Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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qu'une copie d'une piece de la Tenture des Indes, de Desportes, se
trouvent dans une collection particuliere, ou M. Dautzenberg a i^e-
cemment constate leur presence. Ces dernieres portent un titre et
une signature en langue russe, avec lu date 1741. Elles ont i)0ur



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LA TAPISSERIE ETRANGfiRE AU XVHF SIECLE 403

bordure un cadre dore, suivant la mode du temps. Les lettres
P. E. B. enlacees se lisent dans un ecusson.



ANGLETERRE

A quelques efforts isoles et sans suite se bornent les essais faits
au xviiP siScle pour r^tablir la belle Industrie qui avait illustr^
Tatelier de Mortlake et le nom de son directeur, sir Francis Crane.

Soho. — Une collection de paysages montagneux, animfe de
groupes de paysans, d'aprfes des cartons de Francesco Zuccherelli,
decorant une vaste salle du palais de Northumberland, serait Toeuvre
d'un atelier ^tabli a Soho en 1758.

Londres, — M. Dautzenberg a releve sur une tenture de quatre
pieces, a sujets orientaux, executees sur des cartons de Leprince,
la signature : P. Saunders, London; ce qui donne a supposer que ce
Saunders etait le chef d'une fabrique ^tablie a Londres durant la
seconde moiti^ du xviii® siecle.

Fulham et Exeter. — Plus importante, sinon plus durable, pa-
rait avoir ^te la tentative du Pere Norbert, ce capucin nomade qui
nous a laisse, dans une sorte d'autobiographie, ler^cit desa bizarre
odyssee. Vers 1750, il se fixe a Fulham, fait venir des tapissiers
de France, en particuUer des GobeUns, et cree un ^tabUssement qui
compta pendant quelque temps jusqu'a cent ouvriers. Mais la
mauvaise gestion et Tinexp^rience du directeur le plongfirent dans
de grands embarras. II dut prendre la fuite. Un autre Fran^ais,
nomm^ Passavant, recueiUit sa succession et transporta Tatelier
dans la ville d'Exeter, sans parvenir a le relever.

La manufacture de Fulham et d'Exeter fabriquait certainement
des tapis de pied, genre Savonnerie. Ceilaines personnes doutent
qu'elle ait produit des tapisseries de murailles. La preuve catego-
rique de ce fait nous parait cependant ressortir de Tarriv^e des
ouvriers des Gobehns, car on sait que dans la manufacture royale
les metiers de haute ou de basse lice n'etaient employes qu'a Tex^-
cution des tentures a personnages. Tous les tapis de pied sortaient
sans exception de la Savonnerie.



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404 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE



ESPAGNE

Nous avons resume, dans un chapitre precedent (page 237),
ce qu'on sail de certain sur les premieres manufactures espagnoles.
C'est seulement au xviii^ siecle que des encouragements serieux
furent donnes, en Espagne, a Tindustrie de la tapisserie.

Madrid. — A un roi d'origine frangaise, au petit-fils de Louis XIV,
est due cette initiative. En 1720, Philippe V etablit a Santa-
Barbara , dans la casa del Abreviador, une manufacture consacree
d'abord exclusivement a la basse lice. Elle eut pour premier direc-
teur un Anversois, Jacques van der Goten, dont la famille resta
longtemps a la tfite de Tentreprise que son activite avait singuliere-
ment contribue a faire reussir. La premiere oeuvre de van der
Goten existe encore a Tatelier de Madrid. Elle represente un mar-
chand de volailles et porte la signature : H Iacobus van der
Goten fecit Maltriti, 1721.

La haute lice ne tarda pas a faire son apparition dans Teta-
blissement de Santa -Barbara. Elle fut introduite par un Fi^an-
gais, nomme Antoine Longer, qui executa, en 1730, une copie
du fameux tableau de Raphael, la Vierge d la Perle. L'atelier de
basse lice, de son cote, s'etait mis a copier une Fete rustiqiie,
dans le goiit de Teniers, et une Chasse au faucon. De la meme
epoque datent aussi les Portraits de Charles III et de la reine, sa
femme, conserves dans les appartements du palais de Madrid.

Seville. — Bient6t une fabrique est fondee a Seville (1730) par
Andre Procaccini, Tancien directeur de la manufacture Saint-
Michel, a Rome; van der Goten lui-m6me s'interesse a son instal-
lation. Mais elle succombe bientot,' apres avoir commence une
copie de la Conqudte de Tunis et Texecution d'une Histoire de
TiUmaque, exposee aujourd'hui dans le palais de TEscurial. Les
ouvriers de la fabrique de Seville trouverent un refuge dans la
maison de Santa-Isabel, a Madrid.

Les principales productions de ces differents ateliers, a part
la Conquete de Tunis et Y Histoire de TiUmaque, consistent en



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LA TAPISSERIE ETRANGERE AU XVIIP SIECLE 405

unetenlure deDon Quichotte, d'apr^s Procaccini, recopiee jusqu'a
trois fois, des repetitions de Scenes villageoises, d'apr^s Teniers,
et une piece rei^resenianlYAbondance, recemment acquise a la
manufacture m6me, par M. Darcel, pour le musee des Gobelins.
II faut citer a part la suite de quarante-cinq pieces, dont Goya
donna les modeles vers 1766 et qui, sous la denomination vague de
Los Tapices, representent des danses, jeux, divertissements cham-
p6tres et autres scenes empruntees a la vie populaire, le tout anime
par la verve spirituelle et Tentrain pittoresque du peintre des
Caprices. Cette suite pent passer pour Toeuvre capitale des tapis -
siers de Santa-Barbara. EUe d^core aujourd'hui le palais de TEs-
curial. M. Darcel a pu en acqu^rir, pour le musee des Gobelins,
un fragment representant des enfants cueillant des fruits, date
de 17(M. Le tissu est un pen gros, les tons heurtes; mais, a dis-
tance, les couleurs se fondent et produisent un effet assez gai.

La manufacture de Santa-Barbara, fermee en 1808, lors de
Toccupation de Madrid par les Frangais, fut rouverte en 1815.
Elle existe encore.



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CHAPITRE NEUVIEME



LES MANUFACTURES DES GOBELINS, DE BEAUVAIS ET D'AUBUSSON
SOUS LES RfeGNES DE LOUIS XV ET DE LOUIS XVI

(1715-1789)



Manufacture des Gobelins. — L'avenement de Louis XV n'ap-
porta pas de changement a la direction des manufactures royales.
Place dans les attributions du surintendant des batiments, arts
et manufactures royales, Tetablissement des Gobelins avait succes-
sivement releve de Colbert, de Louvois, de Jules Hardouin Man-
sart. A la mort de ce dernier, en 1708, la surintendance des
batiments etait remplacee par une simple direction confiee au due
d'Antin. Celui-ci conserva la haute surveillance des Gobelins jus-
qu'a sa mort, et eut alors pour successeur dans cette fonction
le controleur general des finances Philibert Orry.

L'influence de M^c de Pompadour fit designer, en 1747, a cette
place, dontelle reservait la survivance a son frere, Toncle de son
mari, M. Lenormant de Tournechem. Puis le marquis de Marigny
dirigea Tadministration des batiments de 1751 a 1773. L'abbe
Terrai vint ensuite et resta jusqu'a Tavfinement de Louis XVL Le
nouveau roi appela a cette haute position, dont les attributions
comprenaient tons les services qui ont constitue dans ces derni^res
annees le ministere des arts, le comte la Billarderie d'Angiviller,
qui ne se retim qu'en 1789.

Sous les ordres du directeur des batiments, un artiste etait
charge d'exercer une surveillance immediate sur tout ce qui se
faisait dans la manufacture royale. Ce poste important avait ete



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408 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

confie success! vement, comme on Ta deja dit, a Charles Le Brun,
puis a son rival, Pierre Mignard. A lamort de ce dernier, il echut
a un architecte, Robert de Ck)tte, qui le garda de1699 a 1735,
et le transmit a son fils ; celui-ci le conserva jusqu'en 1747. II
devint en quelque sorte de tradition de confier ces importantes
fonctions a un architecte. En effet, de Cotte fils a pour successeurs,
d^abord Gamier dlsle (1747-1755), puis Soufflot (1755-1780).
On revient alors aux anciens errements. Le premier peintre du
roi, c'etait alors le chevalier Jean -Baptiste- Marie Pierre, est ap-
pel6 a la direction des Gobelins; mais, a sa mort (1789), c'est
un architecte qui lui succede. Cette fois, le choix du ministre
etait bien tomb^; car nous verrona Guillaumot, apres une inter-
ruption causee par les ^venements, reprendre le gouvernement de
la manufacture et aider puissamment a son salut, puis a sa reor-
ganisation.

La surveillance artistique des ateliers etait reservee a un peintre
choisi parmi les membres de TAcademie royale. Son concours etait
d'autant plus indispensable que le chef nominal de la manufacture,
pris ordinairement parmi les architectes , ne possedait pas les con-
haissances techniques necessaires pour redresser les tapissiers et
reformer les mauvaises tendances. Parmi les artistes qui prirent
une part directe aux travaux des Gobelins figurent Antoine Coypel
et son fils Charles- Antoine, Jean-Baptiste Oudry, qui administrait
en memo temps avec beaucoup d'habilete et de succes la manufac-
ture de Beauvais, Frangois Boucher, Amedee van Loo, enfin le
chevalier Pierre.

Mais on pent dire que, sans prendre une part directe aux tra-
vaux des ateliers, presque tons les peintres en reputation du r^gne
de Louis XV apporterent le tribut de leurs talents a la manufacture
royale. Les livrets des expositions de Tancienne Academie de pein-
ture fournissent a cet egard des renseignements precieux. En effet,
depuis 1737 jusqu'a la fin du r6gne de Louis XV, ils signalent soi-
gneusement les sujets points pour etre reproduits en tapisserie.
A partir de Tavenement de Louis XVI, cette mention disparait et
est remplacee par une simple indication que le tableau appartient
au roi. II devient done plus malaise, a dater de cette epoque, de
reconnaitre les tableaux commandos pour servir de modeles aux
tapissiers.

Comme on n'a jamais songe jusqu'a ce jour a extraire des livrets



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LE RETOUR DE TOBIE

Tapisscrie de la tenture de VAncien Testament,

Manufacture des Gobelins, vers 1700.

(Mobilier national.)



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410 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

des anciens salons la liste des tableaux destines a la manufacture
des Gobelins, nous donneronsicl cette nomenclature sous la forme
la plus concise. Pour suivre Tordre chronologique , voici d'abord
Tenumeration des tentures mises sur le metier depuis la mort de
Mignard, bientot suivie de la suspension des travaux, jusqu'au
salon de 1737.

En 17il est commencee la tenture de YAncien Testament,
d'apres Coypel; peu apres, on entreprend celle duNouveau Testa-
ment, sur les modeles de Jean Jouvenet et de Restout. L'ancienne
bordure est decidement supplantee par Timitation du cadre dore;
mais, comme on pent le constater ici par le dessin de la piece
representant le Retour du jeune Tobie, ce cadre oflfre alors une
richesse de combinaisons, une ampleur qui attenue un peu les
defauts du nouveau systeme.

La tenture des Metamorphoses est mise sur le metier en 1717;
la premiere piece de Vlliade, d'apres Antoine Coypel, est entre-
prise Tannic suivante.

La belle portiere de Diane, dont nous donnons ci-contre un
dessin , date de la mfime epoque.

A I'annee 1723 remonte I'execution des premieres pieces de
VHistoire de don Quichoite, dont le modele est dil a Charles Coypel.
Cette suite, fameuse a juste titre, nous montre une des plus char-
mantes inventions imaginees par le xviiF siecle. Les epoques
anterieures n'ofFrent rien d'analogue. Son succes, comme le fait
remarquer M. Darcel, « est du auUmt aiix alentours qu'on lui
donne successivement qu'aux sujets eux-mSmes, qui, etant de
faibles dimensions, ne forment presque qu'un accessoire au mi-
lieu des ornements qui les accompagnent. j>

Sans cesse copies et recopies jusqu'a la revolution, les vingt-
trois sujets de VHistoire de don Quichotte regurent deux enca-
drements bien differents. On trouvera dans les pages suivantes un
specimen de chacun d'eux. Celui qui est compost d'une decoration
de guirlandes de fleurs, d'attributs et de medaillons se detachant
sur une sorte d'etoffe damassee, a ete tisse tan tot avec un fond
jaune, tan tot avec un fond rose. Le mobilier national possede
des echantillons de ces deux suites differentes; mais il n'a pas
garde de specimen de Tencadrement primitif, dont le seul modele
connu appartient a M. le marquis de Venneville.

L'execution et la traduction en tapisserie des vingt-trois sujets



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xvBonrog

PORTIERE DE DIANE
Manufacture des Gobelins, commencement du xviii* sidcle.



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412 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

dus a par Charles Coypel exigerent certainement plusieurs annees;
s'ils apparaissent des 1723, on ne risque rien a dire qu'ils ne
furent pas termines avant 1730 ou meme 1735. Void Tenume-
ration de ces sujets :

Don Quichotte conduit par la folic,

Don Quicholtc suspendu a la grille de Vhotellerie,

Don Quichotte armd chevalier.

La vieille Rodrigue demandant a don Quichotte de venger Vou-
Irage fait a sa fille.

Don Quichotte et les enchanteurs.

Don Quichotte se battant contre une outre.

La Conqudte de Varmet de Mambrin,

Le Combat des marionnettes,

Sancho a cheval sur le bdt,

Don Quichotte au chdteau de la Prudence,

Rencontre de don Quichotte et de la duchesse,

Don Quichotte servi par les dames.

La princesse Micomigon aux genoux de don Quichotte,

Don Quichotte combattant la tete cnchantie,

Le Chevillard.

Don Quichotte au bal de don Antonio. G'est le sujet reproduit
ci- contre.

Chasse de don Quichotte,

Don Quichotte blessi par un chat,

Sancho nommi gouverneur,

Le Repas de Sancho dans Vile de Rarataria,

Le Triomphe de Sancho,

Le Jugement de Sancho,

Les Noces de Gamache,

Si nous nous elendons ainsi sur cette suite fameuse, c'est qu'elle
represente, a notre avis, le type le plus franchement decoralif et
le plus caracteristique de la tapisserie au xviiic siecle.

Immediatement apres Vllistoire de don Quichotte y le fecond
Coypel donne aux Gobelins la tenture des Opdras. UEntrie de
Vambassadeur turc, d apres Parrocel, qu'on attribue ordinaire-
ment aux premieres annees du regno de Louis XV, ne fut entre-
prise qu'apres 1740, comme on le prouvera plus loin.



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LES MANUFACTURES FRANgAISES AU XVIIF SIECLE 415

Nomme inspecteur de la manufacture en 1736, Oudry fournit
aux tapissiers le module fort original des Chasses de Louis XV, qui
comportait un grand developpement d'arbres et de verdures.

Nous arrivons aux salons de TAcad^mie royale et aux modules
pr^sentes par les fournisseurs attitres de la maison.

D6s 1737 paraissent deux toiles de Desportes representant des
Fleurs et animaux strangers, L'insuffisance de la description ne
permettrait gu6re de supposer qu'il s'agit d'un fragment de la ce-
lebre Tenture des Indes, si on ne voyait figurer aux salons suivants
des morceaux faisant incontestablement partie de cette suite. 11
s'agit, bien entendu, de la seconde Tenture des Indes, qui, comme
on le voit, n'aurait ete entreprise qu'apr^s 1737.

L'exposition de 1738 regoit deux autres compositions de Des-
portes pour la meme tenture : une Voiture chargie de Cannes d
Sucre, trainie par deux taureaux, et un Tigre combattant un
cheval rayi. Nous abregeons les descriptions prolixes du livret.

La meme annee, Jean-Frangois de Troy envoyait de Rome le
Couronnement d*Esther pour la Tenture d*Esther, dont les autres
sujets vont paraitre successivement aux salons suivants, et Charles
Coypel mettait sous les yeux du public la composition de Renaud
et Armide, appartenant a la suite des Operas.

Le livret de 1739 mentionne encore deux tableaux de Des-
portes : un Combat d*animaux et une Ndgresse port4e dans un
hamac par deux ndgres; puis un tableau de Boucher : PsycM
conduite par Zephyr dans le palais de V Amour; un trait de This-
toire grecque, par Restout : Alexandre donnant d Apelle sa
maitresse Campaspe; enfm une des scenes de VHistoire de Jason,
nous le montrant au moment ou il tue les taureaux. Le livret met
ce tableau sous le nom de Dandre Bardon, et cependant la Tenture
de Jason est une des oeuvres les plus connues du peintre de Troy.

11 n'y a pas de doute possible sur la destination du tableau expose
par Dandre Bardon en 1739, car le catalogue a soin d'inserer cette
remarque a la suite de la description : « Les actions y sont a
gauche pour venir a droite dans la tapisserie. » D'oii il faut con-
clure que le modele etait destine aux metiers de basse lice.

11 est probable que Toeuvre de Dandre Bardon n'ayant pas satis-
fait le directeur de la manufacture, de Troy, qui venait d'obtenir
un eclatant succes avec VHistoire d' Esther, regut la mission de con-
tinuer ou de reprendre la tenture de Jason.



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416 IIISTOIRE DE LA TAPISSERIE

En 1740 sont exposes : le septieme tableau de la tenture des
Indes, un Chasseur indien tenant son arc; puis le Repas d' Esther
et le Triomphe de MardocMe; enfin VArrivie de Roger dans Vile
d'Alcine, par Collin de Vermont. Ce sujet devait sans doute prendre
place dans la tenture des Operas.

Le salon de 1741 ne regoit que deux modeles de tapisseries :
les deux derniers sujets de la Tenture des Indes, des Pecheurs
Indiens et un Cheval sauvage avec leopard, 4Uphant et autres
animaux,

De Troy complete VHistoire d'Esther, en 1742, avec MardocMe
refusant de plier le genou devant Aman^ et Aman implorant la
pita d' Esther. Boucher montrait, la mSme annee, huit esquisses de
Sujets chinois, destines a etre reproduits en tapisserie a la manu-
facture de Beauvais.

En 1746 seulement sont terminees les deux compositions de
Parrocel : VEntrie aux Tuileries et la Sortie de Vambassadeur
turCf auxquelles on attribue en general une date bien anterieure.
La mesquinerie des bordures, congues dans le genre des cadres
dores, suffirait seule a leur assignor une epoque avancee dans le
regne de Louis XV.

Au salon de 1748, de Troy, qui aterminela suite d'Esther, sou-
met en memo temps au jugement du public sept sujets de VHis-
toire de Jason. Expediees de Rome, ces toiles arrivent en retard,
et le salon est prolonge de quelques jours pour donner au public
le temps de venir les admirer. Voici le sujet de ces composi-
tions :

MMie fait preter a Jason le serment de Vdpouser. C'est le sujet
que nous donnons un peu plus loin.

Jason dompte les taureaux.

Jason seme les dents du serpent.

Jason s*empare de la Toison d'or.

Jason Spouse Crduse.

MM4e fait pirir Cr4use et son pere.

Mddde tue ses fils et s^enfuit sur un char train4 par des dra-
gons.

On voit que Toeuvre de Dandre Bardon avail ete entierement
reprise par de Troy.



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Premier encadrement de VHistoire de don Quichotte,

par Ch. Coy pel,

d'aprto une tapisserie appartenant & M. le marquis de Venneville.



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418 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

L'exposition del754 ne renfermait qu'un seul module destine aux
Gobelins : Didon faisant voir d £n^e les bdtiments de Carthage, par
Restout. C'etait le commencement d'une serie de sujets tires de
TEneide pour faire suite aux Scdnes de VEiade, qui figurent dans
les inventaires du mobilier de la couronne.

Le livret de 4753 ajoute quelques renseignements a ceux des
precedents catalogues. 11 nous apprend, en effet, que les deux toiles
de Boucher, le Lever et le Coucher du Soleil devaient 6tre exe-
cutees aux Gobelins par les sieurs Cozette et Audran, chefs des
ateliers de haute lice. Les memes etaient charges de copier la Noce
de village, peinte par Jeaurat.

Restout expose, en 4755, un Triomphe de MardocMe. Est-il destine
a remplacer celui de de Troy, envoye au salon de 4740? II est
difficile d'expliquer ces repetitions fr^quentes du m6me sujet. Nous
verrons , les annees suivantes , Restout recommencer d'autres scenes
deja traitees par son coUegue a TAcademie.

Cinq artistes differents envoient a Fexposition de 4757 des mo-
deles destines aux Gobelins. C'est d'abord Carle van Loo avec
Neptune et Amimone; puis Boucher et les Forges de Vulcain;
Natoire et YArriv4e de CUopdlre a Tarse; VEnlevement d'Europe,
par Pierre ; enfin Proserpine ornant de fleurs la statue de sa mdre
et rencontrde par Pluton, de Vien.

Tandis que Restout continue, au salon suivant (4759), sa nou-
velle interpretation de YHistoire d' Esther, avec un Mardochie refu-
sant les honneurs riclamis par Aman, Lagrenee Taine expose trois
modules destines aux tapissiers d'Aubusson. Le fait, pour etre
unique, n'en est que plus caracteristique. II prouve la sollici-
tude dont les ateliers provinciaux etaient Tobjet. Ces tableaux de
Lagrenee representaient VSnus aux forges de Lemnos, VAurore
enlevant CSphale, et le Jugement de Pdris.

En 4764 , de nouveaux noms font leur apparition ; c'est Noel
Hall^ avec les GMes de la Poisie, de VHistoire, de la Phy-
sique et de VAstronomie, et Jean -Jacques Bachelier avec les
Amusements de Venfance.

Au salon de 4763, une innovation significative se produit. Les
oeuvres des tapissiers sont exposees a c6te des peintures des aca-
demiciens. A la fin du catalogue qui indique YOrph^e descendant
aux enfers, de Restout, et le Mercure changeant Aglaure en
caillou, par Pierre, comme reserves aux Gobelins, est mentionne



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LES MANUFACTURES FRANQAISES AU XVIIP SIECLE 419

un Portraits du roi, d'apres le tableau original de Louis -Michel
van Loo, execute en haute lice par Audran.
Cette exhibition obtient un certain succes, et, en 1765, Cozette



JASON ET MEDEE

Taplsserie de VHittoire de Jason, par J.-F. de Troy.

Manufacture des Gobelins, vers 1750.

(Mobilier nmtioiul.)



s'empresse d*envoyer le Portrait de Paris de Montmartel ,
d'apres la Tour, avec la Peinture, d'apres Carle van Loo, tandis
que, parmi les tableaux points pour etre copies en tapisserie,
paraissent la Course d'Hippomene et d'Alalante, par Halle, et
le Grand Prelre Cor^sus se sacrifiant pour sauver Callirho^,
par Jean-Honore Fragonard.



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420 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Jusqu'ici la direction des bdtiments n'a guere paru s'inquieter
de la manufacture de Beauvais.

Mais voici qu'au salon de 1767 sont exposees trois compositons
de Leprince , specialement peintes pour cet etablissement et portant
les litres suivants : Jeune Fille ornanl de fleurs son berger, On ne
pent penser d tout , la Bonne Aventure.

En 1769, noavelle exhibition de tapisseries : les Portraits du
roi, d'apres van Loo; de la reine, d'apres Nattier, oeuvres de
Cozette, destinees a la salle du conseil de Tficole militaire. Halle
met en meme temps sous les yeux du public Achille d la cour de
LycomMe, tableau execute pour les Gobelins.

Le mfime Halle peint encore, pour le salon de 4771, un Silene
barbouilU de miXres par £glS, tandis que Belle, qui deviendra, un
peu plus tard, inspecteur de la manufacture des Gobelins, lui des-
tine PsycM et V Amour endormis, « faisant suite, dit le livret, a
une tenture de Charles Coypel , dont les sujets sont tires de divers
operas. *

En 1773, Amedee van Loo a termine le premier tableau d'une
suite qu'il continuera deux ans plus tard. C'est la Sultane favorite
avec ses femmes, servie par des esclaves noirs et blancs. En meme
temps, le salon revolt plusieurs tapisseries de Cozette, representant
les portraits en buste du Dauphin, de TEmpereur et de Tlmpera-
trice, reine de Hongrie. Ces portraits appartenaient a la dauphine
Marie-Antoinette. La mode des portraits en tapisserie se repand
de plus en plus ; on trouvera ci- centre un medallion ovale ou
M'^* Clairon parait sous un bien singulier accoutrement.

Enfin Amedee van Loo complete, en 1775, la suite de la sul-
tane, commencee en 1773. Les quatre nouveaux sujets retracent la
Toilette d'une sultane, la Sultane servie par des eunuques, la
Sultane commandant des ouvrages aux odalisques et une Fete
champ&tre donnie par les odalisques en presence du sultan et de
la sultane.

Nous arrivons au regne de Louis XVI. Le livret ne signale
plus, comme il le faisait precedemment, les toiles destinees a
servir de modeles aux tapissiers. II se con ten te de mentionner
les tableaux commandes pour le roi, et ils sont fort nombreux.
D'ailleurs, les qualites exquises de la peinture decorative du
xviiic siecle tendent de plus en plus a disparaitre. L'ecole clas-
sique de Vien et de David fait son apparition. Desormais les



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LES MANUFACTURES FRANQAISES AU XVIIP SIEGLE 421

sujets historiques, les episodes heroiques de Thistoire grecque ou
romaine obtiendront seuls rapprobation des connaisseurs et les
faveurs de la coiir. Le monde charmant des Nymphes, des dieux



PORTRAIT DE M«-'^« CLAIRON

Tapisserie des Gobelins.

( Collection dc M. Vail. )



de rOlympe, des allegories lestes et pimpantes, a vecu. On ne



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