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HyENDEL
LIBRAIRIE FELIX ALCAN
LES MAITRES DE LA MUSIQUE
ETUDES DUISTOIRE ET DESTHETIQUE
Publiees sous la direction de M. Jean CHANTAVOINE
Collection lionoi^ee d'une conscription du ministere de V Instruction pubbqut
et dcs Beaux-Arts.
Chaque volume in-8° ecu de.25o pages environ, 3 fr. So
Publies :
Palestrina, par Michel Brenet, 3e edition.
Cesar Franck, par Vincent d'Indy, o^ edition.
J -S. Bach, par Andrr Pirko. 3« edition.
Beethoven, par Jean Chantavoine, .5e edition.
Mendelssohn, par Camille Bellaigue, 3^ edition.
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Rameau par Louis Laloy, 2« edition.
>"-~^ Moussorgsky par M.-D. Calvocoressi, 2' edition.
Haydn, par Michel Brenet, 2* edition.
Trouveres et troubadours, par Pierre Aubry, 2* edit.
Wagner, par Henri Lichtenberger, 3« edition.
Gluck, par JuLiEN TiERSOT, 28 edition.
Gounod, par Camille Bellaigue, 2« edition.
Liszt, par Jean Chantavoine, 2» edition.
Haendel, par Romain Holland, 2" edition.
Lully, par Lionel de la Lauhencie. k
**"**** Lart gregorien, par Amedee Gastoue.
En preparation :
Schumann, par Victor Basch. — Mozart, par Henri de
CuRzoN. — M€fyerbeer. par Lionel Dauriac. — Orlande de
Lassus, par Hknry Expert. — Grieg, par Georges Humbkkt.
— Chopin, par Louis Laloy. — Brahms, par P. Landorah .
— Weber, par Charles Malherbe. — Berlloz, ])ar P.-INl.
Masson. — Les Couperin, par Henri Quittard. — Schu-
bert, par Gaston Carraud. etc., etc.
DU MEME AUTEUR :
Jean-Christophe, roman. 8 voL (Ollendorff).
Theatre dela Revolution. [Le i4 Jaillet, Danlon, Les Loups.) i vol
(Haohcltc).
Vie de Beethoven, i vol. (Haohette).
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Vie de Tolstoi 1 vol. (ILichette).
Musiciens daujourd hui, 1 vol. (ILichette).
Musi)iens dautrefois, i vol. (Hachctto).
Histoire de lOpera en Europe avant Lully et Scarlatti, i vol.
{Kj>;ilsc.)
LES MAITRES DE hk MUSIQUE
H zE N D E L
PAR
ROMAIN HOLLAND
TROISIKME EDITION
PARIS
LIBRAIRIE FELIX ALGAN
108, BOULEVARD S A IN T-G E U M A I N , I <>
191 I
Tous droils Jc Iraduolion pI dc roprodiiclion reserves.
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IIBRAR'
Ce n'est pas apres quelques annees d'etudes,
et en quelque deux cents pages que Ton pent
donner un apercu de Tceuvre colossal de
Ha3ndel. Pour bien parler de cette vie, il fau-
drait une vie ; et celle menie du laborieux et
enthousiaste Ghrysander, qui lui fut consacree,
a ete a peine suffisante. Nous avons fait ce
que nous avons pu ; que Ton excuse nos
fautes ! Ce petit livre ne pretend a rien de
plus qu'a etre une esquisse tres sommaire
de la vie et de I'esthetique de Haendel. Dans
un prochain volume, j'etudierai plus en detail
le caractere de Hiendel, son oeuvre, et son
temps.
R. R.
Avi'il 1 9 10.
Hjendel •.
412
LA VIE
La famille Hsendel etait silesienne d'ori-
gine\ Le grand-pere, Valentin Hsendel, etait
maitre chaudronnier a Breslau. Le pere, Geor-
ges Haendel, fut barbier-chirurgien, attache an
service desarmees de Saxe, puis de Suede, puis
de FEmpereur, et enfin au service particiilier
du due Auguste de Saxe. II etait assez riche, et
acheta a Halle, en i665, une belle maison, qui
existe encore aujourd'hui. II se maria deux fois:
en 1643, avec la veuve d'un barbier, qui avait
dix ans de plus que lui : il en eut six enfants ;
— en i683, avec la fille d'un pasteur, qui avait
trente ans de moins que lui : il en eut quatre
enfants, dont le second fut Georges-Frederic.
I. L'arbre genealogique des Haendel a ote drcsse par Karl
Edaard Forstemann : Georg Friedrich Hsendel s Stammbaum,
1844, Breitkopf.
Le nom de Haendel etait tres commun a Halle, sous des
formes diverses {Ileiidel, Hendeler^ Hdndeler, Hendtler). A
I'origine, il voulait dire : marchand. — G. F. Hrondel I'ccri-
vait, en italien ITendcl, en anglais et en francais Handel, en
allcmand Handel.
LA VIE
La famille Haendel etait silesienne d'ori-
gine\ Le grand-pere, Valentin Haendel, etait
maitre chaudronnier a Breslau. Le pere, Geor-
ges Haendel, fut barbier-chirurgien, attache au
service desarmees de Saxe, puis de Suede, puis
de TEmpereur, et enfin au service particulier
du due Auguste de Saxe. H etait assez riche, et
acheta a Halle, en i665, une belle maison, qui
existe encore aujourd'hui. H se maria deux fois:
en 1643, avec la veuve d'un barbier, qui avait
dix ans de plus que lui : il en eut six enfants ;
— en i683, avec la fille d'un pasteur, qui avait
trente ans de moins que lui : il en eut quatre
enfants, dont le second fut Georges-Frederic.
I. L'arbre genealogique des Haendel a ete dresse par Karl
Eduard Forstemann : Georg Friedrich HsendeV s Stommhaum,
1844, Breitkopf.
Le nom de Haendel etait tres coramun a Halle, sous des
formes diverses [Hendely Ilendeler, Hdndeler, Hendtler). A
I'origine, il voulait dire : marchand. — G. F. Hrendcl I'ccri-
vait, en italien ITendcl, cu anglais et en francais Ilandel^ en
allcmand Ildndel.
4 HANDEL
Les deux parents etaient de cette bonne
souche boLirgeoise du xvii" siecle, qui fut une
terre excellente pour le genie et pour la foi.
Haendel le chirurgien etait un homme d'une
stature gigantesque, serieux, severe, energique,
strictement attache au devoir, d'ailleurs bien-
faisant et serviable. Son portrait niontre une
grande figure rasee, qui n'a point I'air de rire
souvent : le port de tete est liautain, les yeux
moroses ; long nez, bouche volontaire ; de
grands cheveux aux boucles blanches tombent
sur les epaules ; calotte noire, rabat de dentelle,
robe de satin noir : I'aspect d'un parlementaire.
— La mere n'etait pas de moins solide trempe. De
famille pastorale du cote maternel comme du
cote paternel, penetree de I'esprit de la Bible,
elle avait un calme courage, qu'elle montra
quand la peste ravagea le pays. Sa soeur et son
frere aine furent emportes par le fleau. Son pere
fut atteint ; elle refusa de s'eloigner, et resta
avec tranquillite. Elle etait alors fiancee. — Les
deux epoux devaient transmettre a leurglorieux
fils, a defaut de la beaute qu'ils n'avaient pointy
et dont ils ne s'inquietaient point, leur sante
physique et morale, leur stalure, leur intelli-
gence nctte et pratique, leur application au tra-
vail, le metal indestructible de leur calme
volonte.
LA VIE
*
Georg Frieclrich Hcendel naquit a Halle, le
lundi 23 fevrier i685 \ Son pere avait alors
soixante-trois ans, sa mere trente-qiiatre ^.
La ville de Halle etait dans une situation poli-
tique singuliere. Elle avait appartenu a I'elec-
teur de Saxe ; puis, les traites de Westphalie
Fattribuerent a Telecteur de Brandebourg; mais
ils en laisserent au due Auguste de Saxe Fusu-
fruit, sa vie durant. Apres la mort d'Auguste,
en 1680, Halle passa definilivement au Brande-
bourg; et le Grand Eiecteur vint, en 1681, s'y
faire preter hommage. Hsendel naquit done
Prussien. Mais son pere etait serviteur du due
de Saxe, et il resta en relations avec le fils
d'Auguste, Jean-Adolphe, qui avait transports sa
cour, apres Tannexion prussienne, dans la ville
voisine de Weissenfels. Ainsi, Tenfance de
Haendel se trouva placee entre ces deux foyers
intellectuels : la Saxe et la Prusse. Des deux, le
plus artistique et d'ailleurs le plus voisin etait
la Saxe. A Weissenfels avaient emigre, avec le
1. Le mois suivant, naissait a Eisenach, le 21 mars i685,
Jeau-Sebaslien Bach.
2. Dosqualrc cnfanls du second mariage, le premier mou-
riit en naissant. Georges-Frederic eut deux soeurs, I'une de
deux ans, I'autre de cinq ans plus jeunes.
6 HANDEL
due, la plupart des artistes : c'etait la que le
genial Heinrich Scliiitz etait ne et elait mort*;
ce fut la que Hsendel trouva son premier appui,
et que sa vocation d'enfant fut reconnue.
Les precoces dispositions musicales du petit
Georg Friedrich s'etaient heurtees a Topposi-
tion formelle du pere ^ L'honnete chirurgien
avait plus que de la defiance — une sorte d'aver-
sion pour la profession d'artiste. Ge sentiment
etait partage par presque tous les braves gens de
TAllemagne. Le metier de musicien etait discre-
dits par le spectacle peu edifiant qu^avaient donne
certains artistes, dans les annees relachees qui
suivirent la guerre de Trente Ans ^ D'ailleurs,
la bourgeoisie allemande du xvii"^ siecle n'avait
pas de la musique une idee tres differente de
cellede notre bourgeoisie frangaise duxix^ siecle:
c'etait pour elle un art d'agrement, non une
profession serieuse. Beaucoup des maitres
d'alors, Schiitz, Rosenmiiller, Kuhnau, furent
1. En 1672.
2. On trouvera partout racontees les anecdotes legendaires
sur le petit Haendel, sortant du lit, la nuit, pour aller en
cachctte jouer d'un petit clavicorde, qui se trouvait au gre-
nier.
3. Voir la preface que le cantor a la Thomasschule de Leip-
zig, Tobias Michael, ecrivit a la scconde pai'lie de sa Musi-
kalische Seelenlust (1637); ct, dans la vie de Rosenmiiller,
le recit de la scandaleuse affaire qui, en i655, forca ce grand
musicien a fuir a I'etranger. (August Horueffer : Johann
Rosenmiiller, 1898.)
LA VIE 7
jiiristes ou theologiens, avant de se consacrer a
la musique ; ou meme, ils continuerent quelque
temps de mene:' de front les deux metiers. Le
pere de Haendel voulait, lui aussi, que son fils
fut homme de loi. Mais un voyage a Weissenfels
triompha de ses resistances. Le due entendit le
petit Haendel, age de sept ans, qui jouait de
Forgue ; il fit appeler le pere et lui recommanda
de ne point contrecarrer la vocation de Tenfant.
Le pere, qui eiit trouve ces conseils fort mau-
vais, venant de tout autre, les trouva fort bons
sansdoute, venant d'un prince ; et, sans renon-
cer a I'idee que son fils fit son droit — (car il
etait aussi entete que son fils devait I'etre), — il
consentit a lui faire apprendre la musique. De
re tour a Halle, il le conduisit chez le meilleur
maitre de la ville, Torganiste Friedrich-Wilhelm
Zachow^
*
Zachow etait un large esprit et un beau musi-
cien, dont la grandeur n'a ele appreciee que
depuis quelques annees \ Son influence fut
1 , Telle est I'orthographe exacle du nom, qui se trouve
ordinairemcnt ccrit : Zachau. — F.-W. Zachow etait ne en
i663, a Leipzig, dun pere Berlinois, et mourut premature-
ment, en 17 li.
2. Depuis la publicaliondcs oeuvres de Zachow, par M. Max
Sciflert, dans les Denknialer deulscher Tonhinst, I. XXI et
XXII, igoS, Brcitkopf.
8 H.Tirs'DEL
capitale sur Haendel. Haendel lui-meme ne le
cachait points
L'action dii maitre sur I'eleve s'exerca de deux
facons : par sa methode d'enseignement et par
sa personnalite artistique.
c( L'homme etait tres fort dans son art, dit
Mattheson ^; et il possedait aiilant de talent que
de bienveillance... Haendel lui plut de telle sorte
qu'il ne pensa jamais pouvoir lui temoigner
assez d'amour et de bonte. Son effort tendit
d'abord a lui faire connaitre les fondements de
I'harmonie. Puis il tourna ses pensees vers I'art
de rinvention ; il lui apprit a donner aux idees
musicales la forme la plus parfaite ; il affina son
gout. II possedait une remarquable collection de
musique italienne et allemande. II montra a
Haendel les facons diverses d'ecrire et de com-
poser des differents peuples, en meme temps
que les qualites et les defauts de chaque com-
positeur. Et, afin que son education fut a la fois
I Mattheson I'avait, aussi, nettement affirmc. Mais les histo-
riensdenosjours, Chrysander, Volbacli, Krelzschmar, Sedley
Taylor, n'ont tenu aucun comple de ces dires, qu'ils aUri-
buaient a la generosite de Haendel ou a la malveillance de
Mattheson. II manquait a leur jugement, fort severe pour
Zachow, de connaitre les oeuvres de Zachow. Depuis la pu-
blication des Denhmdler, il est impossible a tout esprit non
prevenu de ne pas rcconnaitrc en Zachow les vcrilables ori-
gines du style et mcnie, pourrait-on dire, du genie de
Ilajndel.
•1. Lebensbeschreibung Ilxndeh (1761).
LA VIE 9
theorique et pratique , il lui donnait souvent
des devoirs a faire (dans tel on tel style)... »
Cette education, d'une largeur d'esprit vrai-
ment europeenne, ne s'enfermait done pas dans
une ecole musicale, mais planait au-dessus de
toutes les ecoles, et s'efForcait de s'assimiler
leurs richesses a toutes. Qui ne voit que ce fut
la pratique constante de Haendel, et I'essence
de son genie, fait de cent genies divers, qu'il
avait absorbes ! Un manuscrit de lui, date de
1698, et qu'il garda toute sa vie, contenait, dit
Chrysander, des Arie^ Choeui's, Capricci et Fugues
de Zachow, Alberti (Heinrich Albert), Fro-
berger, Krieger, Kerll, Ebner, Strungk, qu'il
avait copies pendant qu il etait a I'ecole de
Zachow. II ne devait jamais oublier ces vieux
maitres, dont le souvenir precis se retrouve
dans ses pages les plus celebres*. II lut sans
doute aussi chez Zachow les premiers recueil?
pour clavier de Kuhnau, qui paraissaient alors^
I, On note des motifs de Kerll dans un de ses Concertos
d'orgue et un Concerto grosso. Une Canzone de Kerll, ainsi
qu'un Capriccio de Strungk, ont meme ete repris entiercnient
dans deux choeurs A' Israel en Egypte. (Max SeifTert : Ilgendels
Verhdltnis zii Tonwerhen selterer deulscher Meister, —
Jahrbuch Peters, 1907.)
1. Les deux parties de Im Klavier-Uebung de Kulinau paru-
rent en 1689 et 1692; les Frischen Klavier-Friichte en 1696,
et les Biblischen Ilistorien en 1700. — Voir Tedilion des
CEUvrcs pour clavier de Kuhnau par Karl Piislcr, dans les
Denhmaler deutscher Tonkunst, 1901.
lo HiENDEL
Enfin, il semble que Zachow ait connu Toeiivre
de Agostino StefFani^ qui clevait temoigner plus
tard a Hsendel une amitie paternelle ; et il sui-
vait avec sympalhie le mouvement dramatico-
musical de Hambourg^ Ainsi, le petit Haendel
avail, grace a son maitrc, un vivant resume des
ressources musicales de rAllemagne ancienne
et nouvelle ; et, sous sa direction, il s'appropria
les secrets de la grande architecture contra-
pontiste du passe, comme du beau style melo-
dique et expressif des ecoles italo-allemandes
de Hanovre et de Hambourg.
Mais I'influence personnelle de Tame et de
Tart de Zachow ne fut pas moins forte sur Haen-
del que Taction de sa metliode d'enseignement.
On est frappe de la parente que revelent ses
oeuvres ^ avec celles de Haendel : parente de
caractere et parente de style. II ne s'agit pas
seulement de reminiscences de motifs, de des-
sins ou de themes ". G'est Tessence de I'art qui
1. Voir Chrysander. — Nous reparlerons plus loin de
Toiuvre de StefTani et de ses rapporls avec Haiiidel.
2. Voir p. 20, note i.
3. Le recueil des oeuvres publiees comprend 12 cantates
pour orcliestrc, soli et choeurs, — une messe a capella, —
un trio de chambre pour llute, basson, et continuo, — 8
preludes, fugues, fantaisies, caprices pour clavecin ou orgue,
— el 44 chorals varies.
4. Cf. I'air du tenor : O da werier Freudcngeisl (p. 71)
el racconipagnemcnt et ritovnello des violini unisoni, dans la
LA VIE II
est la meme chez tons cleiix. Art de lumiere et
de joie. II n'a rien da recueillement pieux et
replie sur soi-meme, de J.-S. B.ach, qui des-
cend dans les profondeurs de sa pensee, qui
aime a en suivre tous les replis, et qui, dans le
silence et la solitude, converse avec son Dieu.
La musique de Zachow est de la musique de
grands espaces, de fresques tourbillonnantes,
telles qu'on en voit dans les coupbles des domes
italiens du xvi® et du xvii^ siecles, mais avec
plus defoi. Gette musique, qui pousse a Taction,
veut des rythmes d'acier, sur lesquels elle s'arc-
boute et rebondisse. Elle a des motifs triomphaux,
des expositions d'une largeur solennelle \ des
marches victorieuses, qui vont broyant tout, ne
s'arretant jamais, et qu'accentuent, qu'aiguil-
lonnent des dessins joyeux et dansants ^ Elle
a des motifs pastoraux, des reveries volup-
4^ cantate : Ruhe , Friede, Freud und Wonne, avec Tair de
Polypheme dans YAcis et Galatee de Hcendcl. — Cf. le motif
de I'air de l^asse de la 8® cantate (p. 189) avec la piece ins-
trumentalc bien connue, qui sert de sinfonia au second acta
d'llera/cles — Cf. I'air du tenor avec cor, Komint, jauchzet
(p. 181) dans la 8° cantate : Lobe den Herrn, meine Seele,
avec un air de soprano du Messie. — On trouvcra aussi dans
la cantate Ruhe, Friede (p. 83), Tesquisse du fameux choeur
de I'ecroulement des murs de Jericho, dans Josue.
1. Ibid, p. 1^9 et 260.
2. Ibid., p. 97, I'air de basse avec quatve clarini et tamburi'y
— p. 269 et suiv. le grand choeur ct la marchc guerriere a trois
temps ou Ion eiitend sonncr dcja les accents de Judas Mac-
chabee.
12 HiENDEL
tueuses et purest ties clauses et des chants,
accompagnes de flutes, d'un parfiim helle-
iiiqiie-, line virtuosite souriante, une joie qui
se grise d'elle-meme, des lignes tournoyantes,
des arabesques de vocalises, des trilles de
la voix qui jouent avec les arpeges et les petits
flots des violons^ Unissez ces deux traits :
riieroique et le pastoral, les marches guerrieres
ct les danses jubilantes. Yous avez les tableaux
haendeliens : le pen pie d'Israel, et les femmes
qui dansent devant Tarmee victorieuse. Vous
trouvez en Zachow Febauche des constructions
monumentales de Hoendel, de ses Hallelujah^ —
ces montagnes qui clament leur allegresse, —
de ses Amen colossaux, qui couronnent ses ora-
torios, comme un dome de Saint-Pierre \
Ajoutez le gout marque de Zachow pour la
musique instrumenlale "% qui lui fait marier avec
predilection les soli des voix avec ceux des
1. Thid., p. i2'2.
2. Ihid., p. 1 1 3, 1 83.
3. Ibid., p. no, i4i, 254,263.
4. Ihid., 8^ cantate : Lobe den Herim, meine Seele, p. 166,
V Hallelujah alleinand, avec le flot de ses vocalises jubila-
loii^es, — surtout, p. 192, le grand choeur final.
5. Voir son joli trio pour flute, basson ct clavecin (p. 3i3).
C'cst une petite oeuvre en quatre mouvements (i. Affet-
tuoso ; 2. Vis'ace ; 3. Adagio ; 4. Allegro), ou se melent excel-
lemment la clairc grace italienne et le Gemi'it allcmaud.
L'orchestre des cantatcs n'emploie parfois que les cordes
LA VIE i3
instruments, et tres soiivent a concevoir la voix
comme iin instrument, qui concerte et qui jouc
avec les autres instruments, formant ensemble
des guirlandes decoratives, harmonieusement
enchevetrees.
En resume, un art moins intime qu'expansif,
un art ensoleille. Non sans emotion \ Mais
avant tout, reposant, Ibrtifiant et heureux. Unc
musique optimiste, comme celle de Hsendel.
Gertes, un Haendel en petit, aveo beaucoup
moins de souffle, moins de richesse d'inven-
tion, surtout moins de puissance de developpe-
avec I'orgue ou le clavecin. Mais en general, la palette dc
Zachow est assez riche, et comprend, avec les violes, v'/o/e//e,
violoncelles, des harpes, des hautbois, des flutes, des come de
chasse, des bassons et bassonetti, et jusqu'a 4 clarini (ti'om-
peltes aigues) et des tamburi. (Cantate : Vom Himmel kani
der Engel Schar.) Zachow" s'amuse a combiner les timbres de
ces instruments avec ceux de la voix, dans les airs soli. Tel
air de tenor est accompagne du violoncelle solo, tel autre de
Aqwx come de chasse ; un air de basse est avec basson concer-
tant, un autre avec 4 clarini et tamburi ; un air de soprano,
avec basson et 2 bassonetti ; — sans parler d'airs nombreux et
Ires soignes, avec hautbois ou flutes.
Grace a Zachow, Hajndel se familiarisa de bonne heure
avec I'orchestre. II apprit chez lui a jouer de tous les instru-
ments, et principalement du hautbois, pour lequel il ecrivit
tant de pages charmantes. Des I'age de dix ans, il com-
posait des trios pour deux hautbois et basse. Unlord anglais,
voyagcant en Allemagne, en retrouva une petite collection de
six trios [Saninilung dreislimmiger Sonaten fi'ir zivei Oboen
und Bass, seeks Stiic/() datant de cetle epoque. (t. XXVIII
de la grande edition Haendel.)
I. Voir le bel air de basse de la cantate : Lobe den HerrUy
p. 164.
i4 HiENDEL
ment. Ge n'est pas le tout d'amorcer ces mouve-
ments colossaux d'armees qui marchent et qui
dansent; il faut avoir les reins assez solides
pour porter Tedifice, sans plier, jusqu'au bout.
Zachow flechit en route, il n'a pas la force vitale
de Haendel. Mais en revanche, il a plus de nai-
vete que lui, plus de candeur tendre, un je ne
sais quoi de chaste et de rougissant, une grace
evangelique^
C'etait bien la le maitre qu'il fallait a Hcendel,
le maitre que plus d'un grand homme a eu le
bonheur de trouver — (c'est Giovanni Santi
pour Raphael, c'est Neefe pour Beethoven) : —
bon, simple, clair, un peu pale, une lumiere
egale et douce, ou I'adolescent reve en paix,
s'abandonnant avec confiance au guide presque
fraternel, qui ne cherche pas a le dominer, qui
cherche bien plutot a nourrir de sa petite
flamme un plus vaste foyer, a verser son ruis-
seau de musique dans le grand fleuve du
genie.
*
Pendant qu'il etait encore a Fecole de Zachow,
I. Cerlaines phrases tres simples, comme, dans la cantate
pour la Visitation : Meine Seel erheht den Ilerren, Icrecitatif
du soprano : « Denn er hat seine elende Magd angesehen »
(p. 112), ont uno odcur exquisc d'humilite virginale qui nc se
rctrouverait plus choz Ikcndel.
LA VIE i5
le petit Haendel alia faire iine visite a Berlin.
Apres avoir rendu ses devoirs a I'ancien maitre,
Telecteur de Saxe, il etait prudent de les rendre
au nouveau, Felecteur de Brandebourg. II
semble que ce voyage eut lieu vers 1696 ; Tenfant
avait onze ans, et son pere, malade, ne Taccom-
pagna point.
La cour de Berlin vivait une heure breve
d'eclat artistique, entre les guerres du Grand
Electeur et celles du Roi-Sergent. La musique
y etait fort en honneur, grace a la princesse-
electrice, Sophie-Charlotte, fille de la celebre
Sophie de Hanovre. EUe avait attire les meilleurs
instrumentistes, chanteurs et compositeurs d'lta-
lie *. EUe fonda I'Opera de Berlin^, et dirigeait
elle-meme les concerts de la cour. Sans doute,
ce mouvement etait superficiel; il ne tenait qu'a
rimpulsion donnee par la princesse; et celle-ci
avait plus d'esprit que de serieux : Tart n'etait
pour elle qu'une distraction passionnee. Aus-
sitot apres sa mort, les fetes musicales de Berlin
devaient s'eteindre. Mais c'etait beaucoup deja
1. Le violonistc Torelli, Antonio Pistocchi. qui fut un des
maitres du chant italicn, le pere Attilio Ariosti, Giovanni
Bononcini. StefTani ecrivit pour la princesse des duos fa-
raeux, et Corelli lui dedia sa dernicre sonatc pour violon,
op. 5.
2. La premiere representation eut lieu, le i*^'" juin 1700,
avec un ballet pastoral d'Ariosti. Leibniz assistait a la repe-
liiion gencrale.
i6 H.^^.NDEL
d'avoir fait briller, iihe heure, ce foyer de bel
art italien. Et ce fat ainsi que le petit Ilocndel
se troLiva, pour la premiere foif? , en contact
avec la musique du Midi\
L'enfant, qui se fit entendre au clavecin, de-
vant un public de princes, eut tant de succes
que I'electeur de Brandebourg voulut Fattacher
a son service ; il offrit au pere de Hsendel d'en-
voyer le petit en Italic, pour achever son ins-
truction. Le vieux refusa. II avait I'humeur fiere :
il ne voulait pas, dit Main waring, que son fils
flit lie trop tot a un prince. D'ailleurs, il se sen-
tait mourir, et il desirait revoir Tenfant.
Le petit Haendel revint. Trop tard. II apprit,
en chemin, que son pere etait mort, le n fe-
vrier 1697. — ^^ principal obstacle a sa vocation
musicale avait disparu ; mais il avait un respect
si profond de la volonte paternelle qu'il s'obligea,
pendant des annees encore, a etudier le droit,
puisque son pere Lavait voulu. Apres avoir
aclieve sans hate ses classes au gymnase, il se fit
I. Tout cc qu'on a conle de sa rencontre avec Ariosti et
Bononcini est d'ailleurs legendaire. M. A. Ebert a montre
qu'Ariosli n'est venu a Berlin qu'en 1697, et que Bononcini,
qui n'arriva en Allemagne qu'en novembrc 1697, semble u'elre
pas venu a Berlin avant 1702. Pour que HaMidell'y eut rencon-
tre, il laudrait qu'il y fut retourne, en 1703, en allanl a Ham-
bourg. Mais alors, il avait dix-liuit ans ; et la legcnde de I'en-
iant-prodigc, victoineux des deux maitres ilalicns, s'ovanouit.
(A. Kbcrt : Altilio Ariosti in Berlin^ i9o5, Leipzig.)
LA VIE 17
inscrire a la Faciilte dc droit de rUniversite de
Halle, le 10 fevrier 1702, — cinq ans apres la
mort du pere.
La vie universitaire a Halle etait d\me bru-
talite de moeurs revoltante. Mais on troiivait
aussi la une vie intense de pensee et de foi. La
Faciilte de tlieologie etait le foyer du pietisme ^
On se livrait, parmiles etiidiants, a des exercices
religieux, qui menaient a I'extase. — Haendel,