Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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Henri IV des besoins des manufactures et des mesures a prendre
pour fonder leur prosperity sur des bases durables. On pent dire
que rhonneur des grands etablissements qui font la gloire du regno
de Louis XIV lui revient pour la meilleure part; c'est lui qui pre-
para les voies, qui eut le premier Tinitiative de toutes les mesures
appliques et developpees plus tard par Colbert; c'est Henri IV
enfin, et non Louis XIV, qui est le veritable fondateur de la manu-
facture des Gobelins.

Nous I'avons vu preoccupe d'un projet d'installation de tapissiers
en Beam, bien avant son avenement a la couronne de France;
nous avons raconte comment, au milieu des soucis et des diffi-
cultes que lui suscitait encore Thostilite des ligueurs, il avait trouve
le loisir de songer a installer les meilleurs tapissiers de la Trinite
dans la maison professe des jesuites d'abord , puis dans la grande
galerie du Louvre. Ce n'est guere qu'apr^s la pacification du
royaume, c'est-a-dire apres la paix de Vervins (1598), qu'il put
mettre en pratique ses vastes et ffconds projets.

La France manquait d'ouvriers exerces, et il edt fallu bien des
annees aux maitres sortis de la Trinite pour former le personnel



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294 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

n^essaire. De nombreux ouvriers flamands sont embauches et
attires a Paris par la promesse d'avantages considerables. Des 1601,
Frangois Verrier re?oit 200 ecus pour venir demeurer en France
et y amener d'autres ouvriers. En vain Thumeur grondeuse de
Sully proteste contre de pareilles depenses; il est bien oblige de
se conformer aux injonctions de plus en plus pressantes de son
maitre.

Jean Fortier, de Melun, fondait a la m6me epoque un eta-
blissement de tapisseries i longue laine, fagon de Turquie, qui
se transforme un peu plus tard sous la direction de Dupont et
de Lourdet, et devient la celebre manufacture de tapis de la
Savonnerie, fagon du Levant.

Premiere manufacture des Gobelins, — Marc de Comans et
Francois de la Planche suivirent probablement de pres Frangois
Verrier, qui disparait sans laisser de traces. Leur arrivee avait, a
coup sAr, precede de plusieurs annees Toctroi des lettres patentes
ou sont consignes les privileges a eux accord^s par le roi. Ces
lettres portent la date du mois de Janvier 1607. 11 convient d'indi-
quer leurs dispositions essentielles.

Aprfes avoir rappele qu'il a fait venir les deux Flamands pour
installer des manufactures de tapisseries a Paris et dans d*autres
villes du royaume, le roi veut et ordonne que Marc de Comans ct
Francois de la Planche soient desormais consideres comme nobles ,
commensaux et domestiques de la maison royale, et jouissent de
toutes les prerogatives, exemptions et immunites attachees a cette
double qualite.

Un privilege exclusif de quinze annees leur est accorde, avec
defense expresse a toute autre personne d'ouvrir des manufactures
semblables. Prohibition absolue des tapisseries etrangeres, sous peine
de confiscation et d'amende.

Un logement gratuit est assure aux tapissiers, aussi bien a Paris
que dans les autres villes ou ils fonderaient des ^tablissements. Les
ouvriers qui les suivraient en France seront releves du droit d'au-
baine et dispenses des tallies, subsides, gardes ou impositions.
Exemption de toute taxe ou impot sur les laines , soies ou autres
matieres qui entrent dans la fabrication, et aussi sur les tapisseries
terminees, mises en vente dans le royaume ou exportees a Tetranger.
Ces avantages etaient d^ja considerables; mais le roi ne s*en tint



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PREMlfeRE MOITlfi DU XVIP SIECLE 295

pas la. 11 garantissait a chacun des deux entrepreneurs une pension
de 15,000 livres, plus une somme de 100,000 livres, une fois payfe,
pour frais de premier etablissement. Une clause, de nature a tou-
cher tout specialement les vrais Flamands, les autorisait a ouvrir
des brasseries de biere partout ou bon leur semblerait. Enfin le
roi promettait de les garantir contre toute poursuite exerc^
contre eux dans leur pays, en raison de leur depart.

Les apprentis que les nouveaux venus devaient prendre, au
nombre de vingt-cinq la premiere annee, et de vingt les deux
ann^s suivantes, seraient entretenus aux frais de TEtat.

En retour de tant d'avantages, les tapissiers flamands prenaient
simplement Tengagement d'entretenir quatre-vingts metiers toujours
en activite : soixante a Paris, vingt a Amiens ou en une autre ville
de leur choix. lis s'engageaient aussi a ne pas vendreleurs produc-
tions a un prix sup^rieur aux tapisseries qu'on importait des
Flandres, et dont Tentreeetait d^sormais interdite. Amiens ^tait la
seule ville indiquee dans les lettres patentes pour recevoir a bref
delai une succursale de T^tablissement de Paris. Nous verrons
bientdt que les entrepreneurs ne tarderent pas a fonder sur les
bords de la Loire, a Tours, un atelier qui eut une certaine duree
et sut conquerir une brillante reputation.

Si les avantages concedes aux tapissiers flamands pour les decider
a se fixer en France etaient enormes , il faut remarquer que Comans
et de la Planche restaient absolument independants et maitres de
leur entreprise. Henri IV s'^tait propose d'affranchir son royaume
des lourdes redevances qu'il payait aux manufactures ^trangfires,
d'empecher Targent de sortir du royaume. Mais les deux chefs de
I'atelier demeuraient compl6tement libres de recevoir les commandos
des particuliers et d'employer leurs metiers pour qui les payait. lis
^tablissaient leur budget comme ils Tentendaient. C'^tait a eux de
pourvoir a la retribution de leurs ouvriers, a leurs frais gen4-
raux, avec les produits de la vente des tapisseries, d'une part,
et avec les subsides royaux, de Tautre. Le souverain se reservait
seulement le droit d'utiliser leurs talents pour son propre compte,
mais en payant ses acquisitions comme tout autre client.

Cette organisation , qui subsista en principe sous Louis XIV et
jusqu'a la fin de Tancienne monarchic, ne semble-t-elle pas pre-
ferable au regime sous lequel vivent, depuis bientot un siecle, les
manufactures nationales? EUe laissait place a Tesprit d'initiative.



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296 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

L'entrepreneur trouvait son compte a faire preuve d'activite et de
bonne administration. En somme , TEtat y gagnait de toute fa^on.

Nous avons vu plus haut que les meilleurs artistes du temps
etaient appeles a fournir des modeles aux ateliers naissants. C'etail
encore une depense tres considerable que le roi prenait a sa
charge.

Les tapissiers flamands ne furent pas tout d'abord installes dans
cette maison des anciens teinturiers parisiens dont ils devaient im-
mortaliser le nom. Avant de se fixer au faubourg Saint-Marcel, ils
occuperent un moment les dependances de Thdtel des Toumelles. Un
projet trop grandiose pour 6tre suivi d'execution consistait a reunir
autour de la place Royale, recemment creee, toutes les nouvelles
manufactures.

Enfin on se decida pour les bords de la Bievre et pour le voi-
sinage de I'importante teinturerie creee par la famille Gobelin vers
la fin du xvc siecle. Des 1603, un chroniqueur contemporain trouve
les tapissiers flamands etablis au faubourg Saint- Marcel et donne
de grands eloges a la perfection de leurs produits.

Malgre les obstacles incessants que Tetat des finances opposait
a ses projets, le roi en etait venu a ses fins. II songeait meme a
assurer a ses tapissiers, en developpant dans le midi de la France
la plantation du milrier et Televe du bombyx de la sole, les ma-
tieres premieres indispensables, quand des difficultes impr^vues
surgirent et faillirent un moment tout compromettre. Les magistrals
municipaux de Paris montraient des dispositions peu favorables aux
etrangers. lis eleverent objections sur objections et differerent tant
qu'ils purent Tenregistrement des lettres royales. 11 fallut bien se sou-
mettre, en fin de compte; mais ils le firent en protestant, et en
exigeant que le nouvel etablissement marquat toutes ses produc-
tions d'une fleur de lis suivie de la premiere lettre du nom de
Paris. lis ne purent s'emp^cher, en cedant, de constater que la ta-
pisserie de haute lice, « qui a cy devant fleury en ceste dicte ville,
et delaiss^e et discontinuee depuis quelques annees, est beaucoup
plus precieuse et meilleure que celle de la Marche dont ils usent
aux Pays-Bas, qui est celle que Ton veult establir. d Les nou-
veaux venus travaillaient done surtout en basse lice, tandis que
j usque-la les tapissiers parisiens n'employaient que le precede de
la haute lice. Le detail a une importance capitale.

Voici done les tapissiers flamands installes au faubourg Saint-



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PREMlfiRE MOITlfi DU XVIP SIECLE 297

Marcel, pr6s deTancienne maison des Gobelins, sur remplacement
du vieux marche aux chevaux. Soixante metiers au moins, aux
termes des lettres de 1607, sont occupes a traduire les conceptions
pittoresques des peintres les plus renommes du temps. Tous les
artistes de la cour luttent d'empressement pour fournir des modeles
aux nouveaux venus ; deux dessinateurs fort habiles sont sp&iale-
ment charges de pourvoir aux besoins de Tetablissement. On ne s'en
tient pas la : appel est fait au talent des maitres les plus cdl6bres de
Tetranger ; Rubens lui-memeest mis a contribution pour seconder
le nouvel atelier dans sa lutte centre Tindustrie flamande. II resulte
d'unelettre adresste a M. ValavSs, le 26 fevrier 1626, que Tillustre
Anversois dprouvait de serieuses difficultes a se faire payer le prix de
ses cartons. En vain s'est-il adress^ a son compatriote, le sieur de la
Planche; celui-ci ne pent rien obtenir. Les ministres font la sourde
oreille, et peut-6tre faudra-t-il aller jusqu*au cardinal de Riche-
lieu. Les modeles qui font I'objet de cette correspondance sont sans
doute les sujets de VHistoire de Constantin, plusieurs fois recopies
dans la premiere manufacture des Gobelins, comme on le verra
bientdt.

Avec de pareilles ressources, Tentreprise des Comans et des de
la Planche ne pouvait manquer de r^ussir. Aussi jouit-elle, pendant
le premier tiers du xviP siScle, d'une periode de prosperite et de
succes que I'^lat de la manufacture de Louis XIV a trop fait
oublier. Un curieux rapport, adresse par un correspondant du
cardinal Barberini, vers 1630, sur les principales manufactures de
France et des Pays-Bas, constate la superiorite des produits des
Comans. II nous apprend en m6me temps que la plupart des ma-
tiSres premieres mises en oeuvre provenaient de nos provinces : les
laines du Berry, de I'Auvergne, du Languedoc; les soies de Lyon;
toutes etaient teintes dans la manufacture m6me. Le diplomate ita-
lien, en rappelant les vertus tinctoriales attribuees a I'eau de la
Bi^vre, sait ce qu'il faut penser de cette l^gende, et prend soin
d*ajouter que les procedes contribuent au moins autant a I'excel-
lence des couleurs que la qualite des eaux employees.

II ne reste rien des archives de cette premiere manufacture des
Gobehns. Les registres ou les comptes qui nous permettraient de
suivre annee par annfe Tetat et les progres de la fabrication
sont perdus. Seulement Tinventaire des tapisseries du roi, dresse
au commencement du regne de Louis XIV, attribue a cet atelier



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298 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

et aux autres etablissements issus de la premiere manufacture des
Gobelins, plusieurs tentures encore existantes. Avant de donner
cette liste, il convient de rappeler en quelques mots les vicissitudes
que traversa la manufacture de Henri IV avant d'etre complete-
ment reorganisee par Colbert. II est indispensable ^galement de
faire connaitre les divers ateliers parisiens ou provinciaux issus de
la maison mere des Gobelins.

Les lettres patentes de 1607 fixaient a quinze anntes la duree
des avantages concedes a Comans et a de la Planche. L'association
durait encore a Texpiration de cette periode , car le privilege est
renouvele, le 18 avril 1625, pour huit annees, en faveur des memes
directeurs.

Pendant cet espace de quinze annees, les chefs de la maison
n*avaient rien neglige pour satisfaire aux engagements de leur contrat.

Amiens. — Des metiers avaient et^ fondes a Amiens, selon la
clause inseree dans les lettres de privilege accordees aux tapissiers
flamands. L'inventaire de Louis XIV nous fait connaitre trois ou
quatre suites dont il attribue la fabrication aux tapissiers amienois ;
il s'agit probablement de ceux qui avaient travaille sous la direction
des Comans et des de la Planche. II cite notamment deux tentures
en six panneaux chacune : les Triomphes des Vertus et des Vices et
Divers jeux. Quant a YHistoire de Troie, attribute ^galement aux
ateliers picards, et dont nous avons deja parle dans un precedent
chapitre, comme Tinventaire la dit gothique et Tattribue a Lucas,
elle remonte certainement a une date anterieure au xvii® siecle.

D'apres le preambule des statuts des tapissiers parisiens de 1718,
les artisans amienois tmvaillaient surtout en haute lice; ils co-
piaient d'ordinaire des sujets a personnages , rarement des paysages.

C'est a Amiens qu'un sergier de Reims, nomme Jean Mary,
vient recruter, en 1683, des ouvriers de haute lice pour executer
des tentures commandees par un bourgeois de sa ville natale.

Tours. — Un autre atelier provincial, dont Texistence avait et^
signalee, mais dont nous avons retrouve tout recemment Facte de nais-
sance, pent donner une idee des conditions dans lesquelles etaient
installees ces maisons, filles de la premiere manufacture des Gobe-
lins. II s'agit de Tatelier de Tours, cite avec eloge dans les
relations envoyees au cardinal Barberini, et dont I'existence se pro-



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PREMIERE MOITIE DU XVII^ SIECLE 299

longea pendant une trentaine d'annees au moins avec un certain
eclat.

La ville de Tours avait possede au xvi® si^cle, comme on Ta vu,
des tapissiers d'un reel merite. Ses magistrals eurent Tambition de
faire revivre une Industrie jadis florissante et s'adresserent aux per-
sonnages les plus capables de repondre a leurs intentions.

Des lettres patentes du mois de fevrier 1613 accordaient a Marc
de Comans et a Francois de la Planche , les deux directeurs des Go-
belins, le privilege du nouvel etablissement , pour Texploitation
duquel ils s'associaient deux autres tapissiers, Alexandre Motheron
et Jacques Cottart. Geci s'explique de la fagon la plus naturelle.
En effet, les directeurs de la manufacture de Paris ne pouvaient
etre astreints a resider constamment a Tours. Les deux associes
qu'ils s'etaient donnes, avec Tautorisation du roi, devaient les sup-
plier la plus grande partie de Tannee.

On retrouve dans ces lettres de fondation les clauses habituelles
des actes de cette nature. I^ duree du privilege est fixee a quinze
annees, pendant lesquelles aucun etablissement semblable ne
pourra s'etablir a Tours ou dans les environs. Les entrepreneurs
devront avoir constamment huit metiers au moins en activite.
lis prennent Tengagement d*instruire et de nourrir, pendant cinq
ans, huit apprentis designes par les magistrats de Tours, qui
pourvoiront a leur habillement et a leurs autres besoins, et qui se
reservent en consequence le choix des candidats. En dedomma-
gement de cette charge, Comans et de la Planche regoivent une
somme de 15,000 livres, dont 6,000 comptant et le surplus en
trois annees. L'inexecution de cette clause leur donne le droit de
fermer immediatement la manufacture. Enfm ils sont exemptes de
toutes charges et impdts, meme de ceux qui frappent les ecclesias-
tiques et autres personnes privilegiees.

L'atelier tourangeau organise par les fondateurs de la premiere
manufacture des Gobelins eut son heure de prosperite. II fut
encourage par les plus grands personnages du temps. Le cardinal
de Richelieu s'adressa plusieurs fois a lui. Ses productions etaient
estimees. Les tapissiers parisiens lui accordent de grands eloges
en 1718.

Le mobilier de la couronne possedait sous Louis XIV une suite
attribuee par Tinventaire aux tapissiers de Tours. Gest la tenture
de Coriolan, dont il existe encore au mobilier national plusieui^



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300 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

pieces qui ont figure, en 1883, arexposition triennale des beaux-
arts.

Tels sont les seuls details qu'on poss6de sur cette int^ressante
tentative de decentralisation. On ignore absolument a quelle ^poque
I'atelier de Tours suspendit sa fabrication. II appartient aux eru-
dits de la province de completer Thistoire de cette Industrie locale,
en faisant usage des faits d^finitivement acquis et sommairement
analyses ici.

Ateliei* royal du faubourg Saint- Gei^main. — Cependant les
premiers directeurs de la manufacture des Gobelins avaient vieilli.
A peine le privilege de 1607 ^tait-il renouvel^ pour huit annfes,
a I'expiration de la premiere periode, que les deux associes se se-
parent. Si la date exacte de la scission n'a pas encore ete deter-
minee, nous savons de science certaine qu'en 1630 Raphael de la
Planche, fils de Frangois, avait quittd le faubourg Saint-Marcel,
laissant Marc de Comans seul chef de la maison des Gobelins, et
etait venu fonder dans le quartier Saint -Germain, non loin de
rhdpital des Teigneux, une manufacture nouvelle, dont Ten tree
principale donnait sur la rue de la Chaise. Avec des fortunes di-
verses, le nouvel atelier vecut au moins vingt-cinq a trente
ans. Ses oeuvres obtinrent une grande reputation. Au debut,
les metiers de la maison du faubourg Saint-Germain occupaient
de cent a cent vingt ouvriers, flamands pour la plupart, ainsi
que cela r&ulte des pieces d'une instruction criminelle r^cem-
ment publiee. Un pareil nombre de tapissiers a dii laisser des
traces nombreuses de son activite. Aussi voyons-nous une quin-
zaine de tentures, formant un total de plus de cent pieces, inscrites
a rinventaire de Louis XIV comme sortant de I'atelier des de la
Planche.

Le fondateur de la manufacture de la rue de la Chaise jouissait
de nombreux avantages. II recevait une pension annuelle ^gale a celle
que son p6re avait eue des 1607, soit 1,500 livres ; le roi lui payait en
outre, chaque annee, la somme de 900 Uvres pour la nourriture et
Tentretien des apprentis qu'il etait charg^ de former; enfin le
loyer des batiments occupes par ses ateliers , montant a 3,750 livres,
etait acquittd par le tr^sor. Malgre ces subsides, Raphael de la
Planche ne semble avoir reussi qu'a moitie; c'est lui-m6me qui en
fait Taveu. En efTet, c ayant desire pour les grands frais qu'il y



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PREMIERE MOITIE DU XVIP SIECLE 301

supports quieter la direction >, et acquerir une charge de tresorier
des batiments du roi, il n'obtint la provision de Toffice convoite qu'a
la condition de rester a la t6te de la manufacture. II lui fallut done
se resigner et demeurer directeur a son corps defendant. En 4640,
une prolongation de privilege lui est accordee pour neuf annfes.
Nouvelle prolongation , de vingt annees cette fois , en 1648. Raphael
v^ut-il jusqu'a la fin de cette nouvelle periode, ou bien son fils
Sebastien-Frangois de la Planche avait-il pris sa place avant 1670,
epoque ou la manufacture du faubourg Saint -Germain figure
encore sur le plan de Paris publie sous cette date? C'estun point
qui n'a pas encore ete dclairci.

La cr^tion de la manufacture des meubles de la couronne aux
Gobelins porta sans doute le dernier coup a Texistence de Tatelier
du faubourg Saint- Germain. On a la preuve que Sebastien- Fran-
cois de la Planche, apres avoir succede a son pere dans la charge
de tresorier des batiments, laissait en mourant, vers la fin du
xviie si^cle, une situation fort embarrassee. C'est le sort ordinaire
de tons les chefs dUndustrie qui se sont trop preoccupes de Tart
et qui preferent la perfection au profit. Les tapissiers parisiens du
xviii® siecle, dans lepreambule si souvent cit^ de leurs statuts, ne
tarissent pas en eloges sur la beaute des tapisseries dues a Fate-
lier de Frangois de la Planche. Raphael doit ^videmment avoir
part a ces eloges. Les tapissiers ajoutent que la marque de la manu-
facture etait la fleur de lis suivie du P, ce qui porte a trois le
nombre des ateliers qui se sont servis simultanement de cette marque.
Comment d6s lors distinguer leurs productions? Une derniere res-
source nous reste toutefois pour reconnaitre quelques-unes des ten-
tures de cette epoque sorties de la maison de la rue de la Chaise.

En effet, I'mventaire des tapisseries royales, dresse en 1663,
attribue aux de la Planche, comme il a ^t^ dit plus haut, quinze
tentures composant un total de cent quatre pieces. Dans cette liste
figurent quatre suites de PsychS, d'apres Raphael, trois en six
piei^es, une en cinq; deux suites de Constantin, d'aprfes Rubens,
en douze pieces; des Verdures et oiseaux, dessin de Vouet, en
cinq panneaux; deux series, de six pieces chacune, de Jeux
d'enfants, d'apres Corneille; cinq autres pieces de VAnden et du
Nouveau Testament, d'apres le m6me; huit compositions d'apres
Polidor, representant les Quatre tlUments et les Quatre Saisons;
une Histoire de Clorinde et TancrMe (six pieces), une Histoire



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302 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

d*Achille (trois pieces), une Histoire de Constantin (douze pieces);
enfin six Maisons royales, d'apres Le Brun. Ce dernier article prou-
verait peremptoiretnent, si une confusion ne s'est pas glissee dans
la redaction de Tinventaire, confusion difficile a admettre, que
Tatelier du faubourg Saint- Germain continua ses travaux apres la
reorganisation des Gobelins, et prolongea meme son existence jus-
qu'en 1G70 au moins , comme le plan de Paris , publie sous cette
date , tendrait a le faire croire.

La famille des Comans restait pendant ce temps a la tete des
ateliers du faubourg Saint-Marcel. En 4034, le chef de la maison
<r ayant continuellement vieilly et servy en ladicte charge, et in-
struict en icelle Charles et Alexandre de Comans, ses enfans,
s*en demist, soubz le bon plaisir du roy, au proffict dudit Charles
de Comans, a condition de survivance. » Le nouveau titulaire
garda ses fonctions de directeur fort pen de temps. Nomme au
mois de mai 1634, il mourait en decembre, la m6me annee. Son
fr6re Alexandre le remplace. Ce dernier etant venu a deceder
en 1650, apres avoir obtenu, en 1644, une prolongation de privi-
lege de vingt annees, un troisieme fils de Marc de Comans se
presente pour succeder a ses freres. II se nommait Hippolyte et
s*etait d'abord destine a Tetat militaire. A la mort d' Alexandre, il
servait dans Tarmee royale sous le nom de seigneur de Sourdes.
Bien que completement etranger a Tart auquel sa famille devait
son illustration, Hippolyte de Comans obtint cependant la succes-
sion de son frere avec prolongation de privilege. Mais la reorgani-
sation de la manufacture sous Colbert mit fin par anticipation aux
fonctions du dernier des Comans. On ignore meme s'il vivait
encore au moment ou I^ Brun vint prendre la haute direction du
nouvel ^tablissement.

Certaines pieces portant, dans la lisiere laterale, les initiates CC
et AC enlacees, sont attribuees avec vraisemblance aux deux fils
aines de Marc de Comans. Nous ne connaissons point de tapisserie
portant la marque H C et pouvant par consequent passer pour
Toeuvre du dernier directeur de Tancienne manufacture des Gol^elins.

Sur cet atelier, fort interessant quoique peu connu jusqu'ici,
rinventaire des tapisseries de Louis XIV nous apporte un pr^cieux
contingent de renseignements positifs. Voici lenum^ration des ten-
tures attribu(^es par ce document au premier etablissement du fau-



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PREMIERE MOITIE DU XVIP SIECLE 303

bourg Saint-Marcel. C'est d'abord neuf tentures de laine et soie,
rehaussees d*or et d'argent : trois Histoires de Diane, d'apres
Dubreuil, deux en cinq et une en sept pieces; trois Histoires de
Moise, sur les dessins du Poussin, une en onze, les deux autres
en dix sujets; six pieces des Amours des Dieux, d*apres la Hire;
dix des Actes des apdtres, d'apres Raphael; enfin sept des Mdta-
morphoses d'Ovide.

Les tentures de laine et soie, sans metal, sont moins nom-
breuses; elles se bornent a trois suites d'Artdmise, en dix, huit et
sept panneaux, d*apres Caron; un Coriolan, en huit sujets, sur
les modeles de Lerambert ; enfm sept pieces des Noces de Gom^
bault et Macde, L'inventaire cite encore deux tapisseries isolees ,
toutes deux d'apres Simon Vouet : un Moise sauvd des eaux et
une Histoire de Jephti.

Quatorze tentures ou cent treize tapisseries, c*est pen sans doute
pour un atelier qui comptait soixante metiers et prolongea son
existence plus d'un demi siecle. Mais on ne doit pas perdre de vue



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