Jules Guiffrey.

Histoire de la tapisserie online

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plus rares de son incomparable collection lors des fetes celebrees a
Toccasion de son mariage avec Marguerite d' York (1468), d'etaler
en cette circonstance ses plus belles tapisseries, au nombre des-
quelles il faut citer celles qui representaient Adam et Eve au pa-
radis terrestre, et Comment CUopdtre Spousa Alexandre, Tarn-
bitieux due de Bourgogne fit preuve de bien mauvaise politique,
quand il ^crasa par son luxe insolent les AUemands venus a cette
entrevue de Treves (1473), oii il esperait obtenir de TEmpereur le
titre de roi. Les magnificences etalees par leur opulent voisin oflus-
querent les seigneurs teutons et surtout TEmpereur, qui rompit
brusquement Tentrevue et s'eloigna mecontent et humilie. La legon
ne devait guere profiter a Francois I^r lors de Tentrevue du camp
du Drap d'or.

Parmi les tapisseries dont les dues de Bourgogne se montraient
particuHerement fiers, il en est une qui trouve toujours place dans
les ceremonies les plus solennelles. VHistoire d' Alexandre avait
decore Thotel d'Artois lors de Tentree de Louis XI a Paris, en 1461,
et soutenait sans desavantage le voisinage de la tenture de G4d4on.
Elle reparait a Treves en 1473, et on voit, par les soins dont on
Tentoure, que les dues de Bourgogne en font un cas tout parti-
culier. Elle etait tissee des matieres les plus precieuses ; Tor, Fargent
et la soie avaient ete employes dans une large mesure.



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80 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

que la devise et les armes du dernier due de Bourgogne. Sur
ceux-ci du moins le doute n'est pas possible, et leur presence au
musee de Berne fournit un argument assez fort en faveur de la
tradition generalement admise.

Ge serait egalement du butin fait apres le dernier desastre et la
mort du Temeraire que proviendraient les sept tapisseries conser-
v^es dans le musee archeologique de Nancy. Elles ferment deux
series bien distinctes : la premiere comptait autrefois quatre pieces
et n'en a plus que deux aujourd'hui; elle retrace VHistoire d'As-
suirus et d'Eslher. Les cinq autres panneaux appartiennent a une
Morality sur la Condampnacion de Souper et de Banquet,

Les sujets de ces cinq pieces, de largeur fort in^gale, sur trois
metres soixante-quinze centimetres de haut, se trouvent d^crits dans
une relation adressee au due Philippe le Bon par un de ses servi-
teurs, envoye en mission a Vienne vers 1450. Get officier, connais-
sant le goilt de son maitre pour les riches tentures, lui indique trois
suites, composees chacune de six morceaux, mises en vente dans
la ville ou il se trouve. L'une d'elles repr^sentait VHistoire de VSnus
et de VHonneur, une autre VHistoire de d4hat entre jeunesse et
vieillesse d la cour de V^nus, A ces sujets le due aurait prefere la
Condamnation de Souper et de Banquet, et Taurait acquise des
marchands viennois. Telle est la tradition recueillie par Achille
Jubinal. II convient de faire observer que certains details du cos-
tume el du mobilier indiqueraient une date posterieure a la mort
du Temeraire, et se trouvent ainsi en opposition formelle avec la
tradition.

Ainsi la Condamnation de Souper et de Banquet ne serait pas
un des trophees de la bataille livree sous les murs de Nancy,
et n'aurait meme jamais fait partie du mobilier des dues de
Bourgogne. Geci s'accorderait d'ailleurs assez bien avec le silence
absolu des inventaires bourguignons sur ce remarquable 6chan-
tillon de Tart du xv^ siecle. L'origine de la tapisserie de Nancy
n'est pas moins obscure que son histoire. Du moment oil elle est
d'une date posterieure a la mort du dernier due de Bourgogne, il
devient impossible de Tattribuer aux metiers d' Arras, complete-
ment mines par Louis XI apres la prise de cette ville.

On voit, par cet exemple, avec quelles precautions il convient
d'accueillir les anciennes traditions, les plus plausibles en appa-
rence, sur Torigine des ouvrages de haute lice.



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82 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Nous donnons la reproduction d*un des episodes de la Con-
damnation de Souper et de Banquet ^ d'apres les gravures de
Touvrage d*Achille Jubinal.

Si Tetat complet des tapisseries du dernier due de Bourgogne
nous fait defaut, nous avons du moins une liste des plus belles
tentures conservees dans le garde -meuble de ce prince au mo-
ment de sa prosperite. Charles le Temeraire epousait, en 4468,
Marguerite d'York. Le mariage fut celebre a Bruges, la reine des
villes de la Flandre a cette epoque, le gi^and entrepot du com-
merce du Nord. I^s chroniqueurs contemporains s'etendent lon-
guement sur les fetes splendides donnees a cette occasion. L'un
d'eux, Jean, seigneur de Haynin, decrit avec un grand luxe de
developpements la decoration des salles, et entre dans des details
precis sur les tentures affectees a chacune d'elles^

A la grande salle du festin, reunissant les nouveaux epoux et
les principaux personnages de la cour, avaient ete naturellement
reservees les suites de Gdddon et de la Toison d*or, Dans la salle
du commun, con tenant la foule des invites subalternes, etaient
placees les tapisseries de la Bataille de Liege, sorte d'avertisse-
ment donne aux turbulents bourgeois des villes flamandes. Une
piece speciale reunissait les ofliciers ou chambellans de la maison
de Bourgogne; sur les murs s'etalaient le Couronnement de Clovis,
le Renouvellement de son alliance avec Gondebaud, le Mariage du
roi de France avec la fille du roi de Bourgogne , enfin Y Appari-
tion de VAnge apportant les trois fleurs de lis de France, C'est
la plus ancienne mention qu'on connaisse cette Histoire de Clouis,
conservee aujourd'hui dans I'eglise metropolitaine de Reims. Nous
y reviendrons tout a Theure.

Les autres salles de banquet avaient pour decoration V Histoire
de Gar in le Lorrain et celle A'Assuirus, aujourd'hui au musee
de Nancy. On avait clioisi, pour parer la chapelle, une scene reli-
gieuse, la Passion de Jdsus- Christ.

La chambre de la jeune mariee etait decoree de VHistoire de
Lucrdce, tandis que les lits et les meubles etaient reconverts de
draps d'or aux initiales de la dame. La chambre du due aussi etait
magnifiquement ornee de riches pieces a armoiries et a devises.

* On a vu plus haut (p. 76) que le due de Bourgogne avait expos6, k ceUe
occasion, Adam et Eve au paradis terrestre el le Mariage de Cleopdlre avec
Alexandre.



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LA TAPISSERIE AU XV« SIECLE 83

Ce passage nous fournit un renseignement important sur Fage
et Forigine de la tenture de Clovis, un des plus precieux mo-
numents de rhistoire de la tapisserie au xv^ si6cle. Cette suite
faisait partie, comme on vient de le voir, du mobilier des dues
de Bourgogne avant 1468; elle sortait vraisemblablement des ate-
liers d'Arras. II etait naturel que Philippe le Bon se plilt a rap-
peler le souvenir de Talliance de Gondebaud, Tancien maitre de
la Bourgogne, avec le fondateur du royaume de France. On sait
que cette tapisserie , transmise par la fiUe de Charles le Tem^raire
a Charles -Quint, fut trouvee dans les bagages del'Empereur apres
la levee du siege de Metz; elle echut alors, dans le partage du
butin, au due Frangois de Guise, et fut offerte bientot apres a la
cathedrale de Reims par Charles de Guise , cardinal de Lorraine.
C'est ainsi une des rares pieces dont on pent suivre les vicissitudes
pendant une p^riode de plus de quatre siecles. Toutes ces circon-
stances font de VHistoire du roi Clovis une relique des plus v^-
nerables. On ne saurait done trop deplorer la negligence qui a
laisse disparaitre de nos jours un des morceaux de cette suite.

Quand elle entra dans le tresor de la cathedrale de Reims, elle
comptait six pieces. Elle n'en avait plus que trois quand M. Leber-
thais la dessina vers 1840. Comment se fait-il qu'un panneau ait ete
perdu depuis cette date? Les deux pieces encore existantes et de-
posees dans la cathedrale representent, la premiere : le Couron-
nement du roi et la Prise de la ciU de Soissons; la seconde : la
Fondation des iglises Saint-Pierre et Saint-Paul (depuis abbaye
de Sainte- Genevieve), la Victoire sur Gondebaud et VHistoire du
cerf merveilleux.

L'entassement des personnages et la confusion des scenes, qui
s'enchevStrent Tune dans Tautre, rendent une description presque
impossible. D'ailleurs, les originaux restent constamment exposes
sous les yeux des visiteurs, et les dessins de M. Leberthais permet-
tent de les etudier a loisir. Au double point de vue de I'histoire
de Tart et de celle du costume, ces pieces sont d'une importance
capitale. En effet, les combattants portent tons Tarmure bourgui-
gnonne du milieu du xv^ siecle : Tanachronisme ne choquait alors
personne. Les defenseurs de Soissons repoussent Tattaque avec des
bombardes dont le modele est evidemment fourni par Tartillerie
de Phihppe le Bon. Notons enfm les trois crapauds qui s'etalent
sur les etendards du roi de France jusqu'au moment ou ils



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84 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

seront remplaces par les fleurs de lis apportees du ciel par un
ange.

Ainsi les panneaux de VHistoire de Clovis jouerent un r61e dans
les f^tes celebrees a Foccasion du mariage du dernier due de Bour-
gogne, il ne peut y avoir de doute a cet ^gard. Nous avons done la
un specimen authentique d'une fabrication dont il subsiste aujour-
d'hui fort peu de types.

Parmi les tentures qui reparaissent le plus souvent sur les
comptes de la tresorerie de Bourgogne, il en est une qui semble
avoir et^ Tobjet d'une soUicitude particuliere. Elle representait
le Rot de France au milieu de ses douze pairs, Serait-ce la piece
ex^cutee par Jean Cosset pour Philippe le Hardi, dont il a ^te
question plus haut? Impossible de rien affirmer.

Dans ses Monuments de la monarchie frangaise, dom Bernard
Montfaucon cite une tapisserie sur laquelle etait figure le Cou-
ronnement de Charles VI au milieu de ses pairs , conservee de
son temps dans la chapelle imperiale de Bruxelles. II donne une
gravure de ce curieux sujet; nous Taurions fait reproduire si le
dessin publie par le savant benedictin avait conserve quelque
vestige du caractere de la piece originale. Mais Tinterpretation
en est tellement gauche , qu'elle a presque Fair d'une caricature.

Est-il tem^raire de supposer que la piece conservee a Bruxelles
provenait des dues de Bourgogne, comme une bonne partie des
tresors transmis a Charles-Quint par PhilippeleBeau?On sait que les
principales richesses de la bibliotheque royale de Belgique ferment
un fonds dont le titre m'eme indique Torigine; il porte encore le
nom de bibliotheque de Bourgogne. Ainsi quantite des plus rares
curiosites, amassees par les princes opulents qui avaient uni la
Bourgogne et les Flandres sous leur domination, se retrouvent
dans les inventaires de Charles -Quint et de ses successeurs. C'est
la qu'il faut les chercher.

Le desastre et la mort du Temeraire devinrent le signal de la mine
des ateliers d'Arras. Leurs destinees etaient intimement Mes a la
fortune de la maison de Bourgogne. Les chefs de cette maison
avaient plus fait qu'aucun autre prince pour la prosperite de la
tapisserie; aussi la fin miserable du dernier due porta un coup
mortel a Tindustrie de TArtois. La prise de la ville d'Arras par le



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LA TAPISSERIE AU XV° SIECLE 85

roi Louis XI (4 mai 1477) est une date capitale dans Thistoire de
rindustrie dont nous etudions les developpements.

Le vainqueur obligea tous les habitants a quitter leurs foyers et
les remplaga par des colons amenes de force des villes voisines.
IjBS tapissiers durent emigrer comme les autres citoyens; ils
partirent tous pour les pays etrangers. On a bien essaye, dans ces
dernieres annees, de contester la desastreuse influence des rigueurs
de Louis XI sur les metiers qui avaient fait la gloire de TArtois ;
mais une enquete approfondie a demontre qu'apres 1477 quelques
rares tapissiers n'apparaissent a Arras qu'a de longs intervalles. En
vain la ville fit-elle, a plusieurs reprises, des efforts et des sacrifices
pour ranimer les glorieux souvenirs du passe; toutes ces tentatives
echouerent, et les hauteliceurs seront desormais remplaces par
des fabricants de sayetteries ou d'etofl*es communes.

La chute d' Arras marque la fin des traditions du moyen age et
Taurore de la renaissance pour Tart de la haute lice. Mais, avant
d'exposer le merveilleux epanouissement de Tindustrie textile par
excellence, il nous faut entrer dans quelques details sur les ate-
liers qui prirent naissance dans difl'erentes villes de France ou dans
les pays voisins pendant le xv^ siecle. Nous passerons ensuite en
revue quelques specimens anterieurs a la chute d'Arras, et pouvant
par consequent etre revendiqu^s par les artisans de cette ville.

Sous la domination des princes bourguignons, les grandes cites
flamandes virent leur commerce et leur Industrie prendre un im-
mense d^veloppement. II est done tout naturel que la haute lice
ait pousse ses premiers rejetons dans les villes les plus voisines
de TArtois. Aussi la tapisserie se propage-t-elle rapidement a
Valenciennes, Lille, Douai, Bruges, Tournai, et dans les cit^s
voisines.

On sait encore bien pen de chose sur Thistoire industrielle de
ces diflerentes villes. Raison de plus pour ne negliger aucun des
moindres indices recueillis dans les mines et la poussifere du passe.

Apres Arras et Paris, les centres qui ont joue le principal role
dans le developpement de notre industrie sont incontestablement
les villes de Tournai , de Bruxelles et d'Audenarde. La presence de
tapissiers est signalee dans plusieurs autres cites en meme temps
qu*ils font leur apparition a Tournai et a Braxelles ; mais ce sont la
des faits isoles et d'une importance secondairc.



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86 mSTOIRE DE LA TAPISSERIE

Toiirnai. — Cette cite precede toutes ses rivales dans Torga-
nisation du metier qui nous occupe. Le reglement des tapissiers
porte la date du 26 mars 1398; a cette epoque done, les ateliers de
Tournai avaient une certaine importance. Elle ne cessa de s'ac-
croitre au siecle suivant. Les magistrals de la ville continuerent
encore longtemps a fa vo riser le developpement des metiers locaux.
Plusieurs ordonnances temoignent de cette sollicitude. Dans les
temps plus recents, la municipalite n'epargnera ni les efforts ni
la depense pour attirer et retenir des ouvriers experimentes. Pour
faire connaitre les tapissiers de Tournai au moment de leurs
debuts, il convient de revenir quelqiie pen en arriere.

Des 1352, un ouvrier de haute lice, d'Arras, nomme Jean
Capars, vient s*etablir a Tournai.

Le reglement de 1398 est le plus ancien acte d organisation des
tapissiers flamands qui nous soit parvenu. Encore la ville de Tour-
nai appartenait-elle, a cette epoque, au domaine royal, et demeura-
t-elle fran^aise jusqu'en 1513, formant comme une enclave isolee
au milieu des Etats du puissant due de Bourgogne. En 1423, la cor-
poration des hauteliceurs tournaisiens etait assez nombreuse pour
constituer une des bannieres sous lesquelles se rangeaient les metiers.

Bien que situes dans une ville francaise, les ateliers tournaisiens
travaillerent surtout pour Philippe leBon. Nous avons constate que
c'est a eux que s'adressa le due pour Texecution de la tenture re-
putee le chef-d'oeuvre de cette epoque.

Le 16 aoilt 1449, Robert Dary et Jean de TOrtye, tons deux resi-
dant a Tournai, passerent marche a Saint- Omer avec des officiers
de Philippe le Bon pour Texecution de la fameuse tenture de GM^on,

L'acte qui nous a ete conserve, et qu'Alexandre Pinchart a public,
porte la signature des deux chefs d'atelier. L'ensemble de la tenture
comptait quatorze pieces : huit de vingt-deux aunes de long, et six
de seize aunes ; elles avaient toutes huit aunes de hauteur. Le prix
etait fixe a 8 ecus d'or de quarante-huit gros de Flandre par aune,
soit 8,960 ecus d'or en tout.

Les patrons furent demandes a Bauduin de Bailleul, peintre d'Ar-
ras en grande reputation , qui avait travaille pour le due de Bour-
gogne des 1419. Philippe le Bon paya ces modeles 300 ecus d'or.
Quatre ans apres la signature du marche, c'est-a-dire en 1453, les
dernieres pieces ^taient achevees et livrees.

La tenture de Gedeon figura dans toutes les ceremonies solen-



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EPISODE DU SIEGE DE TROIE

Tapisserie du tribunal d'lssoire,
d'apr^s les Andennet Tapitieries historiies d'Achille Jubinal.



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88 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

nelles de la maison de Bourgogne, puis de la monarchie espagnole.
Command^ pour decorer les murailles de la salle ou s'assemblait
le chapitre de la Toison d'or, elle occupe la place d'honneur, comme
on Ta vu , dans les fStes du manage de ,Charles le Tem^raire. Elle
reparait frequemment sous les r^gnes de Charles -Quint et de son
fils. Elle se trouvait encore a Bruxelles a la fm du xviiic si^cle. On
suppose que les Autrichiens, lors de leur retraite, en 1794, em-
porterent cette illustre tenture k Vienne.

Apr6s Robert Dary et Jean de TOrtye, s'il convient de signaler
une famille nombreuse qui occupa une situation prepond^rante
parmi les tapissiers tournaisiens de la derniere moiti^ du xv^ sitele,
c'est celle des Grenier, nommes aussi Gamier.

Le plus ancien des membres de cette dynastie, Pasquier Grenier,
vend au due de Bourgogne, en 1459, une tenture de YHistoire
(V Alexandre, enrichie d'or, et comprenant, outre le ciel, le dossier,
la couverture et les gouttiSres, sept tapis de muraille. Le prix donne
une idee de la magnificence de cette oeuvre ; elle ne cotita pas moins
de 5,000 ^cus d'or. On la voit toujours citee parmi les pieces les
plus precieuses du tresor de la maison de Bourgogne. Nous en avons
deja parle plus haut.

Le m^me Pasquier Grenier cede encore a Philippe le Bon, en
1461, six tapisseries de la Passion de Notre- Seigneur, au prix de
4,000 ecus d'or. Cette tenture decorait, comme on Ta dit, la
chapelle ducale lors du mariage de Charles le Temeraire.

Nouvelle livraison d'une chambre en neuf pieces , avec person-
nages de biicherons et de paysans, mesurant trois cent cinquante
aunes , dans le cours de la mfime annee. L'activite de Thabile ta-
pissier ne se ralentit pas les annees suivantes. II fournit a son
puissant client treize pieces de tapisseries en 1462; une tenture de
YHistoire d*Assu4rus et d* Esther, en six panneaux , probablement
celle qui parait aux noces du Temeraire , et une autre de YHistoire
du chevalier du Cygne, en trois tableaux, faisaient partie de ce
marche. Puis c'est, en 1466, la livraison de deux chambres com-
pletes. Tune € d'orangers i>, Tautre « de biicherons *, que le due
destinait a sa soeur et a sa niece.

Le magistrat du Franc de Bruges, voulant ofTrir a Charles le Te-
meraire un present digne de ce prince, s'adresse a Pasquier Gre-
nier et lui achate, en 1472, une tenture de la Destruction de Troie.
De ce fait on pent conclure que les productions des ateliers de



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PYRRHUS, FIL8 DACHILLE, ARME CHEVALIER

Parlie d^une tapisserie ayanl appartenu k Bayard,
d*apr^8 les Andenne* Tnpiueries hittoriees d'Achille Jubinal.



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90 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Tournai etaient alors reputees au-dessus de toutes les autres,
et que les tisserands brugeois n'etaient pas de force a se mesurer
avec leurs voisins.

Un autre membre de la famille des Grenier, nomme Antoine ,
vend, en 1497, des tapisseries pour la decoration du palais du car-
dinal Georges d'Ambbise.

C'est a Jean Grenier que le due Philippe le Beau s'adresse quand
il s'occupe d'augmenter la riche collection qu'il tient de ses an-
c^tres. Un seul payement s'eleve a 2,472 livres. Parmi les ten-
tures faisant partie de ces marches , sont mentionnees une Histoire
du bancquet, en six pieces, — ne serait-ce pas celle de Nancy?
— et d'autres suites plus modestes, a personnages de vignerons
ou de bucherons. Jean Grenier est encore appele a fournir la
tenture en six pieces de la CitS des Dames, offerte par le magis-
tral de Tournai a Marguerite d^Autriche lors de sa nomination
au gouvernement des Pays-Bas (4513).

Nous touchons a la limite extreme de la prosperite des ateliers
tournaisiens. L'annee meme ou la vilie passait sous la domination
anglaise, une peste terrible eclatait dans ses murs et enlevait la
moitie de la population. L'industrie de la haute lice ne se releva
pas de ce coup.

Si nous reprenons Tordre chronologique des faits, interrompu
par rhistoire de la famille des Grenier, nous trouvons parmi les
noms des personnages pour lesquels travaillerent les metiers de
Tournai celui d'un historien illustre. Les magistrats de la ville
offrent, en 1475, a Philippe de Comines, en reconnaissance de
ses bons offices, une tapisserie sortant des ateliers de Jean le Bacre;
elle coiltait 40 livres.

Un don semblable fut fait, en 1481, au seigneur de Lude, gou-
verneur de Dauphine et commandant de la ville. J^a chambre de tapis-
serie de verdure qui lui fut presentee par les magistrats etait de la
fagon de Guillaume Desremaulx ou des Rumaulx. Elle mesurait quatre
cent soixante-sept aunes, et fut payee 640 livres.

Par ces dons intelligents, les magistrats de Tournai trouvaient le
moyen, tout en favorisant Tindustrie locale, de s'assurer d'utiles et
puissants protecteurs.

En 1501 , Philippe le Beau achete de Nicolas Bloyart quatre
grandes pieces de tapisserie a plusieurs histoires de personnages,
du prix de 442 livres.



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LA TAPISSERIE AU XV^ SIEGLE 91

Si nous poursuivons cette enumeration jusqu'au jour ou la ville
cesse d'appartenir au roi de France, nous rencontrons, en 4440,
un autre tapissier, nomrae Arnould Poissonnier, qui livre d'un
seul coup a Tempereur Maximilien, moyennant la somme de
4,460 livres, trois tentures importanles : un Triomphe de Jules
C^sar, en huit pieces, contenant quatre cents aunes; une Histoire
de gens ct bestes sauvages, de trois cent deux aunes; une chambre
de Chasseet de Volerie, de deux cent quatre-vingt-dix-neuf aunes.

Quand la ville passa sous la domination du roi d'Angleterre, les
magistrats ne negligSrent aucune depense pour disposer favorable-
ment leurs nouveaux maitres. De riches tentures furent offertes
au roi et a ses principaux officiers. Une tapisserie du Voyage de
Caluce fut acquise pour cette destination de Jean Poissonnier; un
autre maitre, Jean Devenin, livra douze pieces representant les
Douze mois de Vann4e, enfin la Vie d*Hercule, tissee par Clement
Sarrasin, etait presentee au gouverneur de la ville.

Nous en resterons, pour le moment, a cette date fatale de 4543
qui arrachait a la France une de ses plus vieilles et plus fideles cites.
Quatre ans plus tard, il est vrai, le roi Francois I^r devait recon-
querir la ville detachee de ses Etats , mais , helas ! pour trop peu
de temps. Nous exposerons, dans les chapitres suivants, les vicissi-
tudes que devait traverser a Tournai le metier naguere si florissant.

Parmi les cites flamandes les plus riches et les plus industrieuses,
il n'en est pas une qui ait joue au moyen age, dans Thistoire de la
tapisserie, un r61e comparable a celui de Tournai, a Texception, bien
entendu, de la capitale de TArtois.

Valenciennes. — Les anciennes archives font mention d*un ta-
pissier de Valenciennes des 4325; elles nous ont garde le nom
d'un certain Jean Hont, hauteliceur de la m^me ville, qui travail-
lait pour Jeanne de Brabant en 4364, et ceux de deux autres
ouvriers, Thieri, de Reims, et Jean Castelains, natif de Quievrain,
^tablis tons deux a Valenciennes en 4368. Ces faits isoles ne
prouvent pas que Tindustrie de la tapisserie ait ete bien prospere
a Valenciennes au moyen age. Les hauteliceurs n'y furent jamais
assez nombreux, au xv^ si^cle, pour former une corporation dis-
tincte. C'est tout au plus si on a pu relever de loin en loin
quelques noms, soit douze ou quinze au plus, pendant un espace
de cent ans et da vantage.



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92 HISTOIRE DE LA TAPISSERIE

Bruges. — La ville de Bruges parait avoir ete bien plutdt, au
moyen age, Tentrepot general de toutes les marchandises flamandes
qu'un centre de fabrication. Si on voit figurer sur un compte de
depenses faites pour le due de Bourgogne, sous la date de 1376,
un certain Colart, de Paris, tapissier de haute lice, demeurant a
Bruges, on n'a pu constater d'une maniere authentique la pre-
sence de metiers dans cette ville pendant le xv^ siecle. Les tapis-
series achetees a Bruges par les dues de Bourgogne leur sont
gen^ralement vendues par des marchands strangers ayant un eta-
blissement dans la vieille cite flamande. Cependant plusieurs des



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