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William Shakespeare.

Vie et mort de Richard III; tragédie en 5 actes

. (page 5 of 11)


D'oii naissent tes soucis,
Et de suite pourquoi, ne nous dis-tu ton dire ?

Le Messageb.

C'est que dame, mon dire est afEreux k redire :
Lord Rivers et Lord Grey sont avec Sir Thomas
A Pomfret envoyes.

Duchesse d'Yobk.
Pourquoi ?

Le Messageb.

Je ne sais pas.

Duchesse d'Yobk.
De les emprisonner qui done a donn*^ Pordre ?

Le Messageb.
Gloster et Buckingham.

La Reine Elisabeth.

Qui done les force k mordre
Ponr quelle offense ont-ils et(^ mis en prison .'



VIE ET ilORT DE RICHARD III. 69



Le Messager.

Dame ! je ne saurais en dire la raison !
J'ai dit ce que je sai-s, — je n'en sais davantage ;
A ces nobles pourquoi fait-on un tel outrage,
Est un secret pour moi !

La Reixe Elisabeth.

Malheur ! malheur a moi !
Tombee est ma maison, le vols dans mon emoi.
Le tigre a maintenant saisi la douce biche,
La tyrannie infame, et qui sans cesse triche,
Se rue insolemment sur le trone innocent,
Qui ne se fait pas craiudre, helas ! I'adolescent !
Salut destruction ! salut sang et massacre !
C'est dans le sang des miens je le vols qu'il se sacre
Get infame bandit !

DUCHESSE D'YORK.

Maudits ! oh ! maudits jours !
Amenant a mes yeux des pleurs, des pleurs tou jours!
Mon epoux desireux d'obtenir la couronne,
n a perdu la vie, en trop guignant le trone !
Tons mes fils ont ete ballotes par le sort,
Et de malheurs sans fin allant chercher la mort ;
Entr'eux les conquerants faisant stupideguerre,
Toujours sang centre sang, et frere centre frere !
Courage forcene, sotte animosite
Plutot la mort que voir semblable atrocite !

La Reine Elisabeth.

Allons, aliens gargon, gagnons le sanctuaire,
Madame, adieu.

DUCHESSE D'YORK.

Je vais avec vous.

La Reine Elisabeth.

Pour ce faire,
Vous n'avez de raison.



70 VIK ET Mf)KT iJi; KK'HAKr> III

L'ARCHEVfeQUK D'YoKK (rt la Heine.)

Dame, vencz, venez
All sanctuaire, et puis avcc vous apportez
Votrc trisor, vos bicns. — Entre vos mains, madamc,
Jc mc (Icmcts du sceau que jc garde, — et mou A,me
Est pour VOU.S. Oh ! puissci-jc prospiror k rebours,
Si des votres, de vous, je nc prcnds soin toujours !
AUons dame ! vencz, vencz au sanctuaire !

( Ilii nortent. )



FIN DU DEUXIEME ACTE.



VIE ET MORT DE RICHARD HI. 71



ACTE TROISIEME.



SCENE I.

Loudres. Une Rue.

Les trompettes sonnent. Entrent le Prince Db Galles, Gloster,
BucKiNaHAM, Cardinal Bourchier, et mitres.

Buckingham.

Soyez-le bien-venu, doux prince, a la lumi^re
De Londres.

Gloster.

Oh ! soyez-le bien-venu, cousin,
De mes humbles pensers vous le seul souverain,
Le chemin fatiguant, je le crois vous attriste.

Le Prince.

Non pas pr^cisement ; — mais ce qui me rend triste,
C'est que d'oncles ne vols pas un concours nombreux,
Pour m'accueillir et pour me rendre plus heureux !

Gloster.

Doux prince la vertu sans tache de votre age

N'a pas du monde encor su capter le langage,

Vous ne sauriez jamais distinguer, c'est certain,

Chez un homme ce qui ne se voit sur la main ;

De rhomme intdrieur ne savez I'existence,

Et ce que vous voyez ce n'est que I'apparence.

Ces oncles que clamez, 6taient fort dangereux,

Leurs propos certe etaient, je le dis mielleux,

Mais leurs coeurs, ils dtaient faux, archi-f aux, infames !

Dieu vous garde a jamais de si perfides ames !

Le Prince.

Dieu me garde a toujours d'avoir de faux amis ;
Mais eux n'en etaient pas.



72 VIK KT MOUT ni; ItirilAHD III.

Glusti:u.

Dcmandc d'titrc admis
Do Londrcs le Lord Maire, — ain.si que c'cst ToHage,
Pour presenter ii vous, — cher prince, son hommage.

Entre le LOKD Maiee et sa swite.
Le Lord Maiee.
Dieu donne a votre gr3,ce et bonheur et 8ant6 !

Le Prince.

A vous tous grand merci ! Joie ct prosp6rit6 !

(Le Lord Maire et sa suite sortent.)
Jc croyais que mon fr^re, York, ainsi que ma m6re
De nous n'auraient 6t6 si longtemps en arri^re ;
Que fait-il done Hastings ? . . . Hastings ce paresseux !

Entre Hastings.

Buckingham.

Prince ! . . . sans se pressor, — Hastings vient i vos vceux !

Le Peince.

yoyez le bieu-venu, seigneur ! . . . quand viendra notre mere /

Hastings.

La reine votre mere est dans le sanctuaire,

Ainsi que votre frere et pour quelle raison

Dieu seul le salt ! . . . Pour moi je n'en vois I'horizon !
II aui-ait bien voulu venir York, votre fr^re,
Mais il est retenu de force par sa m^re ! . . .

Buckingham.

Oh ! fi ! . . . quelle mesure .... indicible .... elle a pris !

Lord Cardinal Daignez avec ce tact exquis

Qui vous caract6rise aller devers la reine

Lui donuer le conseil, et de fagon soudaine
D'envoyer le due d'York, pres de son frore roi
Apporter ses respects, apporter son 6raoi,
Ne tenez pas de cas, si la reine refuse,
Et par force arrachez le due ! . . .



vie et mokt de richard iii. 73

Le Cardinal.

Faites excuse,
Seigneur de Buckingham — si mon faible discours
Peut amener la reine a m'ofErir son concours,
Le jeune et gentil due d'York, ici, tout a I'heure
Sera ; — mais si ne puis de la sainte demeure
Le convaincre a sortir, — que me defende Dieu
De I'engager alors k quitter le saint lieu !
Rien n'est aussi sacr6 que le saint sanctuaire,
Pour qui s'y rend toujours par acte volontaire !
Pour tout I'or du pays, de semblable pdclie
Je ne Toudrais jamais avoir mon nom tacli6 ! . . .

Buckingham.

Vous etes, monseigneur, par trop opiniatre

Et par trop a cheval sur votre saint theatre.

Ce siecle accommodant, pesez-le gentiment,

Ne le violez pas du tout, assur^ment,

Ce sanctuaire — il est, c'est la son privilege

L'habitude de ceux que leur bon droit protege,

Mais le prince n'a pas le droit d'y sojourner,

Ce n'est done faire mal que le determiner

A se rendre en ces lieux an voeu de nos prieres,

Pour les enfants ne sont pas faits les sanctuaires.

Le Cardinal.

A vos justes raisons je me rends monseigneur.
Venez-vous Lord Hastings 1

Hastings.

Je vous suis de tout coeur.
{Sortent le Cardinal et Lord Hastings.)

Le Prince.

Dites, oncle Gloster, si notre frore arrive,
Oii s6journerons-nous, dites, sur quelle rive,
Jusqu'a ce qu'il soit fait notre couronnement 1

Gloster.

Oil cela semblera plus commode vraiment

A votre Royal Vous ! — Vous conseiller, si j'ose,



74 VIE BT MOKT DE KICUABD III.

Pendant un jour ou deux a la Tour, je Hupposc,
Votrc Alte«sc ferait bicn dc prendre un abri,
Et. pui.s, aprus ccla, dan.-< un lieu favori
Qui serait regard^, eommc endroit salutaire
Votre bonne santc; pour la faire et parfaire.

Le Pbince.

De.s doraaines royaux, de la Tour seule, ai peur ;
Jules Cesar a-t-il bati la Tour ? . , . seigneur !

Glostee.

Mon gracieux seigneur, C6sar, selon I'histoire,
De commencer la Tour, je crois, seul eut la gloire.

Le Prince.

Est-ce bien constats ? . . . Ne serait-ce qu'un bruit
Qui des si^cles passes a traverse la nuit ?

Buckingham.

Mon gracieux seigneur ! . . . ce fait en nos archives
Est consign^.

Le Prince.

Prenons d'autres alternatives,
Si le fait n'^tait pas consign^, m'est avis,
Que le vrai devrait etre a tout jamais transmis ! . . .



Glostee {chjuH).

Si jeune et si rus6, 9a ne peut long-temps vivre ;
De CCS esprits futds, c'est bon qu'on nous delivre. (')

Le Prince.

Que dites-vous, mon oncle ?

Glosteb.

Oh ! ce que dis, n'est rieu,
Sinon que le renom, et vit long-temps et bien,
Sans caracteres, sans le secoui's des archives,
Tant les langues jamais ne cessent d'etre actives 1



(1) Casimir Delavigne, dans les 'Eufants d'Edouard,' a traduit oette pensee
dans CO vers chanuant : —

" Quand ils ont taut d'esprit les enlant« viveut pen."



VIE ET MORT DE RICHARD III. 75

{a jiart.)
Je moralise ici par semblant d'equite,
Ce qui n'est au total que de I'iniquite !

Lb Prince.

Ah ! ce Jules Cesar etait un f ameux homme,
Si doue qu'il 6tait, c'etait Torgueil de Rome !
^on noble esprit faisait revivre sa valeur,
La mort ne put jamais conqu^rir ce vainqueur ;
Car maintenant il vit de par sa renommee,
Et le nom de Cesar de gloire est une armee.
Savez-vous, Buckingham, savez-vous, mon cousin,
Ce que je ferai si le veut bien le destin ?

Buckingham.

Quoi done, mon doux seigneur ?

Le Prince.

8i de vivre ai la chance,
Je ressusciterai notre di'oit sur la France,
Ou je mourrai soldat comme aurai vecu roi.

Glostee {apart).

De tres courts 6tes ont d'un beau printemps I'octroi.

Entrent York, Hastings et le Cardinal.

Buckingham.

Voici, qn'a point nomme, nous vient York votre frere !

Le Prince.

Bonjour, Richai-d, bonjour, avez-vous sort prosp6re !
Comment vous portez-vous ?

York.

Bien ! redoute seigneur !
Ainsi dois-je a present, vous nommer, sur I'honneur !

Le Prince.

A notre grand chagrin, comme au votre, mon frere,
II est mort bien trop tot, las ! notre honore pere ;
Son titre, par sa mort, perd de sa majeste !



VIK KT MOUT DE UICHARD III.

Glostek (a Yorli).
Cousin York ! ditca-nuiis, si bonne cat la Bant6 ?

YoBK.

Tris bonne, oncle courtois ! Vouh clisiez c^uc lea foliea
Hcrlics RTandisscnt vitc .... oui, cVitaient vos paroles,
Depui.s cc temps men fr6re a beaucoup on hauteur
Gagnd sur moi.

Glosteb.
C'est vrai ! c'cst un fait monseigneur !

York.
Done il est paie.sseux.

Glosteb.

Non, jc ne dois pa.s dire

Cela,

York.

Lors c'est certain, ct je ne veux pas rire
Mon chcr frore vous est plus oblige que moi.

Glosteb.

II peut me commander, votre fr^re est mon roi ;
Mais sur moi vous avez aussi de la puissance,
Car nous sommes parents de par notre naissance.

YOBK.

Oncle ! Alors donnez-moi ce s6duisant poignard ?

Glosteb.

De tout coeur mon petit cousin, et sans retard.

Le Pbince.
Se faire mendiant n'est pas noble, mon fr6re I

YOBK.

Mais c'est de mon bon oncle, et pour me satisfaire,

II me le donnera, car ce n'est le perou.

Ce n'est pas grand chagrin de donner un joujou 1

Glosteb.
A mon petit cousin donnerai davantage.



VIE ET MOET DE RICHARD III. 77

YOEK.

Oh ! c'est I'epte avec le ceinturon, je gage !

Glostee.
Oui, bien, mon doux cousin, si c'6tait plus leger.

York.

Alors je ra'apper^ois, je poun-ais presager,
Que vous clirez nenni dans chaque circonstance
Ou I'on reclamera de vous don d'importance.

Gloster.
Coiisin — c'est trop pesant pour vous, je vous le dis.

York.

Cela fut-il plus lourd, je vous en avertis,
Je pourrais le porter.

Glostee.

Vous (') voiidriez mon arme
Mon cher petit seigneur — elle a done bien du charme
Pour vous ?

YOEK.

Oui, je voudrais ce cadeau bonnement
Pour vous remercier, oncle, petitement
Comme il vous plait, seigneur, de I'appeler ma grace !

Le Peince.

En ses paroles, York, est de lui sa disgrace,
Mon oncle est indulgent, et salt le supporter !



(1) Voici le teste de ce passage de Shakespeare :

Gloster. What, would you have my weapon, little Lord ?
York, I would, that I might thank you as you call me.
Gloster. How ?
York. Little.

(Traduction litterale.)

Gloster. Quoi ! Vous Tondriez mon arme, petit Seigneur?

York. Je voudrais votre arme pour pouvoir vous remercier ainsi que vous

m'appelez.

Gloster. Comment ? 1 ^

_ , TT f Ce vera est un vers tronque.

York. Un peu. •' ^

Comme on le voit, le jeu de mots, est a peu presintraduisible. II consiste en
ce que le mot little en anglais signifle i%a.\eva.ent petit et pen. — C. db C.



78 VIK KT MOKT l)K lUfllAltl) tlT.

YOUK,

Mc supporter ! oui di I . . . raais non pas mc porter.
Onclc, (le vouH, de moi, mon bon fr6rc so Rausse,
Parcc que commc un sinpe alors que je me hausoe
.Ic reste tr(is petit, tri'js petit, trts petit,
II croit sur votre dos que serais commc au lit.

Buckingham {a part).

Avec quel ton moqucnr, son oncle il vous le blague ! . . .
Son esprit acdre, inais vaut mieux qu'une dague,
Comme il sait s'amoindrir pour lancer ses m6pris,
Si jcune ct si retors, j'en suis vraiment snrpris !

GloSTER {ai( Prince).

Mon gracieux seigneur, ce pourrait-il vous plaire
De nous quitter un pcu ; tons deux vers votre miiVQ,
Et Buckingham et moi, nous allons en ce jour
La supplier d'aller vous trouver a la Tour,
Et de vous souhaiter ainsi la bien-venue.

York.
A la Tour ! . . . et ponrquoi done ce lieu d'entrevue ?

Le Prince.
Fr6re ! . . . le veut ainsi monseigneur protecteur !

York.

Ce n'est pas rcigalant ! A la Toiir j'aurai peur
Je n'y dormirai pas tranquillement, je pense !

Gloster.
Qu'y craindrez-vous seigneiu" ? . . .

York.

Eh ! I'ombre de Clarence.
Grand' m6re mc I'a dit, il fut assassine
A la Tour et ce crime .... est bien embniin^ ! . . .

Le Prince.
Je nc crains oncles morts.



vie et mort de richard iii. 79

Gloster.

Ni les vivants, j'espere ! . . .
Le Prince.

Ne crains pas les vivants. — Mais poursuivons I'affaire,
Venez done, monseigneur, je le dis sans detour,
C'est le coeur allonrdi, que me rends a la Tour !

(^Sortent le Prince, Yorh, Hastings, Cardinal et suite.)

Buckingham.

Pensez-vous pas, seigneur, qu'est I'eclio de sa mere
York ! ce singe avorton, espece de vipere.
Qui cherche k vous piquer, a vous narguer en tout,
Et certe, il faut le dire, avec bien mauvais goiit !

Gloster.
n est subtil, oh oui ! c'est une fine mouche,
n est fut6, retors, et du pied ne se mouche ;
C'est sa mere en entier; — ce n'est grand compliment.
Car sa mere, entre nous, n'est parfaite vraiment !

Buckingham.

Laissez-les reposer ; et parlous d'autre chose.

Viens ici trfes courtois Catesby — notre cause

Toi, tu sais la servir, et par un saint serment

Tu promis de cacher silencieusement

Nos projets, et surtout ce que nous allons dire,

De nos raisons, tu sais quel est le point de mire,

Voyons done, qu'en dis-tu ? Pouvons-nous convertir

Lord Hastings k nos vceux, a notre cher d^sir

De voir ce noble due installe sur le trone,

De cette fameuse lie et porter la couronne 1

Catesby.
Par amour pour le p6re, en d6faveur du fils,
Hastings ne fera rien jamais, — je vous le dis.

Buckingham.

Que crois-tu de Stanley ? . . .

Catesby.

Rien de bon je n'en pense,
II ne sera pour nous, — de ce je n'ai doutance.



80 viK i;t mokt dk uifHAUD in.

Tl nous fcrait, pliitAt, liii, toinlxT daiiH mch lacH,

Dc lui jc mc
D'Hastings — il ne fcra que ce qu' Hastings veut faire.

Buckingham.

T'en dire plus alors, n'est done pas n6ce8saire.

Va, gcntil Catcsby, comme d'un bruit en I'air,

Parle dc nos projcts, sans utrc par trop clair,

Tu vcrras ce qu' Hastings pent pcnscr de la chose,

Sorame-lc de venir demain, c'est li ta glose,

A la Tour, pour tenir au pr6alablement

Conseil, pour aviser au prompt couronncment.

Que si, di, tu le vois k nos projets docile,

Pousse k la roue alors, en tel cas, c'ast facile ;

Mais au contraire, si tu le trouves de plomb,

A ton tour sois de plomb, conserve ton aplomb,

De tes propos Idch^s referme les 6cluses,

Sois toujours, en un mot, le mattre de tes ruses.

Dans peu, fais-nous savoir son inclination,

Car demain nous aurons de Toccupation,

De fort nombreux conseils, dans lesquels ta presence

Par nous sera pris^;e, ot tout h fait d'urgence.

Gloster.

Saluez de ma part Lord William, Catesby,
Dites-lui simplement, sans paraitre 6baubi,
Que cct ancien amas dangereux d'advcrsaires,
Au chateau de Pomfret demain— c'est leurs affaires,
Auront saignei Icur sang. Dites-lui, par V^nus !
D'octroyer dans sa joie un doux baiser de plus
A Dame Jeanne Shore ....

Buckingham.

Honnete Catesby !
Judicieusement exteute ceci.

Catesby.

Mcs deux tros doux seigneurs, je ne suis pas novice.
Avec precaution, jc ferai raon office.



vieet mobt de richard iii. 81

Gloster.
De vous, avant la nuit, saurons-nous Catesby
Quelque chose ? . . .

Catesby.

Oh ! oui certe ! . . .

Gloster.

Envoy ez a Crosby.

{Cateshy sort.)
Buckingham.

Maintenant, monseigneur, si Lord Hastings ne cede
A nos suggestions, quel sera le remede ?
Que ferons-nous ?

Gloster.
Parbleu ! Lui couperons gargon
Immddiatement la tete, et sans fagon !
Simple comme bonjour ! Mais soit dit a toi-meme :
Lorsque je serai roi, que le pouvoir supreme
Sera mon lot, — mon Bon ! Toi, reclame de moi
Les domaines d'Hertford — tout ce que le feu roi
Possedait en ces lieux ; — ce n'est une chimere,
Toi seul, tu I'auras comme heritier de mon fi'6re.

Buckingham.
Je le reclamerai, de vous, seigneur! ce don!

Gloster.
Tu I'auras. Des ce jour, je t'en fais I'abandon.
Aliens ! Allons souper ! . . . Oui, soupons de bonne heure,
Dig^rons nos projets .... c'est affaire majeure. {lis sortent.)



SCENE II.

Devant la Maison de Lord Hastings.

Entre im Messager.
Monseigneur ! monseigneur !

Hastings {au dedans).

Qui frappe ainsi



82 VIK ET MOUT DK UlfllAUI) III.

Le Messaoer.

Quclqirun

Qui vicnt, CHjv'TanL liicn, no p Do la part, ilii seigneur Stanley.

Hastings {au dedans).

Quelle est done I'heure ?

Le Messaoeb.

Quatre heures environ.

Entre HASTINGS.

Hastings.

Ton mattre en sa demeure,
Ne saurait-il done pas dormir quand il est nuit ?

Le Messageh.

n paraltrait que non, du moins passe minuit.
Mais tout d'abord mon maitre i votre selgneurie
Se recommande.

Hastings,

Et puis ?

Le Messagee.

Voila sa parlerie,
II m'a dit de vous dire, 4 vous, mon doux seigneur,
Que cetto nuit il eut reve tres peu flatteur.
n a revd qu'au beau milieu d'une bourasque
Son sanglier avait sus ! deserte son casque.
D'ailleurs, a dit mon maitre, il se tient deux conseils,
Dont les deux r^sultats ne seront pas pareils.
H se peut que I'un d'eux decide quelque chose
Qui de vous offenser chacun vous donne cause.
Done mon maitre vouili-ait tandis qu'ici tout dort,
Qu'avec lui vous filicz tous doux devers le nord
Pour conjurer a temps le gi'and danger qu'il flaire.

Hastings.

S'en aller vers le nord n'est du tout nicessaire !
Retoume vers ton maitre, et dis-iui, mon gar(;on.



VIE ET MORT DE RICHARD III. 83

Les conseils separes, en aucune fagon,

De ne les craindre, car ton maltre et moi, nous sommes

De I'un des deux conseils, — et le meilleiir des hommes,

Catesby, mon ami, siege a I'autre conseil,

Eien ne peut s'y passer que n'en ayons I'eveil.

Ses craintes, dis-le lui, sont tout a fait frivoles,

Et ses reves tres creux, ne sont que f ariboles.

Je suis tout etonne qu'il aime, en verity,

A subir les terreurs d'un sommeil agite.

Le fuir le sanglier avant qu'il ne poiirsuive,

C'est dire au sanglier .... Viens ! et sur nous arrive !

Va-t'-en ! dis a ton maltre, aussitot que le jour

Se f era, de venir ici — pour a la Tour

Tons deux nous en aller. Au lieu d'une tempete,
n verra qu'a tons deux un cbacun fera fete !

Le Messagee.

J'y vais mon doux seigneur, sans le moindre delai,

Ce que vous dites, et je le repeterai. {II sort.)

Entre Catesby.
Catesby.
Bien des bonjours, seigneur !

Hastixgs.

Catesby, de bonne heure
Vous etes da ! sur pied. Je suis en ma demeure
Tr^s content de vous voir. Eh bien ! quoi de nouveau ?
Dans ce royaume dont vacille le vaisseau ?

Catesby.

C'est vraiment, mon seigneur, tout un monde qui branle,
Et que le moindre fait qui peut venir ebranle.
n ne se tiendra droit, je le crois, a part moi,
Que quand le due Richard a la fin sera roi.

Hastings.
Comment roi ? Voudrais-tu done qu'il eut la couronne ?

Catesby.

Oni, certes. monseigneur !



84 Vli; KT MOllT l)K UK IIAIIK III.

HastJnos.

Avant qu'on nc la donnc
I)c si laidc fa<;on, moi, — ma t&tc au bourrcau
Moi, je la donncrais I— Tel il est mon drapeau I . . .
Mais crois-tu, qu'u rela, dans ce moment il vise ?

Catesby.

Avcc un tcl penser, je crois qu'il fraternise,
A sa cause il esp^re et vous trouver ardent ;
Et de Ic servir bicn, je crois qu'il est prudent.
Li dcssus, il vous donnc une bonne nouvelle,
C'cst que, tos cnnemis, — toute la parcntelc
De la rcine, cc soir au chriteau de Pomfret
Pour r.autre moude aura chacun pris son billet.

Hastings.

Cette nouvelle n'a pas de quoi me d^plairc,
Car chaoim de ces gens 6tait mon adversaire ;
Qu'en faveur de Richard, mais, que moi j'abandonne
De mon maitre le tils, que ma voix je la donne
Pour les depoulller eux, et pour en faire un roi,
Dieu sait que n'en ferai rien tant que vivrai, moi 1

Catesby.
Dans ces beaux sentiments, que le bon Dieu vous tienne !

Hastings.

Je rirai de eel:'., pardieu 1 qaoiqu'il advienne !

Avant un an d'ici, qu'eux, ces inscrupuleux

A mon maitre qui m'ont rendu presqu' odieux,

Moi, j'ai pu vivre assez pour voir la comddie

Jou^e iY mes dd'pens, fiuir en tragedie.

Eb bienl Catesbj- ! ticns, avant que ne sois vieux

De quinze jours de plus, j'enverrai vers les cieux

Y cberchcr un abri, garanti tutelaire,

Noinbrc de bonnes gens qui ne s'en doutent gu6re !

Catesby.

C'est vilain, doux seigneur, c'est vilain de mourir
Alors que Ton n'est pas du tout pret a partir !



vie et moet de richabd iii. 85

Hastings.
Monstrueux 1 monstrueus ! . . . c'est le sort de la guerre
n en arrive ainsi, ma foi ! c'est leur affaire !
A Vaughan comme a Elvers, a Grey — dans tel petrin
Qui vraiment ne croyaient sitot trouver leur fin.
n en sera sans doute ainsi de quelques autres,
Qui, soit dit entre nous, ne sont pas les apotres
Du noble Buckingham, du princier Richard ?

Catesby.
Les deux princes de vous font un cas tout 4 part,
Oh ! oui certe, un haut cas.

{apart.)

lis regardent sa tete
Se pavanant deja de la Tour a la crete !

Hastings.
Je ne I'ignore pas ; j'en suis flatte pardieu !

(Entre Stanley.)
Venez, venez messire .... Oii done est votre epieu ?
Qui craint le sanglier, sans se munir d'une arme,
Fait voir, par ce seul fait, qu'il n"a la moindre alarme.

Stanley.
Mon cher seigneur, bonjour ! Catesby, suis a vous !
Autant que vous voudrez plaisantez ! . . . Entre nous,
Mais k ces deux conseils ne porte pas envie.

Hastings.

Autant que vous, seigneur, moi je prise la vie,
Aujourd'hui, croyez-moi, j'y tiens plus que jamais.
Pensez-vous qu'au danger moi follement j'irais?

Stanley,
Les seigneurs h Pomfret de Londre en faisant route,
Etaient tout guillerets, chacun deux faisant joute
D'esprit et de bons mots, ne pouvant se douter
Qu'ils marchaient a la mort sans avoir a lutter.

Dieu veuille que je sois poltron poltron sans cause

Mais, j'en suis pour mon dire, et je n'aime la chose
Des conseils divises. Irons-nous a la Toivc ?
Tl est temps de partir. Ja s'avance le jour !



86 VIK F,T MOIIT I)K lUOIIAKI) Ml.

Hastinos.

AllonB I allons, partons I . . . Vous savcz la nouvcUe,
Los ficigncurs h Pomfret sont entrds en chaix;llc
Et 80ut dccapitc^s.

Stanley.

Pour Icur sinc6rit Us devraient micux porter leur ttite, en viiritd,
Que leurs accusateurs ne portent leur barette —
Mais vcnez, monscigncur, vencz, jo vous rOp^te.

(_E/ltre un POUESUIVANT D'ARMES.)
t[ABTINGS.

Vous ! . . prenez les devants .... Avec ce bon gar^n
Tin pcu je parlcrai, Ih, tous deux, sans fa^on.

i,Stanleij et Catesby sortent.)
Eh I bicn ! garden ! comment va-t-il pour toi, le monde ?

Le Pouesuivant d'Akmes.

D'autaut mieux, mon seigneur, que dans votre faconde
Aujourd'hui vous daignez da vous en enqu6rir ?

Hastings.

Je te dirai, gar9on, qh te fcra plaisir,

Que les choses pour moi vont mieux, du moins le pense,

Que lorsque certain jour, ici, par une chance.

Toi tu me rcncontras ; lors dans un vilain jour,

Ainsi qu'un prisonnier, moi, j'allais 4 la Tour

D'apros les bons avis des amis dc la reine.

Maintenant, te le dis, sans prendre de mitaine,

Mais, la chose entre nous ; eh bien ces ennemis

Au chateau de Pomfret sont proprement occis ;

Et moi, plus que jamais, je suis en bonne passe ;

En cc bas monde ainsi va la vie, ou tout passe !

Le POtJESUIVANT D'ARMES.

Que Dieu dans sa bontd prolonge vos succds.
Hastings.

Grand merci, mon garden, pour ces heureux souhaits,

A ma sante, tiens, bois 1 (II hit jette sa bourse.)



vie et mort de richard iii. 87

Le Pouesuivant d'Armes.
A votre seigneurie
Je dis avec 6moi pour sa galanterie
Merci ! {II sort).

Entre mi Peetee.
Le PrI:tre.
Je suis charm6 de trouver votre honneur.

Hastings.

Salut bon sire John ! votre dernier labeur

N'est pas encor paye, je I'avoue et confesse,

Venez k moi Dimanclie, au sortir de la messe,

Je vous satisferai. '

(ie Pretre sort.)

Entre BUCKINGHAM.

Buckingham.

Comment, mon cher seigneur
Comment done ? Vous parlez avec un confesseur ?
Vos amis de Pomfret pour se faire un bien-etre
Dans le monde la haut, seuls ont besoin d'un pretre.

Hastings.
Quand j'ai vu ce saint homme k Pomfret, k mon tour,
J'ai pens6. Monseigneur allez-vous a la Tour 1

Buckingham.

J'y vais, mais n'y ferai pas grande parlerie,
Je serai de retour avant vous, seigneuiie !

Hastings.
Oh ! c'est possible, car je pense y diner .... bien !

Buckingham {apart).
Y souper qui plus est ... . Mais toi, tu n'en sais rien,
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