Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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reparlerons plus loin de cette tenture historique.



ALLEMAGNE

L'Allemagne joue un role un peu plus important que TAngle-
terre dans I'histoire de la tapisserie au xvi^ siScle. Elle a possede
des ateliers sur lesquels on commence a avoir quelques donnees
certaines.



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236 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Lauingen. — Le plus ancien de ces ateliers allemands serait
celui de Lauingen. Etabli vers 1540, il travaUla surtout sur les
dessins de Mathias Gerung de Nordlingen. line serie de tapisseries
conservees au chateau de Neubourg, dont les sujets representent les
Ancetres, les Cit^s, les Sainles de la Palestine, un Camp, sorti-
raient de cette manufacture. Cinq de ces pieces sont exposees au
musee national de Munich; trois d'entre elles, portant la date
de 4540, offrent de veritables arbres genealogiques ; unequatrieme
montre la descendance du comte palatin Othon-Henri de Neubourg.
La derniere nous fait assister a un pelerinage fait par ce prince a
Jerusalem.

N'est-il pas curieux de saisir, dans ces premieres manifestations
de Tart de la tapisserie chez les differents peuples de TEurope, la
trace des preoccupations et du genie de chaque race? Tandis que
Tltalien emploie la peinture textile a la traduction des scenes
pompeuses et theatrales pour lesquelles il a toujours montre le
goilt le plus vif, TAnglais, commergant, voyageur et pratique, veut
y voir des plans et des cartes geographiques, et I'Allemand, infatue
d'idees feodales et aristocratiques, fait repeter dans toutes les salles
de son vieux manoir la filiation de sa noble race.

I^s tapisseries de la fabrique de Lauingen sont rares. Aussi
deux sujets bibliques et allegoriques , ouvrage presume de cet ate-
lier, ont-ils ete pousses, dans une vente recente (collection Par-
part, vendue a Cologne en novembre 1884), a 6,600 marks.

Munich. — Une correspondance echang^e, en 1565, entre le due
de Baviere, Albert V et Jean Fugger, d'Anvers, prouve que ce prince
eut un moment Tintention d'installer une fabrique de haute lice a
Munich meme; mais les pourparlers n'aboutirent pas. La capitale
de la Baviere ne posseda pas d'atelier de tapisserie avant le
xvir siecle.

Frankenthal. — Un certain nombre de calvinistes, chasses des
Pays-Bas par les rigueurs de llnquisition espagnole, porterent
leur Industrie dans les pays voisins. L'Angleterre en re^ut quel-
ques-uns. La majeure partie alia demander un asile aux Etats
allemands des bords du Rhin. La petite ville de Frankenthal,
situee dans le Palatinat, entre Spire et Mayence, dut a ces refu-
gies le developpement qu'elle prit sous Telecteur Frederic III, mort



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PREMlfiRE MOITIE DU XVP SIECLE 237

en 457G. Parmi ces Flamands bannis de leur pays se trouvaient
des tapissiers. Les metiers qu'ils monterent a Frankenlhal etaient
encore en pleine activite en 1604.

Wesel. — On rencontre egalement des tapissiers protestants
r^fugies a Wesel des 4525, et parmi eux un Tournaisien nomme
Jean le Bias. II commit Timpnidence de retourner dans sa ville
natale; reconnu, il fut jete en prison et briile publiquement a
Tournai en 1555.

A la categorie des tapisseries du xvi^ siecle qui paraissent sortir
des ateliers allemands, mais dont il serait temeraire de vouloir
preciser plus exactement la provenance, appartiennent le Triomphe
de Flore, date de 1537, expose en 1870 par M. Boucher; une
Histoire de la malheureuse reine de France, dite Histoire duchien
de Monlargis, portant la date de 1554 et appartenant a M. Fau ;
enfm, dans la chapelle du chateau de Stolp, en Pom^ranie, une
piece de 1550, ayant pour principal motif de decoration le griffon
pomeranien entoure de guirlandes de fleurs.

Nul doute que des recherches serieuses dans les archives des
grands centres de TAUemagne n'amenent la decouverte de ren-
seignements nouveaux sur les tapissiers du xvF siecle.



ESPAGNE

Quant a TEspagne, elle paralt s'etre de bonne heure resignee
a tirer des Flandres toutes les tentures dont elle avait besoin
pour la decoration de ses palais ou de ses eglises. Charles-Quint
et Phihppe II se sont pen preoccupes d'acclimater dans la Penin-
sule Tindustrie a laquelle ils portaient une si vive admiration.
Cependant un certain Pietro Guttierez, de Salamanque, aurait ete
appele a Madrid par Phihppe II vers 1582, et aurait fond^ un de
ces modestes ateliers, dont le fameux tableau de Velasquez suf-
firait seul a demontrer I'existence. La manufacture de Guttierez eut
une assez longue duree, puisqu'elle ^tait encore en activite du
temps de Velasquez. Elle se trouvait alors sous la direction d'An-
tonio Ceron, le successeur de Guttierez. Ceron y instruisait huit
apprentis en 1025.

A ces brefs renseignements se reduit tout ce qu'on salt jusqu'ici



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238 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

des manufactures espagnoles. Le liasard, cette providence des
chercheurs, ajoutera peut-etre quelques fails nouveaux a ceux
qu'on connait. II est probable toutefois que FEspagne ne poss^da
jamais une fabrication de haute lice bien productive. II etait si
facile et si naturel de s^adresser a ces artisans flamands jouissant
d'une reputation universelle! Aussi est-ce a eux que sont dues
presque toutes les pieces enlassees dans les collections de Madrid
et de Vienne.



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CHAPITRE CINQUIEME



LA TAPISSERIE DEPUIS LA MORT DE CHARLES-QUINT
JUSQU'A LA FIN DU XVI*' SINGLE

15S5-1600



PAYS-BAS



La seconde moiti^ du xvi<^ siecle est une periode nefaste pour
toutes les industries qui vivent du luxe et ne prosperent que pen-
dant la paix. Les guerres civiles, les persecutions religieuses cou-
vrirent de ruines les Pays-Bas espagnols. La partie la plus labo-
rieuse de la population, reduite a s'expatrier, porta chez Fetranger
ses talents et ses secrets.

Aux causes generales de decadence que nous venons de rappeler
se joignent d'autres motifs particuliers , tels que la negligence des
tapissiers, la penurie de bons modeles, la substitution du procMe
de la basse lice a celui de la haute lice. Encore ne faut-il pas exa-
gerer les choses. Pendant de longues annees, les tapissiers de
Bruxelles, d^Audenarde, d'Enghien et des autres centres fla-
mands resteront sans rivaux en Europe. lis ne perdent pas tout
d*un coup les qualites qui avaient fait leur superiorite, et c*est
a eux que s'adresseront longtemps encore les souverains ou les
princes dans les circonstances importantes.

II est assez etrange de voir figurer le due d'Albe, ce terrible
adversaire de la Reforme, parmi les grands personnages qui encou-
ragerent les arts et les industries somptuaires. A plusieurs reprises,



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240 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

on le voit etendre sa protection sur des artisans qui travaillent pour
lui. A peine installe dans les Pays-Bas, il recommande au magistral
de Bruxelles un tapissier, nomme Jean Flameng, qui n'etait proba-
blement pas inscrit sur les registres de la corporation. L'ouvrage
se faisant au palais et pour le gouverneur lui-meme, Flameng
echappait aux reglements imposes aux gens de metier.

La fameuse tenture sur laquelle Guillaume de Pannemaker repre-
senta pour Charles-Quint les principaux episodes de la conqudte de
Tunis parait avoir produit une profonde sensation lorsqu'elle parut;
aussi eut-elle de nombreux imitateurs. Le due d'Albe, peu apres
son arrivee dans les Pays-Bas, voulut faire cel^brer ses exploits
par le tapissier meme de Charles-Quint. Les trois pieces rehaussees
d*or et d'argent, consacrees a la glorification de ses succes sur
Louis de Nassau , portent en effet le W surmont^ d'un P , marque
de Guillaume de Pannemaker. On les a vues recemment a Paris,
et on a pu admirer la riche decoration des bordures, chargees
d'attributs guerriers et surmontees des armes du due. La compo-
sition des scenes guerrieres qui occupent le champ du tableau est
moins heureuse. L'element topographique y tient trop de place;
Tartiste a 6te preoccupe de donner la disposition exacte des camps
et des armees. C'est d*ailleurs un systeme dont cette epoque pre-
sente de frequents exemples. La tapisserie tend a sortir de plus en
plus des limites imposees a Fart decoratif. Elle doit traduire, non
seulement des scenes d'histoire contemporaine , mais des portraits
et jusqu'a des cartes geographiques ou des plans de ville. Cette
derogation aux vrais principes date surtout de la seconde moitie
du xvic siecle.

La Conquete de Tunis ouvre la voie ; nous avons cite deux autres
exemples remarquables de ce goilt singulier : les tapisseries de
Robert Hicks, reproduisant les cartes de plusieurs comtfe de
TAngleterre et les plans de diverses capitales de TEurope, parmi
lesquelles se trouvait ce fameux plan de Paris, dit de tapisserie,
acquis par Fedilit^ parisienne en 1737.

Ces oeuvres bizarres trahissent le goilt d'une epoque de deca-
dence. Or c'est a partir de 1560 surtout que les representations
geographiques prennent faveur. Les notes recueillies par A. Pin-
chart nous fournissent de nouveaux exemples caracteristiques a
ajouter a ceux qui viennent d'etre rappeles.

En 1500, un tapissier bruxellois, nomme Michel de Vos, va se



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SECONDE MOITIE DU XVF SIECLE 243

fixer a Anvers avec toute sa famille. II fait appel a la protection
des magistrats de la ville et leur offre, en 1564, d'executer sous
leurs yeux plusieurs grandes pieces destines a la d^oration du
nouvel hotel de ville. Sur ces panneaux devait 6tre figure le cours
des rivieres depuis Middelbourg jusqu'a Bruxelles, avec la repre-
sentation des pays avoisinants.

On lit, dans un compte de la ville de Bois-le-Duc des annfes
1567-68, que les magistrats confi^rent a un artisan de Bruxelles
Texecution en haute lice du plan de la ville, d'aprSs le dessin de
Lambert van Oort, peintre d'Anvers. Ce plan etait destine, avec
ceux de Louvain, de Bruxelles et d'Anvers, a recouvrir les mu-
railles de la grande salle des assemblees, dans Thdtel des ^tats de
Brabant, a Bruxelles.

Les sept pieces representant les Batailles de Varchiduc Albert ,
rehaussees d'or, d'argent et de soie, d'une date bien plus r^cente,
appartiennent a la mfime famille de sujets que la Conqu^te de Tunis
et les Victoires du due d'Albe. Elles sont attribufes au tapissier
Martin Reymbouts, qui vivait a Bruxelles au d^but du xvii*' si6cle.
Leurs sujets touchent directement a Thistoire de notre pays, car
ils representent : la Surprise de Calais, VAssaut de Calais, la
Retraite en France de la garnison de Calais, YAssaut nocturne
d'Ardres; enfin le Combat dans la trancMe de Hulst, YAssaut du
camp relrancM de Hulst et la Prise de la ville. Plusieurs de ces
pieces, conservees a Madrid, ont iti expos^es en partie a Paris il
y a quelques annfes. Nous reproduisons ici la deuxiSme et der-
ni^re piSce.

Le due d'Albe ne se contenta pas de faire des commandos
aux ateliers bruxellois pour son usage personnel : il acquit de
Francois Geubels deux sujets de YHistoire de Samson, destines
a Tarchev^que de Treves. Mais ces faits isolfe nous renseignent
imparfaitement sur la situation des ateliers bruxellois pendant la
domination sanglante du due d'Albe et de ses successeurs. C'est
aux tables de proscription conserves dans les archives du terrible
conseil des troubles qu'on doit les plus nombreuses mentions de
tapissiers flamands pendant cette p^riode agit^. Dans certaines
villes, la Reforme avait recrut^ nombre d'adh^rents; aussi beau-
coup de tapissiers figurent-ils, comme onl'a deja dit, sur leslistes
de proscription et sur celles des fugitifs dont les biens etaient con-
fisques au profit du souverain.



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244 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Parmi les travaux des ateliers bruxellois merilant une mention
particuliei'e, 11 convient de signaler la tenture commandee par TAn-
gleterre a Frangois Spierinck, pour perpetuer le souvenir de la
destruction de Tinvincible Armada, en 1588. Quelles que fussent les
facilites que le prince de Parme, Alexandre Farnese, accordait habi-
tuellement aux marchands d'Anvers pour Texportation des produits
de rindustrie nationale, meme au moment le plus aigu de la lutle
avec r Angleterre , on a peine a comprendre qu'un sujet de Philippe II
ait ose se charger de traduire en laine le triomphe eclatant de son
implacalJe ennemie.

D'apres van Mander, Francois Spierinck aurait refu la com-
mande de Tamiral victorieux, lord Howard. Le peintre hollandais
Henri- Co rnelis de Vroom, charge de Texecution des cartons, alia
en Angleterre soumettre ses modeles a Tapprobation de Tamiral.
Longtemps la serie de dix pieces, retragant les principaux episodes
de la lutte entre les deuxflottes, decora la chambre des lords. Les
tapisseries ont peri dans Tincendie de 183 i; mais les gravures
de Jolm Pine ont conserve le detail des compositions de Cornelis
de Vroom. EUes represen tent tou les les pliases de la lutle, depuis
I'entree de la flotte espagnole dans le canal de la Manche jusqu'a
sa deroute complete et sa fuite precipitee.

Peut-etre Spierinck dut-il aller, avec nombre de ses compa-
triotes, demander un asile provisoire aux Provinces -Unies. Cette
hypothese expliquerait comment il put se charger sans danger de
Tex^cution des tjipisseries commandees pour TAngleterre.

Les proteslanls des Pays-Bas espagnols, qui avaient regu Thos-
pitalite dans les Etats du prince d'Orange , reconnurent souvent le
bon accueil de leurs botes en celebi*ant leurs succes sur des oppres-
seurs abhorres. Ainsi un tjipissier retire a Delft executa, pour
rh6tel de ville de Leyde, une piece represen tant la delivrance de
la ville en 1574; cette piece exisle encore.

Jean de Maegd tisse, a Middelbourg, en 1598, des tapisseries
ou etaient figurees les defaites infligees aux Espagnols par les
Zelandais. Elles ont ete exposees a Paris en 18()7.

Les tapissiers qui avaient pu conlinuer tranquillement leurs tra-
vaux sans quitter leur patrie, trouverent souvent des debouches
dans rhabitude d'ofTrir aux nouveaux gouvei*neurs ou aux grands
personnages des (^chantillons de Tindustrie locale. On a deja cite
plusieurs exemples de cette coutume. En voici d'autres de la fin



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SECONDE MOITIE DU XVF SIECLE 247

du xvio siecle. En 1587, le magistral de Bruxelles offre a Damant,
chancelier de Brabant, appele en Espagne, un present consistant
en joyaux, tapisseries et autres objets, de la valeur de 600 florins.

Deux ans plus tard, le prince de Parme regoit des representants
de la ville, une suite de tapisseries de la valeur de 6 a 7,000 flo-
rins. La depense, on le voit, ^tait calculee d'apres le rang du per-
sonnage. Le comte de Mansfeld ayant exempte la ville de Bruxelles
du logement des troupes, le magistral reconnaissant vota, en 1594-,
une somme de 1,000 florins pour lui acheter une tenture. Ges
citations pourmient 6tre multipliees. Nous nous en tiendrons a
celles qui precedent.

II serait diflicile de donner beaucoup de details sur Fhistoire des
ateliei-s de haute et de basse lice pendant les troubles religieux de
la fin du XVI* siecle. Tons les metiers soufl'rirent vivement le contre-
coup de cet etat de lutte permanente, et les industries somptuaires
ne furent pas les moins eprouvees. Nous resumons ci-apres les ren-
seignements recueillis dans les documents contemporains sur la
destinee des diflerents centres de production pendant le regne de
Philippe IL

Audenarde. — Prise en 1572 par les gueux de bois que comman-
dait Jacques Blommaert, ancien tapissier enrdle sous la banniere
du prince d'Orange, et livree au pillage, la ville d'Audenarde eut
a soufl'rir plus qu'aucune de ses voisines de la guerre civile. Occupee
en 1578 par les Gantois r^volt^s , reconquise enfin par le due de
Parme en 1582, elle se trouvait a moitie ruinee a la fin du
xvi® siecle. Combien restait-il des nombreux metiers qui faisaient
nagu^re son orgueil et sa fortune? Nous ne le savons pas au juste;
mais leur nombre ^tait considerablement reduit. dependant,
en 1582, pour se bien faire venir de son nouveau maitre, la ville
d'Audenarde offrait au due de Parme une riche tenture de YHistoire
d' Alexandre le Grand, payee 2,000 florins a Josse de Pape.

La fabrication de la tapisserie ne reprend quelque activite a
Audenarde qu'au commencement du siecle suivant, sous la domina-
tion r^paratrice des archiducs Albert et Isabelle, et grace aux sages
mesures prises par Tadministration communale.

Tournai. — NuUe cite, comme on Fa dit, ne fut eprouvee autant
par les persecutions religieuses que celle de Tournai ; les tapissiers



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SECONDE MOITIE DU XVT SIECLE 249

de reformes; mais, dans ces petites localites, on donne souvent
le nom d'artisans de haute lice a des simples fabricants de sayetterie.
Ainsi les diverses ordonnances concernant les metiers de Mons,
qui portent les dates de 1551, 1585 etl593, s'appliqueraientplutot
a des tisserands d'etoffes, sayetteries ou autres, qu'a des tapissiers
proprement dits.

L'admission de ces derniers dans des corporations comprenant
aussi d'autres metiers n est pas faite pour dissiper les confusions.

Lille. — A Lille, les hauleliceurs, qui etaient au nombre de
vingt-deux en 1539, ne formaient qu'une corporation avec les
bourgeteurs et les tripiers de velours. Une ordonnance rendue dans
cette ville, en 1595, prouve que notre Industrie y comptait plu-
sieurs representants. Cette ordonnance inteidit le metier de la haute
lice a tout individu qui n'etait^ pas franc-maitre de Lille ou de
Douai, et astreint tons les tapissiers de la localite a coudre 9 leur
enseigne i> ou leur nom sur les pieces fafcriquees par eux.

Valenciennes. — Les archives du sanglant conseil des troubles
mentionnent un certain nombre de tapissiers de Valenciennes
bannis en 1567 et 1568, lis se nomment Bon Mesnaige, Jean le
Clerc, Josse Nisse, Holland Balland, Jean Belval et Alexandre
Sandrin.

Anvers. — J^a ville d'Anvers fut plutot un entrepot, un marche
de vente, qu'un centre de fabrication. EUe parait cependant avoir
possede quelques ateliers; mais ils n'eurent jamais une grande
importance. Les tapisseries vendues a Anvers provenaient presque
toutes des autres cites flamandes. Aussi doit- on considerer comme
un courtier et non comme un fabricant ce Jean Herstienne, qui
livre, en 1527 et 1528, a Marie de Hongrie vingt-neuf pieces de
paysages et dc scenes de chasse pour la decoration de son palais de
Malines. J^a meme observation s'applique a Robert van Haesten,
habitant d'Anvers, a qui le conseil de Brabant achete, en 1544,
trois pieces pour suspendre dans la chambre du conseil, a Bruxelles.
Pierre Casteleyn, qui vend pour le m6me usage deux tapisseries,
faites sur les cartons du peintre Jean de Kempenere, est qualifie,
il est vrai, du titre de hauteliceur. Enfm, en 1549, un certain
Jean Dobbelaer livre des tapis destines au conseil prive.



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250 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Une circonstance semble indiquer que le travail de la haute lice
ne fut jamais qu'une exception dans la cite anversoise ; nous voillons
parler du refus fait par le magistral de publier Tedit de 1544,
comme n'etant pas applicable a Anvers. D'autre part, les artisans
de Bruxelles se plaignent vivement des fraudes commises par leurs
voisins. A les en croire, les marchands d' Anvers auraient fait
placer les armes de la ville sur des tapisseries fabriqu^es a Bruxelles
pour induire leurs clients en erreur.

II faut cependant tenir compte du temoignage de Guicciardini ,
qui constate Texistence d'ateliers de haute lice sur les bords de
TEscaut. On a deja parl^ de ce tapissier bruxellois , nomm^ Michel
de Bos, installe a Anvers vers 1560, qui engagea, trois ans plus
tard , des negociations avec le magistral pour Texecution d'une ten-
ture ou devait 6tre retrace le cours des rivieres de Middelbourg
a Bruxelles, avec la representation des contrees environnantes.

Parmi les marchands anversois les plus renommes de la fin du
xvp siecle, Frangois Swerts se presente en premiere ligne. II etait
en quelque sorte le fournisseur attitrd de Tarchiduc Ernest d'Au-
triche, qui lui acheta, a diverses reprises, une certaine quantite
detentures : d'abord, en 1594, deux chambres, Tune, enhuit pan-
neaux , de VHistoire de Pomone , Tautre representant les Sept
merveilles du monde, en six pieces, pour la somme de 4,576 livres
de Flandre. Quelques mois aprSs, il vendait au meme personnage
six autres pieces retragant des Episodes de la Guerre de Troie ;\eur
prix s'elevait a 1,032 florins.

Une mesure qui assurait a la ville le monopole de la vente des
tentures de haute lice, fut la creation d'une vaste galerie ou pant
ou pouvaient 6tre ^xposees les tapisseries a vendre. La les ache-
teurs avaient sous les yeux les produits de tons les ateliers. Une
pareille installation facilitait les transactions ; elle contribua sans
doute beaucoup a faire d'Anvers le gi'and marche de Tindustrie
flamande.

Bruxelles, — La presence de la cour avait dil proteger dans une
certaine mesure la ville de Bruxelles contre la decadence qui s'eten-
dait de proche en proche a tons les centres manufacturiers des
Pays-Bas espagnols. Cependant la capitale mfime n'echappe pas
completement aTinfluence funeste de la guerre civile, et on pent lui
appliquer, comme a ses voisines, les reflexions judicieuses que la



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SECONDE MOITie DU XV1« SIECLE 251

situation inspirait a un ministre protestant, homme de grande
valeur, nomme Francois Bauduin. Ce personnage, ancien avocat
d' Arras, qui avait pris part au fameux coUoque de Poissy, ecri-
vait a Philippe II, en 1566 : <r C'est une chose presque incroyable
combien de dommage ont apporte les persequtions de quarante ans
enga a la drapperie, sayterieet tapisserie, lesquels mestiers, comme
propres et particuliers a ces Pays-Bas, Ton a chasse par ce moyen
vers les Francois , Anglois et autres nations. Je laisse a parler d'une
infinite d'autres bons et proufitables mestiers qui se sont retirez
en pays estranges pour jouyr de la liberte de leurs consciences. 2>

Aux pays qui avaient servi de refuge a ses coreligionnaires fugi-
tifs le ministre protestant aurait pu ajouter quelques annees plus tard
les provinces des Pays-Bas, soustraites a la domination espagnole
par Guillaume le Taciturne. Celles-ci durent, en effet, a Temigration
de leurs voisins la naissance de plusieurs ateliers de haute lice.

Delft. — Nous avons signale la piece conservee a ThOtel de ville
de Leyde, sur laquelle est figure le siege de cette ville en 1574.
Cette tapisserie, fort riche, rehaussee d'or et de soie, sortait de
Tatelier d'un Flamand ^tabli a Delft, nomme Josse Lanckeert; elle
fut execute en 1587 et pay^ 264 florins. Hans Liefrinck en avait
fourni le carton.

Le peintre historien Carel van Mander travailla frequemment
pour les ateliers de Delft, dont la reputation ^tait telle, au com-
mencement du xvii© si6cle , que leurs productions etaient exportees
en Angleterre, en Danemark, en Pologne et dans des pays fort
eloignes.

Les ouvrages de Frangois Spierinck etaient estimes par-dessus
tous les autres. On a vu plus haul que les Anglais avaient eu
recours a ce maitre fameux pour la traduction des scenes repre-
sentant leurs glorieux succes sur Y Armada de Philippe II. Spie-
rinck parait, en efiet, s*etre fixd a Delft vers la fin du xvi^ siecle.
Les etats generaux lui achetSrent souvent des tentures de grand
prix pour les ofirir en present a des personnages de marque dont
ils recherchaient Tappui. C'est ainsi qu'ils envoyerent une suite de
tapisseries au grand chambellan d'Angleterre en 1610, une autre
a Tepouse de I'electeur palatin en 1613, et une troisiemo au grand
chambellan de Danemark en 1615. II n'est pas besoin d'insister



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252 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

sur le but interessd que poursuivaient les Provinces -Unies par ces
frequentes liberalites.

Pour ne rien omettre de ce qu'on sail sur les ateliers de Delft,
signalons Toctroi accorde par les etats, en 1611, a Jean Andries-
zon Boesbeke pour la fabrication, durant cinq annees, de tapisse-
ries dites de Bergame, ornees de figures peintes et imprimees.

Middelbourg, — Nous avons deja signale la serie de sujets repre-
sentant les victoires des Zelandais sur les Espagnols, et nous avons



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