Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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d'honneur au talent de Tartiste brugeois. Ces pieces, de dimen-
sions colossales, portent dans la bordure le chiffre de Maximilien,
les armes de Munich et le nom de Hans van der Biest. Quatre vers
latins, places au has de la composition, expliquent et commentent
le sujet.

L'SIecteur eut aussi recours a d'autres artistes, entre autres a
Hans Krumpper, qui recevait 400 florins de traitement, et a
Christophe Zimmermann, qui se faisait assister par deux aides.



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334 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

De Tatelier de Munich, subventionn^ par Maximilien I^r, sortirent
encore une suite de Grotesques et une Histoire de la maison de
Baviere, dont chaque pi6ce portait un nom particulier {Mantoue,
Milan, les Grecs, le Manage, la Bataille, le Cardinal). Cette der-
niere tenture est exposee dans le palais royal de Munich, a cot^
des tapisseries que Telecteur faisait acheter vers la m6me epoque
a Paris, dans les manufactures des Comans et des de la Planche.
Malheureusement il n'existe pas de catalogue des nombreuses
pieces qui decorent les salles du palais.

Le graveur van Amling a reproduit, en treize planches, VHis-
toire des empereurs Othon et Louis de Bavidre.

Quand Maximilien II devint gouverneur des Pays-Bas espagnols,
il commanda plusieurs tentures aux artisans bruxellois. Les Quatre
partie du monde, les Fruits de la guerre et VAventure de Frigius
font partie de ces acquisitions. D6s 4617, le premier atelier de
Munich avait cesse d'exister. On ne trouve desormais plus trace
de tapissiers en Baviere avant la revocation de Tedit de Nantes et
les dernieres annees du xvii^ si^cle.

Nancy, — La premiere tentative serieuse pour introduire la
haute hce dans la capitale du duche de Lorraine date des premieres
annees du xvii® siecle. Anterieurement a cette Epoque, on voit
bien figurer sur les comptes le payement de certaines suites qui
se retrouvent aujourd'hui dans le mobiUer imperial de Vienne;
mais ces articles sont en general trop vagues pour permettre
d'affirmer que notre industrie ait eu des iors ses reprfeentants
dans le- duch^.

Un tapissier bruxellois, Hermann ou Germain TAbb^, revolt,
en 1612, la somme de 54 francs comme frais de voyage pour s'en
retourner dans son pays, « estant venu audit Nancy pour traicter a
monstrer Fart du tapissier. > C'est probablement le mfime artisan
qui travaille a Munich de 1607 a 1609.

L'exemple de Germain TAbbe fut bientot suivi par plusieurs de
ses compatriotes. En 1613, Isaac de Hamela et Melchior van der
Hagen, accompagnes de six ouvriers de haute lice, viennent s'eta-
blir a Nancy sur la promesse d'un subside de 450 florins et d'une
rente annuelle de 100 rdsaux de froment. Trois ans plus tard,
arrive nn autre Flamand, Bernard van der Hameyden, qui s'en-
gage a faire venir en Lorraine plusieurs de ses compatriotes,



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PREMlfiRE MOlTlfi DU XVIP SIECLE 335

et a r^sider dix ans a Nancy, moyennant un subside annuel
payable en bl6. Get entrepreneur livre au due, en 1617, une
Histoire d'Holopheme; Fannie suivante, une autre s^rie de huit
pieces; enfin, en 1620, une Histoire de saint Paul, ^galement en
huit pieces. Les metiers de cet habile ouvrier auraient ete install^
a rh6tel de ville meme. Pour defendre son entreprise centre
la concurrence etrangere, Tintroduction des tapisseries flamandes
en Lorraine fut formellement prohibee. Apres 1625, van der
Hameyden disparait sans qu'on sache s'il mourut a Nancy, ou s'il
avait repris le chemin des Pays-Bas.

Apres un intervaUe d'un demi-si6cle, on trouve un tapissier,
nomm^ Jean Glo, obtenant, le 2 Janvier 1674, Tautorisation de
travailler a Nancy, a la condition de vendre ses verdures un pen
meilleur marchd que Jean-Frangois, autre tapissier d^ja install^
dans la ville.

Ces experiences repetees n'avaient produit, on le voit, que de m^
diocres resultats. II faut attendre le commencement du xviii« siecle
pour rencontrer en Lormine une manufacture de haute lice im-
portante et durable.



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CHAPITRE SEPTIEME



LES TAPISSERIES FRANCAISES

DEPUIS L'ORGANISATION DE LA MANUFACTURE DES GOBELINS

JUSQU'A LA MORT DE LOUIS XIV

1662-1715



Manufacture des Gobelins. — Dissemines aux quatre coins de
la capitale, les ateliers crees par la tenace volonte de Henri IV
souffraient les uns comme les autres de cette dispersion. II est
difficile de savoir quelle etait au juste la situation de chacun d'eux
quand Louis XIV prit en mains les renes du gouvernement. Les
tapissiers de la grande galerie du Louvre, les successeurs de Fran-
cois de la Planche, les directeurs de Thdpital de la Trinite et les
descendants des Comans avaient-ils pu echapper aux consequences
et aux miseres de la guerre civile? Quoi qu'il en soit, Thabile con-
seiller de la reine regente, le cardinal Mazarin, avait temoigne
pour Tindustrie textile une soUicitude toute particuli^re. Ne recher-
chait-il pas lui-m6me avec ardeur, avec une insatiable passion, les
plus beaux et les plus precieux echantillons de Tart de la tapis-
serie? II ne pouvait done rester indifferent au sort des habiles arti-
sans ihstalles a Paris par ses predecesseurs.

Les privileges des entrepreneurs du faubourg Saint-Marcel et du
faubourg Saint- Germain avaient ete renouvel^s, comme on Ta vu,
pour une nouvelle periode, avant meme leur expiration. Mazarin
ne s'en tint pas la. D^s 1647, Pierre Lefevre, Thabile directeur de
Tatelier de Florence, avait ete appele a Paris. II s'agissait sans doute
de reorganiser un des ateliers alors existants, probablement celui

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338 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

du Louvre. Bien que d'origine parisienne, Lef6vre avail hdte de
retourner a Florence. Apres trois ans de sejour, il quittait pour
toujours sa patrie, mais en laissant a sa place son fils aind, Jean
Lefevre, qui deAiendra le chef deFun des deux grands ateliers de
haute hce de la manufacture des Gobelins. Installe d'abord dans
un logement des galeries du Louvre, Jean Lefevre n'avait pas
tarde a obtenir dans les Tuileries un emplacement pour y con-
struire un atelier.

II continuait ainsi, en travaillant en haute lice, les vieilles
traditions parisiennes, celles que representaient dans la grande
galerie les Laurent et les Dubout.

Son rival aux Gobelins, Jean Jans ou Janss, etait, comme Tin-
dique son nom, d'origine flamande. II habitait a Paris depuis
quelques annees deja quand il fut nommd maitre tapissier du roi,
par brevet du 20 septembre 4654. II dirigea plus tard aux Gobe-
lins I'atelier de haute lice le plus nombreux et le plus renomme.
Soixante-sept hauteliceurs etaient places sous ses ordres, sans
compter les apprentis. Ses ouvrages etaient estimes a un prix su-
perieur a celui qu'on payait pour les tapisseries de Tatelier rival.
Enfin Jans a attach^ son nom aux plus belles tentures com-
mandoes pour le roi.

Des 1662, Louis XIV achete d'un sieur Leleu Thdtel de la
famille Gobelin, au prix principal de 40,775 Uvres. Le nom des
anciens propriOtaires reste attachd a la nouvelle manufacture , qui
s'accroit, les annees suivantes, de huit acquisitions successives, dans
lesquelles sont compris un terrain appartenant au peintre Le Brun,
et une maison, sise pres la fausse porte Siaint- Marcel, achetfe
d'Hippolyte de Comans et censors. Ladepensetotale s'016ve a 90,242
Uvres 10 sous.

La vieille famille parisienne qui a laissO son nom a notre manu-
facture nationale descendait, disons-le en passant, d'un certain
Philibert Gobelin, mort avant 1510, et « en son vivant marchand
teinturier d'ecarlates, demeurant a Saint - Marcel - les - Paris j>.
Au XVI® siScle, ses enfants et petits-enfants, devenus fort nom-
breux, occuperent diverses fonctions de finance et de robe. La
profession de leurs ancetres avait ete promptement abandonn^
par eux; mais le quartier, siege de leur premiere installation, avait
garde leur nom et Ta tmnsmis jusqu'a nous.

A Torigine, Henri IV s'etait con ten te d'assurer aux tapissiers



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SEGONDE MOITIE DU XVIP SIECLE 339

flamands, par un long bail, la jouissance des batiments ou il les
avail etablis. Son petit- fils voulut que la nouvelle manufacture
flit spdcialement construite pour Tusage auquel elle etait destinee.
C'est dans ce but qu'il acheta les terrains et fit reedifier tous les
batiments. La nouvelle installation exigea plusieurs annees. En
effet, la premiere acquisition, celle de Yhdtel des Gobelins, re-
monte au 6 juin 1662, tandis que les lettres patentes constitutives
de la manufacture , qui regut alors le titre de Manufacture royale
des meubles de la couronne, sont du mois de novembre 1667.

Dans Tintervalle de ces deux dates , le projet primitif avait regu
une singuli6re extension. Au lieu d'abriter simplement des metiers
de haute et de basse lice, la manufacture des meubles de la cou-
ronne devait pourvoir a I'ameublement complet de toutes les resi-
dences royales, depuis les boutons cisel^s et dores des portes ou
des fenetres, depuis les sieges en bois sculptd, jusqu'aux statues
de marbre et aux groupes de bronze des jardins et des fontaines.
Un artiste, designe a Tattention du ministre par les aptitudes
remarquables dont il avait deja donne maint temoignage, fut
charge d'imprimer aux travaux de ce grand atelier I'unit^ neces-
saire. Colbert eut la main singulierement heureuse en faisant choix
de Charles Le Bran pour la direction de la manufacture recons-
tituee. Nul artiste n'etait plus apte a repondre aux esperances que
le roi avait mises en lui, a imprimer a toutes les oeuvres exe-
cutees sur ses dessins et sous sa surveillance immediate ce cachet
de grandeur et de majeste que Louis XIV recherchait par-dessus
tout.

Grace a Tautorite absolue donnee a Le Bran sur tous ses coUa-
borateurs, le style de cette epoque se distingue par I'admirable
harmonic de toutes ses parties. Chacune d'elles concourt au but
commun, et, depuis les gran des lignes architectoniques jusqu'aux
moindres details, le mfime esprit, la meme volonte preside a Texe-
cution de Tensemble.

Charles Le Bran fut charg^ de fournir les dessins des tapisseries,
comme ceux de tous les autres embeUissements des chateaux
royaux. C'est a lui, a son influence immediate, a son goilt, qu'on
doit reporter Thonneur des belles tentures executees pendant la
premiere partie du regno de Louis XIV. Pour une oeuvre pareiUe
il lui fallait de nombreux collaborateurs ; il sut les trouver. Des
artistes exerc^s consentirent a devenir les interpretes de ses con-



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340 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

ceptions; ainsi put etre rapidement menee a bien cette tache im-
mense de la construction et de la decoration de Versailles.

Mais il faut nous en tenir ici aux travaux des tapissiers. Les
lettres patentes de 1667 avaient regie delinitivement I'organisation
interieure de la manufacture placee sous la surveillance immediate
de Colbert. Des privileges et des exemptions identiques aux avan-
tages accordes par Henri IV aux premiers Flamands arrives a
Paris, etaient concedes aux ouvriers des meubles de la couronne.
Soixante apprentis devaient etre formes dans les diflerents ateliers.
Apres six ans d'etude et quatre ans de travail au service de leurs
patrons, ils recevaient le titre de maitre sans autre formality.

Les ouvriers etaient loges avec leur famille dans les dependances
de rhotel ou dans les maisons avoisinantes. lis formaient ainsi, au
milieu de ce quartier isole, comme une ruche laborieuse, dont
tons les membres, vivant dans une sorte de communaute, s'inte-
ressaient vivement a la prosperite de leur maison et a la gloire de la
banniere sous laquelle ils etaient enroles. II est probable que, des
cette ^poque, on avait distribue a chaque famille d'ailisans, dans
les prairies etbois environnants , quelques-uns de ces petits jardins
qui ont singulierement contribue, jusqu'a nos jours, a attacher a
la manufacture ses habiles tapissiers, en depit de la modicite des
traitements.

Nous passons sur les clauses qui se retrouvent dans tons les
actes de meme nature. Celui de 1667 se terminait par interdic-
tion absolue de faire entrer en France les tapisseries etrangferes,
sous peine de confiscation et d'amende.

Le mode de payement adopte sous Henri IV fut conserve sous
Louis XIV, qui suivit en cela, comme pour tout le reste, les tra-
ditions de son aieul. Les chefs d'atelier etaient a leur compte; le
roi leur payait les tapisseries d'apres un tarif etabli a Tavance. Les
matieres premieres, soie, laine, fd d'ou et d'argent, comprises
sous le terme general d'etoffes, etaient fournies par le roi, qui en
retenait la valeur sur le prix des tapisseries achetees par lui. Un
laboratoire de teinture, joint aux ateliers, etait dirigepar le Fla-
mand Josse van den Kerchove; on n'y teignait que les laines. Les
soies arrivaient prates a etre employees. Les chefs d'atelier res-
taient libres d'accepter les commandes des particuliers. Le salaire
des ouvriers etait fixe d'apres un tarif assez complique, variant
a Tinfini, suivant la nature et la difficulte du modele. Le travail



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SECONDE MOITIE DU XVIP SlfeCLE 343

se calculait au baton , sorte de mesure speciale aux ateliers de tapis-
serie, import^e de Flandre. Les chairs, les visages, les mains
faisaient Tobjet de conventions particuli6res. Le tarif des prix
pendant les premiers temps de la manufacture ne nous est pas
parvenu; on connait seulement celui de la derniere moitie du
xviije siecle.

U resulte des Comptes des bdtiments de Louis XIV que les ta-
pisseries de YHistoire du roi, les plus riches et les plussoignfes qui
soient sorties de FateUer des Gobelins, furent payees sur le pied
de 400 livres Taune a Lefevre et de 450 livres a Jans. Ce simple
detail est la constatation en quelque sorte officielle de la superiority
du dernier. Nous sommes loin, comme on voit, des prix cou-
rants du commencement du siecle, des 15 et 20 livres par aune
demandees par les tapissiers d'Aubusson, et des 30 ou 33 livres
donnees a Daniel Pepersack pour les tentures de Reims.

II faut aj outer que, lorsqu'il s'agissait d'un ouvrage moins difficile
et moins complique que YHistoire du roi, le tarif de Taune variait
de 200 a 250 livres. Les pieces des SUments ou des Saisons coA-
terent au roi 230 livres Taune; YHistoire d* Alexandre, 210 livres,
et les Actesdes apotres, 200 livres seulement. G'etait le prix des
ouvrages de haute lice, quel qu'en fiit Tauteur. Celui de basse
lice etait sensiblement inferieur; ainsi les tapisseries des £i^-
ments, ^valuees en haute lice a 230 livres Taune, n'etaient payees
que 127 livres a Delacroix, le tapissier de basse lice.

Les quatre ateliers des Gobelins comptaient environ deux cent
cinquante ouvriers, non compris les apprentis. On rencontre
parmi eux des individus de toutes les nationalites , notamment de
nombreux Parisiens. Ainsi Henri Laurent, descendant en droite
ligne de Girard Laurent, le tapissier de Henri IV, dirige pendant
quelques annees une partie des metiers de basse lice.

Jean Vavoque, ne vers 1638, etait repute un des plus habiles
ouvriers de son temps. Entre dans Tatelier de Jans des Tage de treize
ou quatorze ans, il etait toujours charge des ouvrages les plus
delicats, tels que les t^tes et les carnations. Ses descendants ont
travaill^ a la manufacture jusqu'au commencement du xix^ siecle.
Le dernier repr&entant de la famille n'est mort qu'en 1829.

Mathurin Texier, probablement Parisien comme Vavoque, ^tait
entre a Tatelier au mdme age et a la meme epoque que lui.

Jean Souet, ne vers 1653, debute aux Gobelins en 1668. II etait



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344 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

egalement renomme pour les t6tes et les carnations. II a mis sa
signature au bas de plusieurs pieces.

Claude Simonnet, ne vers 1648, ne fut admis qu*en 1680. Le
dernier de ses descendants est mort a la manufacture en 1831.

Jean-Baptiste Gaucher ne parait qu*en 1683. II n'a pas laisse
une grande reputation d'habilete.

Tous ceux que nous venons de nommer travaillent sous laconduite
de Jans , avec Corneille de Vos, de Bruges, Frangois Lasnier, Bar-
thelemy Dubois.

Dans les autres ateliers se rencontrent les noms de plusieurs
Anversois : Jacques Ostende, dont un descendant fort 2ige habitait
encore les Gobelins il y a une trentaine d'annees; Ambroise van
der Busch et Barfhelemy Benoist. D'autres etaient venus de
Bruxelles; c'etait Jacques Benseman, Guillaume Duchesne et Ga-
briel Dumontel, arrive avec ses deux fils vers 1673.

Toute une legion de peintres 6tait occupee a traduire en grandes
dimensions et a peindre les sujets et les ornements dont Le Brun
donnait le croquis ou Tebauche. Au premier rang de ces actifs
collaborateurs parait le Flamand Adam-Frangois van derMeulen,
qui peignit la plus grande partie des modeles de VHistoire du
roi. Les Residences royales ou les Mois de Tannee exigerent le
concours de cinq artistes differents : van der Meulen donna le sujet
des fonds ; Anguier dessina Tarchitecture ; les grands personnages
du premier plan, les tapis et les orfevreries sont de Baudrin Yvart;
les animaux, de Boels, et les fleurs, de Jean-Baptiste Monnoyer.

Le Brun executa presque seul les tentures des Saisons et des
tlUments, VHistoire d' Alexandre, les Festons et Rinceatix, les
Muses, sans cesser d'avoir la haute main et la supreme direction
sur tout ce qui se faisait autour de lui.

Noel Coypel fut charge de rajeunir les vieux modeles italiens des
Triomphes des Dieux, et, en leur imprimant une allure toute fi*an-
gaise, il en fit une des tentures les plus charmantes qui soient
sorties des Gobelins.

Plusieurs artistes etaient specialement attaches a la manufacture
et recevaient de ce chef un traitement fixe , en dehors de leurs
travaux. A cette categoric appartiennent Loir, peintre de paysages,
d'animaux et d'ornements ; Genoels , peintre d'histoire et de paysage,
ainsi que de Seve; Houasse, peintre d'animaux; Verdier, qui pei-
gnait les fleurs; Bailly, peintre en miniature, et Francois Bonne-



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SECONDE MOITIE DU XVIP SifiCLE 347

mer, chargd de transporter les compositions de Le Brun sur des
etoffes de soie a gros grain , imitant la lapisserie. Bonnemer fut
investi un peu plus tard de la surveillance des apprentis.

M. Lacordaire n*a pas compte moins de quarante-neuf artistes
employfe^ sous la ccTnduite de Le Brun, a la preparation des
modules. Leurs noms sont indiques dans la notice que cet auteur
a consacr^e aux Gobelins. La manufacture des meubles de la cou-
ronne comprenait alors, comme on Ta dit, les artisans les plus
habiles dans tons les genres, mosaistes, fondeurs, ciseleurs, sculp-
teurs en bois et en pierre ; Girardon , Coustou , Coysevox y avaient
leurs ateliers, a cOt^ des Keller, des Tubi, des Caffieri, des Gucci
et de maint autre praticien eminent employ^ a la decoration des
residences royales.

Le rapprochement de ces talents divers, concourant tons au
mSme but, produisit d'immenses et feconds resultats. Les Go-
belins constituaient, sous Louis XIV, une sorte de grande ecole
d'art decoratif , qui donna au goiit frangais une influence prepond^-
rante pendant plus d'un si6cle sur TEurope entiere.

II s'agit maintenant d'etablir le bilan des productions de cet
atelier si bien organise. VInventaire du mobilier de la couronne,
dresse au debut du regne de Louis XIV et tenu au courant de
toutes les additions successives, va nous fournir les renseignements
les plus precis sur la periode brillante qui s'etend del662a 1694.

Les archives de la manufacture font absolument defaut pour ce
laps de temps. Quant aux Comptes des batiments du roi, ils de-
vraient jusqu'a un certain point supplier a cette lacune; mais ils se
contentent le plus souvent d'indiquer la somme totale attribuee a
I'entrepreneur dans le cours de Tannee, et relatent tres rarement le
nombre et le sujet des pieces livrees. Ainsi on sait, par le compte
de 1668, que Jans avait en mSme temps sur le metier une piece
des Actes des apdtres, deux des Saisons et des &Uments, cinq de
VHistoire du roi, quatre de VHistoire d'Alexandre, deux des
Mois ou Residences royales , deux pieces arabesques et six de M6'
Uagre. La m^me annee , Henri Laurent travaillait a une tapisserie
des Actes des apotres, a deux des tlUmentSy a une des Saisons,
a une de VHistoire du roi et a trois d' Alexandre, tandis que
Lefevre terminait un sujet de VHistoire du roi, un des Actes
des apdtres, quatre de V Alexandre et un des Mois, Pendant
ce temps , Tatelier de basse lice de Delacroix etait aux prises avec



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348 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

neuf pieces des Saisons, quatre des £Uments et douze entre-
fenfires. Ce seul exemple donne une idee de Tactivite deployee par
la manufacture royale dans le cours de Tannee qui suivit sa con-
stitution definitive.

Si les Comptes des batiments sont muets'le plus souvent sur le
litre des sujets executes dans les divers ateliers, ils tiennent du
moins une note exacte des sommes remises annuellement a chaque
entrepreneur. Nous avons, a Taide de ce document authentique,
dresse un tableau des payements annuels depuis 1664, premiere
ann^e des comptes, jusqu'en 1694, c'est-a-dire jusqu'au moment
ou la fabrication est presque entierement arretee.

Pendant cet espace de trente et un ans, reduits a vingt-sept
par suite de Tomission de la deper.se des manufactures dans les
registres de 1674 , 1672, 1677 et 167 J, Jans re?ut la somme totale de
769,830 livres; Lefevre, 348,924 livres; Henri Laurent et Mozin,
qui remplace Laurent a partir de 1670, se partagent 312,849 livres;
enfm Delacroix eut pour sa part 280,159 livres, soit une depense
totale de 1,711,762 livres, ou 2,000,000 en chiffres ronds, en
tenant compte surtout des quatre annees sur lesquelles les rensei-
gnements font defaut. Le total le plus elev^ est celui de 1669. Jans
et Lefevre ne touchent pas moins de 128,000 livres pour ce seul
exercice. La moyenne est de 22 a 25,000 livres par an pour Jans,
de 12 a 15,000 pour Lefevre, de la mfime somme pour Mozin,
et de 8 a 10,000 livres pour Delacroix. A Taide de ces details,
on arriverait a evaluer, a peu de chose pres, la quantite d'aunes
carrees fabriquees par chaque entrepreneur pendant la periode qui
nous occupe.

En 1695, au compte des Gobehns ne figurent que les pensions des
tapissiers et les travaux des batiments. Une recapitulation des
depenses de toute nature faites pour la manufacture pendant les
trente et une annees de sa plus grande prosperite s'eleve a
3,645,943 livres, y compris les ouvrages de la Savonnerie. Soit en-
viron 12,000,000 de francs, au pouvoir actuel de Targent, pour une
periode de trente ans. « Pendant la guerre, que les ouvrages ont
cesse, ajoute le rapport auquel nous empruntons une partie de
ces details, Sa Majeste a fait des pensions aux principaux ouvriers
de la manufacture des Gobelins, d

On a maintenant une idee des sacrifices faits pour assurer Texis-
tence et la prosperite de la celebre manufacture des meubles de



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SECONDE MOITIE DU XVIP SIECLE 351

la couronne. Voyons maintenant les resultats. Nous en emprunle-
rons Texpos^ a Tlnventaire du mobilier de Louis XIV, dont il a 6te
parl6 ci-dessus.

Cent une tentures, comprenant huit cent vingt-quatre pieces de
tapisserie, ex^cutees dans les ateliers des Gobelins depuis leur reor-
ganisation par Colbert, figurent sur cet inventaire.

Dix-sept de ces suites, ou cent dix-neuf tapisseries, entrerent au
mobilier avant le 20 fevrier 1673. Cent cinquante pieces sont ajou-
tees aux premieres de 4673 a 1681. De 1681 a 1685, quatorze ten-
tures, composees de cent une tapisseries, sont d^posees au garde-
meuble. De 1685 a 1697, il est execute vingt-deux tentures et
deux cent vingt-cinq tapisseries; enfin, pendant les dix-huit der-
nieres annees du regne, la fabrication s'eleve a trente-deux suites,
formant un total de deux cent vingt-sept pieces.

En examinant le detail de chacune de ces cinq periodes, on a la
date approximative des differentes series tissees sous Louis XIV.
II est bon d'observer tout d*abord que la plupart des tapisseries
qui vont etre ^num^rees etaient rehaussees d'or et d'argent. Sur
Tensemble, vingt-trois tentures seulement, ou deux cent sept
pieces, etaient en laine et en soie, sans or; ces dernieres, a vingt



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