Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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o2 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

si, apr^s un espace de quatre a cinq siecles, il subsiste a peine
quelques-unes des nombreuses tapisseries ^num^r^es dans les
pages qui precedent.

L'inventaire de Philippe le Hardi nous offre un ^tat des meubles
amasses par un des princes les plus riches et les plus magnifiques
de son temps. Mais, en parcourant cette liste ou nous ne faisons
pas figurer les verdures ou les tentures a armoiries, dont Tenum^-
ration occuperait trop de place, on ne devra pas oublier qu'a ses
autres qualit^s le due de Bourgogne joignait une extreme libe-
rality. Tantdt pour r^ompenser les services de ses ofliciei^s, tantdt
pour se cr^r des allies dans les pays voisins ou m6me hostiles, il
se montre, en maintes circonstances , prodigue des belles tentures
fabriquees dans ses fitats et dont nul ne contribua autant que lui
a encourager la production, k rt5pandre le goilt.

L'^tat sommaire des tapisseries historiees ou a personnages,
trouv^s dans ses chateaux apres sa mort (1404), comprend
soixante-quinze tapisseries de haute lice environ. Voici T^num^-
ration des pieces les plus remarquables ; elles reparaissent pour la
plupart, au siecle suivant, dans les inventaires de ses successeurs :

Un tapis de chapelle, ouvr^ a or, du Couronnement de Notre-
Dame.

Trois tapis grands de haute lice, ouvres d*or et d'argent de
Chypre, de la Bataillede Roosebecke. Cette tapisserie avait d'abord
et^ d'une seule piece, comme on Ta vu plus haut.

Un tapis de haute lice, ouvre d'or et d'argent de Chypre, de
Ylstoire de Simiramis de Bdbilone,

Un tapis de haute lice, ouvre d'or de Chypre, de la Vie de saincte
Marguerite.

Deux tapis de haute lice, ouvres d'or, de YArc de Bergherie.

Un autre, ouvr^ d'or, du Credo et des Prophdtes,

Un autre tapis de haute Hce, ouvre d'or, de Ylstoire Guillaume
de Comer cy,

Un autre tappis, ouvr^ a or, de Ylstoire Charlemanniet.

Un autre tappis du Rommant de la Rose, ouvr^ k or.

Un autre, des Vices et des Verlus, ouvr^ a or.

Un autre tappis de messire Bertrand de Clauquin, de la bataille
du Pont'Velain , ouvre a or.



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LA TAPISSERIE AU XIV« SIECLE 53

Deux autres tappis de la Vie de saint Anthoine, ouvrez a or.

Deux autres tappis de Guy de Bourgogne, ouvrez a or.

Un autre tappis de la Vie de saint George, ouvre a or.

Trois autres tappis de la Vie de Judas Macabeus, sans or.

Un tappis de deux pieces, de Ylstoire du roy Artus.

Un autre tappis de Hector de Troyes, ouvre a or.

Un autre tappis de Harpin de Bourges, ouvr^ a or.

Un autre tappis, contenant cinq pieces, de Ylstoire de Florence
de Romme , ouvre a or.

Un autre tappis de haute lice , de Ylstoire de Perceval le
Galoys.

Un premier tappis de Ylstoire Jason , a or.

Un autre tappis de ladite ystoire, dit le dernier tapis, a or.

Un autre bon tappis de haute licej des Douze Pers de France,
ouvr6 a or.

Un beau tappis des Vices et des Vertus, ouvr6 a or.

Le tappis de Ylstoire de saint Denis, a or.

Un tappis de Divoremens (sic) d' Amours et d'enfans, a or.

Quatorze tappis ecarteles des armes de France et de Flandre.

Quatre tappis de haute lice, a Lions qui montent degris.

Un vielz tapis de haute lice, fait a encolies blanches, armoW des
armes de France.

Six tapis de haute Uce , de Bergerie.

Un autre petit tappis a trois ymaiges, a une Dame entre deux
Amans.

Un autre tappis en deux pieces, de Ylstoire de la royne d'ls-
lande.

Un grand tappis de haute lice, a moutons, oil sont pourtraiz
Madame d'Artois et Monseigneur de Flandre.

Un tapis bleu de haute lice, a un grant arbre au milieu, oil
sont liez ung lion et un oliffan.

Un tapis de Ylstoire du Dieu d' amours, dit des Bergiers.

Un tapis de Ylstoire de Jacob et de Eseu.

Un tapis de la Danse des Bergiers.

Un tapis de Chasse et de milodie ou esbattement.

Deux tapis pareils du Chastel de Franchise,

Un tapis de Charlemaigne et d*Angoulant.

Deux petits tapis de gros file de Paris, sans or, Tun de messire Ber-
Irand de Clauquin, et Tautre du comte de Santerre.



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54 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Enfin une chambre de haute lice vermeille, ou il y a Dames sar-
razinoises et en fans cueuillant florettes, ouvre a or.

Que de remarques suggererait cette longue enumeration de somp-
tueuses tentures ! Pour nous borner aux points essentiels, on voit
que le due de Bourgogne conservait plusieurs representations dis-
tinctes des exploits de Bertrand du Guesclin. Nous avons constate
plus haut que trois tapissiers differents avaient retrace pour lui This-
toire du fameux capitaine. Sur Tune de ces tapisseries etait figuree la
bataille de Pontvallain, gagnee sur les Anglais en 4370. A part ces
sujets, tires de la vie deja presque legendaire du heros breton, la
collection ne comprenait que deux pieces consacrees a la reproduc-
tion de scenes contemporaines : la Bataille de Roosebecke, main-
tenant en trois morceaux, et VHistoire du comte de Santerre ou de
Sancerre.

Pour completer la liste des tapisseries du due Philippe le Hardi
au jour de son deces , il est necessaire d'y joindre un certain nombre
de pieces ne figurant pas dans Tenumeration qui precede, parce
qu'elles appartenaient a la duchesse de Bourgogne. Cette princesse
ne tarda pas a suivre son mari dans la tombe ; elle cessa de vivre le
16 mars 4405, et immediatement apres sa mort fut dresse un etat
de ses meubles. On y voit figurer vingt-six pieces de haute lice,
encore est-il probable que cette liste n'est pas complete. Void le re-
leve sommaire des sujets representes sur ces tapisseries :

Histoire de MachaMe et du roi Antiochus,

David et Goliath.

Histoire de saint Georges.

Un Crucifix et les quatre £vangdlistes.

Histoire de VEmpereur et du roy Panthere,

Le Dieu d'amours, Junon, Pallas et V^nus. (C'est probablement
un Jugement de Paris.)

Histoire de Mdliant et de la male beste,

Guillaume au Court-Nez,

Histoire de Mainfroy, qui fut diconfit par Charles le Conqu^-
rant, comte d^Anjou,

Histoire du roi Tristre Preudom.

Aimery de Narbonne.

Les Voeux du Paon (trois pieces).



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LA TAPISSERIE AU XIV° SIECLE 55

Les Demoiselles qui d^fendent le chdtel,

Le Chevalier qui tue la male hHe.

Doon de Mayence (deux pieces).

Histoire de Godefroy de Bouillon,

Cassamus et le roi Alexandre,

Un autre Alexandre.

Les Sires de BonU et de LoyauU,

Le Mariage de la fille d'un seigneur.

Personnes qui jouent a hausse-pied *.

Une Fontaine et une Demoiselle qui plante un pot de mar-
jolaine.

Enfin la Bataille de Cockerel. G*est au moins la quatrieme ou
cinquieme tapisserie consacree, avant la fin du xiv^ siecle, au
souvenir de Bertrand du Guesclin. II est curieux de remarquer
que c'est le due de Bourgogne qui parait avoir garde le culte le
plus vif pour la memoire du grand patriote.

Si Ton joint les tapisseries de la ducliesse a celles de son mari,
on arrive a un total de plus de cent pieces de haute lice, consti-
tuant la plus somptueuse collection existant a celte epoque. Sans
doute Philippe le Bon augmenta considerablement, durant le cours
de sa longue existence, les tresors de toutes sortes amasses par son
pere et son aieul ; toutefois la maison de Bourgogne avait r^uni ,
des le regno de Philippe le Hardi, un ensemble unique d'ad-
mirables tentures. Elle possedait, au debut du xv^ siecle, un
fonds precieux qui suffirait a lui seul a demontrer Fetonnante pros-
perite des ateliers d'Arras et de Paris des le premier siecle de
leur histoire. On a nomme le xv^ siecle Tage d'or de la tapis-
serie. Peut-etre y aurait-il plus de justice a designer ainsi Tepoque
ou Tindustrie de la haute lice produisit les merveilleux resultats
constates dans les pages precedentes. De mfime qu'on a vieiUi,
comme nous le verrons tout a Theure, bien des oeuvres presentant
tous les caracteres de la plus pure renaissance, pour en faire hon-
neur a Tage qui Ta pr^cedee, de m6me n'a-t-on peut-6tre pas assez
tenu compte de Timmense contingent fourni par les contemporains



* Ne serait-ce pas ce jeu de hausse-pied qui serait repr6sent6 sur une tapisserie
allemande dont on trouvera le dessin k la page 109? On voit le mtoe exercice
reparallre parmi les divertissements sur une autre tapisserie dont la gravure
est aussi donn^e ci-apr6s. (Voyez page 107.)



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56 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

de Charles V et de Charles VI aux nombreuses collections dont le
catalogue a 6t6 dresse sous les r^gnes suivants. Des le premier siecle
de son existence, Tart de la tapisserie se presente dans notre pays
avec un incomparable eclat; ce nom m^me d'arazzi, attribue,
comme il a et^ dit, aux produits les plus parfaits de Tindustrie tex-
tile, n'est-ilpas, en quelque sorte, la reconnaissance spontaneede
la preeminence des ateliers fran^ais durant la periode que nous
venons de parcourir?



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CHAPITRE TROISIEME



LA TAPISSERIE DEPUIS LA MORT DE PHILIPPE LE HARDI JUSQU'A
LA PRISE DE LA VILLE D'ARRAS PAR LOUIS XI

1404-1477



Jusqu'ici I'art de la tapisserie est reste Tapanage exclusif de
quelques grandes cites du centre et du nord de la France; le
xve siecle va nous faire assister a la diffusion de la haute lice dans
toutes les contrees de I'Europe.

Avant Fannee 1400, c'est a peine si on constate Texistence de
quelques metiers dans certaines villes de la Flandre. Que Bruxelles,
en 1340, ait possede une corporation de tapissiers, ou plutdt de
tisserands de tapis (tapitewevers), que la presence d'un ouvrier de
haute lice ait pu 6tre constatee a Tournai en 1352, a Valenciennes
en 1364, ou mfime d6s 1325, a Douai quelques annees plus tard,
a Lille en 1398, cela ne prouve pas, il s'en faut, que ces villes pos-
sedassent des cette ^poque des ateliers en pleine activite. Ce sont
la des faits locaux et particuliers , sans influence sur le d^veloppe-
ment general de Tindustrie.

Nous avons dit ce qu'il fallait penser des tapisseries allemandes
attributes au xiv® si6cle. La plupart, il est aise de s'en rendre
compte sur les dessins qui en ont 616 donnas, ne remontent pas
au dela du xv^ siScle, de mfime que certaines tentures, qui passent
g^n^ralement pour des oeuvres du xv^ siecle, sont indubitablement
post^rieures a Tannte 1500. C'est un point sur lequel nous aurons
occasion de nous etendre longuement plus loin.

Rien de plus difficile d'ailleurs, encore aujourd'hui, que de fixer



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58 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Tage exact des tentures dont Facte de naissance n'est pas inscrit,
pour ainsi dire, dans quelque document authentique. Dans bien
des cas on serait tente de reculer la fabrication de plus d'une
piece a date certaine, et certains echantillons de haute lice pre-
sentent des caracteres archaiques qui ne se retrouvent pas a la
meme epoque dans les autres manifestations de Tart.

Jusqu'ici le principal effort de Tindustrie que nous etudions
s'est concentre dans deux villes, Paris et Arras. Mais, des le pre-
mier quart du xv^ siecle, le secret de la haute lice se repand
rapidement dans les pays voisins de la France. Des recherches
recentes ont permis de constater sa presence a la cour de Navarre
en 1413, a Mantoue en 1419, a Venise en 1421, a Avignon en 1430;
enfin un tapissier, d'origine flamande, porte cette Industrie en
Hongrie en 1423. Celte diffusion rapide d'un art reste jusque-la
presque exclusivement frangais est due sans doute aux causes ge-
nerates qui ont rapproche des nations, presque etrangeres aupara-
vant les unes aux autres. Ne faut-il pas y voir aussi une conse-
quence de la misere profonde dans laquelle est plongee la France
pendant la seconde partie du regne de Charles VI?



FRANCE ET BOURGOGNE

Paris. — Veut-on savoir le nombre auquel etaient reduits, pen-
dant la plus sombre periode de Toccupation anglaise, ces ateliers
de la capitate, naguere si actifs et si prosperes? Sur les roles de
la taxe imposee aux Parisiens par le roi d'Angleterre, en 1422,
figurent seulement deux tapissiers, Jehan Deschamps et Pierre Re-
nardin. Fabriquaient-ils eux-memes, ou n'etaient-ils que simples
marchands? On Tignore.

Pendant tout le regne de Charles VII, nous n'avons pas ren-
contre un sent artisan de Paris bien authentiquement auteur d'une
tapisserie de haute lice. Les desastres de toute nature qui accablent
alors notre pays exphquent suffisamment cette penurie. Nos ha-
biles hauteUceurs, chasses de leur pays par la famine, avaient dtl
chercher dans les pays etrangers des travaux et des moyens d'exis-
tence.

Pour en finir tout de suite avec les metiers parisiens du xv© siecle,
nous signalerons ici les rares tapissiers cites dans les documents



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LA TAPISSERIE AU XV^ SifeCLE 59

contemporains. C'est a peine si nous en avons rencontre deux ou
trois depuis Charles VII jusqu'au regne de Louis XII.

L'un d'eux, Michel de Chamans, vend, en 1487, huit pieces de
Bergeries et de Verdures pour la somme de 419 livres.

C'est loin de Paris, en province ou a Tetranger, qu'on ren-
contre les habiles artisans chasses de la capitate par la misere. A
Rome, c'est un Parisien qui fonde, en 1455, le premier atelier
pontifical. II a bien aussi toute Tapparence d'un transfuge du nord
de la France, ce Juan Noyon etabli en 1413 a la cour du roi de
Navarre.

Une cause particuliere contribua sans doute a priver la capitate
des industries de luxe qui faisaient naguere sa richesse et son or-
gueil. Les rois, pendant pres d'un siecle, promenerent le siege du
gouvernement dans differentes villes, sans jamais revenir a Paris.
Charles VII, le roi de Bourges, passe sa vie a guerroyer contre
les Anglais ; Louis XI fixe sa residence aux environs de Tours.
Ses successeurs suivent son exemple et adoptent les bords de
la Loire; Charles VIII s'etablit a Amboise, Louis XII a Blois;
Francois I^r partage ses faveurs entre Fontainebleau et Chambord.

Cette desertion de la cour n'etait pas de nature a reparer les
pertes graves causees par une guerre longue et desastreuse. Les
industries de luxe suivirent le souverain dans ses migrations et
abandonnerent pour un temps leur ancien quartier general. Si
les ateliers de Paris ne se rouvrirent pas, des metiers se monterent
a Bourges*, puis a Tours et a Fontainebleau.

Nous reviendrons plus loin sur les divers ateliers du centre et du
raidi de la France dont nous sommes parvenu a constater Texis-
tence; il faut d'abord nous occuper de la ville qui eclipsa toutes
les autres manufactures du xvc siecle.

Arras, — La ville d'Arras, comprise dans les domaines du due
de Bourgogne, se trouvait dans des conditions bien plus favorables
que la capitate du royaume. Ses habitants vaquaient paisiblement a
leurs travaux ordinaires, sans craindre les emeutes populaires ou

' Parmi les tr^sors de toute nature amassc^s dans son h6tel de Bourges, Jacques
Cceur poss^dait un certain nombre de tapisserios, notamment une tcnture de
VHislolre de Nabuchodonosor estini6e 500 ^cus. Au nombre des experts charges
de dresser Tinventaire de ses biens figurent trois tapissiers: Guillaurac Rabienne,
Jean Rabienne et Jacotin Lelievre.



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60 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

les attaques du dehors. Le due de Bourgogne etait parvenu a faire
respecter ses Etats par les deux adversaires.

Quand Tattentat de Montereau eut jete pour de longues annees le
fils de Jean sans Peur dans ralliance anglaise, les tisserands de
TArtois trouverent grand profit a ce rapprochement. Une partie
des laines qu'ils employaient venaient d'Angleterre, et les grands
seigneurs de la cour de Henri V et de Henri VI prisaient fort ces
admirables tapis de murailles qu'on ne savait pas fabriquer dans
leur pays. G'est ainsi que les ateliers d' Arras resterent le principal
centre de production, et s'enrichirent par la ruine des metiers
parisiens.

Avant de passer en revue les ^hantillons qui nous restent de
Tart de la tapisserie au xv^ siecle, nous exposerons sommairement
I'histoire des nombreux ateliers etablis , soit dans la Flandre ,
soit dans les differents fitats de I'Europe, par les Emigrants que la
mis^re et la guerre chassaient de leur pays. Reconnaitre les pro-
duits de telle ou telle fabrique n'est pas chose ais^; nos connais-
sances nous laissent encore fort h^sitants dans la plupart des cas.
Au moins a-t-on r^soWment commence depuis quelques annees
a repousser toutes les conjectures, a rassembler les preuves
serieuses et les falts certains propres a donner des r&ultats d^-
finitifs.

Pour commencer par Tatelier dont la reputation Temporte sur
tous ses rivaux au xv^ siecle, par celui auquel sont attribuees,
avec toute vraisemblance, les plus riches tentures, nous pr^sente-
rons d'abord le tableau de Tindustrie art&ienne sous les dues de
Bourgogne. Nous etudierons ensuite les differents centres de pro-
duction qui ont pris naissance d6s le xiv^ si6cle, pour recevoir
une extension considerable pendant la premiere moitie du xv^.

Grace aux recherches d'Alexandre Pinchart, on connait les noms
de la plupart des aneiens tapissiers d'Arras dont les documents
ont garde le souvenir. Gette liste aride ne presenterait qu'un me-
diocre interet. S'il a pu sembler necessaire de faire connaitre par le
menu les noms des. artisans de Paris ou de I'Artois durant la periode
primitive, parce que e'etait la seule maniSre d'^clairer de quelques
lueurs les debuts obscurs de la tapisserie, il n'en va pas de meme
quand la production devient aussi active qu'elle etait a Arras
au xv<5 sifecle. Qu'importe alors le nom d'un ouvrier, ou m6me



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LA TAPISSERIE AU XV*^ SIEGLE 61

d'un chef d'atelier, si a ce nom ne se rattache pas le souvenir de
quelque oeuvre remarquable. Or aucune des tapisseries ant^rieures
au xvp siecle ne porte, comme on le salt, de marque de fabrique
ou de nom d'ouvrier. Toutes sont anonymes. Seuls les documents
nous r^velent quelquefois, mais trop rarement, le nom du fabri-
cant de certaines pieces jadis c^lebres et aujourd'hui perdues.

Par un heureux hasard, Tindication de Tauleur de la plus an-
cienne tapisserie d' Arras a dale certaine a ete conserve. Gette
tenture, qui appartient a la cathedrale de Tournai, represente la
vie et les miracles de saint Piat et de saint fileuthere, sur une
bande de vingt-deux metres environ de long sur deux metres a
deux metres huit centimetres de haut. Elle formait a Torigine deux
pieces qui furent depuis coupes en quatre morceaux. Certains frag-
ments ont disparu, de sorte que la serie ne compte plus que qua-
torze scenes au lieu de dix-huit. Un auteur du xvii« siecle a pris
note de Tinscription qui se lisait autrefois sur un des panneaux ;
c'est ainsi qu'elle a ete conservee. Elle constatait que la tapisserie,
termin^e en decern bre 1402, sortait des ateliers de Pierre Fere,
d'Arras, et avait ete offerte a la cathedrale de Tournai par le cha-
noine Toussaint Priez, aumdnier du due de Bourgogne.

Une publication recente * contient le dessin des quatorae scenes
de la vie de saint Piat et de saint Eleuthfere. L'obligeante liberality
de Tediteur nous a permis de faire reproduire pour notre ouvrage
le quatri^me et le sixieme sujet de la vie de saint Piat, represen-
tant la Destruction des idoles et le Baptime des nouveaux convertis.
On pent juger, par ces tableaux, de la naivete de Tartiste charge
de retracerla legende de Tapdtre. La vie de saint Eleuthere,
Fepisode de Blanda, la fille du tribun, offrent des scenes parfois
sc^breuses ; certains details paraitraient aujourd'hui deplaces dans
une tenture religieuse. Nos peres n'y regardaient pas de si pres et
ne connaissaient pas ces scrupules.

Une bordure en mauvais etat, de date relativement recente, re-
presentant des fleurs et des feuillages, a ^t^ ajoutee apres coup.
De la bordure primitive, s'il en a exists une, point de vestige. Le
tissu est entierement de laine ; on n'y voit trace ni d'or ni de soie.

* Tapisseries du xv« siecle conservees a la caiMdrale de Tournai, avec
quaiorze planches lithographi6es. Tournai, Vasseur-Delm^e, et Lille, L. Quarr6;
1883, in-4o. — Le texte est de M. Eug. Soil; les planches ont 6t6 dessinfees par
M. Ch. Vasseur.



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62 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Le nom de Tauteur des cartons n'a pas ete conserve. Mais son
oeuvre, comparee aux tapisseries plus jeunes de cinquante ou
soixante annees, offre des points de comparaison fort interessants.
Si le peintre ne sait guere les lois de la perspective, si Tart de
grouper les personnages suivant certains principes lui echappe , il



LE RENVERSEMENT DES IDOLES

Panneau d'une tapisserie d'Arras porlaiit la date dc 1402.

( Catta^drale dc Tournai. )



n'encombre pas le champ de son tableau d'un entassement de
figures, coinme le feront bientot ses successeurs; les scenes se
passent entre un petit nonibre d acteurs bien distincts les uns des
autres. Enfin ces compositions appartiennent a Tart simple et
clair du xiv^ siecle bien plus qu'aux exuberances du xv^.

Nous avons dit que Tensemble se compose de quatorze scenes.
Six se rapportent a la legende de saint Piat, les huit autres a



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LA TAPISSERIE AU XV« SIECLE 63

celle de saint Eleuthere. Voici les sujets de ces quatorze ta-
bleaux :

1. Saint Piat et ses compagnons reQoivent la mission d'^van-
gdiser les Gaules.



LE BAPT^ME DES PAIENS

Panneau d'une tapisserie d*Arras portant la dale de 1402^

( Cathedrale de Tournai. )

!2. Sai7it Piat vient a Tournay pricher sa foy.

3. Saint Piat convertit les pauvres mendiants, le pere et la mere
de saint Ir^nde.

4. PrMication de saint Piat; le peiiple brise les idoles, (Voir la
planche ci-contre.)

5. Construction de Notre-Dame de Tournai.



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64 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

0. Baptime de saint Irinie et des siens. (Nous donnons a la
page pr^cedente la reproduction de cette sc6ne.)

7. Un iveque baptise quatre personnages d Blandin, oH se sont
rifugiis les chrdtiens fuyant la persecution.

8. Saint Sleuthere, 4lu Sveque par le peuple, se rend a
Rome.

9. Saint ileuthere confirm^ par le pape 4vique de Tournai.

40. Saint £leuthdre sacri ^vSque.

41. Blanda, fille du tribun, tente de sSduire saint £leuthere.

42. Saint £leuthdre ressuscite Blanda.

43. Bapteme de Blanda.
14. La peste de Tournai.
Les derniers sujets manquent.

Les couleurs de cette suite, alg^e de pres de cinq cents ans, sont
remarquablement conservees. Nouvelle preuve de la solidity que
les teinturiers du moyen age savaient donner a leurs colorations,
lis se contentaient, il est vrai, d'un petit nombre de tons; dix a
douze teintes leur suffisaient. Qu'importe, s'ils parvenaient avec
ces minces ressources a un resultat satisfaisant, si leurs oeuvres
surlout n'etaient pas exposees a perdre rapidement tout effet,
comme il arrive trop souvent a des tissus bien moins anciens.

II faudra attendre le milieu du xv^ siecle pour rencontrer des
tentures comparables a celle que nous venons de d^crire; bien que
les secrets de la haute lice se repandent de proche en proche dans
divers pays de TEurope, entre les annees 4400 et 4450, les pro-
ductions de cette p^riode sont presque aussi rares que celles du
siecle precedent, et c'est encore aux comptes, aux inventaires des
dues de Bourgogne qu'on doit recourir pour reconstituer, en partie
du moins, Thistoire des ateliers d'Arras parvenus aTapogee de leur
prosperite.

Un catalogue des joyaux et meubles de Philippe le Bon, na-
guere public par M. Leon de Laborde, constate T^tat des tapisse-
ries conservees dans les chateaux du puissant seigneur en 4420,
c'est-a-dire peu de temps apres la mort de Jean sans Peur.
Alexandre Pinchart a fait observer avec raison que cette liste ne com-
prend qu'une partie des tresors dissemines dans les nombreuses
residences du due, attendu qu'elle ne mentionne qu'un tr6s petit
nombre des pieces deja connues par Tinventaire de Philippe le



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66 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

*

Hardi, huit ou dix au plus sur une cinquantaine d'articles.
Ainsi on y retrouve la Bataille de Roosebecke en trois morceaux,
le Couronnement de Notre-Dame, les Doiize Pairs de France,
YHistoire de Florence de Rome, celles de Bertrand du Guesclin,
de Charlemainnet , de Semiramis de Babylone, de Godefroy de
Bouillon, le Credo et les Prophetes, enfin plusieurs scenes de
chasses et de bergers.

Des pieces d'un tres grand interet avaient ete ajoutees au pre-
mier fonds venant de Philippe le Hardi , a moins qu'elles n'eussent
ete omises dans I'inventaire precedemment cite. Les sujels sui-



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