Francis S. (Francis Stanton) Williams.

English into French : a book of practice in French conversation designed to accompany any speaking French grammar online

. (page 21 of 22)
Online LibraryFrancis S. (Francis Stanton) WilliamsEnglish into French : a book of practice in French conversation designed to accompany any speaking French grammar → online text (page 21 of 22)
Font size
QR-code for this ebook


j'ai supprimé; et j'ai fait abattre la cloison qui séparait
les deux pièces du devant, pour n'en faire qu'une. Ça fait
un beau salon. La cheminée est très jolie. C'est du marbre
d'Italie. Ne touchez pas aux murs, la peinture n'est pas
encore sèche. Si vous voulez voir les étages supérieurs,
nous monterons. — Il me tarde de pouvoir sortir mes fleurs,
mais il fait encore trop froid : il y avait de la glace sur le
lac ce matin. Quoi! deux heures à votre cadran ? Ça
doit être l'heure. 11 y aura une éclipse de soleil au mois de
iuin. Visible à Boston ? On le dit.

Lxim.

Voilà sept heures qui sonnent ; allons, Pauline ! il faut
fous lever. Déjà ? j'ai encore sommeil. Ne vous rappelez



KEY TO CONVEKSATIOIî^. 91

VOUS pas que vous avez promis à votre grand'maman
d'être chez elle à neuf heures? Il faut faire votre prière :
dites-la tout haut, que je l'entende. "Notre Père qui
es aux cieux, que ton nom soit sanctifié; que ton règne
arrive, que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel ;
donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien ; pardonne-nous
nos péchés, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont
offensés ; et ne nous induis point en tentation ; mais délivre-
nous du mal ; car à toi appartiennent le règne, la pmssance,
et la gloire, à jamais. Amen." Maman, est-ce assez ? — Ma
tante j est-elle? Il y a une dame avec elle. — Quoi ! vous
partez déjà? vous êtes bien pressée! Vous venez nous
voir si rarement, vous devriez nous faire le plaisir de rester
un peu plus longtemps quand vous venez. Vous savez que
je ne puis pas beaucoup sortir avec mes deux petites filles
et mon petit" garçon. Il faut les amener avec vous. Je
vous suis bien obligée de votre bonté, mais vous ne songez
pas au tapage que font trois petits êtres comme ça. Oh
cela ne fait rien ; j'aime les enfants. Je vous souhaite le
bonjour. Adieu, Madame. 'Ne venez pas plus loin, je vous
en prie ; il fait si froid. Vous plaisantez ; j'aurai le plaisir
de vous accompagner jusqu'à l'escalier. Vous faites des
cérémonies, vous avez tort. Pas du tout. Bonjour; au plaisir
de vous revoir. Madame ; mes amitiés à Mademoiselle votre
sœur, s'il vous plaît.

Edmond, voulez-vous venir m'aider à arranger mon jar-
din? Il fait si chaud au soleil. Allez chercher votre
casquette. Avez-vous un couteau dans votre poche? J'ai
mon petit couteau de la foire. Prêtez-le moi, s'il vous
plaît, que je taille les branches de ce jasmin. Yoilà des
racines que vous devriez couper. Je n'ai pas la pioche.
J'irai vous la chercher. Apportez en même temps la bêche
et le râteau. Voici la bêche, mais je n'ai pas pu trouver le
râteau. îsT'est-il pas dans la serre ? Non ; le jardinier
doit s'en être servi ce matin. — Attendez, le voilà là-bas



92 ENGLISH INTO FKENCH.

avec l'arrosoir dans la brouette. Où ? Dans la grand
allée auprès du berceau. Vous ne le voyez pas ? il est de
vant vos yeux. Ah! je le vois. Ratissez cette allée
et je bêcherai les plates-bandes. Voulez-vous aller cher-
cher de l'eau maintenant, pour arroser les rosiers et ces
pauvres œillets qui sont presque morts ? Le vent a ren-
versé les pots de fleurs que j'avais mis sur le haut du
gradin. Ramassez le myrte ; il a une branche de cassée.
Les chenilles et les limaçons abîment tout; regardez les
feuilles du figuier. Que c'est désagréable! J'ai bien envie
de l'arracher, et de planter une vigne à la place, que je ferai
monter en espalier le long du mur. Qu'en pensez-vous ?

LXXIV.

Madame, j'ai l'honneur de vous souhaiter le bonjour;
comment vous portez-vous? Vous êtes bien bon, Mon-
sieur; je me porte très bien; et vous-même? Très bien,
je vous remercie. î^t M. D. ? Je crois qu'il se porte bien.
Ayez la bonté de vous asseoir. Comment ! est-ce qu'il est

absent ? Il voyage maintenant pour affaires mais vous

seriez plus à votre aise dans ce fauteuil. Je suis très bien
sur cette chaise, je vous suis obligé. Approchez-vous du
feu ; il fait froid ce matin. Oui, mais on ne sent pas le
froid du tout ici. J'oubliais que les jeunes gens n'ont
jamais froid. Comment ?e porte Melle Caroline, Madame?
Elle a été un peu indisposée la semaine dernière, et
elle est allée aujourd'hui prendre l'air à la campagne.
Elle n'aurait pas pu choisir un plus beau jour^ Il fait assez
beau, il est vrai, pour la saison. Mais il faut, à votre tour,
me dire comment votre famille se porte : comment se porte
Monsieur votre père ? Je ne suis pas content de sa santé ;
la moindre chose le fatigue maintenant. Il n'est pourtant
pas âgé. Non, il n'a que soixante-et-un ans; mais la
mort de M. Read lui a fait beaucoup de peine. Il est



ej:y to conveesation. 9à

difficile de ne pas être touché de la mort d'un ami d'enfance.
C'est vrai. Où est Mme Read maintenant ? Elle est en-
core dans sa propriété dans le Yermorit. — La campagne esi
très belle maintenant ; tous les arbres fruitiers sont en
fleurs.— Qu'avez-vous? vous boitez! J'ai un cor qui
m'empêche de marcher. C'est très gênant. Oui, mais il
ne me fait de mal que quand il pleut. — J'ai perdu mon
portefeuille. Y avait-il quelque chose dedans? Oui.
Vous l'avez peut-être laissé dans la poche de votre autre
habit.

Où sont mes habits ? vous ne les avez pas encore bros«
BGS ? Je n'ai qu'à brosser votre redingote et votre gilet
maintenant. Voulez-vous me donner mes bas ? Ils sont
troués. Mettez-les donc au sale. Vous en avez plusieurs
paires qui ont besoin d'être raccommodées. Déjà ? il n'y
a pas longtemps que je les ai achetés. Ils ont presque tous
des trous au talon. Vous n'avez pas besoin de moi main-
tenant ? 'Non, vous pouvez maintenant porter ma lettre
à la poste, et aller où je vous ai dit. Vous n'avez pais
d'autres commissions ? Oh si ! attendez ; reportez ces livres-
là chez le libraire, et priez-le de vous en donner d'autres ;
et puis en passant vous pouvez entrer chez le relieur qui
demeure au coin de School Street, et vous lui demanderez
les deux volumes que je lui ai donnés à relier, il y a à peu
près huit jours : mais surtout n'oubliez pas d'aller chez le
tailleur, car j'ai besoin de mes affaires. Dites-lui que je
vais à un mariage mardi, et que je ne peux pas attendre
plus longtemps. Il est ennuyeux de ne jamais tenir ss
parole. Voulez-vous que je reporte votre chapeau en
même temps ? Oui, vous pouvez le prendre ; il est dans le
carton. Vous direz au chapelier de m'en envoyer un autre,
dont la forme soit un peu plus haute. Celui-ci me serre
on peu trop, vous le lui direz. A-t-il renvoyé celui que
j'ai donné à arranger? Non, Monsieur. Il faudra le lui
demander. — A quelle heure coniistez-vous sortir pour





94 EJS^GLISH INTO FRENCH.

faire vos visites? J'ai commandé la voiture pour deux
heures. On a sonné ; je ne peux pas voir qui c'est. Allez
dire au domestique de ne laisser entrer personne ; courez
vite, dépêchez-vous.

LXXV.

Voulez-vous me donner cent plumes, avec un bâton de
cire à cacheter ? Avez-vous du papier à dessin ? Com-
bien tout cela fait-il? — Vous travaillez encore? que
faites-vous maintenant ? Je fais une bourse pour mon
frère. Voulez-vous venir avec moi jusqu'à Winter
Street? Traversons ici pendant qu'il ne passe pas de
voitures. Dépêchons-nous. J'ai manqué de tomber; le
pavé est si glissant !

Ma femme et mes enfants sont allés à la campagne ce
matin, et comme je n'aimais pas à rester à la maison tout
seul, je suis venu dîner avec vous. C'est très aimable à
vous ; mais je regrette que vous ne nous ayez pas fait prévenir,
parce que nous vous donnerons un mauvais dîner. Je pren-
drai la fortune du pot. Si j'avais su que vous dussiez venir
j'aurais commandé quelque autre chose. Vous auriez eu
tort, on peut faire un très bon dîner avec la soupe et le
bouilli ; il faut agir en ami, sans cérémonie ; ça vaut mieux.

Mesdames, quand vous serez prêtes, nous partirons.
Voici le chemin de l'Exposition. Il y a ici beaucoup de
tableaux précieux. Etes-vous connaisseur en tableaux ? Il
y a beaucoup de talent dans ce tableau-là. Il est peint
d'après Raphaël : c'est une belle peinture : les passions
sont bien ex^Drimées. Comment trouvez-vous le premier
plan de ce tableau-ci ? C'est imité du Titien. Il n'est
pas bien exposé. Ceci est d'après nature : il efface tous les
autres : c'est peint à l'huile, je crois. Non, c'est seulement
à l'aquarelle. Il est bien conservé. Les couleurs en sont
bien vives. La lumière et les ombres sont bien distribuées,
peintre-là s'entend bien à la distribution des détails, et



KEY TO CONVEKSATION. 95

aux effets de la lumière et des ombres . . .Voilà un tableau
d'histoire : il est un peu endommagé : on devrait le des-
cendre et le faire restaurer. Regardez ce beau paysage.
Cette perspective est très belle. Ceux-ci sont des ma^
rines: le coloris est excellent. Les reflets de la lumière,
et la réflexion des objets dans l'eau sont bien naturels. C^
ci est par Fun de nos premiers peintres. Il est considéré
comme un artiste de premier ordre. On regarde cela
cormne un chef-d'œuvre. — Il faut nous en aller maintenant.
Voici le chemin de la maison. Avez-vous jamais été à la
Dùsseldorf Gallery ? Elle mérite d'être vue.

Je viens vous dire adieu. Quand comptez-vous partir ?
Je pars après dîner. Comment! aujourd'hui? Oui; je m'en
vais par le train du soir. J'espère que vous ne nous oublie-
rez pas. Non, certainement. Adieu. Je vous souhaite
un bon voyage : j'esj^ere que vous arriverez là sans accident.
— Votre ami y est-il ? Il est en haut, dans sa chambre. Il
fait sa malle. Il s'en va ce soir pour tout à fait. Vrai-
ment ! J'en suis fâché. Je vais lui dire que vous êtes ici.
Nous sommes allés vous voir avant-hier ; vous l'a-t-on dit ?
Oui ; je regrette de n'avoir pas été à la maison. Vous
êtes décidé à partir, à ce qu'on me dit. Vous ne penserez
plus à nous quand vous serez là. Je n'oublierai jamais mes

amis J'avais peur que vous ne fussiez parti ; j'ai couru ;

je suis tout essoufflé. Asseyez-vous donc ; je ne pars qu'à
neuf heures. Bourriez-vous me rendre le service de prendre
un petit paquet ? c'est pour ma sœur. Je m'en chargerai
volontiers. Je le lui remettrai moi-même. Une faut pas
vous gêner . . . Adieu ; portez-vous bien ; nous ne nous
reverrons plus ; soyez heureux !



FRAGMENT DE VOLTAIRE.



Charles XII. à son avènement non seulement se trouva
maître absolu et paisible de la Suède et de la Finlande,
mais il régnait aussi sur la Livonie, la Carélie, l'Ingrie ; il
possédait Vismar, Vibourg, les îles de Rugen, d'Oesel, et la
plus belle partie de la Poméranie, le duché de Brème et de
Verden ; toutes, conquêtes de ses ancêtres, assurées à la
couronne par une longue possession, et par la foi des traités
solennels de Munster et d'Oliva, soutenus de la terreur des
armes suédoises. La paix de Rysvick, commencée sous les
auspices du père, fut conclue sous ceux du fils: il fut le
médiateur de l'Euroj)e dès qu'il commença à régner.

Les lois suédoises fixent la majorité des rois à quinze ans ;
mais Charles XL, absolu en tout, retarda par son testament
celle de son fils jusqu'à dix-huit : il favorisait par cette dis-
position les vues ambitieuses de sa mère Edwige-Eléonore
de Holstein, veuve de Charles X. Cette princesse fut
déclarée par le roi, son fils, tutrice du jeune roi, son pe-
tit-fils, et régente du royaume conjointement avec un con-
seil de cinq personnes.

La régente avait eu part aux affaires sous le règne du roi
son fils : elle était avancée en âge ; mais son ambition, plus
grande que ses forces et que son génie, lui faisait espérer de
jouir longtemps des douceurs de l'autorité sous le roi son
petit-fils : elle l'éloignait autant qu'elle pouvait des affaires.
Le jeune prince passait son temps à la chasse, ou s'occupait
a faire la revue des troupes ; il faisait même quelquefois
l'exercice avec elles: ces amusements ne semblaient que

26* i.^7)



98 ENGLISH INTO FRENCH.

Teffet naturel de la vivacité de son âge; il ne paraissait
dans sa conduite aucun dégoût qui pût alarmer la régente,
et cette princesse se flattait que les dissi^Dations de ces ex-
ercices le rendraient incapable d'application, et qu'elle en
gouvernerait plus longtemps.

Un jour, au mois de novembre, la même année de la mort
de son père, il venait de faire la revue de plusieurs régiments ;
le conseiller d'Etat Piper était auprès de lui; le roi parais-
sait abîmé dans une rêverie profonde. "Puis-je prendre la
liberté," lui dit Piper, " de demander à votre majesté à quoi
elle songe si sérieusement ? " " Je songe," répondit le prince,
" que je me sens digne de commander à ces braves gens ; et
je voudrais que ni eux ni moi ne reçussions l'ordre d'une
femme." Piper saisit dans le moment l'occasion de faire
une grande fortune. Il n'avait pas assez de crédit pour oser
se charger lui-même de l'entreprise dangereuse d'ôter la
régence à la reine, et de vérité
que le mensonge n'imite jamais qu'iraparfliitement : il sa-
vait bien qu'il y avait eu une secrète correspondance entre
le kan tartare et le roi Auojuste ; mais il demeura convain-
cu qu'il ne s'était agi dans leur négociation que de faire sortir
Charles XII. des terres du grand-seigneur. Soit que Fabrice
se trompât ou non, il les assura qu'il représenterait au roi l'in-
justice de ses défiances. " Mais, prétendez-vous le forcer à
partir? " ajouta-t-il. " Oui,'' dit le bâcha, " tel est l'ordre de
notre maître." Alors il les pria encore une fois de bien con-
sidérer si cet ordre était de verser le sang d'une tête cou-
ronnée. " Oui," répliqua le kan en colère, " si cette tête cou-
ronnée désobéit au gi'and-seigneur dans son empire."

Cependant tout étant prêt pour l'assaut, la mort de Charles
XII. paraissait inévitable ; mais l'ordre du sultan n'étant pas
positivement de le tuer en cas de résistance, le bâcha en-
gagea le kan à souffrir qu'on envoyât dans le moment un
exprès à Andrinojîle, oti était alors le grand-seigneur, pour
avoir les derniers ordres de sa hautesse.

M. Jeffreys et M. Fabrice ayant obtenu ce peu de relâche,
coururent en avertir le roi : ils arrivèrent avec l'empressement
de gens qui apportent une nouvelle heureuse, mais ils furent
très froidement reçus : il les appela médiateurs volontaires,
persista à soutenir que l'ordre du sultan et le fetfa dumuph-
ti étaient forgés, puisqu'on venait d'envoyer demander de
nouveaux ordres à la Porte.

Le ministre anglais se retira, bien résolu de ne se plus
mêler des affaires d'un prince si inflexible. M. Fabrice,
aimé du roi, et plus accoutumé à son humeur que le minis-
tre anglais, resta avec lui pour le conjurer de ne pas hasar-
der une vie si précieuse dans une occasion si inutile.

Le roi pour toute réponse lui fit voir ses retranchements, et
le pria d'employer sa médiation seulement pour lui faire avoir
des vivres. On obtint aisément des Turcs de laisser passer
des provisions dans le camp du roi en attendant que le cour-



KEY TO FKAGMEJ^n FROM VOLTAIKE. 115

rier fût revenu d'Andrinoplc^; le kan même avait défendu
à ses Tartares, impatients du pillage, de rien attenter con-
tre les Suédois jusqu'à nouvel ordre; de sorte que Charles
XII. sortait quelquefois de son camp avec quarante chevaux,
et courait au milieu des troupes tartares, qui lui laissaient
respectueusement le passage libre ; il marchait même droit
à leurs rangs, et ils s'ouvraient plutôt que de résister.

Enfin l'ordre du grand-seigneur étant venu de passer au
fil de l'épée tous les Suédois qui feraient la moindre résis-
tance, et de ne pas épargner la vie du roi, le bâcha eut la
complaisance de montrer cet ordre à M. Fabrice, afin qu'il
fît un dernier efiTort sur l'esprit de Charles. Fabrice vint
faire aussitôt ce triste rapport. "Avez-vous vu l'ordre
dont vous parlez ? " dit le roi. " Oui," réjîondit Fabrice. " Eh
bien, dites-leur de ma part que c'est un second ordre qu'ils
ont supposé, et que je ne veux point partir." Fabrice se
jeta à ses pieds, se mit en colère, lui reprocha son opiniâ-
treté ; tout fut inutile. " Retournez à vos Turcs," lui dit le
roi en souriant ; " s'ils m'attaquent, je saurai bien me dé-
fendre."

Les chapelains du roi se mirent aussi à genoux devant
lui, le conjurant de ne pas exposer à un massacre certain
les malheureux restes de Pultava, et surtout sa personne
sacrée ; l'assurant de plus que cette résistance était injuste,
qu'il violait les droits de l'hospitalité en s'opiniâtrant à res-
ter par force chez des étrangers qui l'avaient si longtemps
et si généreusement secouru. Le roi, qui ne s'était point
fâché contre Fabrice, se mit en colère contre ses prêtres,
et leur dit qu'il les avait pris pour faire les prières et non
pour lui dire leurs avis.

Le général Hord et le général Dardorff, dont le sentiment
avait toujours été de ne pas tenter un combat dont la suite
ne pouvait être que funeste, montrèrent au roi leurs poi-
trines couvertes de blessures reçues à son service ; et l'assu-
rant qu'ils étaient prêts à mourir pour lui, ils le supplièrent



116 EN^GLISH INTO FEENCH.

que ce fût au moins dans une occasion plus nécessaire.
" Je sais, par vos blessures et par les miennes, " leur dit
Charles XII., " que nous avons vaillamment combattu en-
semble; vous avez fait votre devoir jusqu'à présent, faites-
le encore aujourd'hui.".

Il n'y eut plus alors qu'à obéir; chacun eut honte de
ne pas chercher à mourir avec le roi. Ce prince, préparé
à l'assaut, se flattait en secret du plaisir et de l'honneur de
soutenir avec trois cents Suédois les efforts de toute une
armée. Il plaça chacun à son poste ; son chancelier Mul-
lern, le secrétaire Empreus, et les clercs, devaient défendre
la maison de la chancellerie : le baron Fief, à la tête des
officiers de la bouche, était à un autre poste ; les palefre-
niers, les cuisiniers, avaient un autre endroit à garder; car
avec lui tout était soldat : il courait à cheval de ses re-
tranchments à sa maison, promettant des récompenses à
tout le monde, créant des officiers, et assurant de faire ca-
pitaines les moindres valets qui combattraient avec courage.

On ne fut pas longtemps sans voir l'armée des Turcs et
des Tartares qui venaient attaquer le petit retranchment
avec dix pièces de canon et deux mortiers ; les queues de
cheval flottaient en l'air, les clairons sonnaient, les cris de
Alla^ Alla ! se faisaient entendre de tous côtés. Le baron
de Grothusen remarqua que les Turcs ne mêlaient dans
leurs cris aucune injure contre le roi, et qu'ils l'appelaient
seulement demirbash^ tête de fer. Aussitôt il prit le
parti de sortir seul sans armes des retranchements : il
s'avança dans les rangs des janissaires, qui presque tous
avaient reçu de l'argent de lui : " Eh quoi ! mes amis," leur
dit-il en propres mots, " venez- vous massacrer trois cents
Suédois sans défense? vous, braves janissaires, qui avez
pardonné à cent mille Russes quand ils vous ont crié atn-
Tïian (pardon), avez-vous oublié les bienfaits que vous avez
reçus de nous ? et voulez-vous assassiner ce grand roi de
Suède que vous aimez tant, et qui vous a fait tant de libé*
ralités? Mes amis, il ne demande que trois jours, et les



KEY TO PKAGMENT FROM VOLTAIRE. 117

ordres du siiltin ne sont pas si sévères qu'on vous le fait
croire."

Ces paroles firent un eifet que Grothusen n'attendait paa
lui-même ; les janissaires jurèrent sur leurs barbes qu'ils
n'attaqueraient point le roi, et qu'ils lui donneraient les
trois jours qu'il demandait. En vain on donna le signal
de l'assaut, les janissaires, loin d'obéir, menacèrent de se
jeter sur leurs chefs si l'on n'accordait pas trois jours au
roi de Suède ; ils vinrent en tumulte à la tente du bacba
de Bender, criant que les ordres du sultan étaient sup-
posés. A cette sédition inopinée le bâcha n'eut à opposer
que la patience.

Il feignit d'être content de la généreuse résolution des
janissaires, et leur ordonna de se retirer à Bender. Le kan
des Tartares, homme violent, voulait commencer immé-
diatement l'assaut avec ses troupes ; mais le bâcha, qui ne
prétendait pas que les Tartares eussent seuls l'honneur de
prendre le roi, tandis qu'il serait puni peut-être de la déso-
béissance de ses janissaires, persuada au kan d'attendre
jusqu'au lendemain.

Le bâcha, de retour à Bender, assembla tous les officiers
des janissaires et les plus vieux soldats; il leur lut et leur
fit voir l'ordre positif du sultan et le fetfa du muphti.
Soixante des plus vieux, qui avaient des barbes blanches
vénérables, et qui avaient reçu mille présents des mains
du roi, proposèrent d'aller eux-mêmes le supplier de se
remettre entre leurs mains, et de souffrir qu'ils lui servis-
sent de gardes.

Le bâcha le permit ; il n'y avait point d'expédient qu'il
n'eût pris plutôt que d'être réduit à faire tuer ce prince.
Ces soixante vieillards allèrent donc le lendemain matin à
Varnitza, n'ayant dans leurs mains que de longs bâtons
blancs, seules armes des janissaires quand ils ne vont point
au combat; car les Turcs regardent comme barbare la
eoutume des chrétiens de porter des épées en temps d*

28



118 ENGLISH INTO FRENCH.

paix, et d'entrer armé» chez leurs amis et dans leurs
églises.

Ils s^adressèrent au baron de Grothusen et au chancelier
Mullern ; ils leur dirent qu'ils venaient dans le dessein de
servir de fidèles gardes au roi. et que s'il voulait, ils le con-
duiraient à Andrinople, où il poun'ait parler lui-même au
grand-seigneur. Dans le temps qu'ils faisaient cette pro-
position, le roi lisait des lettres qui arrivaient de Con-
stantinople, et que Fabrice, qui ne pouvait plus le voir, lui
avait fait tenir secrètement par un janissaire : elles étaient
du comte Poniatowski, qui ne pouvait le servir à Bender
ni à Andrinople, étant retenu à Constantinople par ordre de
la Porte depuis l'indiscrète demande des mille bourses : il
mandait au roi que les ordres du sultan pour saisir ou mas-
sacrer sa personne royale en cas de résistance n'étaient que
trop réels ; qu'à la vérité le sultan était trompé par ses
ministres, mais que plus l'empereur était trompé dans cette
affaire, plus il voulait être obéi ; qu'il fallait plier sous la
nécessité ; qu'il prenait la liberté de lui conseiller de tout
tenter auprès des ministres par la voie des négociations, de
ne point mettre de l'inflexibilité oh il ne fallait que de la
douceur, et d'attendre de la politique et du temps le re-
mède à un mal que la violence aigrirait sans ressource.

Mais ni les propositions de ces vieux janissaires ni les
lettres de Poniatowski ne purent donner seulement au roi
l'idée qu'il pouvait fléchir sans déshonneur : il aimait mieux
mourir de la main des Turcs que d'être en quelque sorte
leur prisonnier. Il renvoya ces janissaires sans les vouloir
voir, et leur fit dire que s'ils ne se retiraient il leur ferait
couper la barbe ; ce qui est dans l'Orient le plus outrageant
de tous les affronts.

Les vieillards, remplis de l'indignation la plus vive, s'en
retournèrent en criant : " Ah, la tête de fer ! puisqu'il veut
périr, qu'il périsse ! " Ils vinrent rendre compte au bâcha de
leur commission, et apprendre à leurs camarades à Bender



KEY TO FRAGMENT FROM VOLTAIRE. 119

l'étrange réception qu'on leur avait faite. Tous jurèrent
alors d'obéir aux ordres du bâcha sans délai, et eurent au-
tant d'impatience d'aller à l'assaut qu'ils en avaient eu peu
le jour j^récédent.

L'ordre est donné dans le moment : les Turcs marchent
aux retranchements ; les Tartares les attendaient déjà, et
les canons commençaient à tirer : les janissaires d'un côté,
et les Tartares de l'autre, forcent en un instant ce petit
camp. A peine vingt Suédois tirèrent l'épée; les trois
cents soldats furent enveloppés, et faits prisonniers sans ré-
sistance. Le roi était alors à cheval entre sa maison et son
camp avec les généraux Hord, Dardorff, et Sparre : voyant
que tous les soldats s'étaient laissé pi-endre en sa présence,
il dit de sang-froid à ces trois officiers : " Allons défen^âre
la maison ; nous combattrons," ajouta-t-il en souriant, ''''pro
arts et focisP

Aussitôt il galope avec eux vers cette maison, où il
avait mis environ quarante domestiques en sentinelle, et
qu'on avait fortifiée du mieux qu'on avait pu.

Ces généraux, tout accoutumés qu'ils étaient à l'opiniâtre


1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 21

Online LibraryFrancis S. (Francis Stanton) WilliamsEnglish into French : a book of practice in French conversation designed to accompany any speaking French grammar → online text (page 21 of 22)