D. (Denis) Peyrony.

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L'art mural a subi le meme sort. Les grottes qui semblent



(1) Les petits signes places a c6t6 de leurs semblables aziliens, sont sur des
poteries de I'ige du bronze du bassin mediterraneen (ecriture Creto-Egeenne).



TOURASSIEN OU AZILIEN 97

avoir ete visitees par les Aziliens contiennent des fleches, des
series de points, de lignes et diflferents signes se rapprochant
de ceux des galets colories.

Ce sent les dernieres manifestations d'un art qui s'eteint et
qui semble, jusqu'ici, n'avoir laisse, chez nous, aucune
empreinte sur un art posterieur. II faut esperer que des decou-
vertes ulterieures nous montreront sa filiation avec les civilisa-
tions plus recentes. Les recherches faites en Espagne et dans le
Nord de I'Afrique, aboutiront probablement a ce resultat.

Homme azilien. — Les ossements humains rencontres dans
I'Azilien prouvent que c'etait toujours le type magdalenien qui
survivait ; son industrie seule s'etait modifiee avec le climat,
la faune, la flore et les necessites de la vie.

McBurs et coutumes. — Le climat tempere et humide du
Tourassien rendait presque toutes les grottes inhabitables. Les
suintements etaient nombreux ; des infiltrations d'eaux calcaires
petrifiaient les amas de debris et formaient les breches si dures
de certains gisements.

Les Tourassiens abandonnerent alors ces asiles inhospi-
taliers, si precieux a leurs ancetres pendant plusieurs mille-
naires. lis ne continuerent a habiter que ceux qui etaient sees,
lis construisirent alors des huttes en plein air sur des plateaux
OU sur de petits monticules pres des cours d'eau, sur des terrains
permeables. La, I'industrie osseuse a disparu et I'industrie du
silex s'est melangee a celles des generations qui ont suivi, et
ne saurait s'en distinguer.

II est probable qu'une partie de la population magdalenienne
avait suivi le renne dans son emigration vers le Nord.

L'Azilien etait chasseur et pecheur et devait se nourrir des
fruits que la flore temperee produisait. II continua ainsi a vivre
paisiblement jusqu'ii I'arrivee des Tardenoisiens et plus tard
des Neolithiques.

II semble qu'il ait dirige les notions d'art qu'il possedait vers
un but plus pratique que ses predecesseurs, le langage ecrit.

II ensevelissait ses morts avec le meme ceremonial et devait
avoir les niemes pratiques superstitieuses.



98 ELEMENTS DE PREHISTOIRE



RESUME

Les lemps pleistocenes elaient finis. Le climal s'elait
adouci : it elait lempere el humide. La faune el la flore
avaienl change complelemenl. Les animaux des pays froids
avaienl emigre vers le Nord. II ne reslail plus dans noire
pays que le bcEuf, le cheval, le cerf, le sanglier. II se produisit
alors un grand mouvemenl de peuples el de Iroupeaux.

Les Magdaleniens suivirent, au moins en parlie, le renne.
Leurs successeurs, les Aziliens ou Tourassiens, conlinuerenl a
habiler les abris, mais ils s' inslallerenl aussi sur les plateaux.

Leur oulillage lithique elait petit. lis faisaient des poingons
et des sagaies en os, des harpons plats en bois de cerf.

lis peignaient sur des galets et sur les parois des grottes
des signes qui elaient plutot de I'ecriture que de I'art. On
remarque qu'il y avail decadence industrielle et artistique.

L'homme azilien qui elait encore du type de Cro-Magnon
se parait le corps el avail le culle des morts.



CHAPITRE II



PALEOLITHIQUE : TARDENOISIEN



SOMMAIRE



Indusirie. — Gisemenis. — Sa place dans la chronologie. — Origine
du Tardenoisien. — Homme lardenoisien. — Mceurs el couliimes.



Industrie. — En France, certains gisements en plein air
ne renferment que des lamelles de silex identiques a celles du
Magdalenien final (Fig. 45, n" 13) et une quantity de petits
eclats retouches afTectant des formes geometriques (triangles,
trapezes^ demi-cercles, etc.) (Fig. 45, n°' 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9,
10, 11, 12), G. et A. de Mortillet les ont consideres comme
formant la premiere phase du Neolithique. Les stations les
plus importantes et les plus pures etant dans les environs de
La Fere-en-Tardenois (Aisne), ils en ont fait la periode Tarde-
noisienne. Ces petits objets paraissent avoir remplace les bar-
belures en os des harpons (Fig. 45, n° 1).

Gisements. — Ces gisements sont repandus, en France,
surtout dans le Nord et la Gascogne. On les retouve dans tout
le Nord de I'Afrique et en Europe, sauf peut-etre en Scandi-
navie.

Lorsqu'ils sont indemnes de tout melange, on n'y trouve
jamais trace de poterie. Souvent cette Industrie se rencontre
avec celle de la pierre polie : une population ayant remplace
I'autre dans le meme lieu.

En Tunisie, en Algerie, en Italic, dans les grottes ou les
abris sous roche, elle est souvent superposee directenient a
I'Aurignacien superieur ; alors il n'y a jamais trace de cera-
mique. II faut dire que dans ces pays, le Solutreen et le Magda-
lenien ne sont pas representes.



100



ELEMENTS DE PREHISTOIRE



Dans les regions ou ces derniers existent, lorsqu'on trouve
le Tardenoisien en stratigraphie, comme a Ofnet (Baviere), il




Fig. 45. — Industrie tardenoisienne. — N° 1, harpon avec fut en os et
barbelures formees de lamelles de silex (Danemark). Les autres representent les
divers types desilex geometriques qu'on peut rencontrer (La Fere-cn-Tardenois, Aisne)..



est place entre le Magdalenien final et le Robenhausien ou
niveau de la pierre polie. II possede tons les restes de la faune
tourassienne ; il n'y a encore ni animaux domestiques, ni
poterie.

Tant par sa faune cjue par sa position stratigraphique, le
Tardenoisien parait synchronique de I'Azilien on Tourassien.

Origine du Tardenoisien. — Le Magdalenien aj-ant evolue
vers I'Azilien, n'a pu donner naissance au Tardenoisien. II
fallait done chercher ailleurs I'origine de ce dernier. Lesdecou-
vertes recentes faites, tant a Men ton , dans les fouillesdu Prince de
Monaco, qu'en Algerie et en Tunisie par de Morgan, Capitan
etBoud}', nous ont niontre que, dans ces regions, I'Aurignacien
superieur n'a pas evolue comme dans le reste de I'Europe
vers le Solutreen et le Magdalenien, mais s'est prolonge
beaucoup plus et a donne naissance aux formes geometriques



TARDENOISIEN 101

tardenoisiennes. Le Tardenoisien proc6de done directement du
paleolithique du Sud.

Jusqu'i la fin du Magdalenien, les Paleolithiques italiens,
resterent confines dans leur peninsule, peut-etre arretes par les
Alpes couvertes de neige etde glace. Mais on peut supposer que
la fonte des glaciers quaternaires leur ayant fourni un vaste
champ libre, ils franchirent les montagnes, suivant les trou-
peaux qui les faisaient vivre, ou bien pousses par un besoin
^'expansion, ou bien encore refoules par d'autres peuples. lis
s'infiltrerent peu a peu sur les territoires oi!i nous rencontrons
leur Industrie. A cette epoque encore la communication entre
la Sicile et la Tunisie devait etre facile.

II est a remarquer qu'on n'a encore trouve nuUe part, en
France, le Tardenoisien avec I'Azilien ('). Ces peuplades
etaient surement contemporaines et ^■ivaient cote a cote, ayant
probablement les memes nioeurs et les memes goiits.

Quelle pouvait done etre la destination dcs ces silex pvgmes?
Les uns y voient des sortes de hamefons ou bien des barbe-
lures qu'on fixe a une hampe en bois ou en os pour former un
harpon. (Fig. 45, n° 1).

D'autres considerent que beaucoup ont pu servir de
pointes de fleches et pourraient bien etre les prototypes de
quekjues formes robenhauslennes.

Homme tardenoisien. — La decouxcrte faite a Otnet
(Baviere) par le D'^ Schmidt, de Tubingen, a fourni des
documents inleressants sur I'homme de cette epoque.

Dans un milieu reposant directement sur une couche magda-
lenienne et supportant un nixeau franchement neolithlque, il
a recueilli des restes de cerf elaphe, d'elan et de sanglier avec
des lamelles amorphes de silex et une petite piece qu'on
n'hesite pas a classer dans le Tardenoisien. Dans deux cuvettes
creusees dans le Magdalenien, il a rencontre une quantite de
cranes humains, ranges les uns a cote des autres et pris dans
une masse d'ocre rouge. II n'y avait aucune autre partie de
squelette.



(1) Les professeurs H. Breuil et Obermai'er ont trouve a Valle (Espagne),
des silex a aspect tardenoisien dans un niveau azilien.



102 ELEMENTS DE PR^HISTOIRE

Ces cranes faisaient tous face au soleil couchant ; chacun
d'eux portait des objets de parure : coquillages et canines de
cerf perces. Les vertebres cervicales etaient en connexion
anatomique. La decapitation et I'inhumation avaient done eu
lieu aussitot apres la mort.

Ces cranes ne presentaient aucune trace de mutilation ni de
brulure pouvant faire croire a un sacrifice humain ou a un
acte quelconque de barbarisnie. lis avaient ete deposes la avec
precaution, suivant le rite funeraire de la tribu, coutume qui
indique encore des usages paleolithiques.

Parnnl ces cranes, dont vingt ont pu etre restaures, deux
appartiennent a la race de Cro-Magnon ; les autres sont un
melange de cette derniere et du type brachycephale du Nord.
que nous etudierons dans les chapitres suivants. Deja done,
dans I'Europe centrale, ces deux races vivaient cote h c6te et
se croisaient.

Mceurs et coutumes. — Le Tardenoisien etait encore
sauvage. II ne vivait que de chasse et de peche et, peut-etre,
de racines et de fruits II etait groupe en tribus qui semblaient
mener une existence precaire ainsi que I'attestent les produits
de I'industrie.

II ignorait absolument I'art et il ne se preoccupait que de la
recherche de sa nourriture qui etait fie plus en plus difficile a
se procurer, car la population augmentait et le gibier dimi-
nuait. II avait aussi a se defendre contre les tribus voisines,
car le temps des invasions etait arrive ct des peupes diffe-
rents et ennemis vivaient sur le meme sol. Les luttes
devaient etre frequentes. Sa vie bien plus mouvementee que
celle du Magdalenien ne lui laissait que pen de loisirs

II avait le culte des morts ; il etait religieux et croj'ait a une
survie. A Ofnet, il avait dispose les cranes sur du perox3'de de
fer, la face tournee vers I'Occident, ce qui a fait admettre au
D'' Schmitd I'idee du culte du soleil. Ce culte se retrouve chez
les anciens Egyptiens qui croyaient que le couchant etait la
region ou se dirigeaient les morts. II y avait meme chez eux
I'operation de la decapitation. Peut-etre I'employaient-ils,
dit M. Naville, « pour obliger le double a quitter la terre. »

II est interessant de constater chez les Tardenoisiens d'Ofnet
un culte sensiblement identique a celui des anciens Egyptiens.
Cela demontrerait une fois de plus leur origine africaine.



TARDENOISIEN 103



RESUME

Les Tardenoisiens semblenl elre venus de la peninsule
ilalique el avoir ele les conlemporains des Aziliens.

lis se repandirenl a I'Ouest el au Centre de I'Europe, oil
I'on Irouve leur Industrie lithique dans des gisements en
plein air ; celle de I'os a complelement disparu.

lis devaienl se servir de harpons oil les barbeliires etaienl
remplacees par les silex a contours geomelriques.

Les Tardenoisiens etaient de la race de Cro-Magnon. lis
vivaient de peche et de chasse.

lis semblent avoir eu le culte du soleil, car ils devapilaienl
les cadavres et inhumaient les teles, la face tournee a I'Occi-
denl.



CIIAPITRE III



NEOLITHIQUE : CAMPIGNIEN



SOMMAIIIE

Kjokkenmoddings. — Induslrie. — Fonds de cahanes. — Slalions
en plein air. — Similiiude des induslries. — Jlomme campi-
crnien. — Mceurs el coulumes.



Kjokkenmoddings. — Vers 1840, I'attention de quelques
geologues scandina\es fut attiree par de petits monticules situes
sur le littoral danois. lis en etudierent quelques-uns et cons-
taterent que ces Kjokkenmoddings, comma on les nomme,
etaient formes de debris de cuisine et d'une quantite de coquil-
lages, oil I'huitre dominait, d'os casses, de restes de poissons,
d'objets en silex et en hois de cerf, de tessons de poterie grossiere.

Plus tard, une commission de savants danois fut chargee
officiellement d'en explorer huit d'une fagon scientifiquc. Elle
remarcjua que ces amas etaient I'emplacement d'habitations
d'anciennes tribus de chasseurs et de pecheurs. Les cendres et
les charbons de leurs foyers, les dechets de leur cuisine et de
leur industrie avaient forme peu a peu ces eminences.

Faune. — En outre des mollusques et des poissons, ces
peuplades se nourrissaient de chair de mammiferes : cerf,
sanglier, chevreuil, etc., et d'oiseaux : mouette, canard, cygne,
etc.

Les ossements de chien recueillis et les os ronges ramasses,
prouvent que cet animal etait domestlque. On ne trou^■e pas
trace d'autres animaux domestiques.

Industrie. — L'industrie du silex consistait en tranchets,
ancetres des baches, emmanches dans des douilles ou gaines
en bois de cerf (Fig. 48, n°' 3, 4), en pics, pointesassez allongees
et retaillees tout autour pou\'ant servir k la fois de poignards et
d'outils pour creuser la terre, la pierre, etc., (Fig. 48, n" 5) en
lames, grattoirs, etc.



CAMPIGMEN



105



Ces peuplades fabriquaient egalement des haches, des pics
(Fig. 48, n" 2), des gaiiies, des pcignes (Fig. 48, n" 1), des
poingons en os et en bois de cerf.

Elles savaient aussi petrir I'argile, la fa(;onner en vases et la
cuire au feu.




Fig. 48. — Industrie campignienne. — N" I, peigne. — N° 2, herminette
en bois de cerf. — N° 3, tranche! (les trois pieces proviennenl des Kjokkenmoddings
danois). — N° 4, iranchet. — N° 5, pic du Nord de la France.

Ces nombreux monticules qu'on rencontre egalement sur les
cotes de la Manche et de I'Atlantique sont consideres, tant par
leur Industrie que par leur faune, comme les plus anciens de
cette nouvelle phase de I'age de la pierre qui, en Europe, ne
precede pas directement du Paleolithique.

Cependant quelques Kjokkenmoddings ayant fourni de la
pierre polie et des ossements d'animaux domestiques (clieval,
boeuf, mouton, etc.), paraissent plus recents, contemporains
probablement des cites lacustres que nous decrirons plus loin.



106 ELEMENTS DE PREHISTOIRE

Fonds de cabanes. — Stations en plein air. — Plusieurs
archeologues distingues, etudiant le Neolithique du Nord de la
France, furent frappes de I'identitedes tranchets et des pics en
silex qu'ils trouvaient dans certains gisements en plein air
avec ceux des amas de coquilles ; ils y rencontraient de la
poterie grossiere, mais jamais de pierre polie.

G. de Mortillet avanga que cette industrie pourrait bien etre
contemporaine de celle des Kjokkennioddings. Ph. Salmon
apres avoir etudie le gisement de Campigny (Seine-Inferieure)
crea la phase campignienne qui precede le polissage de la pierre.

En certains endroits, ces gisements consistent en fonds de
cabanes autour desquels on remarque des enduits d'argile
durcis par le feu^ presentant des traces de clayonnage.

Les cabanes etaient construites en branchages entrelaces
dont les interstices dtaient bouches avec de la terre glaise.

Ces fonds de cabanes ont ete surtout etudies par Ph. Salmon
et le D'' Capitan. lis y ont rencontre quelques types anciens :
grattoirs, racloirs, lames, avec deux nouveaux : le tranchet et
le pic, et de la poterie grossiere.

D'Ault du Mesnil a trouve ce niveau dans le loess recent du
Nord de la France place au-dessous d'objets de I'epoque de la
pierre polie.

II semble done que cette civilisation soit la meme que celle
des Kjokkenmoddings.

Homme campignien. — Les sepultures rencontrees dans
les amas de coquilles nous montrent que les premiers neolithi-
ques etaient brachycephales. Nous donnerons des details a ce
sujet dans le chapitre suivant.

Mceurs et coutumes. — Les Campigniens venaient de
I'Est ou du Sud-Est. La fonte des glaciers leur avait ouvert
une route vers I'Occident, en meme temps que de vastes terri-
toires devenaient habitables. lis arriverent par etapes succes-
sives sur les bords de la Baltique oii ils s'installerent. Soit en
canot, soit par voie de terre, en suivant le littoral, ils conti-
nuerent leur marche vers I'Ouest et vinrent occuper le Nord
de la France.

Ils se trouverent en contact avec les Tardenolsiens et souvent
se melangerent avec eux, puisqu'a Ofnet (Bavifere) quelques



CAMPIGNIEN 107

cranes sont dolichocephales, mais le plus grand nombre ne
sont qu'un metissage de cette race avee celle des neolithiques.
II en fut de m^meavee les Aziliens. Ainsi a Maglemose (grand
marais) (He de Seeland) dans une tourblere, le P' Sarraw de
Copenhague a rencontre une station lacustre sans palafittes.
II y a recueilli des poignards, des aiguilles, des hamegons et
quantite de harpons en hois de cerf et en os, tous objets carac-
teristiques du Magdalenien final ; des silex geometriques qu'oii
pourrait classer dans le Tardenoislen ; enfin, des tranchets et
des pics en silex, des baches et des gaines en corne et en os,
Industrie rencontree dans le Campignien. Les trois civilisations
sont representees a cet endroit et melangees.

Les premiers Neolithiques vivaient miserablement de peche
et de chasse. lis avaient cependant une grande superiorite sur
les autres peuplades ; ils avaient domestique le chien, compa-
gnon devoue et fidele, qui les aidait a poursuivre le gibier
et a le capturer. A la guerre, il leur permettait de lutter avan-
tageusement contre leurs adversaires, de les refouler, de les
exterminer ou de les asservir.

Armes du tranchet, ils coupaient des arbres, les equaris-
saient, en construisaient leurs miserables huttes qu'ils cou-
vraient de branchages et enduisaient d'argile petrie.

lis recherchaient les gros troncs d'arbre, les taillaient, les
creusaient, soit avec le tranchet, soit a I'aide du feu et du pic
et fabriquaient les premieres pirogues. Sur ces freles esquifs,
ils s'aventuraient sur les cotes a la recherche de leur nourri-
ture ou de quelque region plus riche et plus hospitalicre. lis
inventerent ainsi la navigation si importante de nos jours et
qui rend tant 'de services.

Ils petrissaient I'argile, la fafonnaient en vases grossiers
qu'ils cuisaient pour leur donner plus de durete et de resis-
tance. Avec ces recipients encore bien primitifs, ils pour-
voyaient a un grand nombre de besoins domestiques : ils
puisaient I'eau potable, cuisaient les aliments, conservaient des
vivres, etc.

lis a^'aient certainement une religion, mais nous ne savons
pas grand'chose encore a ce sujet.



108 ELEiMENTS DE PRlilllSTOIRE



RESUME



Les Tardenoisiens elaieitl a peine inslalles, qu'arrivail de
I'esi, iin autre peaple, celui-ci brachycephale, qui se fixa
d'abord sur les riuages de la nier Ballique. II semble avoir
vecu miserablement de chasse, de peche, mais surloul de
coquillages marins don! les resles fornienl les Kjokkenmod-
dings.

II avail domeslique le chien. Avec son aide il penelra peu a
pea au centre et a I'ouesl de V Europe oii il s'installa sur les
plateaux. II avail comme armes, le tranchel et le pic en silex,
la hache el le pic en bois de cerf ; son oulillage el ail grassier.

II invenia la premiere pirogue el sut, le premier, fabriquer
el cuire la ceramique.



109



Vue d'ensemble sur les civilisations
Azilienne, Tardenoisienne et Campignienne.



Le Magdalenien superieur marque la fin des temps pleisto-
cenes. Le cliriiat se radouclt Insensiblement. Les grands glaciers
qui couvraient le Nord de I'Europe disparurent et, peu a peu,
ces regions si longtemps arides, privees de vie, prirent I'aspect
actuel. La Acre temperee remplaga la flore glaciale qui se confina
dans I'extreme Nord de I'Europe ou nous la trouvons aujour-
d'hui.

La faune se transforma egalement. Le renne ne put plus
vivre en France ; il se retira peu a peu vers le Nord, se
repandit en Allemagne, puis en Scandinavie oii il vit actuel-
lement.

Une partie de la population continua a vivre dans les ca-\ernes
lorsqu'elle n'en fut pas chassee par Thuniidite, ou se retira sur
les plateaux sees et bien exposes, s'accommodant de la faune
existante. C'etaient les Tourassiens ou Aziliens. L'autre sui\it
le renne pour vivre a ses depens et se fixa dans les memes
regions que lui. Nous avons vu qu'a ALiglemose on avait
recueilli I'lndustrie du Magdalenien final.

Dans le Sud de I'Europe, les Tardenoisiens, confines dans
ritalie, arretes jusqu'alors au Nord et a I'Ouest par les grands
glaciers des Alpes, suivirent peut-etre comme les derniers
Magdaleniens les troupeaux qui les faisaient vivre, oii, refoules
par les premiers Neolithiques venus de I'Est, franchirent les
montagnes et se repandirent en France, dans les Pays-Bas, en
Allemagne, etc., ou ils se fixerent.

En meme temps, des populations venues probablement de
I'Est, poussees par les memes besoins, agissant, peut-etre pour
les memes raisons, arriverent sur les bords de la Baltique. Elles
se repandirent le long du littoral et meme dans les terres et



110 ELEMENTS DE PR^HISTOIRE

occupferent peu a peu tout le Nord de la France. C'etaient les
Campigniens ou premiers Neolithiques. lis exterminerent ou
asservirent les autres peuples et leur imposerent leur civilisa-
tion. A la periode suivante, nous ne trouvons plus de traces
du Paleolithique.

Tout porte a croire que I'invasion du Nord par les dernlers
Magdaleniens, les Tardenoisiens et les Campigniens a commence
a peu pres au meme moment, et les civilisations de ces deux
dernieres peuplades se sont developpees simuljanement et
sdparement dans I'Europe centrale et occidentale, avec I'Azi-
lienne. Peu a peu, les Campigniens ont vaincu les autres et
leur ont impose leurs habitudes et leurs mceurs.



CIIAPITRE IV



NEOLITHIQUE : ROBENHAUSIEN



SOMMAIRE



Cites laciisires. — Slahons lerresires. — Agricullure. — Industrie
litlxique. — Indiislrie de I'os. — Industrie du bois. — Industrie
textile. — Ohjels dc vanneiic. — Industrie ceramique. — Monu-
ments nicffalitluques. — Parare. — Art. — Sepulture'. — Homme
neolithique. — Mteurs et coulumes.



Le Robenhausien ou peiiode de la pierre polie a succede au
Campignien. II nous a ete re\ele par les cites lacustres, les
gisements en plein air et les monuments funeraires.

Cites lacustres. — Pendant I'hiver de 1854, les eaux du
lac de Zurich baisserent beaucoup. Les proprietaires riverains
profiterent du retrait des eaux pour empieter sur le terrain
decouvert. En enlevant les boues qui devaient feconder les
terres, ils rencontrerent dans ces depots une quantite d'objets
en silex, en bois, en come, de la poterie, ainsi que de gros
pieux, plantes verticalement dans ces limons. L'instituteur
de I'endroit comprit I'importance de cette decouverte. II en
avisa de suite un savant de Zurich F. Keller qui se rendit sur
les lieux et ne tarda pas a trouver, sur d'autres points de la
berge, des choses semblables. Depuis lors, les lacs italiens,
suisses, fran^ais ont ete explores avec succes.



112 ELEMENTS DE PREHISTOIRE

Le gisement de cette epoque qui a fourni I'industrie la plus,
pure de tout melange est celui de Robenhausen, pres de
Zurich (Suisse). On a trouve, conserve dans la tourbe, des
pilotis supportant des poutrelles horizontales soulenant le
plancher de I'habitation, relies les uns aux autres par des
chevilles en bois. L'ensemble de ces pilotis ou palafittes^
occupait plus d'un hectare de superficie : c'etait done une
cite importante qui communiquait a la terre ferme par un pont
de plus de 3.000 pas die long.

Les fouilles qui ont ete pratiquees ont donne beaucoup
d'objets en silex poli et taille, en bois, en os, en corne de cerf
ct en terre cuite ; des tissus, des cordes, des objets de vannerie,
des graines, des fruits, voire meme des galettes de pain, des
ossements d'animaux sauvages et domestiques.

Presque toutes les stations lacustres ont fourni les memes
pieces, mais souvent melangees a des objets de cuivre, de
bronze et meme de fer, ces sortes d'habitations ayant ete
usitees tres longtemps au debut de la periode historique. Meme
de nos jours, certaines peuplades de I'Asie, de I'Afrique et de
I'Amerique vivent ainsi.

Stations terrestres. — Les stations terrestres etaient eta-
blies dans les parties les plus elevees des plaines, a proximite
des cours d'eau et sur les plateaux sablonneux ou calcaires.
Certaines tribus, plus avisees ouplus belliqueuses, choisissaient
un terrain plat escarpe ; elles construisaient sur le pourtour,
partout oij il n'y avait pas d'a pic, de gros murs en moellons ;
elles elevaient leurs cabanes a I'interieur. Ces enceintes etaient
de veritables camps, ou, en cas d'attaque, betes et gensallaient
se refugier.

Les fonds de cabane de ces stations ont donne une Industrie
lithique et une ceramique identiques a celles des palafittes.
Toutes les autres matieres perissables, bois, tissus, etc., ont


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