Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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Clynckere. — 23* Jean Dcrvael. — 24o Jacques Benne.

Cependant des adoucissements avaient ^t^ peu a peu apport^s aux
rigueurs de Tedit de 1544; les maitres furent autorises a garder

* A. Pinchart suppose qu'il pourrail y avoir ici une transposition de noms. La
marque compos6e des initiales H et Wconviendrait mieux, en effet, ^ Jean (Hans)
de Waghenere qu'a Antoine van den Neste.

' Cette marque, form^e des initiales du pr6nom et du nom du tapissier, a 61^
reproduite dans le grand ouvrage en deux volumes in-folio, illustr6 de planches
et de fac-simil6s, consacr6 h la description des collections du tr6sor imperial de
Vienne et public il y a deux ou trois ans.



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PREMIERE MOITIE DU XVP SIECLE 207

trois apprentis au lieu d'un ; on ferma les yeux sur les contraven-
tions a la clause interdisant le travail de la tapisserie dans les
campagne.

Des observations qui pr^^dent il resulte que le nombre des
pieces produites paries manufactures d'Audenarde, jusqu'au com-
mencement du regne de Philippe II, pent s'evaluer a plusieurs
milliers. C'^tait d'ailleurs un genre assez commun, des verdures
d'un ton jaundtre, peuplfes de bStes sauvages, ou de sujets a per-
sonnages d*un dessin lourd et vulgaire. Audenarde, comme En-
ghien, parait avoir eu la sp^ialit^ des tentures a bon marche.
Le b^n^fice devait 6tre assez mince; de la n^cessit^ pour les
ouvriers de produire rapidement.

Les troubles religieux porterent un coup sensible a cette industrie
florissante. Les habitants de la ville avaient pris part a la revoke
des Gantois en 4539, r^volte durement reprimde par Charles-
Quint. Apr6s les fureurs iconoclastes des protestants fanatis^s,
beaucoup de tapissiers d' Audenarde, compromis dans ces actes de
vandalisme, durent chercher un refuge a T^tranger, et subir la
confiscation de leurs biens. Parmi les pieces saisies en cette cir-
constance sont citees YHistoire de Jacob, celles d' Isaac, de David
et d' Alexandre le Grand. Le tresor imperial de Vienne renferme,
on a eu occasion de le remarquer plus haut, une Histoire de
David portant la signature d'Arnould Cobbaut, d' Audenarde.

Bien que les tapissiers d'Audenarde fussent nombreux, pen
d'entre eux, semble-t-il, s'elev6rent au-dessus de la mediocrite.
lis ^taient plus industriels qu'artistes et travaillaient surtout pour
le commerce ext^rieur, dont le principal march^ se trouvait a
Anvers. Aussi possMe-t-on peu de details sur les tapissiers de
cette ville pris individuellement, et ne connait-on guere leurs noms.

Les marques reproduces ci-dessus, d'apres le fac-simil^ fait sur
Toriginal par Alexandre Pinchart, constituent le document le plus
important qu'on possede sur ces modestes artisans. Voici d'autres
details que le depouillement des archives locales a mis au jour :
en 1545, le magistrat paye au peintre Guillaume Hoste la
somme de 24 sous parisis pour les patrons d'un grand tapis de
chemm^ et de coussins commandos au tapissier Louis de Weelf,
le tout destine a Thdtel de ville. D6s 4504, un autre fabricant,
Philippe van Home, avait fourni douze banquiers de tapisserie de
verdure pour le compte de Tarchiduc Philippe le Beau. C*est une



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208 HISTOIRE DE LA TAFISSERIE

(les Hires circonstances ou on voit un grand personnage s'adresser
a de^ lapissiers d'un ordre inferieur.

Signalons encore le nom de Jacques Colpaert, qui vend, en 1536,
une tapisserie d'aulel, c'est-a-dire une piece sortant un peu du
genre impose par Thabitude aux metiers d'Audenarde.

Les tapisseries de cette provenance sont aisement reconnais-
sables. Leur coloration d'un vert jaunatre, s'etendant aux animaux
ou aux petits personnages, les distingue a premiere vue.

I^e regno de Charles -Quint marque ainsi Tapogee de la fabrica-
tion llamande, concentree surtout dans les villes de Bruxelles et
d'Audenarde. Cette industrie s'est propagee peu a peu dans toutes les
villes des Pays-Bas espagnols; elle s'etend memo aux campagnes ;
mais nulle part elle n a jete un aussi vif eclat et pris un aussi
grand developpement qu'a Bruxelles, qui n'a pas de rivale pour
les tentures fines relevees d'or et d'argent, et a Audenarde, le prin-
cipal centre de fabrication de verdures communes destinees au
commerce courant.



FRANCE

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Les ateliers de haute lice francais subissent durant tout le
xvic siecle le contre-coup du succes croissant de leurs voisins. lis
vegetent obscurement. A peine, a force de recherches, a-t-on pu
recueillir t^a et la quelques indices sur leurs travaux. Une grave
transformation dans les conditions du travail va exercer sur leur
destinee une influence considerable. Nous voulons parler de la
substitution des manufiictures royales, entretenues par le sou-
verain, ne vivant que par lui et pour lui, aux ateliers indepen-
dants, cherchant a se soutenir par Tinitiative privee et la libre
concurrence. La France devi-a sans doute aux efforts perseverants
de Frant^'ois !«»* et de ses successeurs de magnifiques resultals.
L'art do la tapisserie se maintiendra ainsi chez nous a un rare
degre de perfection, alors que la decadence sera complete chez nos
voisins; mais il ne constituera plus desormais une des branches
importantes du travail national. N'eiit-il pas mieux valu , au lieu
de creer ces manufactures royales, installees et entretenues a
grands frais, par Franc^ois \^^ a Fontainebleau, par Louis XIV aux



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PREMlfeRE MOITlfi DU XVP SifiCLE 211

Gobelins, attirer et retenir en France, au moyen de privileges et
d'avantages de toute nature, les plus habiles ouvriers etrangers, en
leur laissant la libre exploitation de leurs talents, mais en leur
assurant, par de frequents achats, le placement de leurs oeuvres?
Plusieurs villes des Pays-Bas recoururent avec succes a cet expe-



rt s;

Arabesques de Ducerceau.

dient pour entretenir les derniers restes d'une Industrie expirante.
A plus forte raison eOt-il reussi avec les ressources dont dispo-
saient nos souverains. Mais ils consulterent plut6t leurs goilts que
les vrais besoins du pays, et ils contribu^rent ainsi involontaire-
ment, en concentrant tous leurs soins sur une institution qui 6tait
leur o6uvre et leur chose, a decourager les derniers efforts faits
pour r&ister a I'^crasante concurrence de Tetranger.

Fontainebleau. — La premiere manufacture royale de tapisseries
date de Francois I^r. Elle est installee vers 1530 dans le palais
de Fontainebleau, a Tembellissement duquel elle devait consacrer



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212 mSTOlRE DE LA TAPISSERIE

tous ses soins. Le tresorier de Fmnce Babou de la Bourdaisiere,
qui avait loute la confiance de son maitre et partageait ses gouts
eclaires, eut la surintendance de retablissement, place sous la direc-
tion immediate du Primatice. L'habile decorateur italien donna plu-
sieurs modules de tapisseries; Sauval et Felibien raffirment, et ils
paraissent le savoir de source certaine. Le dernier cite meme una
tenture <r sur toile d'argent avec des couleurs claires qui etait
autrefois a Montmorency d. Mais il ignore les destinees de cette
piece singidiere. D'un texte contemporain il semble resulter que
le Primatice aurait fourni les patrons d'une petite tenture de Sci-
pion; mais cette fois le roi, se defiant du talent de ses tapis-
siers en titre, se serait adresse aux ateliers renommes de Bruxelles,
ou le Primatice se rendit en personne pour porter les cartons
du Petit ScipioUy suite ainsi nommee par opposition a la tenture
dite du Grand Scipiony attribuee a Jules Romain.

Plusieurspeintres, sous les ordres du Primatice, travaillaient spe-
cialement au dessin des cartons dont le maitre italien se bornait a
donner le croquis ou la premiere idee. Au premier rang de ces
auxiliaires se place le Veronals Matteo del Nassaro, graveur et
orfevre, auteur, d'apres Felibien, des patrons de deux tapisseries
a or et soie, avec petits personnages, representant les Histoires
d'AMon et d'Orph(^e, Les autres collaborateurs ordinaires du Pri-
matice se nomment : Raudouin ou Badouin, Lucas Romain, Claude
Carmoy, Francis Cachenemis et Jean-Baptiste Baignequeval.

Felibien, qui nous a conserve ces details surTatelier de Fontaine-
bleau, fait aussi connaitre les noms des principaux tapissiei's,
releves jadis sur des registres aujourd'bui perdus. Tous sont
occupes a des ouvrages de haute lice; si Ton rencontre parmi eux
quelques artisans d'origine llamande, d'autres ont une origine bien
frangaise. A cote de Jean et Pierre de Bries sont cites Jean Des-
bouts, dont le noni est a retenir, car il reparaitra a la fin du
xvp siecle ; Pierre Pliilbert, Pasquier Mailly, Jean Tixier ou Texier,
Pierre Blassay, Jean Marchay, Nicolas Eustace, Nicolas Gaillard,
Louis du Rocher, Claude le Pelletier et Jean Souyn , probablement
un parent de TAIlardin de Souyn, loge dans Tbotel de Sens, a
Paris, au debut du xvi^ siecle. Jean Souyn semble avoir ete particu-
lierement charge de la restauration des vieilles tentures.

La garde des tapisseries appartient a Salomon et Pierre de Hei'bai-
nes, qu*on ne doit point considerer comme des artisans de haute lice.



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PREMlfiRE MOITIE DU XVP SifeCLE 215

Chacun de ces tapissiers regoit des gages fixes qui varient de
10 livres a 12 livres 10 sous at 15 livres par mois. I^ grand sti-
mulant du tmvail est ainsi supprime ; car, employe a la tache et



BACCHUS

Fragment de tapisserie k grotesques.

( Appftrtentnt k M. £mile Peyre. )



non a la journee, Partisan a grand interet a ne pas perdre de
temps. On esp^rait sans doute arriver ainsi a un resultat plus
r^gulier et plus soigne.

L'atelier de Fontainebleau, bien qu'on ne possede sur la duree de
son existence que des donnfes fort incertaines, parait avoir continue
ses travaux sous le r^gne de Henri II. Les troubles qui suivirent la



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216 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

mort de ce prince et le retour de la cour a Paris entrainerent proba-
blement sa suppression. II aurait done vecu une trentaine d'annees;
c'etait assez , a coup sOr, pour laisser des vestiges de son activite.

Depuis qu'on s'occupe avec methode de Thistoire des anciens
metiers, on a retrouve un certain nombre de pieces qui peuvent
6tre attribuees, selon toute vraisemblance, a la premiere manu-
facture royale de tapisseries. Les artisans places sous la haute
direction du Primatice semblent avoir ete particulierement occupes
a copier des sujets a rinceaux et a grotesques. Sans doute ils ne
s'en sont pas tonus la. Nous avons constate plus haut que Matteo
del Nassaro avait donne des modeles representant Acteon et Orphee;
mais le type caracteristique des productions de Fontainebleau con-
siste surtout, c'est un fait a peu pres reconnu, dans des composi-
tions a arabesques qui rappellent les charmantes fantaisies de
Ducerceau. On en jugera suffisamment par le rapprochement de la
belle piece appartement a M. Maillet du Boulay, dont nous don-
nons ci-dessus le dessin (page 209), et du panneau de grotesques,
d'apres Ducerceau, place a la page suivante.

Une recente decouverte a mis en lumiere d'autres pieces ou le
goilt bien frangais des fines arabesques de Ducerceau se recon-
nait a premiere vue. Un cartouche central, contenant un groupe
my thologique , peut-6tre une allegorie aux saisons, est entoure
d*un fond vert- bleu seme de figures, d'animaux, de fleurs, de
vases, de guirlandes, de caprices d'une extreme delicatesse, fort
ingenieusement relies les uns aux autres. On trouvera ici le dessin
de deux de ces pieces, dont la composition repond merveilleuse-
ment a Tideal decoratif de la tapisserie. C'est d'abord un fragment
rnutil^ appartenant a M. fimile Peyre (page 215), avec un panneau
central representant Bacchus ; puis une piece presque intacte
(p. 2d3), sauf les bordures du haut et du bas, recemment
acquise pour le musee de la manufacture des Gobelins, au milieu
de laquelle figure Cybele entouree d'enfants et d'animaux.

La bordure identique de ces panneaux prouve qu'ils appartiennent
a une m^me suite consacree, soit a la representation des Saisons,
soit a celle des dieux de TOlympe.

M. Darcel a remarque que le principal element de cet encadrement
consiste en deux croissants adosses, etoffes de quelques ornements;
ceci suffirait pour dater ces pieces du regne de Henri II. Nous trou-
vons par surcroit, sur la tapisserie acquise pour le musee desGobe-



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PREMlfiRE MOITlfi DU XVF SifeCLE 217

lins, le chiffre du roi, enlace avec les deux D ou les deux C qui
raccompagnent ordinairement. La presence de ce chiffre dissipe
toute hesitation; nous avons bien la une tenlure tissee pour Henri II,
tres probablement dans Tatelier de Fontainebleau.



LATONE CHANOEANT LES PAYSANS EN GRENOUILLES

Tapisserie aux chifTres de Diane de Poitiers.

(Cblteau d'Anet.)



Une autre serie, non moins remarquable , bien que d*un senti-
ment fort 'different , passe egalement pour Toeuvre des artistes de
la premiere manufacture royale. II s'agit des quatre pieces de This-
toire de Diane ', visibles aujourd'hui au chateau d*Anet, et dont
nous donnons ici un echantillon malheureusement trop reduit.

* Les sujets de ces quatre compositions repr^sentent : Latone changeant les
paysans en grenouiUes (naissance de Diane), Diatie tue le chasseur Orion,
Diane sauve Iphigcnie, la Mori de Meleagre. Chaque piece a quaire metres de
hauteur environ et autant de large.



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218 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Chaque element du cadre -.croissants, arcs, carquois, tSte de cerf,
t^les de chiens , delta grec , rappelle la divinite paienne a la-
quelle la tapisserie est consacree. On ne saurait rien . imaginer de
plus riche et de plus ing^nieux a la fois que ces admirables bor-
dures, bien frangaises d'inspiration et de gout. II est visible que,
lors de leur execution, Philibert Delorme a remplace les Italiens
comme supreme ordonnateur des constructions et des manufactures
royales. C'est lui, sans nul doute, qui donne a I'atelier de Fon-
tainebleau Texcellente direction que nous lui voyons suivre dans les
Arabesques et dans la Tenture de Diane, Voila, certes, des oeuvres
faisant le plus grand honneur a nos artistes et capables de sou-
tenir la comparaison avec les chefs-d'oeuvre les plus vantes des
fabriques etrangeres.

Nous ne savons trop a quel atelier rattacher les deux modeles de
tapisseries reproduits plus loin. Tous deux nous ont ete conser-
ves dans un volume de la precieuse collection de GaigniSres por-
tant le titre : Armoiries et Devises. lis representent un genre de
tentures fort commun au moyen age et a Tepoque de la renais-
sance, nous voulons parler des tapisseries ou les armoiries et les
devises jouent un role capital. La premiere piece, a caisses
d'orangers, avec un ecusson surmonte de la mitre, fut tissee,
nous apprend Gaignieres, pour Francois de Noailles, ev^que de
Dax, mort en 1587. L'autre, ou la salamandre forme, avec la fleur
de lis et TF couronnee, un charmant motif de decoration, etait
incontestablement destinee a Frangois I^r. Ces deux panneaux,
connus seulement par les dessins de Gaignieres, peuvent difficile-
ment 6lre attribues a des ateliers etrangers. Quant a nous, nous ne
doutons pas de leur origine frangaise. Tout nous confirme dans
cette opinion : leur provenance, leur style, leur composition.

Tours, — On a dit que le tresorier de France, Philibert Babou
sieur de la Bourdaisiere, avait ete investi par le roi Frangois I^r de la
haute surveillance de Tatelier de Fontainebleau. Ce personnage usait
largement, pour le bien de Tart et des artistes, de la situation que
lui avait donnee la confiance du souverain. II exerga notamment
une heureuse influence sur la prosperite de la haute Uce en France.
Non content d'employer son credit et son activity a soutenir et a de-
velopper Tetablissement royal de Fontainebleau , il voulut doter la
ville de Tours de I'industrie qui faisait alors la gloire des Pays-Bas.



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220 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Dans son livre plein de precieux renseignements sur les Arts en
Touraine, M. de Grandmaison a fait remarquer qu*une maison de
Tours, oil etait installee une manufacture de tapisseries dirigee par
Jean Duval et ses trois fils, Etienne, Marc et Hector, portait le
nom de petite Bourdaisiere. Gomme la creation de cet atelier coin-
cide avec la nomination du tresorier de France a la direction
de la manufacture de Fontainebleau ('22 Janvier 1535), M. de
Grandmaison en conclut, avec beaucoup de vraisemblance, que
cest le puissant ministre qui fit venir a Tours et installa, dans
un immeuble lui appartenant, le tapissier Jean Duval et ses (ils.

Pendant longtemps, Teclat sans rival des ateliers bruxellois avait
laisse dans Tombre toutes les tentatives faites en France pour
lutter con Ire leur redoutable concurrence. Pen a pen les docu-
ments sorlent de la poussiere et etablissent que jamais la haute
lice n'a cesse d'etre pratiquee dans notre pays. lis sont encore trop
rares et trop incomplets pour permettre de suivre Thistoire de notre
industrie dans tons ses developpements. Du moins peut-on affirmer
desormais que Tatelier tourangeau, fonde, vers 1535, par Jean
Duval, dirige apres lui par ses fils, soutenu par Babou de la Bour-
daisiere, a joui, vers le milieu du xvi^ siecle, d'une certaine repu-
tation. Parmi les tentures sorties de cet atelier, nous citerons : Les
Sacrifices de VAncien et du Nouveau Testament, autrefois a la cathe-
drale de Tours, en sept pieces; une Vie de Jisiis- Christ , en huit
pieces fort vantees, qui se trouvaient jadis a Saint-Saturnin; une
autre tenture, dont les cinq panneaux, dates de 1541 a 1545, etaient
consacres a la representation des miracles de saint Pierre et de
saint Paul. Gette tenture appartenait autrefois a M. de la Barre,
chanoine de Saint-Gatien. Gomme la suite de VHistoire de saint
Pierre f conservee aujourd'hui dans Teglise de Saumur, repond
exactement au signalement de la tenture tissee par Jean Duval,
I'origine tourangelle de ces tapisseries nous parait des plus vrai-
semblables. Ge sont les seules, aujourd'hui connues, qu'on puisse
attribuer avec quelque certitude a Tatelier des Duval. Pour cette
raison, elles oflfrent un grand interet. On a resume plus haut, en
passant en revue les tentures du xvi^ siecle conservees dans les
diverses eglises de France, tons les details relatifs aux tentures de
Saumur. Nous y renvoyons le lecteur.

La date de la fermeture de Fatelier fonde par les Duval est
restee ignoree, comme celle de son etablissement. Jean Duval



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Tapisserie aux armes royales avec le chifTre et la salamandre de Francois I*s
d'apres le recueil dc Gaignidres, ^ la Bibliotheque nationale.



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222 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

meurt en 1552; deux de ses lils, Hector et Marc, se livrerenl a la
peinture et furent souvent employes par les magistrats de Tours.
Leur frere fitienne s'occupa sans doute specialement de la direction
de I'entreprise cr^ee par son p6re. Le nom de Marc Duval parait
sur les comptes jusqu'en 1585. Bien avant cette date, d*autres
tapissiers ^taient venus chercher de Touvrage en Touraine. M. de
Grandmaison a releve les noms de Rene Gaultier, en 1547 etl549;
d' Alexandre et Nicolas Motheron, en 1565 et 1567; enfin de Fran-
gois Dubois, tapissier flamand etabli a Tours en 1581.

Paris, Arras. — L'existence de metiers de haute lice a Paris
pendant le regno de Francois I^r resulte de textes formels; mais
ces courageux tapissiers, abandonnes a leurs seules ressources,
veg^taient obscurement. Le roi s'adresse rarement a eux; il a plu-
t6t recours aux fabricants renommes de la Flandre. Cependant
nous le voyons, dans plusieurs circonstances, employer les talents
des artisans de la capitale.

Ainsi, en 1528, lors du depart de Renee de France pour la ville
de Ferrare , Frangois I®** achete a deux marchands parisiens , nom-
mes Jacques Pinel et Claude Bredas, trois tentures destine a
6tre offertes en present a la jeune princesse, <r a ce que sa maison
soit plus honorablement meublee a son arrivee a Ferrare. t Ces
tentures avaient coiit^ ensemble la somme de 3,660 livres. L'une
d'elles representait les Divines fortunes, en six pieces; une autre,
en douze sujets, se composait de verdures; la troisieme, de neuf
pieces, retragait les aventures de Hero et de Leandre.

Ces Parisiens etaient-ils de veri tables tapissiers ou de simples
marchands? II est difficile de trancher la question; mais sur le
m^me compte on voit un autre artisan, Bernard Lecourt, rece-
voir de nombreux payements pour avoir ^te employe, comma
tapissier de la reine mere Louise de Savoie, a la reparation des
pieces en mauvais etat. Pour Bernard Lecourt, point de doute. II a
tons les titres, on vient de le voir, a figurer parmi les artisans en
tapisserie, ainsi que Nicolas et Pasquier de Mortagne, qui travail-
laient a Paris a la meme epoque. Le roi leur avait commande une
tapisserie d'or et de soie, ce qui donne une idee favorable de leur
capacite. Nicolas et Pasquier de Mortagne occupaient dvidemment
un bon rang parmi les tapissiers parisiens du xvi^ siecle.

Que si Ton s*etonne de la raret^ des noms d'ouvriers de haute



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PREMlfeRE MOITlfi DU XVP SifiCLE 223

lice, ^tablis a Paris, qui ont ^te sauvfe de Toubli, il ne faut pas
oublier que la plupart des comptes et des documents ou Ton avail
chance de decouvrir quelques renseignements sur notre sujet
ont pM par le feu, la negligence ou les revolutions; tandis que
d'autres pays, moins bien partages que le nOtre, comme Tltalie,
ont su garder leurs archives intactes.

Signalons encore le marche pass^, en 1555, par le cardinal Louis
de Bourbon , archeveque de Sens, avec un tapissier parisien nomme
Pierre du I^rry, installe rue des Haudriettes. Ce dernier s*en-
gage a executer six pieces de tapisserie, destinees a Tabbaye de
Saint -Denis, et ou seront retracees les scenes principales de la Vie
de JESUS' Christ : Annonciation , Nativite, Crucifiement, Resurrec-
tion, Ascension, Pentecote. I^ prix est fixe »^ 1 10 sous tournois Taune.
Enfin Tartisan promet d'employer t de aussy bonnes et fines es-
toffes comme une tapisserye qu'il faict a present pour haulte et
puissante madame la duchesse douairiere de Guise jo . Ainsi Pierre
du Larry travaille pour les plus hauts personnages du temps. lis
ne jugeaient pas tous necessaire d'aller chercher des tapissiers a
Tetranger, alors qu'ils avaient sous la main des artisans habiles.

Quelque rares que soient les details reunis jusqu'ici sur Tin-
dustrie parisienne pendant le cours du xvi® siecle , les fails exposes
ci-dessus prouvent la persistance de la haute lice sur les bords de
la Seine comme sur ceux de la Loire, alors que la ville d'Arras ne
pent citer le nom d'un seul tapissier vraiment digne de ce nom. Les
exemples invoques par certains erudits pour soutenir la continuity
de la fabrication de la tapisserie a Arras se sont tournes contre la
tliese qu'ils defendaient, et il n'a pas et^ difficile a leurs contradic-
teurs deddmontrer, pieces en main, que la sayetterie avait compl6-
tement supplants la haute lice dans la capitale de I'Artois a partir
de ran 1500.

L'existence d'une piSce ou se voit la sainte Trinity adoree par des
religieuses sous la conduite de saint Jean et de saint Augustin, avec
c^tte inscription : Achevie Van i564, la presence deTA potence sur
le fond de cette piece, ex^cutee peut-etre pour Thdpital Saint-Jean
d'Arras, ne suffisent pas a prouver que la vilie ait possede a cette
date un atelier, un seul atelier de tapisserie.

Sous Henri II, la royaute fran?aise, apres plus d'un siecle d'ab-



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224 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

sence, avait de nouveau fixe clans la capitale sa residence habi-
tuelle. Les heureux resultats de cette decision se font immediate-
ment sentir. I^e souverain , tout en continuant sa protection a Tate-
lier royal fonde par son pere a Fontainebleau, en lui demandant
pour ses chateaux les decorations dont nous avons passe en revue
les precieux vestiges, prenait un vif interfit aux travaux des artisans
parisiens. En meme temps qu'il faisait constmire un palais en har-
monie avec le goilt du jour sur Templacement du vieux Louvre de
Charles V, 11 cherchait a rendre la vie aux industries somptuaires.



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