Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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Simonet cede, en 1717, la place a Pietro Ferloni, qui reste
jusqu'en 1770 a la tete des tapissiers romains. Ferloni avait a sur-
veiller le travail de quatre ou cinq ouvriers et de six apprentis.
Ces chiffres prouvent peremptoirement que Tatelier pontifical
occupe une place des plus modestes dans Thistoire generale de
la tapisserie. Si les archives n'avaient pas garde les documents qui
ont recemment permis de reconstituer son histoire, la perte n'eilt
pas ete bien grande.

Les ouvriers de Ferloni deployerent a coup silr une certaine
activite pour produire les nombreuses pieces enumerees dans les
registres de Tetablissement. Sous Clement XI sont tisses deux
portraits du pape, une scene representant le Pontife approu-
vant V4tablissement de la manufacture , di\ pieces sur la Puissance
temporelle et spirituelle du pape, la Purification de la Vierge, la
Descente du Saint- Esprit, la Trinity, le Pasce oves.

Sous le court pontificat de Benoit XIII, les tapissiers ne terminent
qu*un Christ en croix et quelques paysages.

Pendant le regne de Clement XII (1730-1740), successeur de
Benoit XIII , nos artisans montrent i)lus d ardeur. lis livrent



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LA TAPISSERIE ETRANGERE AU XVIIP SIEGLE 393

quatre pieces des Saisons et une suite de quatrc Paysages. lis
tissent en m6me temps des teiitures pour plusieurs particuliers et
fabriquent aussi des tapis de pied , genre Savonnerie.

Benoit XIV (4740-1758) offre aux ambassadeurs des diverses
puissances une dizaine de pieces provenant de Tatelier de San-
Michele. Au debut de cette periode, les tapissiers du pape ten tent
de fonder un second etablissement sur la place de Santa- Maria- in-
Transtevere. Cinq panneaux a Sujets militaires, signes Santi Riutti
et conserves a la villa Albani, passent pour Toeuvre des artisans
installes a Santa- Maria.

Clement XIII (4758-1769) continue les traditions, de son pre-
decesseur en distribuant aux ambassadeurs etrangers des suites
tissees dans Tatelier pontifical. Une tenture en sept pieces est
mise sur le metier pour la chapelle Pauline du Quirinal ; cinq
autres tapisseries de la mfime epoque sont conservees au Va-
tican.

Pietro Ferloni avait su maintenir Tatelier confie a ses soins dans
une bonne direction ; on doit lui faire honneur de la meilleure
part dessucc6s de Tetablissement pontifical. En effet, a peine Ferloni
est-il mort (1770) et remplace par Giuseppe Folli , que la fabri-
cation offre des signes sensibles de decadence. Folli reste a la tete
de la manufacture romaine jusqu'en 1791 , epoque a laquelle Filippo
Pericoli prend sa place.

Sous le pontificat de Pie VI (1775-1799), Tactivite des tapissiers
ne se ralentit pas. Le nombre des tentures terminees est encore
considerable; mais Texecution laisse de plus en plus a desirer.
C'est sous la direction de Pericoli que sont tissees les scenes de
VHistoire des premiers Romains, qui decorent la salle du Trone,
dans le palais des Conservateurs , a Rome.

La revolution et Texil du pape suspendirent le travail de la
manufacture pontificale. Gregoire XVI (1831 1846) la retablit, et
elle continua ses travaux, sous le pontificat de Pie IX, jusqu'en
1870. A cette epoque, M. Pierre Gentili, auteur d'un essai sur
rhistoire de la tapisserie romaine, dirigeait les travaux.

D'apr6s M?r Barbier de Montault, qui a etudie avec un soin par-
ticulier les tentures de Rome, la manufacture de Saint- Michel
aurait marque ses productions de la representation de Tarchange,
son patron, dans un medallion en camaieu. Deux autres ateliers
remains contemporains, peut-etre des ateliers libres places sous la



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394 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

protection nominale du Saint- Siege, auraient eu pour marque dis-
tinctive, Fun une liare, Tautre Remus et Romulus allaites par la
louve, en camaieu.

Turin, — Nous avons vu Vittorio Demignot, petit- fils de Tan-
cien tapissier turinois, apres avoir etudi^ sous les maitres fla-
mands, s'arreter un instant dans la ville pontificale, en 1715, et
se rendre a Florence Tannee suivante, pour y demeurer jusqu'a la
suppression de Tetablissement ducal. Le talent distingue de Demi-
gnot le designait naturellement a la direction de la manufacture
que le due de Savoie etablit dans sa capitale en y appelant les
ouvriers florentins sans ouvrage.

Deux ateliers furent installes simultanement a Turin en 1738.
L*un, de basse lice, etait confie a Demignot; celui de haute lice
avait pour directeur Antonio Dini. Le chevalier de Beaumont, pre-
mier peintre de la cour, et le comte Bolgaro avaient la haute surveil-
lance des travaux destines au palais du chef de la maison de Savoie.
Le nombre des ouvriers s'elevait a quatorze, plus quatre apprentis.
Chacun d'eux recevait un traitement fixe dont le montant est
indique par les pieces comptables.

Vittorio Demignot meurt en 1743. II a pour successeur son
fils Frangois , qui reste en fonctions plus de quarante ans. Frangois
conduisait encore Tatelier de basse lice quand il fut mis a la retraite,
en 1784. II mourut pen de temps apres.

Des 1754, la haute lice avait cesse d'etre en usage a Turin.
Dini, gratifie d'une pension, s'en alia chercher fortune a Venise.

Le chevalier de Beaumont meurt en 1766. Apres lui, le peintre
lyonnais Laurent Pt^cheux fut investi de la direction artistique des
travaux jusqu'en 1821 , date de sa mort. II etait ag^ de pres de
cent ans.

Antonio Bruno avait ete charge, en 1784, de dinger Tateher de
basse lice, en remplacement de Francois Demignot. A partir de
ce moment, la fabrication decHne sensiblement. Lors de Tarrivee de
Bruno, Tatelier se composait encore de dix ouvriers; iln'en comp-
tait plus que quatre avec un apprenti en 1791. La revolution et
Tempire ne lui permirent pas de se relever. II parvint a traverser
cette periode de guerres continuelles sans disparaitre complete-
ment; c'etait beaucoup. Enfin, en 1823, le travail est repris. Le
vieux Bruno, qui compte deja pres de quarante annees de services.



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LA TAPISSERIE ETRANGERE AU XVIIP SIECLE 395

reste a la tete de Tatelier; sous lui travaillent cinq tapissiers. Le
budget annuel est a ce moment de 15,000 francs.

L'etablissement ainsi reconstitue ne donna- t-il pas tons les
resullats qu'on esperait? Quoi qu'il en soit, la manufacture royale
de tapisseries de Turin etait delinitivement fermee en 1832. Le
personnel comprenait alors Antonio Bruno, directeur, un ad-
joint, quatre tapissiers, deux apprentis et un teinturier. L'aca-
demie Albertina regut les objets d'art appartenant a retablissement
supprime. Parmi les pieces executees dans I'atelier piemontais on
cite : les Histoires d' Alexandre , de Jules C^sar, d'Annibal et
de Cyrus, une Tempele, des Vues d' architecture, des Marines,
des Pay sages, des Bambochades. Tons les genres, comme on
voit, y furent tour a tour abordes et traites avec un certain gout.
L'exposition ouverte a Milan, en 4874, montrait plusieurs oeuvres
modernes, executees sous la direction de Bruno apres la reorga-
nisation de 1823.

Comme tons les ateliers italiens, celui de Turin n'a qu'une im-
portance secondaire. La meme observation s'applique egalement a
la manufacture de Naples, fiUe, comme celle de Turin, de la ma-
nufacture florentine.

Naples. — Quand les tapissiers de Florence durent quitter cette
ville, ils se separerent en deux bandes. Les uns remonterent vers
le nord et trouverent un asile pres du lac de Savoie; d'autres furent
recueillis a Naples. Ces derniers etaient presque tons italiens et tra-
vaillaient seulement en basse lice. Domenico del Rosso prit la direc-
tion des travaux, poste qu'il conserva jusqu'en 1761; c'est a lui
qu'on doit une copie des Quatre ^ laments, d'apres Le Brun, avec
une bordure nouvelle composee par un artiste indigene.

Au debut, la ville de Naples possedait quinze tapissiers et quatre
apprentis. Une vingtaine d*annees plus tard, vers 1758, ces arti-
sans etaient divises en deux ateliers : dans Tun, Pietro Duranti,
de Rome, presidait aux travaux de haute lice; dans Tautre, la
surveillance de la basse lice etait confiee a Michel- Ange Cavanna,
de Milan. Domenico del Rosso conservait les fonctions de direc-
teur. Les peintres G. Bonito et Guglielmo Anglois etaient preposes
a Texecution des cartons.

Les tapissiers napolitains s'appliquerent surtout a la reproduc-
tion des ouvrages sortis des Gobelins. De 1759 a 1773, Duranti



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396 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

execute une suite de Don Quichotte, copiee sur celle de Coypel
par Bonito. Get ouvrage existe encore ; la signature du tapissier se
lit sur presque tous les panneaux, dont plusieurs portent aussi des
dates. Du meme Duranti on connait encore un Enlevement de
Proserpine (4763), la Naissance de la Vierge et la Magnificence
royale (1777) j ces pieces sont conservees dans la collection royale
de Naples.

UApotMose de Charles III, du prince a qui la manufacture devait
safondation, semble ^galement sortir de Tatelier de Duranti.

On croit generalement que la fabrication napolitaine prit fin lors
de la conqu^te et de Toccupation de Naples par les Frangais,
en 1799.

Venise, — Le premier tapissier qu'on rencontre a Venise dans
le cours du xviii° siecle se nomme Pierre Davanzo. II reste dans
cette ville de 1735 a 1771, date de sa mort.

En 1700, arrive Antonio Dini, qui avait precedemment dirige
la haute lice a Turin, et que la suppression de cet atelier laissait
sans ouvrage. La serenissime republique Taccueillit avec empres-
sement. Elle lui alloua 500 ducats, plus une rente mensuelle de
25 ducats, a la condition qu'il creerait une ecole et prendrait des
el6ves. II eut jusqu'a dix ouvriers, occupes a tisser des tentures,
des etendards, des garnitures de meubles. Dini mourut a Venise,
et ses filles conserverent la direction de son entreprise; mais elle
ne produisait plus guere que des tapis de pied.

Ainsi qu'on le voit par les details qui precedent, pas plus au
siecle dernier qu'au xviP ou au xvp siecle, les tapissiers italiens
ne sauraient entrer en lutte avec les maitres flamands ou frangais.

ALLEMAGNE

Berlin, — Parmi les protestants qui abandonnerent leurs foyers
a la suite de la revocation de Tedit de Nantes, se trouvaient de
nombreux artisans de la Marche. lis allerent demander un asile a
TAllemagne; le grand electeur les accueillit avec empressement,
et c'est a ces circonstances que la ville de Berlin doit son premier
atelier. II fut fonde, en 1686, par un refugie d'Aubusson, nomme
Pierre Mercier, auquel furent attribues, des son arrivee, des avan-



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LA TAPISSERIE ETRANGERE AU XVIIP SIECLE 397

Liges considerables. Le g^rand electeur met a sa disposition toutes
les matieres d'or et d'argent dont il pourrait avoir besoin pour ses
tmvaux, et lui avance une somme de 2,400 ecus.

L'atelier de Mercier comptait neuf ouvriers; la plupart de ses
ouvrages entrerent dans la decoration des palais de Berlin, de
Potsdam et des autres residences du prince, ou on les voit en-
core. Les cartons etaient fournis par les freres Casteel, origi-
naires de Flandre.

Quelle qu'ait ete Tactivite des tapissiers de Berlin depuis leur
arrivee jusqu'a la mort de leur protecteur (4743), ils etaient en
trop petit nombre pour exercer une serieuse influence sur le deve-
loppement de Tindustrie allemande.

Parmi leurs oeuvres, conservees dans le palais de Berlin, on
remarque surtout la suite representant les exploits du grand
electeur. Ces tapisseries sont plac^es dans les apparteraents de la
reine; plusieurs portent la date de 4693. Elles donnent une idee
avantageuse de Thabilete de Mercier et de ses coUaborateurs.

II est probable qu'apres la mort du grand electeur, le fondateur
de la manufacture de Berlin quitta cette ville et alia se fixer a Dresde.
Sur plusieurs pieces dont on parlera plus loin, et qui portent toutes
une date posterieure a 4743, le nom de Mercier est suivi de la men-
tion : d Lh*esden.

Jean Barrobon, beau-frere de Mercier, avait pris sa place a la
tete de la manufacture berlinoise pour ceder bientot apres la direc-
tion a son lils Pierre, diaries Vigne, dont le nom semble indiquer
aussi une origine frangaise, remplaga Pierre Barrobon et donna a
Tentreprise un developpement considerable. L'atelierde Berlin n*au-
rait pas occupe, vers 4736, moins de deux cent cinquante ouvriers.
Ses productions se repandent alors dans tons les pays environnants et
font une concurrence serieuse aux tentures flamandes et frangaises.

On assure que le directeur de la manufacture de Berlin aban-
donna de bonne lieure la haute lice pour le metier a pedales. Le
fait demande confirmation. II semblerait, d'apres les anciennes
descriptions de Berlin et de ses environs, que les deux procedes
etaient concurremment en usage dans les ateliers prussiens.

Vigne etait mort avant 1769; mais ses heritiers avaient maintenu
la manufacture sur son ancien pied. On lit, en efiet, dans la
Description de Berlin et de Potsdam, publiee par Nicolai sous la
date de 4769, le passage suivant : <( Les tapisseries de haute et



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398 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

basse lice, semblables a celles qui se font au Brabant et en France,
dont Tetablissement existe depuis 1723, se fabriquent ici chez les
heri tiers de Charles Vigne, qui demeurent a la Ville-Neuve, a
cote des ecuries royales. Le peintre de tapisseries, Jean-Nicolas
Ludwig, peint des tapisseries sur des grosses toiles, en fagon de
haute lice, d Notre auteur revient encore sur Tindustrie des tapis-
series peintes sur toile dans la description de Potsdam , et signale
dans cette ville une manufacture de toiles peintes dirigee par le juif
Isaac Levin Joel.

La Description des palais de Sans-Souci, de Potsdam et de
Charlottenbourg , par CEsterreich, complete les renseignements
fournis par Nicolai. Dans une des chambres du palais de Potsdam,
qu'il appelle la chambre ornee de haute lice, CEsterreich signale
une Histoire de PsycM, en sept pieces « faites a Potsdam par le
manufacturier de haute hce Vigne (sic) i>, sur les modules du
peintre frangais Amedee van Loo. Une chambre voisine etait egale-
ment decoree de tapisseries a dessins de fleurs. Ces tentures doivent
se trouver encore dans les appartements des rois de Prusse.

Munich, — La premiere manufacture de Munich avait ete sup-
primee, comme on Ta vu, apres une dizaine d'annees d'existence.
Au commencement du xviiie siecle seulement, une nouvelle tenta-
tive est faite pour doter la Baviere de Tindustrie de la haute
lice. Ici encore, Tinitiative est due a des Frangais. D'ailleurs, la
diffusion de Tart frangais dans tons les pays de FEurope pendant
le cours du xviii^ siecle est un fait trop connu pour qu'il soit
necessaire d'insister. Les tapissiers suivirent Texemple donn^ par
les peintres, les sculpteurs, les architectes; ils allerent en grand
nombre chercher fortune en Allemagne, en Russie, en Angle-
terre. Les ouvriers des Gobelins n'avaient plus de rivaux depuis
la chute des metiers flamands ; aussi est - ce aux pensionnaires
de notre grande manufacture nationale qu'on s'adresse quand il
s'agit de fonder quelque atelier a Tetranger. Malgre les peines se-
veres edictees centre les ouvriers des Gobehns qui portaient au
dehors les secrets de leur art , les transfuges ne manquaient pas ,
tentes par Tappat de gros appointements.

C'est ainsi sans doute que se fonda le second etablissement
bavarois, qui eut successivement pour directeurs deux Frangais,
Chedeville et Santigny. La date de sa creation remonte a 1718. II



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LA TAPISSERIE ETRANGERE AU XVllP SIECLE 399

vecut pres d*un siecle. Presque tons ses ouvriers avaienl regu leur
education aux Gobelins ; leurs oeuvres sont encore conservees en
grande partie dans le palais royal et le musee national de Munich.
La plus aiicienne date relevee sur une des pieces de Vllistoire des
dues de Baviere est 1732. Santigny a signe de nombreuses tapis-
series de 17G7 a 1790. La plus recente sur laquelle nous ayons
rencontre son nom est un Banquet des dieux, portant le millesime
de 1802. A mesure que nous nous rapprochons de 1800, la deca-
dence s'accuse de plus en plus : mauvais dessin, execution des
plus defectueuses. II semble que, loin de son pays natal, Santigny,
qui vecut jusqu'a un age avance, ait desappris de jour en jour son
metier. I^ rapidite de Texecution contribua sans doute , dans une
certaine mesure, a ce facheux resultiit.

Ih*esde, — Deux pieces conservees dans le palais de Courlande,
les Adieux du prince FrMiric-Auguste d son pere le roi de Saxe
et la B^ceplion du prince FrM&ric- Augusle par Louis XIV a
Versailles, portent toutes deux la signature P. Meucier, d Di'csd^,
et les dates 1710 et 1719.

Le musee de la manufacture des Gobelins s'est recemment en-
richi d'un panneau de tapisserie representant une nature morte
avec des lleurs , des fruits et un lievre pendu par les pattes , signe :
P. Mercier, a Dresden, and 1715. Dans un panneau d'architecture
formant soubassement se lisent les lettres enlacees A R (Augustus
Rex), initiates du due de Saxe elu roi de Pologne en 1697.

Ces diverses signatures ne laissent pas de doute sur Texistence
d*une manufacture de tapisseries fondee a Dresde par Tancien
directeur de Tatelier de Berlin. On ignore la date de la mort de
P. Mercier.

Heidelberg. — D'autres essais sont tenters, au xviii^ siecle, pour
doter d'ateliers de haute ou de basse lice diflerentes cites alle-
mandes. On a notamment signale lexistence de Tatelier de Heidel-
berg, en activite vers 1786. Nous croyons qu*on en decouvrira
d*autres encore, quand on etudiera ce sujet de Tautre cote du Rhin
plus serieusement qu'on ne Ta fait jusqu'ici.

Nancy. — Nous avons expose plus haut les debuts de la tapisserie
a Nancy, en constatant que les premieres experiences n'avaient



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400 IIISTOIRE DE LA TAPISSERIE

produit que des resultats insigiiifianls. Cet echec ne decouragea
pas les princes de Lorraine. Quand la paix de Ryswick eut mis fin
aux guerres qui desolaient le pays , le due Leopold reprit le projel
lorme par ses ancfitres; sa perseverance fut, celte fois, couronnee
de succes.

Cliarles Uerbel, peintre altilre du due, apres avoir accompagne
Charles V dans toutes ses canipagnes, avail represents les princi-
paux episodes de la guerre dans vingt-cinq tableaux, exposes pour
la premiere fois a Nancy le 10 novembre 1098, lors de Tentree
solennelle de Leopold dans sa capitale. Charles MittS, charge de la
direction d'un atelier installe a Nancy, re^ut la mission de repro-
duire ces compositions en haute lice. En 471 1 , la suite des Con-
quetes de Charles V, executee sur des modeles peints par Martin
et Guyon, d'apres les esquisses dUerbel, etait terminee; le tapis-
sier du due livrait en meme temps une tenture des Douze Mois,
d'apres les compositions du meme Ilerbel.

Ces ceuvres existent encore. Elles sont conservees a Vienne, ou
le due Francois III les a transferees lors de son mariageavec Timpe-
ratrice Marie- Therese (1730). Sur Tune d*elles se lit la signature
abregee de Charles Mitte : C. M. E., avee la date : Nancy, 1705.
Une autre piece, la Delivrance de Vienne, porte Tinscription :
Fait a Malgrange, 1724.

Les metiers de Mitte, recrutes parmi les ouvriers des Gobelins,
etaient installes, comme Tinscription qui precede le prouve, a la
Malgrange, dans les environs de Nancy.

Un autre tapissier, nomme Bacoi*, execute a la meme epoque une
suite de portieres deeorSes d'armoiries, conservees (5galement a
Vienne, et deux portraits du due Leopold.

La corporation des tisserands avait pris assez d'importance
pour recevoir, en 1717, une organisation officielle et un reglement
particulier. EUe etait plaeee sous le patronage de saint Francois
d'Assise.

Un certain Sebastien Maugin ou Mangin, fds de Nicolas, bour-
geois de Nancy, figure sur plusieurs acles oflieiels avec le titre
d'entrepreneur de S. A. R. Peut-etre avait-il succede dans cet
office a Charles Mitte. II existe a Vienne des pieces .signees S. M.
qui lui out ete attribuees.

Toutefois aucun de ces ateliers n'eut autant d'importance et
une aussi longue duree que celui des freres Nicolas et Pierre



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LA TAPISSERIE ETRANGERE AU XVIIP SINGLE 401

Durand. Ces deux entrepreneurs installerent leurs metiers, en vertu
des leltres patenles du 10 mai 1699, dans les greniers situes a
Nancy au-dessus de la Boucherie. Leur privilege fut prorog^ a
diverses reprises ; il etait encore confirme par le due Frangois III ,
en 1736. Quand Stanislas prend possession du trdne de Lorraine,
il trouve Tatelier des freres Durand en pleine prosperite. Nicolas
meurt en 1755, a Tage de quatre-vingt-onze ans. II avait et6 pre-
cede dans latombe parsonfrere Pierre. Frangois, fils de Nicolas,
devient alors directeur de Tentreprise, avec son gendre Sigisbert
Matthieu pour associe. La manufacture de Nancy existait encore
aux approches de la revolution; mais le nombre de ses ouvriers,
qui avait ete port^ un moment jusqu'a quatre-vingts ou cent, se
ti'ouvait alors considerablement r^duit.

La manufacture des freres Durand comptait pres d'un siecle
d'existence quand elle cessa ses travaux. Elle se consacrait d'ordi-
naire a la fabrication des tentures communes, destines a Tameu-
blement des maisons bourgeoises. Les imperfections du dessin nui-
saient a leur reputation et les empSchaient d'entrer en comparaison
avec les oeuvres flamandes ou fmngaises. Les productions de cet
atelier ne quittaient guere la province; c'est ce qui explique Tim-
possibilite ou nous nous trouvons de citer une seule piSce qui puisse
lui 6tre attribuee avec certitude.

En 1734, un marchand tapissier d'Aubusson, Jean Bellot, solli-
cite et obtient Tautorisation d'etablir a Nancy une manufacture de
haute et de basse lice.

Quand le due Frangois III prit possession du duche de Toscane,
en 1737, une de ses premieres mesures fut, comme on Ta dit, de
fermer Tatelier deux fois seculaire fonde par les Medicis. Deux
ans apres, il est vrai, les travaux etaient repris; mais les tapis-
siers lorrains avaient remplace partout les italiens. Ce sont eux
qui sont charges de la direction des nouveaux metiers ; c'est a eux
que sont confies les travaux de rentraiture qu'exige la riche collec-
tion amassee par les dues de Toscane. Lors de son depart, le due
Frangois avait emporte a Florence les principaux specimens de
Tindustrie lorraine. C'est ce qui explique la presence dans les
collections florentines de plusieurs des suites signalees plus
haut.

Comme on le voit, la Lorraine et particulierement la ville de
Nancy furent, pendant tout le cours du xviii^ siecle, un centre de

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402 mSTOIRE DE LA TAPISSERIE

production active, dont le role n'a ete revele que dans ces derniers
temps, grace aux recherches de MM. Lepage et Pinchart.



RUSSIE

Nous avons note les premiers efforts tentes, des 1607, pour in-
troduire en Moscovie la fabrication des tapisseries. Si les notions
precises sur ce premier etablissemeut font defaut, on a plus de
details sur la manufacture fondfe par Pierre le Grand, en 1746,
manufacture qui prolongea son existence jusqu'a la (in du
xviiP siecle. line liste des artistes et des gens de metier appelfe
par Tempereur de Russie et autoris^s par le due d'Orl&ns , regent,
a quitter la France, contient les noms d'un certain nombre d'ar-
tisans experts dans le tissage et la teinture ; parmi eux figurent
Philippe Behagle, teinturier et tapissier; Jean Behagle, son fils;
Gabriel Renaud et Jean Renaud , son fils , teinturiers en laine , et
Claude Meriel, teinturier en soie. lis partaient sous la conduite de
Tarchitecte Le Blond, qui devait mourir en Russie peu d'annees
apr^s. Le peintre Oudry avait dii les accompagner; mais les
instances du due d'Antin le d^ciderent a ne pas quitter la
France.

La direction de la manufacture imperiale passa, en 1755, dans
les attributions du senat. Onze ans plus tard, elle recevait une
administration particuliere. En 1763, un ouvrier des Gobelins,
nomme Rondet, obtient Tautorisation de se rendre en Russie et
d'y sejourner trois anndes. Alexandre Pinchart a constate, en 1777
et Tannee ^ivante, le depart de plusieurs tapissiers bruxellois
pour la Russie. II resulte de ce fait qu'a cette epoque les metiers
^taient encore en pleine activite.

Dans le musee des voitures impdriales de Saint -Petersboui^sont
expos^es treize pieces provenant de Tetablissement cree par Pierre
le Grand. Elles representent des sujets mythologiques d'apres le
Guide et deux des quatre parties du monde : YAsie et YAmMque,
Les deux autres, YAfrique et Y Europe, dont la premiere ne serait



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