Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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articles pres, sont toutes posterieures a 1685.

A la premiere periode, s'etendant jusqu'en 1673, appartiennent
six Porti^es de Mars^ douze Portidres aux armes, six du Char de
triomphe, d'apres Le Brun; deux Histoires de Constantin, Tune
en cinq, Tautre en six pieces, d'apres Raphael et Le Brun; une
suite des Muses, en dix pieces; une Histoire de Moise, en trois
panneaux; une Histoire de MiUagre, en huit sujets; trois ten-
tures des &Uments, en huit pieces chacune, et trois des Saisons,
une en huit et deux en six pieces. Toutes les suites dont nous
n'indiquons pas Tauteur sont inscrites dans Tinventaire sous le nom
de Le Brun. II en est de mSme pour les series ^numerees ci-apres
sans nom d'artiste.

De 1673 a 1681, les &Uments, en huit pieces, sont encore
r^p^t^s trois fois; on refait un Constantin , d'apres les modeles
deja employes , en huit pieces ; les Muses fournissent deux suites
de dix et de huit panneaux; les Saisons ne paraissent qu'une fois,
pour quatre pieces ; puis nous avons deux suites de Y Histoire du
roi, en douze pieces chacune; trois Histoires d' Alexandre, deux en
onze et une en huit sujets; deux suites des Maisons royales, en



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352 IIISTOIRE DE LA TAPISSERIE

douze et huit pieces; les Festons et rinceaux, en huit pieces, et
qualorze entre-fenetres aux chiffres du roi.

La troisieme periode (1681-1685) voit terminer les tentures sui-
vantes : deux Alexandre , six et trois pieces; les Saisons, huit
pieces, avec quatre entre-fenetres; deux pieces de VHistoire du roi,
six des Enfanls jardiniers; puis six tentures des Maisons royales,
avec les signes des mois, savoir : deux en douze pieces, una en
dix , deux en six et une en quatre pieces , le tout accompagne de
vingt entre-fenetres executes pour la meme tenture; enfin le Chd-
lean de Fontainebleau et le Siege de Doiiai , pieces isolees, rehaus-
sees de fils d'or, comme les precedentes.

Apresl685, la fabrication, reprend une nouvelle activite; mais,
a partir de cette date, il faut distinguer les tapisseries rehaussees
d'or de celles qui ne comportent qu'un melange de laine et de
soie. Dans la premiere categorie rentrent trois suites A' Alexandre,
deux de douze, une de onze pieces; deux tentures des Maisons
royales, en douze et en six morceaux; quatre entre-fenetres pour
cette suite des Chdteaux; deux series, de dix sujets chacune, des
Logcs du Vatican, d'apres Raphael; vingt- quatre portieres aux
armes , six portieres de Mars et autant du Char de triomphe.

Pendant cet espace de temps (1685-1697) , un certain nombre
de tentures de laine et de soie sont mises sur le metier aux Gobe-
Hns; precedemment on n'avait execute, sans melange de fil d'or,
que sept pieces de Verdures et de Chasses, d'apres Le Brun; six
portieres de Mars et six du Char de triomphe, Mais, apres 1685,
on cherche a realiser de serieuses economies. Voici Tenumera-
tion des tentures sans or datant de cette periode : les Fruits de
la guerre, de Jules Remain, en huit panneaux; les Mois grotesques,
du meme, douze pieces; les Chasses de Maximilien, d'Albert
Durer, — nous respectons les attributions du registre, — formant
deux tentures de douze pieces; les Indiens et Animaux des hides,
deux series de huit pieces chacune; VHistoire de Scipion, de
Jules Remain, dix pieces; les Mois, de Lucas, en douze pieces;
Apollonet les Saisoi^s, pour Trianon, en quatre pieces ; enfin douze
portieres de Ma7*s et quatorze du Char de triomphe.

Apres Tannee 1697, la fabrication, un moment suspendue, est
reprise, et la liste est encore longue des ouvrages rehausses d'or
qui entrerent au garde -meuble jusqu'a la mort de Louis XIV.
Ce sont : les Saisons, quatre portieres, executees sur les dessins



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SECONDE MOITIE DU XVIl° SifeCLE 355

de Qaude Audmn; elles obtiennent un tres vif succes, aussi ne
les recopie-t-on pas moins de sept fois ; puis les Triomphes des
dietix, d'apres Raphael suivant Tinventaire, ou plutot d'apres
Noel Coypel, quatre fois r^p^t^s, et formant trois tenlures de
huit pieces et une de six; les Sujets mythologiqueSy d*apres Jules
Romain et Raphael, toujours au dire de Tinventaire, en quatre series
de huit pieces chacune ; les sujets peints dans la galerie de Saint-
Cloud par Mignard, le successeur de Le Brun, comme directeur de
la manufacture, comprenant les Quatre Saisons, Latone et le Par-
nasse, trois tentures de six sujets chacune; deux suites de quatorze
pieces, dont quatre entre-fenetres, d'apr6s les Loges du Vatican;
six pieces repr^sentant les En f ants jar dirtier s; six Termes pour
entre-fenfitres; enfin les Mois grotesques d bandes, une des plus
charmantes inventions decoratives de Claude Audran, en trois
panneaux.

Pendant la mfime p^riode, les tapisseries ex^cutfes en laine et
sole consistent surtout en Portiires de la Renommie (vingt-six
pieces), de Mars (dix-huit pieces), du Char de Triomphe (huit
pieces), en entre-fenfitres des Chasses de Maocimilien (douze pieces),
et en Termes d'entre-fenfitres (douze pieces).

II ne faut pas croire que les tapisseries dont on vient de lire la
longue enumeration constituent toutes les richesses en ce genre du
mobilier de la couronne sous le r^gne de Louis XIV. Nous n'avons
parie que de cent tentures et de huit cent vingt-cinq pieces; or
rinventaire ne comprend pas moins de trois cent vingt-sept tentures,
se decomposant en deux mille cinq cent huit tapisseries et cent
quarante sujets d^pareilles. Sans entrer dans un detail qui nous
entrainerait trop loin, il suffira de signaler trente-cinq tentures
de Tancienne fabrique de Paris, quinze de Tatelier des de la
Planche, cinquante- trois de la manufacture de Beauvais, qua-
rante- six des fabriques de Bruxelles, vingt d'Angleterre, seize
d'Audenarde, enfm d*autres, en plus petit nombre, d'Anvers, d'A-
miens, d'Aubusson, de Cadillac, de Bruges, de Felletin, deMaincy,
de Tours, etc.

Quelques-unes des tapisseries comprises dans la liste chronolo-
gique dress^e plus haut exigent quelques mots de commentaire.
Les suites dH Alexandre, de YHistoire du roi, des Maisons royales,
des Triomphes des dieiuc, sont c^l^bres; il con vient d'indiquer les
sujets dont se composait chacune d'elles.



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356 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Pour les Saisons et les £Ume7its, tout commentaire serai t super-
flu. Les gravures de Sebastien Leclerc ont suffisamment repandu
les celebres compositions de Le Brun et les devises qui leur servent
d'accompagnement.

VHistoire d' Alexandre comprend un nombre variable de sujets,
parce qu'on y ajoutait, suivant les besoins, des fragments de com-
bats en panneaux plus etroits que les episodes principaux. I^s
compositions qui constituent Telement fondamental de la tenture
representent : la Bataille d'Arbelles, la Bataille d^Issus, Porus
"devant Alexandre, les Reines de Perse aux pieds d* Alexandre,
VEnMe d' Alexandre d Bahylone. Le succes de Toeuvre fut im-
mense, a en juger par les repetitions faites dans tous les ateliers
de France et de Tetranger. Les lapissiers de Bruxelles s'en empa-
rerent. M. Edouard Andre possede plusieurs pieces avec les deux
B, qui en certifient Torigine. D'autres traductions bien infe-
rieures pamissent sortir des fabriques d'Aubusson et de Felletin ;
enfm nous connaissons certains exemplaires de cette histoire ou
la taille des personnages est r^duite de moitie. Tel est celui dont
la ville de Paris possede plusieurs sujets.

Ullisloire du roi est incontestablement le type le plus acheve
de la fabrication des Gobelins. SMI fallait clioisir dans chaque
siecle un ^chantillon donnant la plus baute id^ de Tart a ses
difKrents ages, le xvii^ siecle ne pourrait rien proposer de supe-
rieur a cette tenture. Les bordures, dont les gravures de Sebastien
Leclerc, reduites au format de ce volume, conservent au moins le
dessin, offrent une composition des plus beureuses et une deli-
catesse exquise. Cette suite se composait a Torigine de douze su-
jets; d'autres scenes furent ajoutees apres coup aux compositions
primitives, dont Tinventaire royal nous donne la liste exacte que
nous copious : Le Sacre du roi, VEntrevue des rois d'Espagne
et de France dans Vile de la Conference , le Mariage du roi (voir
p. 349), le Renouvellement de Valliance avec les Suisses, la Prise
de Marsal, VEntrde du roi dans Dunkerque, V Audience du car-
dinal Chigi, la Prise de Lille, la Ddroute des Espagnols com-
mandos par Marsin (voir p. 353), le Siege de Douai (voir p. 357),
le Siege de Tournai, la Prise de Dole,

Pour les fails de guerre, on avail choisi, non les victoires les plus
memorables du regne, mais celles ou le roi avait paru en pei^onne.
Les scenes d'interieur, comme V Audience du cardinal Chigi, ont



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SEGONDE MOITIE DU XVI1° SIECLE 359

conserve de precieux details sur rameublement et la decoration
interieure des appartements de Versailles. La plupart des pieces
portent dans leur bordure laterale les dates du commencement et
de la fin du travail. L'execution d'une seule tapisserie exigea par-
fois cinq annees et meme davantage*.

II existe un certain nombre de repetitions des scenes de YHiS"
toire du rot, peintes sur une etoffe de sole qu'on appelait gros de
Tours; le grain de cette etoffe donne de loin Fillusion de la tapis-
serie. Le mobilier national conserve plusieurs pieces ex^cutees par
ce procede, notamment la Prise de Douai. Frangois Bonnemer
excellait dans ce genre de peinture.

Aux douze compositions constituant a Torigine la tenture de YHis-
toire du roi vinrent s'ajouter successivement le Bapt&me du Dau-
phin, la Visite de Louis XIV aux Gobelins, dont on trouvera dans
ce volume une reproduction en couleur, la Construction de Vhdtel
des Invalides, le Due d'Anjou receuant la couronne d'Espagne.

Cette magnifique serie, une des plus importantes et des plus riches
a tous les points de vue qu'on connaisse, suggererait encore bien
des observations; mais, comme on profite maintenant, et avec
raison , de toutes les occasions pour en exposer les differentes pieces ,
nous nous en tiendrons a ce qui vient d'etre dit.

Aucune des tentures dues a la collaboration de Le Brun et de
ses nombreux auxiliaires ne fut plus souvent reproduite que celle
des Mois ou des Chdteaux royaux. La disposition est des plus
ingenieuses : deux colonnes , deux Termes ou deux pilastres encadrent
le fond, ou est representee la residence, anim^e par une scene de
chasse ou par quelque f6te. Sur le devant, des valets a la livr^e royale
etendent sur une balustrade qui traverse le premier plan de riches
tapis d'Orient, tandis que des animaux singuliers, des oiseaux au
plumage eclatant, une somptueuse orfevrerie garnissent les places
vides, le devant ou les coins. Voici la liste des pieces de cette
suite, dans Tordre des mois :



* Nous avons relev^ sur les pieces mfimes les dales suivantes : Sacre du roi
(1665-1671), Mariage du roi (1667-1672), Alliance des Suisses (1667-1675),
Reduction de Marsal (1669-1675), Audience du cardinal Chigi (1671-1676),
Defaite de Marsin (1670-1675), Visile des Gobelins (1673-1679). De ces dates il
r6sulte que la premiere tenture n'6tait pas termin^e en 1673, au moment ou fut
arr^l^e la premidre partie de Tinventaire du mobilier de la couronne.



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LE CHATEAU DE MONCEAUX

Tapisserie de la suite des Moia ou des Retidencet royales,

execut^e a la manufacture des Gobelins ,

vers 1670.

(Mobilier national.)



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362 IlISTOIRE DE LA TAPISSERIE

des dieux resteront comme ]e type
accompli de la tapisserie decora-
tive. La serie se composaii de huit
pieces. Pour completer la tenture,
Coypel avail ajoute le Triomphe de
la Philosophic et celui de la Foi
aux anciens modeles consacres a
Tapotheose de Bacchus , de Nep-
tune ^ deMinerve, de VSnus, d'Her-
cule et de Mercure, On trouvera
plus loin (p. 265) le dessin du
Triomphe de Vdnus , mais sans
la bordure, dont le detail infini
etait trop difficile a reproduire.

La place nous manque pour
nous etendre comme il convien-
drait sur d'autres suites qui ne le
cedent nullement a celles qui vien-
nent d'etre examinees. Y a-t-il
rien de plus charmant que les
Scenes mythologiques animees de
gracieuses danses de Nymphes , et
encadrees dans une bordure d'une
merveilleuse finesse et d'une exe-
cution admirable?

A-t-on jamais copi^ les anciens
modeles avec une fidelite plus
scrupuleuse que celle qu'ont mise
nos maitres tapissiers a reproduire
les Chasses de Maximilien? C'est
a ce point que les imitations se
distinguent difficilement des ori-
ginaux. Ainsi nous avons en-
tendu vanter comme des pieces
du xvie siecle venant de Theri-
tage des Guises plusieurs pan-
neaux de cette serie conserves
ju^Q^ a Ghantilly qui, outre la signa-

Dc la suite des Mois grotesques a bandea, {hyq treS appareute de Dcla-

par Claude Audran. ^'■

( Manufacture des Gobelins. )



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SEGONDE MOITIE DU XVIT SIECLE



363



croix, le tapissier de basse lice,
offrent un temoignage plus de-
cisif encore de leur date et de
leur origine : je veux parler de la
bordure imitant un cadre dore,
rehausse dans les angles de guir-
landes de fleurs. C'est, en effet,
vers la fin du xvii^ si^cle que les
bordures , a Timitation des cadres
en dorure, font leur premiere ap-
parition. Desormais la tapisserie
tend a devenir de plus en plus la
copie de la peinture, en abdiquant
son r61e independant et sa mission
decorative.

Le Brun reste a la tfite de la
manufacture des Gobelins jusqu'a
sa mort. Mignard le remplace en
1690; mais il est trop vieux pour
exercer quelque influence sur la
direction des ateliers. Son passage
est marque seulement par la copie
des peintures decoratives de la ga-
lerie de Saint- Cloud, representant
les Quatre Saisons, avec Latone et
le Parnasse. Nous touchons d'ail-
leurs aux jours nefastes, aux de-
sastres qui mirent un moment en
peril Texistence mfime de Tetablis-
sement. Toutefois, de la courte di-
rection de Mignard date une crea-
tion des plus utiles : Tinstallation
d'une Academie de dessin d'apres
I'antique et le module vivant,
ayant a sa tfite deux peintres et
deux sculpteurs.

Cependant la guerre a suspendu
tous les travaux de luxe; les ou-
vriers cong^dies s'engagent dans



MARS

De la suile des Atois grotesqtiea a bandes,

par Claude Audran.

( Manafactiire des Gobelins. )



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364 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

J'armee ou retournent dans leur
pays natal. Jans lui-meme, le ce-
lebre Jans, recoit un conge Tauto
risant a se retirer a Bar- le- Due,
ou il attendra les instructions du
roi. Cette situation deplorable dura
jusqu'a la paix de 1697. Jans est
alors rappele ; Lefebvre reprend en
meme temps sa place a la tete de
son atelier. Les comptes nous ap-
prennent que, dans le cours de
Tannee 1699 , les divers metiers
avaient produit quatre-vingt-dix-
sept aunes et demiede tapisserie,
payees 53,000 livres.

Mais la tradition est rompue,
les chefs d'atelier ont vieilli; ils
n'ont plus Tardeur et Tacti-
vite necessaires pour former de
nouveaux apprentis. Le Brun n'est
toujours pas remplace. A Mignard
a succede un architecte, Jules Har-
douin Mansart; celui-ci fait das
efforts desesperes pour retenir Te-
tablissement sur la pente fatale.
N'ayant pas les lumieres et le
temps necessaire pour diriger lui-
meme les travaux, il cree une
place de peintre inspecteur charge
de surveiller Texecution des ta-
pisseries. Mansart meurt en 1708,
et est remplace par un grand sei-
gneur, courtisan consomme, leduc
d'Antin , qui se decharge sur Tar-
chitecte Robert de Cotte du soin
des manufactures royales.

Pendant les vingt dernieres an-
p^g.p^yj^,g nees du regne de Louis XIV, les

De la suite des Mots grotesques a bandes, tapiSSierS dcS GobeliUS Ue SOnt

par Claude Audran. *■

(Mi.nufacture dea Gobelins.)



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366 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

guere occupes qu'a copier les anciens modeles; c'est ce qui res-
sort clairement de la liste des suites entrfes dans les magasins du
mobilier de la couronne a cette ^poque. La premiere Tenture des
Indes, imitee de sujets indiens, offerts au roi par le prince d'Orange,
qui furent plus tard entierement refaits par le peintre Frangois
Desportes, est a peu pres le seul modele nouveau dont Tapparition
soit signal^e sous la direction de Mansart. On n'ose pas entreprendre
de grands travaux. On cherche avant tout Teconomie; on execute
beaucoup de portieres et d'entre-fenfitres. De cette p^riode datent les
Saisons grotesques, de Claude Audran, et les Mois grotesques d
bandes, du mfime, modele charmant, sans pr&^dent, et qui mal-
heureusement n'aura pas d'imitateurs. Avec ces deux suites, d'un
goilt tres original, tres nouveau, le xviiicsi6cle entre en sc^ne. Un
artiste comme Audran eilt ete capable de reg^nerer la manufacture.
II fallait un peintre delicat et ing^nieux; le roi nomma le due d' An tin.
Cependant de I'administration de ce grand seigneur, qui se
prolongea jusqu'en 4736, datent quelques sujets nouveaux. Cesgont
les scenes de YAncien et du Nouveau Testament, empruntees a
Coypel et a Jouvenet; les Chasses de Louis XV, commencees en
4733; mais c'est trop empieter sur le xviiie siecle. Nous revien-
drons sur cette periode quand nous en aurons fmi avec les tapis-
siers fran^ais et etrangers de la fin du xviP si6cle.

Manufacture royale de Beauvais, — Dans les lettres patentes
de 4664, organisant la manufacture royale de Beauvais, le roi declare
avoir en vue le retablissement <r de la maniere de tapisseries de celles
de Flandres , dont la manufacture avoit cy devant este introduite en
la bonne ville de Paris et les autres du royaume par les soins du
feu roy Henry le Grand... » Comme la basse lice fut de tout temps
seule en usage a Beauvais, ce passage confirme ce qui a 6te dit
plus haut sur Tintroduction de la basse lice a Paris sous Henri IV.

Louis Hinard, marchand tapissier et bourgeois de Paris, etait
place a la tete des ateliers de Beauvais aux conditions suivantes :
le roi payait les deux tiers de Tachat du terrain et du prix des con-
structions necessaires a la manufacture, jusqu'a concurrence de
30,000 livres. Une somme egale etait avanc^ a Tentrepreneur pour
Tacquisition des laines, soies, etoffes et tentures necessaires; mais
ces dernieres 30,000 livres, ne portant pas d'interfit, devaient 6tre
remboursees dans un delai de six annees. Le nouvel atelier de Beau-



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SEGONDE MOITIE DIJ XVIP SIECLE 367

vais prenait le litre de Manufacture royale de tapisserie. Nous pas-
sons sous silence les articles et privileges de moindre importance.

En echange de ces avantages , Hinard avail pris , sans doute assez
t^merairemenl, Tengagement d'enlrelenir cenl ouvriers des la pre-
miere annee, el d'augmenlerson personnel d'un nombre egal lous les
ans, jusqu'a ce que la manufacture complat six cents tapissiers.

Une des clauses du contral assurail a Tentrepreneur une prime
de 20 livres pour chaque ouvrier qu'il ferail venir de Tetranger.
Enfm une pension annuelle de 30 livres elail allouee pour la de-
pense de chaque apprenti forme dans la maison , sous la condition
que Tenlrepreneur entretiendrail toujours cinquante apprentis au
moins; Tapprentissage devait durer six annees.

Hinart ne possedait ni I'activile ni les ressources n^cessaires
pour mener une aussi lourde enlreprise. Au lieu de s'employer
loul enlier a la prosperile de la nouvelle manufaclure, il conlinuail
a s'occuper d'un atelier de douze metiers qu'il possedail a Paris,
dans la rue des Bons-Enfants. En vain Colbert le pressait-il de
salisfaire a ses engagemenls. En huil ans, Hinarl avail regu plus
de 200,000 livres, donl la majeure parlie ^lait payfe a litre d'a-
vances, de primes pour les ouvriers venus de Tetranger, ou de
pensions pour Tenlrelien des apprenlis.

Les tenlures livrees au roi figurent dans celle somme pour
73,000 livres environ. EHles elaienl au nombre de vingl-huit el
representaienl, aulant qu'on peul le savoir par les comptes, des
verdures peupl^s d'animaux el de petites figures. Ce genre resla
I'apanage a pen pr^s exclusif de la manufaclure de Beauvais. Un
article des depenses de 1669 nous apprend qu'elle complail alors
cenl deux apprentis. II y a loin de ce chiffre aux cinq a six cents
eleves imposes a Fentrepreneur par les lellres palenles de 1664.

Apres une experience de vingt annees, la manufaclure peri-
clilail, el il fallul aviser. Cette fois, le roi eul la main heureuse.
Louis Hinarl ful remplace par un lapissier nomme Philippe
Behagle, apparlenanl a une famille distinguee d'Audenarde, qui
possedait des armoiries avec celle devise : Bon guet chasse mala-
venture, Behagle ou Behagel, pour conserver au nom sa forme fla-
mande, elail fixe a Paris depuis quelque lemps deja. II avait epousd,
a Sainl-IIippolyle, la paroisse des lapissiers, une demoiselle van
Heuven, qui lui donna un fils. Celui-ci, nomme Jean-Baptiste,
suivil la carriere palernelle. Un descendant dudirecteurde Beauvais



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368 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

habitait encore, en 1749, la rue de Richelieu et prenait la qualite
de banquier.

L administration de Philippe Behagle releva completement Teta-
blissement chancelant. II put recueillir, en 1694, une partie des
tapissiers des Gobelins que la penurie du tresor jetait sur le pave.
Un rapport de 1G98 constate que Tatelier comptait alors quatre-
vingts ouvriers, et que Tentrepreneur imprimait une excellente
direction aux travaux, y prenant part lui-meme, et se reservant
pour lui et ses Ills les ouvrages les plus d^licats, comme les tetes
et les carnations.

Pour en arriver a ce resultat, rhabila directeur n'avait eu
besoin que d'un pret de 15,000 livres ; aussi , quand il visita la
manufacture, en 1686, Louis XIV ne marchanda pas les temoi-
gnages de satisfaction. Une inscription, plac^e dans le jardin de
Tetablissement, conserva longtemps le souvenir de la place ou le
roi avait compliments le directeur en lui posant familierement la
main sur Tepaule.

A rinitiative de Beliagle la manufacture dut la creation d'une
ecole de dessin. Un artiste nomme Lepage en eut la direction
jusqu'a sa mort. L'oeuvre la plus considerable de notre tapissier
existe encore dans la cathedrale de Beauvais. Elle represente les
Actes des apolres, d'apres Raphael. Presque toutes les pieces
portent la signature P. Behagle. L'encadrement, forme de guir-
landes de fleurs, rappelle le genre special de decoration dans
lequel les tapissiers de Beauvais ont de tout temps excelle.

Les succes de la manufacture royale exciterent Temulation des
magistrats de la ville. lis attirerent, en lui offrant des avantages
considerables, un tapissier d'Audenarde fixe a Lille depuis 1680.
Seduit par les promesses de la municipalite de Beauvais, Georges
Blommaert emigrait dans cette ville avec son fils Jean, vers 1684.
On ne possede aucun renseignement sur les destinees de cet eta-
blissement prive.

En 1704, Philippe Behagle meurt; sa veuve et ses fils gardent
pendant six ans la direction des ateliers. Mais les fils ne pos-
sedaient pas les capacity du pere, et bientot les resultats
acquis se trouverent compromis. Les freres Filleul furent appeles
a la tete de la manufacture par lettres paten tes de 1711; ils
n'avaient aucune des qualites necessaires pour relever la fabri-
cation. Aussi les productions de Beauvais sont-elles jugees tres



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SECONDE MOITIE DU XVII° SIECLE 3G9

severement dans rappreciation des ateliers contemporains placee
par les tapissiers parisiens de 1718 en tSte de leurs statuts. Ce
m6me document nous apprend que la marque ordinaire de la
manufacture de Behagle etait un coeur rouge entre deux B, tra-
vese par un trait blanc dans le milieu. Plus tard, le nom de la
ville fut inscrit en toutes lettres dans la lisiere. On verra plus
loin les nouvelles vicissitudes que la manufacture eut a traverser
pendant Tadministration de Merou, avant de passer sous la direc-
tion repara trice du peintre Oudry.

Gisors. — A c6te des manufactures cel^bres des Gobelins et de
Beauvais, diverses tentatives, dues aFinitiative de quelques entre-



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