Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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preneurs particuliers , avaient ete faites pour repandre dans les
provinces les procedes de la tapisserie au metier.

Le baron Davillier a fait connaitre Texistence d'un petit atelier
cree dans la ville de Gisors, en 1703, par un certain Adrien
de Neusse, originaire d'Audenarde, qui avait travaille quelques
annees a Beauvais. Bien accueilli par les magistrats, le tapissier
leur offrait, en 1708, en temoignage de reconnaissance, un por-
trait de Louis XIV execute sur ses metiers. Cette piece, conservde
au musee de Gisors, est aujourd*hui le seul temoignage connu du
talent d'Adrien de Neusse. Tout porte a croire que son entreprise
n'eut pas une longue duree et donna peu de resultats.

Torcy, — II en fut probablement de mfime de la tentative faite,
quelques annees plus tard, pour doter le bourg de Torcy d'une
manufacture de tapisseries. Le souvenir n'en a ^t^ conserve que
par les lettres paten tes soUicitees et obtenues, en octobrel711, par
Jean-Baptiste Baert, tapissier de haute et de basse lice, naturalist
frangais des 1674, deja directeur d'une entreprise de meme nature
a Lille d*abord, puis a Tournai. Get entrepreneur avait atteint deja
un age avance quand il obtint les lettres de 1711 ; le moment n'etait
guere favorable pour une pareille entreprise. Aussi, malgre les avan-
tages concedes a Jean-Baptiste Baert, malgre le droit de prendre
le litre de Manufacture royale de tapisseries, Tatelier de Torcy ne
parait-il pas avoir reussi et n'a-t-il laisse aucune tmce.

On trouve une famille de tapissiers du nom de Baert installee
a Cambrai au milieu du xviii^ siecle. Eile descendait probable-
ment du Jean-Baptiste Baert fixe a Torcy en 1711.

2/i



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370 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Amiens. — La ville d'Amiens possMait encore, vers la fin du
xviic siecle, des metiers de haute lice. Le fait est atteste par les
tapissiers parisiens dans Tintroduction aux statuts de 1718. II se
trouve confirm^ par la demarche tentfe, en 1683, par un tapissier
sergier de Reims, qui, ayant regu d'un bourgeois de la ville la
commande de plusieurs tentures, appela des ouvriers de haute lice
d' Amiens pour lui prfiter assistance. Les noms de ces artisans ont
ete signales par M. Loriquet, qui a fait connaitre ce curieux temoi-
gnage de la persistance de la tapisserie a Amiens. Nous en avons
deja dit quelques mots plus haut.

Nous ne nous occupons point ici du travail des tapis a haute
laine, dits a la fagon du Levant, qui se fabriquaient a la Savonne-
rie. Cette industrie est compl^tement independante de la tapisserie
de haute ou de basse lice. Constatons toutefois, en passant, que
r^tablissement cree par Pierre Dupont et Simon Lourdet re^ut
de Louis XIV de precieux encouragements.

Les ecrivains contemporains vantent beaucoup le tapis en quatre-
vingt-douze morceaux commande pour couvrir le parquet de la
grande galerie du Louvre. L'exfeution d'un pareil travail exigea
naturellement un temps considerable. L'inventaire du mobilier
de Louis XIV a conserve la description minutieuse de ces quatre-
vingt-douze pieces, dont la plus grande partie existe encore dans
les magasins du mobilier national.

Aubusson, Felletin et Bellegarde. — Les manufactures d'Au-
busson, de Felletin et de Bellegarde profiterent, elles aussi,
dans une large mesure de la sollicitude de Colbert pour toutes
les industries nationales, et durent a sa protection comme une
sorte de renaissance. Un des premiers soins du ministre avait ete
de provoquer une enquete sur les besoins des fabricants de la pro-
vince. Les chefs d'atelier ainsi soUicites envoient, le 17 octobre 1664,
un des leurs, Jacques Bertrand, porter aux pieds du souverain
Texpression de leurs voeux. A son retour, un projet de reglement
est arrets dans une assemblee generale des habitants; ce projet
rcQoit la sanction royale au mois de juillet 1665.

Les entrepreneurs d'Aubusson , qui occupaient encore de quinze
a seize cents ouvriers, attribuaient la decadence de leurs metiers
a deux causes principales : mauvaise qualite des laines et de la



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SEGONDE MOITIE DU XVIP SifeCLE 371

teinture, absence de bons modules. Les remedes indiqu^s etaient :
la visite des pieces fabriqu^es, qui seraient a Tavenir munies
d'un plomb certifiant leur origine et leur bonne execution ; Tenvoi
d'un peintre charge de fournir des modeles nouveaux, et d'un
habile teinturier qui enseignerait aux Aubussonnais les secrets de
la teinture. Enfm on demandait Texemption de certaines tailles et
une juridiction plus rapprochee que celle du parlement de Paris.

Quelques-uns des points principaux avaient 6t6 accord^s. Les
fabricants furent astreints a la visite et a la marque. lis eurent
d^sormais le droit d'inscrire sur la fagade de leurs ateliers : Manu-
facture royale d'Aubusson; mais on oublia de pourvoiraux besoins
les plus urgents. Distrait par d'autres soins, Colbert n'envoya,
malgre ses bonnes dispositions, ni le peintre ni le teinturier pro-
mis. La ville d'Aubusson devait attendre bien longtemps la cr&tion
d'une ecole de dessin.

Les ateliers de Felletin, qui jadis avaient lutt^ sans trop de
d&avantage avec leurs voisins, qui se prevalaient m6me de leur
anteriorite, Etaient bien d^chus de leurs anciennes pretentions.
C*est a peine si Colbert parait connaitre leur existence. Jamais il
n'est question d'eux dans la correspondance du ministre. II ne s'a-
dresse qu'aux entrepreneurs d'Aubusson. L'inKriorite de la fabrica-
tion de Felletin est un fait desormais acquis; elle ira toujours en
s'accusant davantage pendant le cours du xviiP si6cle.

Les metiers de Bellegarde jouissaient de quelque notori^te sous
le regne de Charles IX; depuis cette ^poque, ils avaient constam-
ment decline. lis existaient encore sous Louis XIV, mais en si
petit nombre que personne ne s'interessait a leurs travaux. D'une
pi6ce decouverte par M. Perathon il r^sulte que la tapisserie de
Bellegarde etait des plus communes. Elle se payait, en 1634,
40 sous Taune carree.

Seuls les metiers d'Aubusson m^ritent de retenir un instant
notre attention. Le grave oubU de Colbert ne tarda pas a porter
ses fruits. L'industrie de la Marche se trouvait deja compromise
quand la revocation de I'edit de Nantes vint lui porter un dernier
coup. Plus de deux cents ouvriers quitterent alors la ville, malgr^
les peines ddictees contre les fugitifs. A la fin du xvii^ siecle, la
situation des ateliers etait des plus pr^caires. Un intendant de
MouUns proposait, en 1698, de soutenir les entrepreneurs en
leur avangant quelques sommes d'argent sans interSt; mais il ne



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372 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

put 6tre donne suite a ce projet. La detresse du royaume ne le
permettait pas. 11 faudra bien des annees aux fabricants d'Au-
busson pour se relever de leur chute.

Cependant le metier de basse lice ne cessa jamais complete-
ment d'etre en usage dans la province qui lui devait sa principale
ressource. On manque de donnees precises sur la quantite de ten-
tures sorties de ces ateliers modes tes; mais, si on songe que plu-
sieurs milliers d'ouvriers vivaient de la tapisserie, tant a Aubusson
qu'a Felletin , a Bellegarde et dans les villages avoisinants , on pent
se faire une idee de la production considerable de ces modestes
manufactures provinciales.

Quand on parcourt les inventaires des ^glises ou des simples par-
ticuliers au si^cle dernier, on rencontre dans les plus pauvres pa-
roisses, dans les plus modestes menages, quelques pieces a sujets
religieux ou a verdures. Si les belles tentures des manufactures
royales sont exclusivement reservees aux palais et aux chateaux
princiers , les pieces tissees a Aubusson etaient accessibles aux
fortunes les plus modiques, et bien pen de bourgeois se refusaient
le luxe d'une ou deux chambres garnies de tapisseries d'Auvergne.

Trop pauvres pour payer des modeles, les entrepreneurs de la
Marche se contentaient ordinairement de copier les sujets en
vogue. Aubusson avait la specialite des compositions a person-
nages, tandis que Felletin, faute d'ouvriers habiles, n'osait guere
s'aventurer hors du genre des verdures. La plupart du temps, des
gravures grossiSrement coloriees leur servaient de types; le meme
sujet etait repete indefmiment quand il obtenait quelque succes
aupr6s des clients.

Nous avons rencontre plus d'une fois des pieces de VHistoire
d* Alexandre, d'apr^s Le Brun, sorties, sans doute possible, des
fabriques marchoises.

II ne faudrait pas croire cependant que ces humbles artisans
fussent incapables d'un effort plus serieux quand un chent exi-
geant et riche faisait appel a leur habilet^. Nous avons deja releve,
dans rinvenlaire du mobilier de la couronne, la piece, rehaussee
d'or et de soie, representant TElement de la Terre^ d'apres Le
Brun, qui provenait d'un atelier d'Aubusson. C'est probablement
cette tapisserie qui fut payee 1,080 livres, d'apr^s les comptes des
batiments royaux pour 1666, a Jacques Bertrand, ce d^legu^ de
Tindustrie aubussonnaise venu a Paris, Tannee precedente, pour



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SECONDE MOITIE DU XVIP SIECLE 373

presenter les doleances de ses compatriotes. II est permis de sup-
poser qu'il avait apport^ avec lui, pour fournir une preuve du
savoir-faire des tapissiers d'Aubusson, cette copie d'une des pieces
des £lSments, alors dans toute leur nouveaute; le roi s'empressa,
comme il convenait, d'en faire Tacquisition.

Parmi les tapisseries de laine et de soie enumerees dans Tin-
ventaire du mobilier royal figurent quatre suites provenant d'Au-
busson, deux en sept pieces et deux en cinq. Les premieres re-
presentent des paysages avec perspectives, pots de fleurs, caisses
d*orangers et aussi quelques oiseaux et animaux*. Les deux autres,
a paysages et oiseaux, portaient dans les angles les armes de
MHc d'Orleans-Montpensier.

Nous avons egalement signale plus haut une tenture de Felle-
tin, en six pieces, representant les Femmes illustres de VAncien
Testament, entree dans le mobilier de la couronne au commence-
ment du regne de Louis XIV. On a vu que cette tenture, mesurant
quarante aunes de superficie environ, et rehauss^e d'or, avait ete
payee la somme relativement enorme de 6,718 livres. EUe merite
de sauver de Toubli le nom de son auteur, le tapissier de Felletin,
Bajon Lavergne.

Nous sommes loin cette fois des tapisseries a 40 sous Taune.
En somme , on connait aujourd'hui fort peu de productions authen-
tiques des fabriques d'Aubusson ou de Felletin anterieures au
xviiF siecle. D'ailleurs , Tage exact d'une verdure est toujours dif-
ficile a determiner, ce genre subalterne n'ayant jamais fait Tobjet
d'etudes serieuses et approfondies.



* Le prix de ces deux tentures d'Aubusson figure au compte del671 ; ellesavaient
cotkt6 ensemble 3,316 livres 5 sous. Les deux autres, portant les armes de la
grande Mademoiselle, 6taient probablement arrivees dans le mobilier de la
couronne par legs ou heritage. Leur entr6e est post6rieurc a 1701.



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CHAPITRE HUITIEME



LA TAPISSERIE DANS LES PAYS-BAS, EN ITALIE, EN ALLEMAGNE

EN ESPAGNE, EN RUSSIE

DEPUIS 1660 JUSQU'A LA FIN DU XVIII° SINGLE



PAYS-BAS ESPAGNOLS

Bruxelles. — Les ateliers renommfe de la capitale des Pays-
Bas se trouvaient en pleine decadence quand les succes de la
manufacture des Gobelins vinrent effacer leur reputation s^cu-
laire. La suprematie des metiers bruxellois sur tons les autres
tapissiers de TEurope, si longtemps incontestee, n'existait plus;
ils avaient trouve leurs maitres dans les artisans dirig^s par
Jans et par Lefebvre. Desormais le mot Gobelin deviendra, non
seulement en France, mais aussi dans tons les pays voisins, sy-
nonyme de tapisserie de haute lice d'une perfection achevee. Encore
aujourd'hui, ce terme est constamment applique a des tapisseries
qui n'ont rien de commun avec les productions de notre manufac-
ture nationale.

Les ev^nements politiques et militaires avaient exerce Tinfluence
la plus funeste sur Tindustrie bruxelloise. Periodiquement envahis
par les troupes du roi de France, mal defendus par les ministres
et les generaux du souverain debile qui fit attendre sa mort plus
de trente ans, les Pays-Bas souffraient cruellement de la presence
des gens de guerre, des sieges et des bombardements.

Cependant un certain nombre de chefs d'atelier lutterent jus-
qu'au bout contre ces conditions desastreuses. Parmi ces hommes



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376 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

energiques figurent Jacques Coenot, entre dans le metier en 1650
et doyen en 1690; Adrien Parent, qui debute en 1654, et entre-
tient encore, en 1675, huit metiers avec vingt ouvriers et cinq ou-
six apprentis; Marc de Vos, dont les descendants continuerent les
travaux pendant pres d'un siecle, et qui a signe avec Jean-Fran-
Qois van den Hecke plusieurs pieces representant les Saisons, un
Sacrifice d Diane et quatre episodes de la Vie de CSsar, decrits
dans le catalogue de Berwick et d'Albe.

Albert Auwercx, dont le nom paralt pour la premiere fois
en 1657, a mis sa signature au bas de quatre panneaux de VHis-
toire du comte Guillaume Raymond de Moncade, seigneur d'Airola,
en Sidle, plusieurs fois exposes a Paris en ces dernieres annees.
Les bordures surtout sont d'une fantaisie exquise. Le meme Auwercx
a tisse quatre pieces de VHistoire de saint Paul; le carton de la
sc6ne du martyre se trouvait naguere chez le comte Vilain XIV.

Un Albert Auwercx figure comme tapissier a Bruxelles en 1717;
ses trois fils Philippe, Guillaume et Nicolas continuerent les tra-
ditions paternelles.

Deux pieces representant Louis XIV approuvant les dessins de
Vhotel des Invalides et la Revocation de VMit de Nantes, proba-
blement d'apres des modeles de Le Brun , sortaient de Tatelier de
J. (Joris ou Georges) Peemans, tapissier a Bruxelles en 1665.
Ces tapisseries figuraient aTexposition de Milan, en 1874.

Gerard Peemans (1665-1683) a signe une Histoire de Vempc-
reur Aurilien et de la reine Z^nobie, executee sur les cartons de
Jean Snellinck le Vieux; M. Braquenie possede une piece de cette
suite : Zdnohie a la chasse. Une tenture des Actes des apotreSy
d'apres Raphael , porte aussi le nom de G. Peemans.

Les de Broc ^taient issus d'une famille de peintres. Anselme de
Broc, qui travaillait de 1671 a 1681, a tisse une suite de cinq
pieces relatives a V Education du chevaL

La famille van derBorcht ou Borght, qui devait fermer la hste
glorieuse des tapissiers bruxellois, avait une origine identique a
celle des de Broc. Plusieurs peintres de ce nom s'etaient fait
connaitre au xvi^ siecle. Leurs descendants debutent dans Tart du
tissage vers 1676. Un Jacques van der Borcht signe a cette
epoque un Triomphe de Neptune et d'Amphitrite, d'aprSs les car-
tons de Jean van Orley. II vivait encore en 1706.

Le nom A. Castro, qui se rencontre sur certaines tentures, notam-



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PORTIERE AUX ARMES D ANGLETERRE

Tapisserie do Bruxelles. — Commencemenl dii xviii« sidcle.

(^ApDartenunt k M. Bellenot. )



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378 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

ment sur une suite de Chasses, en cinq tableaux, sur une riche
portiere aux armes d'Angleterre , appartenant a M. Bellenot , dont
on donne ici le dessin, et au has de plusieurs tableaux a la
Teniers, ne serait, suivant M. Wauters, qu'une traduction ou un
equivalent de van der Borcht. L'historien des tapisseries bruxel-
loises suppose que la signature A. Castro a servi simultanement
a plusieurs tapissiers contemporains.

Jean de Melter, auteur d'une Scdne champitre, exposfe au musee
national de Munich, d'un Campement et d'un Sacrifice d' Abraham,
conserves au palais royal de la memo ville, et tons trois signes,
avait dmigr^, en 1688, a Lille, ou il mourut dix ans apr6s.
Vers 1694, il songe un moment a aller fonder une manufacture
a Madrid ; mais ce projet n'eut pas de suite.

Guillaume Warnier dpousa, en 1700, la fille de Jean de Melter et
donna un grand developpement a Tatelier de son beau-p6re, comme
nous le verrons bientdt.

Guillaume Foulon, de Namur, admis dans la corporation des
tapissiers vers 1680, en mSme temps que son fils Guillaume-
Francois, se livrait surtout a la fabrication des verdures. Sa signa-
ture a ete relevee sur une tenture de VHistoire d* Alexandre, ter-
min^e en 1681.

Au debut du xvup siecle , la ville de Bruxelles ne comptait plus
que cent cinquante ouvriers en tapisserie, travaillant sur cinquante-
trois metiers repartis entre neuf ateliers. Depuis longtemps, le metier
vertical etait d^laisse pour le precede plus expMitif et partant plus
economique de la basse lice. Voici les noms des neuf chefs d'ate-
lier existant encore en 1700.

Auvercx (Albert) occupant cinq metiers.

De Clerck (Jerdme)

De Vos (Josse)

De Potter (Guillaume)

Peemans

Rydams (Henri)

Van den Ilecke (Franyois)

Van der Borcht (Gaspard)

Van der Borcht (Jacques) » huit d

De Potter est reste inconnu. Jerome de Clerck cede bientdt son



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LA TAPISSERIE ETRANGERE AU XVIIP SIECLE 379

entreprise a Jean- Bap tiste Vermilion, lequel cesse sa fabrication
vers 1730.

Josse (le Vos, le plus renomme des maitres de ce nom, a tisse
vers 1712, pour Vienne, une copie de la Conquete de Tunis. On
lui attribue aussi la tenture des Campagnes du gdniral due de
Marlborough y pour Blenheim, et les Vidoires du prince Eugdne
de Savoie, conservees a Vienne. II travailla beaucoup pour les
maisons de Merode et d'Arenberg. Dans Thotel de cette derniere
famille, a Bruxelles, est exposee une suite, en six pieces, des
Amours de VSnus et d* Adonis, d'apr^s Francois van Orley, ce
descendant de Bernard qui avait laisse perir pendant le bom-
bardement de Bruxelles, en 1695, les fameux cartons des Belles
Chasses, executes par son aieul.

Le fils de Josse, Jean-Frangois de Vos, occupait encore huit
metiers en 1736. Un certain Jean-Baptiste de Vos a signe deux
pieces d'apres van der Meulen : VArriv4e au camp et la Levie du
camp,

Pierre van den Hecke, fils de Jean-Frangois, travaillait en 1710
et ne mourut qu'en 1752. On rencontre fr^quemment des pieces
accompagnees de sa signature ; Thotel de ville de Gand possede de
lui une tenture en neuf sujets tires de Thistoire et de la mytho-
logie. Parmi les cartons vendus a sa mort avec son fonds, sont
enum^rees sept compositions de Jean van Orley, sur VHistoire de
PsycM, et une suite des Femmes illustres, par de Haese. On cite
encore, au nombre des oeuvres de ce laborieux tapissier, les Saisons
(quatre pieces), les Elements (deux pieces), les Plaisirs du monde
(six pieces), les Fetes des paysans (neuf pieces), une Histoire de
don Quichotte, a petites figures (huit pieces).

Urbain Leyniers, fils de Gaspard, un des plus habiles teintu-
riers de son temps , avait conserve les secrets de son pere pour la
coloration des laines. Parmi les tapisseries qui portent sa signa-
ture, il faut signaler les trois pieces de la salle du conseil communal
de Bruxelles, qu'il executa avecRydams, sur les cartons de Victor-
Honor^ Janssens. En voici les sujets : !<> Philippe le Bon, due de
Bourgogne , remettant le don de joyeuse entrie aux reprisentants
des trois ordres lors de son avdnement, en 1430; 2^ Abdication de
Charles- Quint en 1555; 3° AlUgorie sur Vinstallation de Vempe-
reur d'Autriche Charles IV, comme due de Brabant, en 1717.
Ces tapisseries n*ont point de bordures ; ce sont de veritables tableaux



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380 , HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

en laine. Urbain Leyniers a encore execute une Pdche au poisson,
appartenant a la famille d'Arenberg, et sept pieces de YHisloire de
don Quichotte,

Le fils d'Urbain, Daniel Leyniers, exergait, comme la plupart de
ses ancetres, la double profession de teinturier et de chef d'atelier.
II a execute une AlUgorie relative au commerce, C*est a lui que
s'adresse le magistrat de Bruxelles pour Texecution des tentures
offertes au marechal de Saxe, nomme gouverneur general des
Pays-Bas par le roi de France, apres la conquete de 1748. Ces
tentures representaient les Triomphes des dieux, en sept pieces,
VHistoire de Moise, en six pieces, et des Pay sans, de Teniers
(cinq pieces). La depense totale s'elevait a 12,800 florins.

En 1768, Daniel Leyniers, qui employait encore huit tapissiers,
ferma son atelier. Son fils Jacques-Joseph-Xavier tenta de re-
prendre la suite de ses affaires. Un frere de ce dernier, nomme
Frangois, a signe trois tapisseries de la Vie de Morse, appartenant
a M. Berardi.

Gaspard van der Borcht, qui possedait cinq metiei^ en 1700,
meurt en 1742. Deux de ses fils, Jean-Franyois et Pierre, le rem-
placent. Parmi leurs principaux travaux, on signale les huit scenes
de la Vie du Christ, executees en 17*31 pour Teglise Saint -Dona-
tion, de Bruges, sur les cartons de Jean van Orley. EUes avaient
coilte 46,000 florins, et sont aujourd'hui conservees dans Teglise
Saint- Sauveur, ou on les expose les jours de fete.

Pierre van der Borcht a signe des Fetes champetres et des Pay-
sages Hoff4s de figures. Son inventaire apres deces (1763) men-
tionne une suite de sept panneaux, d'apres Wouwermans, des
scenes de camp, des chevaux a Tabreuvoir, des sujets militaires.

Le frere de Pierre, qui s'appelait Jean -Francois, est Tauteur de
deux tapisseries exposees dans le choeur de Teghse Sainte-Gudule,
a Bruxelles, aux jours de solennite religieuse. Le sujet de ces pieces
est le Poignardement des hosties et les Hosties remises a Varchi-
prStre de Bruxelles en 1585.

Jean- Fran (;ois van der Borcht mourut en 1772, laissant un fils
nomme Jacques , qui fut le dernier des fabricants bruxellois. La
fabrique de Sainte-Gudule possede quatre pieces de lui, executees
sur les cartons du peintre de Haese. On lui attribue un certain
nombre de tentures conservees a Vienne, soit dans le mobilier im-
perial, soit dans les collections privees.



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LA TAPISSERIE ETRANGERE AU XVIIF SIECLE 381

Cependant rien n'avait ete epargne par le gouvernement des
Pays-Bas pour arrSter la- decadence de Tindustrie nationale. En
1707, une ordonnance, renouvelee en 1733, exemptait de tous
droits d'entree et de sortie <t les tapisseries vieilles ou nouvelles,
simples ou melees de sole, d'or et d'argent. Le prince Charles de
Lorraine fait de son c6te de serieux sacrifices pour prolonger
la vie du metier de basse lice. Sur les comptes de 1756 et 1757
figurent des sommes 61evees payees au peintre de la Pegna pour
cartons de tapisseries fournis sur les ordres du gouverneur
general.

Malgre tous ces efforts, Bruxelles ne possede plus, en 1763,
que trois ateliers, bientdt reduits aux etablissements des Leyniers
et des van der Borcht. La fabrication du premier prend fin en 1770,
et le gouvernement paye aux neuf ouvriers restes sans ouvrage
une pension de 5 florins par semaine. Au bout de deux annees, la
pension est supprimee; on engage les tisserands qui la recevaient
a entrer cliez Jacques van der Borcht.

En 1770, le conseil des finances avait pris Tengagement envers
van der Borcht de lui faire executer chaque annee 'pour 4 a
5,000 florins de tapisseries , afin de Taider a nourrir ses ouvriers,
Gette promesse fut fidelement observee pendant deux ans; mais
bientot les commandes font d^faut, et le travail est presque com-
pletement arrete. Les ouvriers partent pour les villes de Madrid
et de Saint- Petersbourg, qui leur avaient adresse des offres avan-
tageuses.

Quand Tempereur Joseph II visita la ville de Bruxelles, en 1781 ,
Tetablissement de van der Borcht, le dernier des tapissiers bruxel-
lois, ne comptait plus que trois metiers en activite. En 1789, on
r^clamait a ce fabricant certains dessins de tapisserie appartenant a
I'empereur, qui lui avaient ete pretes.

Le deces de Jacques van der Borcht, mort ceUbataire le 13 Jan-
vier 1794, mit un terme a cette lente agonie de laglorieuse Industrie
bruxelioise. Le dernier representant de la tapisserie flamande lais-
sait en magasin un certain nombre de tentures ; elles furent ven-
dues quelques annees plus tard au roi de Westphalie, Jerdme Napo-
leon, et perirent dans Tincendie du palais de Cassel.

On a signale, au cours de ce travail, les causes multiples de la
decadence et de la ruine du metier qui avait fait la reputation
et la fortune des artisans rtamands. Elies se trouvent resumees



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382 IIISTOIRE DE LA TAPISSERIE

SOUS une forme saisissante dans un curieux Memoire presente, en
1777, par le magistral de Bruxelles, en reponse aux demandes
faites par le dernier des van der Borcht.



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