne demeurerent lideles a
cette tradition. En 1531, les etats generaux de Flandre offrirent
au tout- puissant Empereur une tenture retragant les divers epi-



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188 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

sodes de la Bataille de Pavie. La prise du roi de France, son
embarquement pour TEspagne, sa captivite a Madrid, figuraient
parmi les principales scenes.

Qu'on juge de Tindignation de Tamiral de Coligny et des autres
ambassadeurs frdiigais venus, en 4556, a Bruxelles pour ratifier,
au nom de Henri II, la clause de Vaucelies, quand on les re(;ut
dans une salle ou etait exposee la tenture de Pavie. Cette suite
decora longtemps le palais de Bruxelles. On ignore ce qu'elle est
devenue. Toutefois on a recemment signale la presence, dans le
palais des princes de Pescaire, marquis de Guast, a Naples, de
sept pieces en laine, soie et or, representant les principaux epi-
sodes de la victoire remportee par le premier marquis de Pescaire.

La mode se repandit de plus en plus, au xvi^ siecle, de celebrer
sur des tentures destinees aux palais princiers les hauts faits du
maitre du logis. Un des plus fameux echantillons de ce genre
historique est consacre a Texpedition de la flotte de Charles -Quint
contre les corsaires barbaresques. Elle est connue sous le nom de
ConqxUte du royaume de Thunes. Les recherches de M. Houdoy
ont elucide les moindres points de son histoire.

Guillaume de Pannemaker, appartenant a cette famille de tapis-
siers bruxellois dont nous avons deja parle, et qui comptait parmi
les plus celebres et les plus habiles, se chargea, par marche
du 20 fevrier 4549, de Texecution des douze pieces de \diConqu4te
de Tunis. Les matieres les plus precieuses et les plus recherchees
devaient etre mises en oeuvre. Les soies venaient de Grenade; TEm-
pereur fournissait le (il d'or et d'argent. Le chef de Tateher avait
pris Tengjigement d'occuper sans interruption sept ouvriers a cha-
cune des pieces, soit quatre-vingt-quatre a Tensemble de Touvrage.

Le prix etait fixe a 12 florins Taune, plus une rente de 400
florins si TEmpereur etait satisfait. Le tout fut termine tres rapide-
ment; la verification des tapisseries par les doyens du metier eut
lieu le 4 avril 4554. La tenture entiere mesurait douze cent qua-
rante-six aunes, ce qui portait le prix total a 44,952 florins, non
compris certains frais accessoires, comme les 400 livres de rente
promises au tapissier, le fil d'or et d'argent fourni par TEmpereur,
en fin le traitement de Tagent charge de surveiller la fabrication.

Depuis lors, les tapisseries de la Conquete de Tunis n'ont pas
quitte Madrid, ou elles jouissent encore d'une grande reputation.

La composition des cartons avait et6 confiee au peintre en titre



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PREMlfeRE MOITIE DU XVr SIECLE



191



(le rEmpereur, Jean Vermay ou Vermeyen, n^ aux environs de
Harlem. U avail accompagn^ son maltre dans Texp^lition d'Afrique,
et se trouvait ainsi mieux que personne en mesure d'en reproduire
fidSlement les Episodes. Apres avoir soumis un premier projet a
Tapprobation de Charles- Quint, il signa, en juin 1546, un con-
trat pour Texecution des modeles, qu'il devait terminer en dix-huit
mois, renongant pendant ee temps a toule autre entreprise. Ijx
retribution fix^ par ce contmt ^tait bien superieure a celle que
Bernard van Orley recevait pour ses tableaux les plus importants.
Voici Tenum^ration des douze scenes que Vermeyen donnait a
traduire a Guillaume de Pannemaker :



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Marque de Guillaume de Pannemaker

sur la lr« pitee de VApoeatvp^e

(k Madrid).



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Marqne de la 2* pf^ce

de la tentnre de VApocalppM,

execute en partie

par Guillaume de Pannemaker.






Marqne de la 8* pi^oe

de VApwxilnm

(Madrid).



1o La Carte du littoral de la M6diterranie ; ^ la Revue de^
troupes; 3^ le Dibarquement ; 4^ YEscarmouche ; &> le Camp;
Go le Fourragement ; ?« la Prise de la Goulette; 8^ la Bafaille
des putts de Tunis; O^ la Prise de Tunis; 40> le Sac de Tunis;
Ho les Vainqueurs se rendant en rade; i2o VEmbarqueinent.

Le point de vue, pris tres haul, a permis a Tartiste de couvrii*



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