Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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gent de van Hasselt. La plupart etaient exposees recemment dans
le couloir du musee des Offices. Voici la nomenclature des pitees
portant la signature de Lefevre :

Un Mois, copie sur Jean Roost, avec la date 1633; le Char de
Ph4M (1639); les Qualre Saisons (1642); VHistoire d' Alexandre
(1642), en trois pieces, avec trois dessus de portes; une Histoirc
de saint Paul, en six pieces (1645-46); VHistoire de Tobie, deux
pieces et deux dessus de porte (1648); Moise frappant le rochei*
(1650); deux pieces de VHistoire de saint Jean Baptisle (1651).
Plusieui-s des compositions qui precedent etaient de Melissi.

En 1652, Lefevre tisse une Madone avec V enfant Jisus et des
saints, d'apres Rubens; en 1655, il termine VHistoire de Laurent
le Magnifique, en deux pieces, et V Hospitality de saint Julien,



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PREMIERE MOITIE DU XVIP SIECLE 3i7

d'apres Cristofano AUori. Enfin les annees suivantes sont occupees
par Tex^cution de Vllistoire de Cosme /^r^ en six pieces (1655); de
YHisloire d' Abraham (1658); d'une Pieta, d'apr6s Cigoli; de la
Madone avec Venfant J4sus et des saints, d'apres Raphael (1660) ;
d'une Sainte Famille, d'apres Andre del Sarte, et d'une Vocation
de saint Pierre (1661); puis viennent une Toilette de Bethsabde
(1662); une Pieta (1665); enfin une autre Madone, d'apres Andre
del Sarte, en 1667. Cette liste pourrait fitre augmentee d'un cer-
tain nombre de pieces conservees au Palais-Vieux et aux Offices ,
mais dont la signature n'est pas accompagnee d'une date. Aussi
ofFrent-elles moins d'interSt que celles qui viennent d'etre ^nu-
merees.

Le rival de Lef&vre, Bernardin van Hasselt, a signe les tapisseries
suivantes : les Sa{sons, deux pieces (1643); la Flagellation (1645);
la Decollation de saint Paul (1646); YHistoire de Tobie, quatre
pieces (1648); YHistoire d' Alexandre, d'aprfes Melissi, cinq pieces
et trois dessus de porte (1650); enfin une Histoire de Moise, qui
resta sur le metier de 1651 a 1659, et dont les cinq pieces sont
conservees au mont-de-piete, a Rome.

Parmi les tentures ex^utees dans I'atelier de Florence sous
Ferdinand II, et ne portant pas de signature, on remarque sept
panneaux de YHistoire de sainte Catherine de Sienne, destines
a la ville de Naples; cinq sujets de YUistoire de Scipion; enfin la
representation d'un Tournoi sur la place de Santa- Croce,

Rome. — Jusqu'au xvii^ siecle il n'avait pas ete fait de tentative
serieuse pour doter la ville de Rome d'un atelier de haute lice.
L'honneur de cette initiative revient au cardinal Barberini , neveu
d'Urbain VIII. Apres avoir recueilli a Paris et en Flandre les ren-
seignements les plus precis sur les procedes et la technique des
differents ateliers etrangers, il installe a Rome des metiers dont il
confie la surveillance au Frangais Jacques de la Riviere, dont le
nom recoil la forme italienne della Riviera. Deux ouvriers seulement
travaillaient sous les ordres de ce lapissier, I'un flamand, I'autre
d'origine frangaise. La plus ancienne mention de I'atelier des Bar-
berini remonte a 1635; elle se rapporte a une Nativity, tissee
d'or et de soie, destinee a la chapelle apostolique et qui coiita
9 feus Taune.

Jacques de la Riviere conserve la direction de I'entreprise jus-



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318 HISTOIKE DE LA TAPISSERIE

qu*a son dernier jour, c est-a-dire jusqu'en 1639. II est alors
remplace par son gendre Gaspard Rocchi.

La mort d'Urbain VIII (1644), suivie du bannissement de ses
neveux, vint porter a la manufacture des Barberini une atteinte
dont elle ne se releva jamais completement. Cependant, en 1663,
VHistoire du pape Urbain VIII se Irouvait sur le metier; mais
on y employail un nombre d'ouvriers si restreint, que, vingt ans
plus tard, six pieces seulement, sur douze- dont devait se com-
poser Fensemble, etaient lerminees.

Le nom des artistes qui preterent leur concours a I'atelier romain
lui assure, plus que Timportance de sa fabrication, une place
honorable parmi les manufactures italiennes. Pierre de Gortone lui
fournit des cartons ; le Poussin dessina pour les Barberini une His-
loire de Scipion, Mais son principal inspirateur fut le peintre Ro-
manelii. On lui doit notamment une tenture des Mysthres de la vie
el de la mort du Christ, commencee par Jacques de la Riviere et
terminee par son gendre.

Les deux directeurs coilaborerent egalement a la suite des Enfants
jouant,

M^f Barbier de Montault, qui a consacre de longues etudes aux
tapisseries encore existantes dans les palais etles ^glises de Rome,
a dresse une liste des pieces que leur signature permet d'attribuer
a Tatelier des Barberini. Dans cette nomenclature figurent une
Annonciation, deux Adorations des Bergers, le Baptime du Christ,
la Transfiguration y la Cene, le Jar din des Olivier s, le Crucifie-
menty ]a RSsurrectioyi, la Remise des clefs d saint Pierre; le tout
execute probablement sur les cartons de Romanelli ; enfin les six
scenes de la Vie d' Urbain VIII et un portrait de ce pape.

ANGLETERRE

Jusqu'au xviF sitele, les Anglais avaient montr^ peu d*aptitude
pour Tindustrie de la haute lice. Si leur pays avait possMe depuis le
x\i^ siecle, comme on Ta recemment avance, une s^rie presque
non interrompue d'ateliers de haute ou de basse lice, comment
se trouvait-il oblige de recourir constamment aux Flandres, d'aller
commander a des artisans etrangers la representation de ses succes
sur la flotte espagnole? Or on ne saurait citer un seul nom de tapis-



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320 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

sier etabli dans la Grande-Brelagne sous le regne glorieux et pros-
pere de la grande Elisabeth.

Mortlake. — La fortune de Tatelier de Mortlake, fonde par
Jacques l^^j apparait done comme un phenomene a peu pres
unique dans Thistoire de Tindustrie. On connait imparfaitement
les circonstances qui accompagnerent sa creation. Vers 1019,
Jacques l^^ aurait fait venir des Flandres plusieurs tapissiers
experimentes, les aurait installes dans le voisinage de Londres, a
Mortlake, en les pla?ant sous la direction de sir Francis Crane,
chancelier de I'ordre de la Jarretiere. Francis Crane etait-il, lui
aussi, d'origine flamande, comme des erudits beiges Tont pre-
tendu, en affirmant que Crane etait la corruption du nom flamand
Crae7ie9 Son titre de chancelier de Tordre de la Jarretiere nous
paraiten contradiction avec cette hypothfese. Quoi qu'il en soit, grace
aux subsides fournis par le roi de la Grande -Bretagne, sir Crane
imprima rapidement au nouvel etablissement une activite faite pour
inspirer de vivos inquietudes au commerce des Pays-Bas.

Des 1620, cinquante tisserands au moins, tons recrutes dans les
Flandres, travaillaient aux metiers de haute lice installes a Mort-
lake. Quelques annees plus tard, des artisans renomm^s, parmi
lesquels figure un des fils de van Quickelberghe, ce tapissier d'Au-
denarde qui avait ete successivement chercher fortune a Arras,
puis a Lille, vinrent se joindre a leurs compatriotes, et trouverent
le meilleur accueil aupres de Charles I•^

Sur les sommes consacrees a la manufacture par les deux sou-
verains sous lesquels elle atteignit son plus haut degre d'eclat et
de prosperity, nous ne possedons que des renseignemente vagues
et contradictoires. Ce qui parait indubitable, c'est qu'a partir de
ravenement de Charles I^**, sir Francis Crane trouva chez le roi
le concours le plus absolu, et putpuiser a pleines mains dans le
tresor de TEtat.

L'acquisition des fameux cartons de Raphael, negbciee a Bruxelles
par Rubens, fournit a la nouvelle manufacture des modules incom-
parables. II faut avouer qu'il se rencontra parmi les artistes attires
en Anglelerre sous Charles I"* un homme d'un talent superieur pour
donner a ces compositions grandioses des cadres dignes d'elles. Ce
fut une surprise extreme quand on exposa pour la premiere fois ,
en 1876, les Actes des apotres, tiss^s a Mortlake, et enfouis depuis



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PREMI6RE MOITIE DU XVIP SifiCLE 323

des siecles dans les magasins de notre mobilier national. Aucun
nom ne paraissait trop illustre pour qu'on lui fit honneur de ces
merveilleuses frises d'enfants se jouant au milieu des poissons et des
guirlandes de fleurs. On pensa successivement a Rubens , a van
Dyck et a leurs plushabiles ^16ves, sans que le style d'aucun d'eux
autorisdt une attribution definitive. II nous semble bien difficile
d'admettre que ces bordures exquises soient I'oeuvre de cet obscur
Francis Cleyn ou Klein, originaire de Rostock, dans le Mecklem-
bourg, specialement charge de prater son concours aux tapissiers de
Mortlake. L'encadrement des Actes des apdtres appartient a un
maitre de premier ordre; mais aucun document n'a permis jus-
qu'ici de determiner definitivement son auteur.

Pendant qu'il ne reculait devant aucune depense pour assurer
la perfection des ouvrages ex^utes a Mortlake, accordant a Crane
une pension annuelle de 2,000 livres, lui engageant, en 1630, le
domaine de Grafton en garantie des 7,500 livres qu'il lui devait a
cette epoque, Charles 1^^ demandait aux plus grands peintres du
temps des modeles originaux. Rubens peignit, a la requite du roi,
six compositions de YHistoire d'Achille. Antoine van Dyck fut en
relations intimes avec le directeur de Mortlake; il nous a laiss6
son portrait, et il existe en Angleterre une tapisserie ou les deux
favoris de Charles 1^^ sont repr&ent^s dans la meme Composition.
Dans les derni^res ann^s de sa vie, le peintre attitr^ de Taristo-
cratie anglaise avait soumis au roi le plan d'une sdrie de quatre
compositions retragant les faits principaux de Thistoire de Tordre
de la JarretiSre; c'^tait V Election duroi, V Institution de V ordre et
la Procession des chevaliers. Charles ler, qui avait command^ les
dessins, voulait les faire traduire en tapisserie pour la decoration
de la salle ou ^talent c^l^brees les fStes de Tordre.

La p^nurie du tresor, lesevenements politiques, peut-6tre aussi
le chiffre de la depense, emp6ch6rent Texecution du projet pro-
pose par van Dyck, et il ne nous en est rest^ qu'un dessin repre-
sentant la Procession des chevaliers de V ordre, dessin conserve au-
jourd'hui dans une des grandes collections anglaises. On ne saurait
refuser a cette scene pompeuse un grand effet decoratif. Quant aux
pretentions de van Dyck, qui aurait reclame 300,000 ecus pour
les modeles seulement, c'est une de ces vieilles fables sans fonde-
ment qui remplissent les compilations des anciens historiens de Tart,
et qu'on s'etonne de rencontrer de nos jours sous la plume d'^ri-



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324 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

vains reputes serieux, car le simple bon sens suffit pour en de-
montrer Fabsurdite.

Le regne de Charles 1^^ marque Tapogde du developpement de
Tatelier de Mortlake. C*est alors que furent executees, comme Tin-
diquent les inscriptions placees au bas des tapisseries, ces mer-
veilleuses copies des Actes des apotres , une des gloires de notre
mobilier national, apporlees en France par Jacques II, s*il faut
en croire une tradition qui remonte au xviiic sitele, lorsque la
maison d'Orange remplaga sur le trone d'Angleterre le dernier des
Stuarts.

A la meme p^riode appartient YHistoire de Vulcain, copiee,
comme les Actes des apdtres, sur des cartons italiens qui auraient
^te plus propres peut-etre a servir de modele a des peinlures murales
qu'a des etoffes tissees. C'est d'ailleurs, comme nous I'avons remar-
que, le cote faible de toutes ces compositions italiennes, m6me de
la meilleure epoque. Sir Francis Crane mil encore sur le metier une
Histoire de Hiro et Ldandre, une Histoire de Diane et de Calisto,
les Quatre saisons, les Douze mots de Vannie et les Cinq Sens, qui
passerent de la collection de Charles I^** dans celle de Mazarin.
L'habile directeur, etant venu a Paris pour se faire operer de la
pierre, mourut dans cette ville, le 26 juin 1636, des suites de
Toperation. L'atelier de Mortlake comptait alors cent quarante
ouvriers environ , y compris les femmes et les enfant s.

Le roi continua sa protection et ses subsides aux tapissiers,
moyennant Tengagement pris par eux de fabriquer six cents aunes
de tapisserie par an, et en outre d'instruire a leurs frais les en-
fants trouves ; mais celui qui avait ete comme Tame de la manu-
facture ayant disparu, elle ne fit que vegeter; c*est a son obscurite
meme qu'elle dut de pouvoir traverser, sans disparaitre compl6te-
ment, la periode nefaste de la guerre civile.

Lors de la restauration des Stuarts, sir Sackville Crow appela
Fatten tion de Charles II sur Tetat de Fetablissement jadis si flo-
rissant, et obtint, en 1662, la direction de Tentreprise avec une
subvention annuelle de 6,000 livres. Cette situation se prolongea
jusqu'en 1667; a cette date, quelques grands seigneurs, et a leur
tete le comte de Craven, se chargerent de Texploitation de Tate-
lier, de nouveau fort compromis. On ignore T^poque exacte a
iaquelle prit fin cette lente agonie. II est probable que la revo-
lution (le 1()88 porta le dernier coup a Texistence chancelante de



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PREMIERE MOITIE DU XVIP SIECLE 327

la manufacture de Mortlake, si toutefois elle prolongea sa duree
jusqu'a cette date. C'est a peine si on pourrait citer une seule piece
se rattachanta ces derniers essais de fabrication, et posterieure a la
revolution.

Si glorieux qu'ait ete Tatelier de Mortlake, son ephemere prospe-
rite est loin d'offrir Tinteret qui s'attache aux travaux des ateliers
frangais contemporains. Sans doute la suite des Actes des apdtres
pent se comparer aux plus magnifiques tentures du xvip siecle; mais
YHistoire de Vulcain, avec sa bordure monotone, d'un ton sombre
et terne, ne vaut pas, il s'en faut, les belles suites d'Art^mise
et de Constantin, qui sortaient des ateliers des Comans et des de
la Planche. Apr6s un injuste oubli, on s'engoue maintenant outre
mesure de ces oeuvres longtemps meconnues; cependant, si les ta-
pissiers de Mortlake meritent d'occuper une place distinguee parmi
leurs rivaux, peut-etre y aurait-il exag^ration a les mettre au
premier rang.

La reputation des tentures de Mortlake fut grande au xvii^ siecle.
Nous trouvons une preuve certaine de cette celebrity dans les nom-
breuses pieces, d'origine anglaise, diss&nin^es dans toutes les
grandes collections du temps. Mazarin avait recueilli avec em-
pressement plusieurs des tentures vendues apres le supplice de
Charles I^r.

L'inventaire du mobilier de Louis XIV ne comprend pas moins de
vingt suites de fabrication anglaise, formantun total de cent cin-
quante pieces. L'attribution de quelques panneaux a sujets gothiques
pourrait donner matiere a contestation; mais nous rencontrons
dans le nombre trois series des Actes des apdtres, deux en sept
pieces et une en quatre; or sur celles-ci point d'hesitation pos-
sible. De m^me pour une tenture de Vulcain, en huit pieces, pour
une Histoire de saint Jean, en quatre sujets, et enfin pour IdiFrac-
tion du pain d Emmaiis, d'apres le Titien. Comment accorder ces
affirmations de Tinventaire, redig^ avant 1681, avec la tradition
rapport^e par les tapissiers parisiens de 1718, d'apres laquelle les
Actes des apdtres seraient venus en France avec le roi Jacques II,
qui les aurait ofTerts a Louis XIV? Nous ne nous chargeons pas
d'expliquer cette contradiction.

Parmi les suites provenant, d'apres Tinventaire de Louis XIV,
des ateliers anglais, provenance qui ne doit etre acceptee que sous
toutes reserves, nous relevons les Triomphes de Pdtrarque (six



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328 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

pieces), les Vertus (huit pieces), YHistoire de Priam (sept pieces),
YHistoire de la Guerre de Troie, avec ecriteaux et inscriptions go-
thiques (dix-sept pieces); les Travaux d'Hercule (onze pieces),
YHistoire d'Assudrus (huit pieces), les Sibylles (sept pieces), YHis-
toire de Joseph (sept pieces), YHistoire de Moise (neuf pieces),
YHistoire de Pitrarque (sept pieces), le Pire de Famille (sept
pieces), la Fable de Jason (cinq pieces); enfin trois suites de
Vignerons, bixcherons et sauvages, en huit, six et cinq pieces.
Evidemment toutes ces series ne sortent pas de Tatelier fonde par
Jacques I^^^ et Tattribution de plusieurs d'entre elles est fort con-
testable. Excellent guide pour tons les faits contemporains, I'inven-
taire de Louis XIV doit 6tre consulte avec beaucoup de precaution
sur tous les objets precieux remontant a une date anterieure
a 1600.

En somme, Tatelier de Mortlake apparait, dans la premiere moi-
tie du xviie siecle, comme un eclatant et fugitif meteore. II ne se
rattache a aucun etablissement anterieur, et les efforts tentes pour
assurer sa duree ne font que prJIonger de quelques annees sa
decadence. Tous ses produits ne sont pas egalement parfaits ; peut-
6tre la surprise causee par la revelation des pieces des Ades des
apdtres a-t-elle eu pour resultat d'inspirer un engouement exces-
sif pour la manufacture de sir Francis Crane et pour toutes ses
productions indistinctement. Malgre ces reserves , Tatelier de Mor
tlake est le plus important qu'ait jamais possede TAngleterre, et
il occupera toujours une place distinguee dans I'histoire de la
haute lice.

Au debut du xvii^ siecle, les ouvriers flamands se repandirenl ,
comme on Ta d^ja plusieurs fois repete, par toute TEurope. On
trouve des metiers installes meme dans des regions fort eloignees
du foyer central des industries textiles, et considerees comme a demi
barbares.

MOSGOVIE

A. Pinchart a releve le premier ce fait que Martin Stuerbout,
tapissier de haute lice d'Anvers, etait etabli en Moscovie en 1607.
Sur les resultats de cette tentative etrange les renseignements font
absolument defaut; mais le fait seul prouve que, des cette epoque.



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PREMIERE MOITIE DU XVIF SifeCLE 331

des relations commerciales d'une certiine importance existaient entre
les Pays-Bas et les nations les plus septentrionales de TEurope.



DANEMAUK

Un premier essai pour introduire Tindustrie de la haute lice
en Danemark est tente vers la meme epoque.

C'est encore au savant chef de section des archives de Belgique
qu'est due la connaissance du fait suivant : en 1604, vingt-six-
tapissiers flamands se rendent a Gopenhague, sous la conduite de
Johannes de Wyck, a la sollicitation du roi Christian IV, monte
sur le trdne en 1588, et qui venait d'atteindre sa majorite en 1596.
Ce prince parvint meme a attirer dans ses Etats le fameux Fran-
cois Spierinck; mais il ne put le garder que fort peu de temps.

D'ailleurs, les relations entre la Flandre et le Danemark ^taient
fr^quentes depuis le commencement du xvp siScle. En effet, le roi
Christian II avait epouse la soeur de Charles- Quint; sous son
r6gne, beaucoup de Flamands vinrent s'etablir dans ses fitats. Ce fut
une colonie de jardiniers originaires des Pays-Bas qui changea
Tile sterile qui s'etend en face de Copenhague en un veritable
parterre de fleurs. Quelques annees plus tard, Texemple des jar-
diniers avait ete suivi par des artisans de harute lice. En 1573,
Hans Knieper, originaire d'Anvers, etait venu se fixer d'abord
a Elseneur, puis a Slansgerup. II etait charge de d^orer le
chateau royal de Kronenborg. II existe encore deux pieces, re-
pr^sentant les rois Eric et Abel, avec de longues inscriptions en
langue danoise, attribuees par les savants du pays a Tatelier de
Knieper.

Pour ne pas intengmpre Thistoire des ateliers danois, nous
placerons ici les details qu'on a pu recueillir sur un etablissement
qui obtint une certaine reputation a la fin du xvii^ si^cle.

La fondation de la manufacture de Kidge est due au roi Chris-
tian V (1670-1699). Sa direction etait confiee a des transfuges fla-
mands , les frferes van den Eichen. II existe encore, dans le chateau
de Rosenborg, douze pieces reproduisant les episodes de la guerre
de Scanie, avec bordures enrichies d'attributs guerriers et inscrip-
tions allemandes. Le peintre Pierre Andersen avait fourni les car-
tons de cette tenture.



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332 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

On voit aussi, dans la residence royale, un Crucifiement execute
par van den Eichen avec la date 1691. Le meme palais possedait
jadis trois pieces de YHistoire d' Alexandre, de la m^me prove-
nance; elles n'existent plus.

L'atelier de Kidge aurait dure une quinzaine d'annees environ ,
de 1684 a 1698.



ALLEMAGNE

Parmi les manufactures allemandes, la plus ancienne, la plus
importante a tons egards est celle de Munich. On relevei-a pent-
6tre la presence de quelques metiers de peu de duree dans d'autres
centres germaniques; mais aucune de ces installations ephemeres
ne presente un serieux interfit. La tentative meme faite par le
due Maximilien I^r a un caractere tout special. Tandis que les
rois de France se proposaient avant tout la creation d'une Indus-
trie nationale, devant affranchir le pays d'un tribut onereux paye
aux etrangers , Felecteur de Baviere n'avait pour but que de faire
executer sous ses yeux des ouvrages destines a son usage per-
sonnel.

II commence par acqudrir, a Anvers et a Venise, un certain
nombre de pieces dues a des ouvriers flamands. Jean van der Goes,
de Venise, lui livre, en 1603, une Histoire d*Annibal, en sept pan-
neaux, d'une superficie totale de deux cent soixante- seize aunes. II
s'adresse en m6me temps aux artisans fixes a Frankenthal, et leur
achete successivement YHistoire de JosuS, en huit pieces, d'apres
Evrard van Orley ; une Histoire de la Poisie, en quatre sujets; une
Histoire de Diane et de Calisto, une autre de Remus et de Romulus,
enfin un certain nombre de Verdures. II ne s'en tient pas la : il
fait venir de Frankenthal a Munich quelques-uns des emigrants
flamands. Cette premiere tentative ne donne pas de resultats satis-
faisants.

II prend alors le parti de recourir a la patrie m6me de la
tapisserie, et d'appeler aupres de lui des tisserands des Pays-Bas.
Les negociations n'allerent pas sans quelque difficulte. Les archi-
ducs , gouverneurs des provinces espagnoles , voyaient avec une vive
contrariete cette desertion en masse, qui privait les ateliers fla-
mands de leurs meilleurs ouvriers. C'est alors que Telecteur invoque



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PREMIERE MOITlfi DU XVIP SIECLE 333

I'exemple de plusieurs autres princes, notamment celui du roi de
Danemark, qui avail attir^ dans ses fitats vingt-six tapissiers de
Biiixelles, d'Enghien et d'Audenarde.

Enfin il obtient gain de cause, et en 1604 Jean van der Biest,
d'Enghien, vient s'installer a Munich, amenant aveclui six ouvriers ;
trois autres ies suivirent un an plus tard.

De 1604 a 1611 , Tatelier de van der Biest deploie une certaine
activite. Le prix des matieres premieres fournies par Telecteur pen-
dant cette periode s'^16ve a 9,662 florins. En 1607, un tapissier,
nomme Germain Labbe ou FAbb^, ayant vainement demande de
Taugmentatioh, quitte Munich pour Nancy, et devientun moment
directeur de Tatelier lorrain, vers 1612. II est remplace par six
Bruxellois, dont I'arrivee coincide avec la date de son depart.

De 1608 a 1612, la manufacture bavaroise comptait une vingtaine
d'ouvriers et six metiers. Malheureusement I'electeur n'avait pas
eu la main heureuse dans le choix du directeur; van der Biest
n'etait ni un tapissier experiments ni un habile administrateur.
Aussi, i partir de 1612, la fabrication d^line-t-elle sensible-
ment. Les Flamands partent Ies uns apres Ies autres, et leurchef
ne tarde pas k regagner son pays. II envoie, en 1616, quatre pieces,
mesurant cent soixante-treize aunes, qu'il avait terminees aprSs
son retour dans ses foyers. Deux ans plus tard, Jean van der
Bosch regoit 2,000 florins pour fournitures analogues faites a
rSlecteur.

L'atelier de Munich occupait plusieurs artistes spScialement char-
ges de I'execution des modeles. C'est d'abord Pierre de Witte, origi-
naire de Bruges, auteur d'une suite de^Saisons et d'une tenture des
Mois; il mourut a Munich en 1628. La tenture des Mois et quatre
pieces des Saisons sont conservees au mus^ national de la capi-
tale de la Bavi6re. MaigrS la richesse du tissu , dans lequel il entre
beaucoup d'or et de soie , Teffet n'est pas heureux et fait peu



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