Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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le champ presque entier de son panneau , ne laissant qu'une legere
bande de ciel. Dans la partie superieure de la bordure, une legende
espagnole explique le sujet; sur les c6tes, les colonnes d'Hercule
avec la devise de Charles -Quint plus oultre; au has, un cartouche
avec huit vers latins. Un monogramme, compose d'un W et d'un P,
rappelle le nom du tapissier, Guillaume (ou Willem) de Panne-
maker.

L'atelier du celebre tapissier aurait encore produit plusieurs des
tentures les plus vantees de cette p^riode. La marque de Guillaume
de Pannemaker se verrait, en effet, c'est M. Waulers qui en a fait



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192 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

la remarque, sur la premiere des huit pieces de Y Apocalypse de
Madrid, et sur la deuxieme composition de VHistoire de Pomone,
en dix-huit sujets. II aurait eu, il est vrai, pour ces grands ou-
vrages deux collaborateui^ , dont la marque indeterminee se ren-
contre sur d'autres morceaux de la serie ; mais il n'en resterait pas
moins le principal auteur de deux tentures comptees a juste litre
parmi les plus beaux specimens de la fabrication bruxelloise.

Guillaume de Pannemaker a encore tisse trois suites consei'vees
egalement au palais de Madrid : VHistoire de Noi^ executee pour le
roi Philippe II, vers le debut du regno de ce prince, en collabo-



%



B a



-^



Marque de PranQoif Genbels Marque

•ur la 4« pidcc de VHitioire de Noi de la !'• pf^ce de VHi$toir« d'Abrakam,

( Madrid ). par. OoUlaame de Pannemaker

(Madrid).



ration avec Frangois Geubels; une Histoire d* Abraham, en sept
pieces; enfm les Fables d*Ovide, en cinq pieces.

Notre tapissier travaillait en meme temps pour tons les grands
personnages de la cour espagnole. II recevait les commandos du
cardinal Granvelle. Les Vidoires du due d'Albe, recemment mises
en vente a Paris avec la collection de Berwick et d'Albe, portaient
sa marque, formee, on Fa vu, d'un W et d'un P.

Ces grands travaux temoignent de Thabilete et de I'immense
reputation de Guillaume de Pannemaker, dont la place est marqu^
dans le Pantheon des celebrites bruxelloises, a c6te de Pierre
van Aelst et de Pierre de Pannemaker.

La mode de consacrer une tapisserie aux exploits guerriers
d'un souverain ou d'un general fameux ne tarda pas a se gen^ra-
liser. Signalons certaines suites executees a Bruxelles, dans la
seconde moitie du xvi* siecle, et sur lesquelles nous reviendrons
plus tard : elles representaient les Victoires du ducd'Albe, les Ba-
tailles de Varchiduc Albert, Rappelons enfin VHistoire du regne
etdes batailles de Henri HI, tissfe en vingt-deux morceaux dans
Tatelier que le due d'fipernon avait install^ dans son chSteau de
Cadillac.

iya premiere piece de la Conqudte de Tunis figurait, comme



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REVUE DE LA CAVALERIE A BARCELONE

Fragment de la Venture de la Conqiiite de Tunis par Charlea- Quint.

Tapisserie bruxelloisc du xvi* si^cle.

( Collection rojr alo de Madrid. )



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PREMIERE MOITIE DU XVP SIECLE 195

on vient de le dire, la carte des cotes de la Mediterran^. A cette
epoque se rattachent un certain nombre de tapisseries analogues,
d'une conception etrange, consacr^es a la reproduction de cartes
geograpliiques ou de plans de ville. L'une de ces oeuvres singuli6res,
existant encore au siecle dernier et dont on perd la trace sous la
revolution, oflfrait un plan de Paris vers 1530 ou 1540. C'etait un
des plus anciens documents sur la topographie parisienne. II fut
acquis, en 1737, par lepr^v6t des marchands et les echevins, des
h^ri tiers du sieur Morel, conseiller au parlement et de la ville,
moyennant la somme de 2,360 livres. Dans le raarch^ etaient
comprises cinq autres pieces, representant les plans de Rome, de
Constantinople, de Jerusalem, de Venise, et la carte generale de
ritalie. On ignore Torigine de cette curieuse collection. La pre-
sence des villes de Jerusalem, de Constantinople et mSme de
Venise et de Rome, a c6t6 de celle de Paris, rend toute conjecture
bien hasardeuse. II n'y a point de rai.son plausible pour que la ten-
ture soit attribute plutdt a un tapissier parisien qu'a un atelier
bruxellois ou italien.

Ces plans pr^ieux , conserves a Thdtel de ville jusqu'a la revo-
lution, et exposes jadis dans les circonstances solennelles, dispa-
rurent pendant la tourmente, sans qu'on connaisse exactement lu
date et les circonstances de leur perte; peut-6tre ne doit- on pas
renoncer a Tespoir d'en retrouver un jour quelque fragment. Une
grande gouache, executee au xviiF siecle, avait conserve le dessin
et les details du plan de Paris, dit de tapisserie. Cette copie a p^ri
dans Tincendie des collections de la ville, en 1871. Des gravures
imparfaites constituent aujourd'hui le seul vestige survivant de ce
precieux monument de la topographie parisienne.

Les oeuvres des tapissiers bruxellois, sont, comme on Ta dit,
diss^minees dans tons les pays de FEurope; elles remplissent les
palais de Madrid, de Florence, de Munich, de Vienne et de
Londres. II en existe des ^chantiUons remarquables a Dresde et a
Berlin. Notre mobilier national possede aussi une serie de ten-
tures flamandes foil; belles, provenant de Louis XIV. On en trouve
un peu partout; la cathedrale de Chartres montre une Histoire
de Motse avec le fameux ^cusson accoste du double B. Les collec-
tions publiques regorgent de tapisseries portant les glorieuses ini-
tiales de Bruxelles. D'ailleurs, un oeil quelque peu exerce recon-
nait facilement, a leur coloration, les oeuvres flamandes de cette



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196 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

epoque. Elles affectent toutes un ton jaune verdatre d'une certaine
monotonie , appliqu^ indistinctement a tous les sujets. On dirait
un fond de verdure historie de grands personnages.

Les bordures, cet element essentiel de la tapisserie decorative,
prirent au xvi^ siecle un developpement considerable. Malheureuse-
ment les tapissiers flamands, et particulierement ceux de Bruxelles,
surcharges de commandes, ne pouvant suffire a tant de besogne,
se contenterent bien souvent d'en tourer indistinctement tous les
sujets de cadres composes de guirlandes de fleurs et de fruits,
coupees par des ligures allegoriques en forme de Termes. Cette
decoration, qui a surtout le defaut d'avoir ete repetee a satiete,
presentait a des ouvriers toujours presses le grand avantage de se
preter a toutes les mesures, de s'allonger ou de se retrecir a volonte.
Les tapissiers du moyen age se contentaient moins aisement. S'ils
ne se faisaient pas scrupule de recopier maintes et maintes fois un
sujet en vogue pour satisfaire aux exigences de leurs clients, du
moins a chaque composition etaient appro{)ries des ornements en
rapport avec la scene principale. Le succes meme de Tindustrie
bruxelloise devint une des causes de sa decadence. II fallait pro-
duire vite, mauvaise condition pour faire bien.

On avait a lutter en mfime temps contre la concurrence de plus
en plus menacante des villes voisines ; car, si les tapisseries bruxel-
loises representent, au xvi<^ siecle, la plus haute expression de Tart
textile, les metiers des villes voisines n'etaient pas restes inactifs.
Chaque jour voyait naitre de nouvelles manufactures, et les nations
etrangeres tentaient, elles aussi, d'^nergiques efforts pour se sous-
traire au tribut qu'elles payaient aux ateliers des Pays-Bas .espa-
gnols.

Nous allons passer en revue cos ateliers secondaires de la Flandre
pour arriver ensuite aux essais fails en France, en Italie, en Alle-
magne et dans les autres pays de TEurope pour acclimater dans
ces diflerentes contrees Tart de la tapissei'ie.

I^ Flandre ne fut delachee de la France, nous Tavons fait
remarquer, qu'a la suite du traite de Madrid. Ses vieilles et con-
stantes relations avec notre pays cessent a ce moment. Elle devient
le theatre de luttes sanglantes qui se prolongeront pendant plu-
sieurs siecles. Tout d'abord, elle doit a la domination de ses nou-
veaux maitres une prosperite qui lui fait oublier la perte de ses
vieilles libertes communales. Peu a peu le commerce et Tindustrie



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PREMIERE MOITIE DU XVr SIECLE 197

se deplacent; les anciennes cites delaissees se depeuplent ; toute la
vie ailhie a Bruxelles, devenue le centre du gouvernement et la
capitale du pays.

Tournai, — Tournai vient d'atteindre, au debut de la renais-
sance, Tapogee de son developpement. Nous avons montre Tim-
portance de ses metiers pendant le cours du xv^ sitVle. Mais
une terrible catastrophe va leur porter un coup fatal. En 1513,
la peste enleve a la ville la moitie de sa population. Peu de temps
apres, Tournai passe sous la domination des Anglais.

Pour ne pas interrompre Tordre des faits, on a reuni plus haut
les details connus sur les tapissiers du commencement du xvi« siecle,
notamment sur cette famille des Grenier, qui parait avoir occupe la
premiere place parmi les hauteliceurs tournaisiens. La double cata-
strophe de Tannee 1513 marque les debuts de la decadence.

Toutefois la vieille cite ne reste pas longtemps au pouvoir des
Anglais. En 1517, elle rentre sous la domination du roi de France,
et, quand le marechal de Chatillon vient en prendre possession au
nom de son maitre, il re(;oit en present, suivant une vieille cou-
tume dont on a cite deja plusieurs exemples, une tenture en huit
pieces representant VHistoire de Banquet. Cette tapisserie avait
ete commandee, en 1519, a Jeanne Le Franc, veuve d'un maitre
de la ville de Tournai, nomme Nicolas de Burbur.

Mais la France ne devait pas garder longtemps cette imporlante
possession. En 1521, Tournai etait defmitivement perdue pour
Frangois I^r et passait sous la domination de Charles -Quint, au
grand regret des habitants. Les magistrats firent preuve de leur
profond attachement a leur ancienne patrie en olTi^ant au seigneur
de la Motte, lieutenant du gouverneur, lois du depart de la garni-
son -frangaise , plusieurs pieces de tapisseiies en temoignage de
leur reconnaissance pour les services par lui rendus a la ville.

A dater de ce moment, les tapissiers deviennent de moins en moins
nombreux a Tournai. C'est a peine si on rencontre les noms de
quelques fabricants de haute lice pendant tout le cours du xvF siecle.
L'eveque Charles de Croy fait don a son eglise d'une Histoire de
Jacob f executee par Jean Martin lejeune, tapissier tournaisien. Une
piece de cette tenture, encore existante, porte le millesime de 1554.

La ville de Tournai figure parmi les grandes cites industrielles
en dehors desquelles Tedit de 1544 interdisait la fabric^ion de la



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198 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

tapisserie. Toutefois les statuts de la corporation des hauteliceurs,
souvent renouveles et confirmes , ne font pas mention d'une marque
propre aux ateliers tournaisiens. On attribue a ces ateliers certaines
tapisseries portant une tour crenelee ; c'est le blason de Tournai qui
serait ainsi devenu le signe distinctif des pieces executees dans la
ville. Mais cette attribution, empressons-nous de le dire, ne repose
que sur de simples conjectures.

La reforme, qui trouva beaucoup d'adeptes dans le Tournaisis,
porta, comme on le verra bientot, le dernier coup a Tindustrie de la
haute lice. Beaucoup d'habitants, convertis aux nouvelles doctrines,
furent obliges de prendre lafuite ou subirent le dernier supplice. Parmi
ces victimes de leur foi figurent un certain nombre de tapissiers.

Bruges. — L'organisation des tapissiei-s de Bruges ne date que
de 1506. Auparavant, cette ville possedait certainement des metiei^
(le haute lice. On a vu que les quatorze pieces de la Vie de saint
Anatoile, commandees en 1502 pour Teglise de Salins, sortaient d*un
atelier brugeois dont le chef se nommait Jehan de Welde, ou Sauvage,
traduction frangaise du nom flamand , comme le relate Tinscription
qui se lisait jadis sur le dernier panneau , et dont voici le texte :

Ces quatorze piles' de lapis
Furent a Bruges fails el construils,
A rhfttel de Jehan Sauvage,
En Jncarnation a noire usage
L'aniSOI.

Pen apres sa constitution , la corporation des tapissiers obtenait
la cession de Thotel de Sainte- Catherine, dans Teglise Saint- Gilles.

Les artisans brugeois travaillent souvent a la decoration de la
salle du Franc de Bruges. C'est a cet usage que sont deslinees
les tapisseries livrees, en 1507, par Jean de Louf et Jean Saillie.
Antoine Segon vend, en 1529, pour la m6me destination, cinq,
pieces ornees de feuillages, avec bordures, d'aprfis les cartons de
Guillaume de Hollandere. La corporation des peintres, voulant
decorer la chapelle de la gilde, commande, en 1525, a Jean Bory,
une Vierge en tapisserie d'apres le modele de Guillaume Wal-
hnc. Quelques annees plus tard (1534), le peintre brugeois
Lancelot Blondeel passe marche, devant les echevins, pour Texecu-
lion de trois cartons de tapisserie tires de la Vie de saint Paul



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PREMIERE MOITIE DU XVF SifeCLE 199

et de deux autres representant la Mart et VAssomption do la Vierge.
On ignore quel atelier fut charg^ de Tex^ution de la tenture.

Alexandre Pinchart est parvenu, aprfes de longues recherches, a
dresser une liste de quarante-un tapissiers brugeois pour la periode



TOURNOI

Tapisserie du xvi« sitele.
( Mn«6e de Valenciennes.)



comprise entre les annees 1501 et 1583. Nous avons resume dans
les lignes precedentes tons les details recueillis jusqu'ici sur les
travaux de ces artisans.

On s'accorde generalement pour attribuer a Tecole de peinture
de Bruges, et par consequent aux tapissiers de cette ville, le Cou-
ronnement de la Vierge, date de 1486, que le baron Davillier a
genereusement legue au Ynusee du Louvre. Des mfimes ateliers
sortiraient deux pieces conservees aujourd'hui aThospice du Saint-



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200 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Esprit, a Bruges : V Adoration des Bergers avec sainte Catherine
el sainte Anne, et la Vierge portant Venfant J^sus, entre saint
Jean Baptiste et saint Jean V£vang^liste. Enfm la marque B ,
relevee sur trois pieces d'une Ilistoire de Scipion conservee en
Espagne, indiquerait, d'apres certains ecrivains, une origine bru-
geoise. Le monogramme tisse dans la li^iere de ces pieces serait
la signature de Jean Crayloot de Bruges.

Signalons encore trois tapisseries du xvi° siecle apparlenant a
Teglise Notre-Dame-de-la-Poterie, de Bruges, et relracant la le-
gende miraculeuse de la patronne de cette paroisse, avec texte en
flamand. Ces pieces ont ete attribuees, non sans vraisemblance,
aux ateliers brugeois.

Lille, Valenciennes. — Les grandes villes de la Flandre meridio-
nale, 1/lle et Valenciennes, ne paraissent pas avoir possede d'ate-
liers de haute lice au xvi'' siecle. On voit apparaitre, il est vrai ,
quelques rares tapissiei^s a Valenciennes pendant cette periode; ce
sont generalement des criminels venant cliercher un asile, ou des
fugitifs chasses par les persecutions religieuses. Cela ne saurait
constituer une industrie locale serieuse.

Aussi n'y a-t-il aucune raison pour attribuer aux artisans de
Valenciennes, comme on la fait quelquefois, la curieuse tapisserie
representant un Toiirnoi, conservee dans le musee de la ville.
Cette piece a une ori^ne allemande, comme le prouvent les
vingt ecussons charges de lambrequins et de cimiers dissemines
dans la bordure. On a reconnu plusieurs de ces armoiries appar-
lenant a des families germaniques. La tapisserie de Valenciennes
viendrait peut-etre, cest Alexandre Pinchart qui a propose cette
hypothese, de Marguerite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas,
dont Tinventaire, redige en 1523, contient Tarticle suivant : c Six
pieces de tapisseries de personnages de tournoi. » Seulement on avait
lu jusqu'ici Tournai , ce qui ne signilre rien, au lieu de totirnoi.
La tapisserie de Valenciennes serait une de ces six pieces.

Un ouvrier de haute lice, nomme PhiHppe Blanchard, fixe a
a (iimbrai en 1559, etait originaire de Valenciennes.

OrchieSy Lannoy. — Parmi les protestants qui chercherent un
refuge a Valenciennes se trouvent deux artisans originaires d'Or-
chies; c'est tout ce qu'on sait des ateliers de cette petite localite.



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PREMlfiRE MOITIE DU XVP SIECLE 203

Sur les listes des reformes figure un tapissier de Lannoy, sur lequel
on manque d'ailleurs de renseignements.

Bithune. — Un document de 1505 a conserve le nom d'un
tapissier de Bethune a qui on achete deux tapis pour le compte
de Philippe le Beau. II se nommait Matthieu Legrand.

Aihy Louvain, Binche, — Les villes d'Ath, Louvain, Binche,
sont citees dans T^dit de 1544 parmi les centres autorises de fabri-
cation ; c'est le seul temoignage qu'on possede sur Texistence de ces
modes tes ateliers.

Grammont , Lessines, Courtrai. — La ville de Grammont avait
profile du voisinage d'Audenarde; le trop-plein de Tindustrieuse
population s'etait repandu dans les localites environnantes ; ainsi
s'etaient fondes un certain nombre de metiers dans des villages
ou des villes de peu d'importance. On a constats la presence dc
hauteliceurs a Grammont et a Lessines en 1520, a Courtrai en 1562.
Les tapissiers de Grammont, organises en corporation en 1544,
sous le patronage de saint Laurent, se firent connaitre surtout par
leurs longs d^mel^s avec leurs voisins d'Audenarde. lis ne paraissent
pas avoir survecu aux troubles religieux de la fin du xvi* siecle.

Gand. — Les ateliers de haute lice ne furent jamais bien nom-
breux a Gand ; cependant les noms de quelques tapissiers gantois
ont ete conserves dans les archives de la ville. Un certain Pierre
Peterzom loue aux magistrats, en 1508, plusieurs pieces de tapis-
serie pour decorer la salle du chateau ou se reunirent les etats
generaux de la province, convoques par Marguerite d'Autriche.
Un autre tapissier gantois, Gerard van der Straten, passe marche,
en 1531, avec Guillaume de Ram, d'Anvers, pour la livrai-
son d'une suite de douze pieces representant des sujets de
chasse.

Si les artisans de haute lice ne furent pas nombreux a Gand,
ils figurerent parmi les metiers les plus turbulents. Lors de Tin-
surrection de 1539, les tapissiers paraissent au premier rang des
revolt^s. A la suite de cet evenement, beaucoup d'entre eux furent
reduits a s'expatrier et priverent ainsi leur ville natale de ses
meilleurs ouvriers. II ne fut pas possible de les remplacer.



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204 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Les troubles populaires qui livrerent Gand a Tanarchie, de 1576
a 1586, acheverent la ruine des metiers subsistants.

Un artiste gantois, ne en 1534, le peintre Luc d'Heere, execuUi
de nombreux dessins pour les verriers et les tapissiers. II travailla
notamment pour la reine Catherine de Medicis et sejourna long-
temps a Fontainebleau.

Alost, — Les tapissiers d'Alost se trouvaient, en 1496, assez
nombreux pour former une corporation. lis se placerent sous le
patronage de sainte Genevieve. Alost figure parmi les villes aux-
quelles Tedit de 1544 permet la fabrication de la tapisserie. Ici,
comme dans le reste des Flandres, Tindustrie somptuaire reyul
une grave atteinte des troubles religieux de la fin du xvi"* siecle.

Enghien. — Les tapissiers d'Enghien et d'Audenarde, les deux
centres ou Tindustrie de la haute lice atteignit le plus grand de-
veloppement apres Bruxelles , ont laisse dans les textes contempo-
rains des traces sensibles de leur activite.

Marguerite d'Autriche prodigua ses encouragements aux artisans
d'Enghien. Elle achete, en 1524, de Laurent Flaschoen, fabricant
de cette ville, une tenture en six pieces, a ses armes, au prix de
18 sous 2 gros Taune, pour ToflTrir en present a Teglise des freres
precheurs de Poligny, en Bourgogne.

L'annee suivante, le meme artisan fournit quatre autres tapis-
series armoriees destinees a I'eglise Saint-Gommaire, a Lierre.
Nouvelle livraison, en 1528, de deux pieces pour un convent de
religieuses de Gand.

Un marche, passe le 30 Janvier 1528, avec Henri von Lacke,
donne une idee du genre particulier fabrique dans cet atelier. II
s'agit de verdures etoffees d'animaux, payees sur le pied de 40 sous
de gros Taune. La fabrication d'Enghien avait probablement beau-
coup de rapport avec celle d'Audenarde.

I^ reine Marie de Hongrie s'approvisionna souvent chez les arti-
sans d'Enghien ; on a cite des pj^euves categoriques de cette faveur
qui se continue sous Marguerite de Parme. Cette princesse achete,
en 1559, huit tapisseries d'Enghien au marchand bruxellois Nicolas
Helleine.

Bien qu'on ne soit pas parvenu a determiner la marque dis-
tinctive des pieces tissees dans les ateliers d'Enghien, il resulte des



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PREMIERE MOITIE DU XVF SIECLE 205

documents conlemporains que ces ateliers etaient classes, pour Tim-
portance de la fabrication , immediatement apres ceux de Bnixelles
et d'Audenarde. On a sur ce point le temoignage formel d'un
ambassadeur venitien dans les Pays-Bas, sous la date de 1551.
Guicciardini et d'autres historiens confirment le fait. Les inven-
taires aussi parlent souvent de tentures d'Enghien. II semble enfin
que les habitants des villages environnants trouverent dans la pra-
tique de la haute lice une precieuse ressource, dont ne purentles
priver, du jour au lendemain, les clauses draconiennes de Tedit
de 1544.

Aiuienarde. — Les choses se passerent a peu pres de la meme
fagon a Audenarde. Beaucoup de tapissiers domicilies aux alentours
de la ville, et qui avaient continue tranquillenient Texercice de
leur profession malgre les prescriptions de Tordonnance de 1544,
n'abandonnerent leur pays qu'en 1566, pour cause de religion.

Si les comptes des dues de Bourgogne ne contiennent pas une
seule mention des tapissiers d'Audenarde, de nombreux textes
attestent Tactivite de leurs ateliers pendant le xvi* siecle. Des or
donnances promulguees en 1515, en 1520, et les annees suivantes,
entrent dans des details de fabrication fort precis, s'appliquant
aussi bien aux metiers d'Enghien et de Tournai qu a ceux d'Au-
denarde. En 1539 parait une ordonnance de la reine Marie de
Hongrie, ayant pour objet de reprimer les fraudes de plus en
plus frequentes. Ainsi qu'on Ta fait remarquer, c'etait la le prin-
cipal but du fameux edit de 1544, a la suite duquel chaque centre
manufacturier dut prendre une marque speciale. Le magistral
d'Audenarde choisit alors un ecusson jaune, traverse de trois
barres rouges et couche sur une paire de lunettes brisees.

On a vu plus haut qu'en 1539 la tapisserie faisait vivre, a Aude-
narde et dans les communes environnanles , de douze a quatorzc
mille ouvriers, en y comprenant, a cote des tapissiers proprement
dits, les femmes, les enfants et les personnes occupees a la prepa-
ration et a la teinture des laines. Le rapport des ambassadeurs
venitiens, cite plus haut au sujet d'Enghien, et les temoignages
des historiens s'appliquent egalement a Audenarde.

Nous donnons ici le fac- simile d'une piece curieuse, recemment
decouverte dans les archives de Bruxelles, sur laquelle sont des-
sinees les marques de vingt-quatre chefs d'ateliers appartenant a



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206 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

la ville d'Audenarde. Le dessin est accompagne du nom des tapis-
siers qui signaient ainsi leurs oeuvres.

Les noms de deux de ces artisans, retrouves sur des pieces
datees , permettent de fixer Fepoque de la confection de ce docu-
ment pr^cieux. II aurait ete compose entre 1540 et 1550. Voici la
liste des vingt-quatre fabricants proprietaires de ces marques :





c \i V ^r



EsiM^




fiJARQUES DES TAPISSIERS D AUDENARDE
D'apr^ une pitee das archives de Bruielles.

Premikre ligne horisontale (neuf marques) :

1« Pierre de Brauere. — 2» Josse VValrave. — 3* Hubert Stalins. — 4» Gilles Mahieus. —
50 Arnould van den Kethele. — 6« Pierre van Rakebosch. — > Guillaume van den Cap-
pellen. — 8® Jean Ponlseel. — 9" Jean Boogaert.

DexixUme ligne horixoniaU (huit marques) :

10» Remi Cruppenn... — li» Gilles Morreels. — 12» Martin van den Muelene. — 13* Pierre
Willemcts (cit^ en 1542). — 14« Matthieu van Boereghem. — 15^ Jacques van den
Broucke. — 16» Jean de Bleeckere. — 17« Jean de Waghenere (cit6 en 1544).

Troiiihne ligne horitontaU (sept marques) :
18» Antoine van den Nesle^. — 19o Jean Talpaert. — 20* Arnould Cobbaut (une Histoire
de David, conserv6e dans la collection imp^riale de Vienne, porte cette marque*; on
connatt ainsi I'auteur de cette tenture). » 21o Thomas Nokermann. — 22f* Jean de



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