Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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saurait s'empecher de lui donner un regret en presence des
froides compositions que la pruderie de la nouvelle cour impose a
tons les artistes, et qui seront bientot copiees dans la manufacture
royale.



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422 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

En faisant la revue des modeles commandes pour les Gobe-
lins qui furent exposes aux salons du xviiic siecle, nous n'avons
pas epuise la liste des sujets executes sous Louis XV. II convient
de citer encore la Tenture de Marc-Antoine, par Natoire; une
Histoire de ThSs4e, commenc^e par Carle van Loo; les Amours
des dieux, de Boucher, en quatre grandes pieces avec quatre
trumeaux assortis. Le panneau ou sont representes Diane et
Endymion, dont on trouvera un dessin a la page 425, fait partie
de cette tenture, une des plus charmantes qu'on doive au talent
de Boucher.

En 1763, Boucher entreprend une suite des MMamorphoses,
congue dans un sentiment analogue au Don Quichotte de Coypel ;
les encadrements sont dessines par Jacques sur les esquisses du
premier peintre du roi.

Cependant, les bons modules commengant a devenir rares, on
revient sans cesse aux sujets consacres par le succes. En 1762,
YHistoire d'Esther est remise, pour la neuvieme fois, sur le metier.
\J Histoire de Jason, de son c6te, est reprise jusqu'a sept fois.

Mais les tapissiers manquent d'ouvrage, et, pour introduire
quelque variete dans leur fastidieuse besogne, on commence une
copie des Chambres du Vatican. Un pareil modele valait encore
mieux, n'est-il pas vrai, que cette Histoire de Henri IV, entre-
prise en 1787.

Quand on envisage d'ensemble Toeuvre considerable de la
manufacture des Gobelins pendant le regne de Louis XV, on ne
saurait lui refuser un grand charme et des qualites exquises.
Assurement les grandes conceptions italiennes du xvi® siScle, les
solennelles compositions de Le Brun pour Versailles ont plus de
style, plus de caractSre que les coquettes et gracieuses inventions
mythologiques de Boucher et de son ^cole. Mais comme les scenes
imaginees par ces ddcorateurs habiles sont bien en rapport avec
les appartements auxquels ils sont destines, avec la societe du
temps !

Le style du xviii^ siecle, on le reconnait maintenant, est un des
plus originaux qui aient jamais existe, et il faut convenir que, dans
ce milieu harmonieux, invente de toutes pieces par le goiit frangais,
la tapisserie contemporaine lient admirablement sa place.

Notons en passant une observation qui n'a pas, croyons-nous,
^te faite. Les tapissiers de Louis XV n'ont jamais employd les



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LES MANUFACTURES FRANQAISES AU XVIIF SIECLE 423

Ills d'or ou d'argent dans leurs ouvrages. Certes, ils n'epargnent pas
la sole, surtout dans les pieces de petites dimensions; mais ils ne
recherchent pas non plus ces eflfets de somptueuse magnificence si
chers au grand roi. U suffit d'ouvrir les anciens inventaires du
mobilier de la couronne, qui ont conserve jusqu'en4789 les divi-
sions adoptees sous Louis XIV, pour constater que le chapitre des
tapisseries rehaussees d'or ne s'est peut-etre pas enrichi d'un
seul article sous le regne de Louis XV, tandis que toutes les pieces
executes de 1745 a 1773 figurent sous la rubrique des tentures
tissues simplement de laine et de sole.

Nous venons de faire connaitre les artistes qui travaillerent pour
les Gobelins pendant le cours du xviii^ siecle; il convient mainte-
nant de passer en revue les tapissiers qui eurent la conduite des
ateliers durant la m6me periode.

L'ancienne organisation avait subsiste. Les ouvriers etaient re-
partis entre quatre ateliers : deux de haute lice, deux de basse lice.
Cette division fut a diverses reprises modifiee. Plusieurs des chefs
de la basse lice, apres un certain temps d'exercice, furent places
a la tete des metiers de haute lice.

Au vieux Jans avait succede, en 4694, son fils. Celui-ci con-
serve la direction d'un atelier de haute lice jusqu'en 4734. Jean
Lefebvre, le fils du chef de la manufacture florentine, fut aussi
remplace, vers 4700, par son fils, qui resta en fonctions jusqu'en
4736. Cette transmission des pouvoirs dans la meme famille etait
une excellente condition pour assurer le respect des traditions. Peut-
6tre est-ce a cette circonstance que la manufacture doit d'avoir
traverse sans encombre des crises graves comme la fin desastreuse
du regne de Louis XIV, la regence et la minorite de Louis XV.

Le fait, d'ailleurs, se represente souvent dans Thistoire des
GobeUns. Ainsi Audran devient, en 4733, chef d'un des ateliers
de haute lice; c'etait probablement celui de Jans. II reste a sa
t6te jusqu'en 4772, et a pour successeur son fils, qui, un moment
directeur de la manufacture pendant la periode revolutionnaire,
reprend ensuite sa place comme entrepreneur ou chef d'atelier.

Lefebvre fils cMe sonposte, en 4736, a Monmerque, qui avait
d'abord dirige un atelier de basse Uce pendant six annees , et qui
eut pour successeur, en 4749, Cozette, entrepreneur lui-meme de
basse lice depuis 1736. Cozette travailla pendant trente-neuf ans
aux tapisseries de haute lice. Comme Audran, il fut remplace par



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424 ^ HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

son fils, qui etait encore a la manufacture au commencement de
ce siecle.

Ainsi, pendant un espace de cent cinquante ans environ, Tun
des deux ateliers de haute lice n'avait eu que quatre chefs diffe-
rents, les deux Jans et les deux Audran, et I'autre cinq, les
deux Lefebvre, Monmerque et les deux Cozette. Gette conser-
vation des fonctions dans la mfime famille eut certainement une
influence considerable sur la prosperity de la manufacture au
siecle dernier.

Les metiers de basse lice n'ont pas une histoire aussi simple
que leurs voisins. Nous avons laisse a leur tete Mozin et de la
Croix. Le premier, mort en 4700, a pour successeur Le Blond, qui
dirige la fabrication jusqu'en 1751.

Jean de la Croix garde la direction du second atelier de basse
lice jusqu'en 1714; son fils I'assiste dans ses travaux a partir de
1693, et le remplace lors de sa mort; il ne meurt qu'en 1737.

En 1693 avaient paru differents entrepreneurs qu'il est dif-
ficile de rattacher a Tun ou a Tautre des ateliers deja connus.
C'est Souette et de la Fraye qui travaillent, le premier de 1693
a 1724, le second de 1693 a 1729. Ainsi il y aurait eu simulta-
nement, apres 1693, jusqu'a quatre ateliers pour le metier a pe-
dales. Monmerque, qui surveille la basse Uce de 1730 a 1736,
serait probablement le successeur de de la Fraye. En 1736,
Monmerque est remplace par Cozette, qui, devenu lui-mSme
entrepreneur de haute lice en 1749, cede la surveillance de la
basse lice a Neilson. Ce dernier reunit dans sa main la direc-
tion de tons les tapissiers de basse lice, et la conserva jusqu'en
1788.

Les chefs d'atelier continuaient comme par le passe a fabriquer
a leurs risques et perils les tentures commandoes par le roi ou
les particuliers. I^s ouvriers travaillaient a la tache, d'apres un
tarif assez complique variant selon la difficulte de Texecution. Les
pieces terminees se vendaient a Taune. II est a peine besoin d'ajou-
ter que le roi etait le principal, presque le seul client de la ma-
nufacture. Les entrepreneurs, sans cesse en butte aux reclama-
tions des peintres, qui demandaient la copie littOrale de leurs
tableaux, n'obtenaient qu'a grand'peine, apres de multiples recla-
mations et de longs delais, le payement de leurs ouvrages. De la
resultaient pour eux des perles serieuses et de graves prejudices.



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DIANE ET ENDYMION

Tapisserie de la suite des Amours des dieux, par Boucher.

Manufacture des Gobelins, vers 1760.

(Mubilier naliunal. )



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LES MANUFACTURES FRANQAISES AU XVIIP SINGLE 427

A la lin du regne de Louis XV, Cozette et Audran se trouvaient
entierement ruines, et au point qu'ils demanderent a echanger
leur situation d'entrepreneurs contre celle de chefs d'atelier avec
appointements fixes. M. Lacordaire a public sur ce sujet des pieces
ou la triste situation des vieux tapissiers est presentee sous les
plus sombres couleurs.

D'un autre c6te, les artistes se plaignaient amerement de la
modicit^ des prix alloues pour les modeles. Si la somme de
2,000 livres etait une remuneration equitable pour les peintres
qui, comme de Troy, unissaient a une grande fecondite d'imagina-
tion un travail rapide; d'autres, et tout particulierement Charles
Coypel, a qui sa situation permettait de dire tout haut ce que ses
confreres repdtaient tout bas, declaraient cette retribution deri-
soire.

5n 1699, un peintre avait ete charge de inspection permanente
des travaux de la manufacture, aux appointements de 600 livres
par an. Les auteurs des modeles conservaient en meme temps le
droit de surveiller et de diriger Texecution des tapisseries tissees
d'apres leurs tableaux. Cette double direction etait pleine d'incon-
venients et ne pouvait manquer d'amener des conflits ; ce qui arriva.
Le premier inspecteur des Gobelins fut le peintre Mathieu, rem-
place en 4732 par Chastelain, qui reste en fonctions jusqu'en 1755.
En 1736, le contrdleur general des finances, Orry, retablissait
Tecole des apprentis que le due d'Antin avait laisse tomber, et
plagait a sa t^te le peintre Leclerc. Cet artiste, loge aux Gobelins,
y meurt en 1763.

Depuis qu'il avait ete charge de surveiller dans les ateliers Texecu-
tion des Chasses de Louis XV, Oudry etait devenu de fait, sans
en avoir le titre, le veritable inspecteur des travaux de tapisserie,
en meme temps qu'il dirigeait avec beaucoup d'intelligence et de
succes la manufacture de Beauvais. Oudry voulut astreindre les
tapissiers a la copie litterale des modules; il leur demandait de
« donner a leurs ouvrages tout Tesprit et toute I'intelligence des
tableaux ; en quoi seul reside le secret de faire des tapisseries de
premiere beaute j>, De leur c6te, les chefs de la fabrication revendi-
quaient le droit de conduire leurs ateUers, a Texclusion des artistes.
« Bien peindre et faire executer des tapisseries, repondaient-ils a
Oudry, sont deux choses absolument distinctes... II y a au garde-
meuble de la couronne d'anciennes tentures executees sous la con-



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428 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

duite des seuls entrepreneurs, qui etaient alors les sieurs Jans,
liefebvre, Le Blond pere et Lacroix; elles etoient, pour la couleur,
du ton dont les tapisseries doivent etre, etant plus calories que
les tableaux, etc... >

Pour resumer ce debat, qui dure encore, les peintres voulaient
que les tapissiers se contentassent de reproduire fidSlement, sans
y rien changer, les tons de leurs tableaux, tandis que les tapissiers
soutenaient qu'il y avait un colons de tapisserie dont ils posse-
daient le secret et la pratique, et que Femploi seul de ce coloris
pouvait assurer a leurs oeuvres une longue conservation.

On ne put arriver a s'entendre. Le directeur des batiments,
c'dtait alors M. de Tournehem, prit le parti de s'abstenir et de
laisser les choses suivre leur cours. Bientot les artistes dont on
copiait les tableaux affecterent de ne plus se montrer aux Gobelins
le jour des visites d'Oudry. Le conflit prenait un caractere de pjus
en plus aigu quand Oudry mourut. La nomination de Boucher
produisit une detente generale. Mais le premier peintre du roi
avait trop d'occupations, etait distrait par trop de travaux pour
donner beaucoup de temps a ses fonctions d'inspecteur. Aussi de
sa nomination date une periode d'embarras et difficultes pour la
manufacture comme pour les entrepreneurs.

Noel Hall^, qui succede a Boucher en 4770, prend ses fonctions
d'inspecteur un peu plus au serieux; mais deja le desordre etait
partout. Durameau, qui remplace Halle en 1783, reste a peine
quinze jours en exercice. Vient ensuite Taraval, puis, en 4785,
Belle et Peyron, qui se partagent avec Pierre la direction artis-
tique des ateliers.

Ces changements continuels, ces rivalit(5s, la nomination de
peintres mediocres, sans autorite sur leurs confreres de I'Academie
dont ils faisaient executer les oeuvres , amenaient chaque jour de
nouveaux tiraillements et des plaintes de plus en plus vives. Le
tmvail en soulfrait, et quand la revolution eclata Texistence de la
manufacture etait serieusement menacee. La situation exigeait de
promptes reformes, ou plutot une reorganisation complete.

Au milieu de toutes ces diflicultes, de grandes ameliorations
avaient ete r^alisees dans le travail de basse lice. Seconde par Tin-
telligent entrepreneur Jacques Neilson et par le celebre mecani-
cien Vaucanson , Tarchitecte Soufflot avait fait construire un nou-
veau metier qui permettait au tapissier d'examiner de temps en



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LES MANUFACTURES FRANgAISES AU XVIIP SIECLE 431

temps son ouvrage pendant le cours du travail, tandis qu'aupa-
ravant il ne pouvait le voir, si ce n'est au prix des plus grandes
difficultes, qu'apres son entier achevement. Le metier, construit
en trois mois par Vaucanson sur les indications de Neilson, est
celui qu'on employe encore a Beauvais, les Gobelins ne travail-
lant plus en basse lice.

L'initiative de Neilson produisit d'autres reformes salutaires. Le
recrutement de Tatelier de basse lice rencontrait beaucoup de
difficultes, tons les ouvriers se consacrant de preference au tra-
vail de la haute lice, plus estime et mieux retribue. II avait fallu
faire venir des tapissiers de Beauvais, d'Aubusson, memo de
Flandre. Pour remedier a un pareil etat de choses, Neilson obtint
que tons les eleves de la maison seraient tonus de faire un stage
dans Tatelier de basse lice, sous sa surveillance. II ^tablit chez
lui une ecole ou sdminaire, ou douze enfants, exerces de bonne
heure aux pratiques de la tapisserie, devaient fournir aux ateliers
d'excellentes recrues.

Le laboratoire de teinture, qui avait donne de si brillants resul-
tats sous Thabile direction de van den Kerchove, dtait tombe dans
des mains inhabiles. C'est encore Neilson qui contribua le plus
a sa reorganisation en signalant a Tadministration sup^rieure le
chimiste Quemiset; en 1778, le chef de la basse lice etait charge
lui-m6me de la direction des teintures.

Apres avoir rendu ces importants services, Neilson, presque
entierement ruine par les avances qu'il etait oblige de faire a ses
ouvriers, min^ par Tage et la maladie, soUicitait son rempla-
cement comme directeur des teintures sans pouvoir Tobtenir. II
avait esp^re laisser sa succession a son fils Daniel; mais, en 1779,
ce jeune homme, qui donnait de grandes esperances, etait enleve
par une maladie foudroyante.

Enfm, en 1784, I'habile entrepreneur parvient a se faire de-
charger du soin des teintures. Mais il lui fallut conserver la sur-
veillance de la basse lice jusqu'a sa mort, survenue le 3 mars 1788.
II lui etait da a ce moment une somme considerable, s'elevant a
240,000 livres. Sa famille ne par-vint jamais a en obtenir le rem-
boursement.

Neilson, dont M. Curmer a retrace la vie et les travaux dans une
curieuse monographic, pent 6tre considere comme un des chefs
d'atelier qui ont fait faire le plus de progres a la tapisserie pendant



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432 IIISTOIRE DE LA TAPISSERIE

le XVIII' siecle. Dans un concours ouvert entre Tatelier de basse lice
et les deux entrepreneurs de haute lice, Audran et Gozette, Tou-
vrage de Neilson avait obtenu les suffrages des juges les plus diffi-
ciles ; on n'avait pu distinguer son travail des pieces executees par
ses concurrents.

Sans entrer dans le detail des nombreuses tapisseries tissees sous
la direction de Neilson, signalons des chiffres qui ont leur signifi-
cation. Dans un memoire presente en 4783, Tentrepreneur evalue



DOSSIER DE CANAPE
Manufacture de Beauvais, xviii* si^Ie.



a deux mille six cent seize aunes carrees, ayant entraine une de-
pense de 623,000 livres environ, Tensemble des travaux executes
sous sa direction durant une periode de trente-trois annees.

La mort de Pierre, qui fut remplace par Guillaumot, est le signal
d'une reforme radicale dans Tadministration de la manufacture,
c'est-a-dire la substitution du traitement fixe au travail a la tache.
C'est sous ce nouveau regime que la manufacture vit depuis 4789,
comme nous le verrons bient6t.

Beauvais. — Nous avons laisse la manufacture royale de Beau-
vais entre les mains des heritiers incapables de Philippe Behagle.
Us conserverent Tentreprise jusqu'en 4744 environ , epoque ou ils
furent remplaces par les freres Filleul. Quelques annees plus tard,
on voit un Philippe Behagle, a la fois tapissier et teinturier, pro-
bablement le fils de I'entrepreneur de Beauvais, partir pour la



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LES MANUFACTURES FRANQAISES AU XVIIP SifiCLE 433

Russie avec toute une colonie d'artistes et d'artisans dont faisait
aussi partie son fds Jean-Philippe Behagle.



LA BALANgOIRE

Tapisserie de Beaavais, d'aprfes Boucher.

(MobUier natlonaL)



L'administration des freres Filleul fut desastreuse. Celle de Noel-
Antoine Merou, qui avail su inspirer une grande confiance au
regent et obtenir des avantages refuses a tous ses devanciers, ne
donna pas des resultats plus satisfaisants. Un airfit du conseil

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434 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

avail concede a Merou la jouissance gratuite de tous les bati-
ments, plus une somme de 3,000 francs par an pour leur entre-
tien. II devail recevoir en outre annuellement 30 livres pour chaque
apprenti et 20 livres pour chaque ouvrier attire de Tetranger. II
jouissait de Texemption complete de tailles, de droits d*octroi et de
douane pour toutes les matieres mises en oeuvre a la manufacture.
IjB roi se chargeait de fournir les modeles. Enfm, interdiction
etait faite a tout entrepreneur de s'etablir a Beauvais ou dans un
myon de quinze lieues autour de la ville. Ajoutons que, depuis'i724 ,
un peintre, Jacques Duplessis, ^tait attache a la maison pour ap-
prendre le dessin aux jeunes apprentis; le traitement de ce profes-
seur ^tait aussi paye par le roi.

Malgre ces avantages de toute sorte et des avances conside-
rables, qui s'eleverent jusqu'ii 200,000 livres, Tentreprise se trou-
vait dans la situation la plus precaire quand on eut I'idee d'exa-
miner de pres la gestion. On reconnut alors des falsifications de
chiffres dans les livres. L'affaire devenait fort grave. Merou fut trop
heureux de se tirer de ce mauvais pas en s'engageant a restituer
les sommes detournees.

En 4726, Jean-Baptiste Oudry fut appele a remplacer le peintre
Duplessis, dont Tinsuffisance avait et^ reconnue. Moyennant un
traitement annuel de 3,500 livres, Oudry etait charge de montrer
le dessin et Temploi des couleurs aux ouvriers comme aux compa-
gnons et aux apprentis. II etait de plus tenu de fournir tous les
ans les patrons d'une tenture de dix-huit aunes et le modele point
d'une bordure. Quand Merou eut ete renvoye pour malversation,
Oudry echangea le litre de peintre de la manufacture contre celui
de directeur. Sa nomination remonte au 23 mars 1734. II resta
done une vingtaine d'annees en fonctions, puisqu'il mourut le
Icr mai 4755. Cette periode marque Tapog^e de la prospdrite des
ateliers de Beauvais.

Cependant Tadministration de Merou n'avait pas ete absolument
sterile, Trente-huit tentures, quatre portieres, quatre canapes et
vingt-quatre fauteuils avaient 616 termines. Mais ils se vendaient
a perte, et, au moment de son depart, la manufacture penchait
vers la mine.

Oudry remet'tout en ordre. II s'associe Nicolas Besnier, ancien
echevin de Paris, charge probablement de la partie administrative,
tandis qu'Oudry se reserve la direction artistique. II deploye une



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LES MANUFACTURES FRANQAISES AU XVIIP SIECLE 437

infatigable activite. Tous les modeles sont renouveles. Les Amours
des dieuXy les Fables de la F-ontaine, les ComMies de Moli^e,
sont entrepris. Non content de fournir lui-m6me de nombreux
patrons a ses ouvriers, Thabile directeur en demande aussi a
ses coUegues de TAcademie. Deshayes lui donne des sujets
tires de Vlliade; Dumont, les Dilassements chinois, et Casa-
nova, les Fetes russes, Cependant les ateliers executent de nom-
breuses verdures, qui ne se distinguent des ouvrages d'Aubusson



Fragment de bordare.
Manufacture de Beaovais.



que par la finesse du tissu et un emploi plus frequent de la
soie.

Le metier de basse lice etait, on le sail, le seul qui fut en usage
a Beauvais. L'entrepreneur, qui etait a son compte, devait em-
ployer les precedes les plus economiques et les plus rapides, sans
cependant negliger en rien la qualite du travail. Aussi avait-il des
magasins dans les grandes villes. On a constate I'existence d'un
depot de tapisseries de Beauvais a Leipsick. Les prix courants s'ele-
vaient, en 1771 , a 800 livres pour un canape a fleurs, a 230 livres
pour un fauteuil ; un ecran coiitait 360 livres ; quatre dessus de
portes etaient payes 960 livres.

Oudry mourut sur la breche, a Beauvais, le l^r mai 1755; il
s'etait associe, Tannee precedente, le sieur Andre -Charlemagne
Charron, qui se trouvait ainsi toutindique pour remplacer I'habile
peintre d'animaux. Charron dirigeait encore la manufacture en 1771 ,
date a laquelle il obtenait une prolongation de privilege avec une
subvention de 6,900 livres.

Le peintre Juliard avail succede a Oudry dans la direction des



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438 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

ecoles et la surveillance des travaux d'art, avec charge de fournir
chaque annee de nouveaux modeles.. Juliard ne conserva ses fonc-
tions que peu de temps. Le peintre Jean- Joseph du Mons, qui avait
ete attache pendant de longues annees aux ateliers de Felletin et
d'Aubusson, le remplaga et eut lui-meme pour successeur, en 1777,
le peintre Camousse.

Peu a peu une nouvelle direction avait ete imprimee a la fabri-
cation ; aux grandes tentures a personnages avaient ete substituees
les Pastorales, les Bergeries, de dimensions reduites. La manu-
facture livrait au commerce nombre de fimteuils, de canapes et
d'autres petits meubles.

Sous le sieur de Menou, ancien fabricant d'Aubusson, qui suc-
cede a Charron en 1780, la manufacture prend une grande exten-
sion. Menou connaissait bien le metier; il etait actif et intelligent;
il reussit a merveille. Dailleurs, la subvention annuelle avait ete
portee a 44,400 livres; de plus, on garantissait chaque annee
Tachat d'une tapisserie de 20,000 Hvres, au taux de 500 livres
laune courante.

Le sieur de Menou prit Tinitiative d*une innovation qui donna de
brillants resultats. II introduisit a Beauvais la fabrication des tapis
de pied , genre Savonnerie.

Au debut de la revolution , cent vingt ouvriers travaillaient dans
les atehers de Beauvais, soit a la basse lice, soit aux tiipis. Menou,
effraye par les evenements politiques, offrit sa demission; on le
decida non sans peine a rester a son poste. Mais, fatigue des re-
tards continuels apportes au payement des travaux et des difticultes
que cette situation lui creait vis-a-vis des ouvriers, il se retire
definitivement le 47 brumaire an II (7 novembre 4793). Son depart
donne le signal de Tarret de la fabrication. Nous dirons plus
loin ce qu'il advint de la manufacture pendant la tourmente revo-
lutionnaire, en resumant les principaux fails de son histoire jus-
qu'a nos jours.

M. Boyer de Sainte-Suzanne a publie la liste des tapisseries
ex^cutees a Beauvais pendant le xviii^ siecle. En voici un rapide
apergu. La tenture des Actes des apdtres, qui decore la cathe-
drale de Beauvais, caracterise la periode de Tadministration de
Behagle. A la meme epoque remontent les Conqic4tes de Louis
le Grand, les Aventurcs de TdUmaqne et les Grotesques, attri-
bues a Berain.



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LES MANUFACTURES FRANQAISES AU XVIIP SIECLE 441

De 4723 a 1740, les tapissiers execulent Vile de Cythdre ou le
Temple de V^nus, d'apres Duplessis; les Chasses et les Amuse-
merits champetres, d'apres Oudry; six pieces de Grotesques,
YHistoire de Ciphale et Procris, en quatre panneaux, d'apres
Damoiselet, deBruxelles; des Combats d'animau^, d'apres Souef;
la Foire de Bezons, en cinq pieces comme la serie precedente,
d'apres Martin.

Sous la direction d'Oudry (1740-1755) sont mises sur le metier



Dossier de canapA.
Manufacture de Beauvais, xix* si6cle.



les suites des MMamorphoses , des Commies de Molidre, dont on a



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