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LES REL1QUES



DU PASSE



Quelques Hotels Historiques de Paris



Par M. GEORGES CAIN



Afcfe



§3



Extrait du BOTTIN-MONDAIN, Edition 1911






LES REL1QUES DU PASSE

Quelques Hotels Historiques de Paris (,)



PAR M. GEORGES CAIN




Motif du Porche de la Cour du Dragon.



Combien sont-ils les hotels historiques encore debout a Paris? Combien, apres tant
de siecles de vandalisme et d'irrespect du passe, reste-t-il de ces vieilles demeures

aureolees de souvenirs, dont l'aspect seul est une

evocation?

Tel est le probleme qui nous etait dernierement

pose : probleme difficile a resoudre et beaucoup plus

delicat qu'il n'apparait tout d'abord.

Au hasard de nos multiples flaneries a travers

le vieux Paris, bien souvent, il nous arriva de

rencontrer en quelques rues perdues, un melan-

colique logis d'aspect seigneurial, « de proportion

financiere » — comrae disaient nos peres —

dont jusqu'alors nous avions ignore la presence

et, a plus forte raison, l'histoire. Et ce nous

etait toujours un regal charmant que de decou-

vrir quelque oasis de pierre — reliques des

temps anciens — au milieu des hideurs modernes

qui, de toutes parts, montent a Tassaut de notre cher Paris.

On s'informe alors, et presque toujours chacune de ces demeures pourrait conter

histoire char-
cit de guerre,
mour.

difficile est de
vieux temoins
passe. S'il plait
nous allons
ble la revue de
— je dis quel-
ilen est de par-
res — des ho-
presentant en-
historique. II
tendu que nous



aux cuneux une

mante, un re-

un roman d'a-

Mais, le

retrouver ces

d'un glorieux

a nos lecteurs,

passer ensem-

quelques - uns

ques-uns, car

faitement igno-

tels parisiens

core un cachet

reste bien en-




Musee de Cluny.



(1) Tous droits de reproduction, de traduction et d'adaptation reserves pour tous pays.



M362619




Hotel Amelot de Biseuil
(47, rue Ykille-du-Temple).



2 LES RELIQUES DU TASSE.

ne parlons iei ni des palais, ni des eglises, ni des monuments celebres dont les fleches,
les domes, les tours s'elancent glorieusement dans Pair corarae autant de bras leves
attestant la splendeur de notre capitale. Non... il s'agit, je le repete, d'une rapide
excursion au pays des souvenirs, d'un petit, tout petit voyage
d'exploration parmiles legendes du vieux Paris.

Paris, chacun le sait, s'etendit d'abord sur la rive gau-
che; c'est done sur la rive gauche qu'il convient de recher-
cher les plus anciens temoins de sa glorieuse histoire.

Sans nous arreter aux arenes de Lutece, ni meme aux
pierres du palais des Thermes, faisons une rapide halte
devant l'hotel de Cluny, sauve de la destruction par le
gout et Tinitiative d'un erudit collectionneur, M. du Somme-
rard, alors cpie ces ruines grandioses, servant de magasin a
des tonneliers, allaient etre emiettees par les pics des de-
molisseurs.

Le palais de l'Empereur Julien et l'hotel de Cluny lui-meme avaient deja passe
par de terribles epreuves. Des le xv c siecle, la grande salle fut utilisee par les come-
diens de province qui y venaient donner leurs representations annuelles. Plus tard,
en 1691, les charrettes publiques assurant le service entre Paris et Laval y etaient
remisees, a l'enseigne de la Croix de Fer. Au milieu du xvm c siecle, la meme enseigne
y abritalt une « location de carrosses ».

A cote de l'Hotel Cluny, des etuvistes avaient amenage un etablissement de bains

dans les anciens thermes romains ; enfin, en 1789, les bourgeois du quartier elevaient

des girollees, des roses et des paquets de pensees dans les eboulis du severe

edifice... dont une remise a tonneaux emplissait les salles

Lmenses.

Cela d'ailleurs paraissait tout simple. Apres la Revo-
lution, un cyclone semblait avoir devaste les hotels his-
toriques et les maisons princieres.

Tout d'abord, les eglises avaient ete converties en
clubs, en ateliers, en magasins de futailles. en gre-
niers a fourrages, en depots de papiers publics. L'e-
glise des Filles du Calvaire etait devenue entrepot
de foin, l'eglise des Blancs-Manteaux avait ete
transformee en un vaste et puant cabaret; c'est dans
l'eglise des Minimes, que Ton soignait les blesses
de la Bastille ; l'Ave Maria servait de caserne, les
Celestins de forge, la Sainte-Chapelle abritait un
depot de papiers; enfin, unbal — le Bal des Tilleuls
— accordait ses violons dans les allees du Jardin
des Carmes, encore rouges du sang des malheureux qui y avaient ete massacres
en septembre 1792...

Les hdtels, vides de leurs locataires, emigres ou emprisonnes, sont, a leur tour,
pilles, devastes, transformes en maisons de location olTertes au plus vil prix. C'est




UOt el de

Bretonvilliers

(7, rue Saint-Louis-en-1'Ile).



LES RELIQUES DU PASSE.




H6t:l de
Boaligneux, rue Miobel-le-Comte, 28.



1'epoque ou des cardeurs de laine confectionnent des matelas militaires sous les voutes
princieres, decorees par le peintre Le Brim, de l'hotel Czartoryski. L'hotel Charolais
est transforme en papeterie, l'hotel Canillac en bureau de
voitures, l'hotel Talaru en Prison...

La Terreur passee, le culte de Terpsichore succede au
culte de la deesse Raison; les crincrins resonnent alors
sous les plafonds dores dont les armoiries, ca et la grat-
tees, laissent une plaie beante parmi les festons et les
astragales.

En 1794, toutes les rues de Paris... ou presque... eus-
sent pu arborer, sur la lanterne a l'huile qui les eclairait
chichement, l'ecriteau trace en 1789 sur les ruines de la
Bastille au haut d'un piquet fiche entre deux pierres de la
forteresse demolie : Ici Von danse!

On danse faubourg Montmartre, au bal de Calypso,
moyennant « une mise decente ». On danse place Vendome,

clicz Guitet, on danse dans l'ancien cimetiere Saint-Sulpice, ou un transparent rose
annonce « l'ouverture du bal des Zephyrs » ; on danse au bal des Yictimes, faubourg
Saint-Germain; on danse enfin pour deux sous dans les guinguettes populaires... et
tout « bal du bel air » possede une salle de rechange pour les « pantalons couleur
de chair » ! On danse rue de Richelieu, rue de Bondy, rue de l'Echiquier, dans les
hotels des « ci-devants ». On danse au noviciat des Jesuites, au seminaire Saint-
Sulpice, au Palais-Royal, au Pavilion de Hanovre,
a Monceau, a Tivoli,.. A l'hotel Longueville — place
du Carrousel — on compte « 30 cercles de contre-
danses, et deux quadrilles de negresses se tremous-
sent incognito dans un renfoncement pres la porte
d'entree ».

C'est enfin 1'epoque ou l'hotel Carnavalet. la chere
« Carnavalette » de M me de Sevigne, etait mise a l'encan
en ces termes : « A vendre sur l'enchere de 50.000 li-
vres, aux criees du departement de la Seine, une
grande et superbe maison, dite « Hotel Carnavalet »,
sise rue Culture Sainte-Catherine, au coin de celle
des Francs-Bourgeois. Dans la face du I 01 ' etage sont
des figures executees en bas-relief par le fameux
Goujon, sculpteur. Grand jardin servant de potager.
Le tout d'une contenance de pres d'un arpent. En 1788,
elle etait louee 8.000 livres. Cette maison peut servir a un Depot ou a une maison de
commerce. »

•-• Cherchons maintenant ce qui survit encore d'hotels historiques dans le grand Paris,
qui fut helas ! le decor de tant de drames et de tant de comedies heroiques ou joyeuses.
Commencons notre pelerinage par la Cite, cette ile de la Seine ou naquit Paris et
que Sauval definit de si pittoresque facon : « L'ile de la Cite estfaite comme un grand
navire enfonce dans la vase et echoue au fil de l'eau au milieu de la Seine ».




(facade) (actuelletnent Miisae Carnavalet).



LES RELIQUES DU PASSE.



Iifl CITE ET Ii'ILiE SfllflT-LtOUlS

Bien delaisse aujourd'hui, ce vieux quartier de Tile Saint-Louis, magnifiquement situe
au confluent des deux bras de la Seine, fut, de tous temps, Fasile cher aux peintres, aux
ecrivains, aux poetes : George Sand, Baudelaire,

Daubigny, Corot



Mery, les peintres
et Daumier, le
Barye, y firent de
« Le club des
chisch », chante
tier et Gerard de
seances a l'hotel
Lauzun, sis au n"
fou. Bativersl617,
qui abrita, comme
amours de la Grande




Panorama de la Oit6, vue prise du Louvre



grand statuaire
longs sejours.
fumeurs de has-
parTheophile Gau-
Nerval, tint ses
Pimodan, ex-hotel
17 du quai d'An-
rhutel Lauzun —
chacun sait, les
Mademoiselle et de
est reste Fun des plus [purs joyaux de



l'irresistible et insolent Cadet de Gascogne

l'architecture du xvn e siecle.

A quelques pas de la, au n° 2 de la rue Saint-Louis en Vile, admirons le magni-

ilque h6tel bati par Le Yau pour Nicolas Lambert, president de la premiere chambre

des requetes... C'est tout mi chapitre de Thistoire de Paris!

M mo du CluUelet y trona au temps oil Voltaire y habitait; e'etait alors le rendez-
vous de tous les beaux esprits; l'hdtel Lambert
rayonnait sur Paris ebloui. Puis, vinrent les
mauvais jours. Les bibelots de prix, les riches
collections, les chefs-d'oeuvre de Le Sueur qui
tapissaient les murs, furent perdus au jeu parun
filsprodigueet disperses aux quatre vents... quel-
ques-uns emigrerent au Louvre, dont la majeure
partie des tableaux de Le Sueur. Actuellement,
rhotel Lambert nepossede plus guerede Poeuvre
de ce grand peintre
qu'une grisaille pla-
cee sous un escalier
et quelques rares
panneaux repartis
^a et la...
Eniin, decheance supreme, pendant la Revolution,

l'hdtel fut profane, comme nous l'avons indique plus haul,

par des ateliers de literie militaire. Les fines sculptures,

les peintures somptueuses, les arabesques dorees disj>a-

rurent sous une epaisse poussiere blanchatre provenant

des cardes de laine; et des equipes de matelassieres ins-

tallerent leurs treteaux dans la galerie magnifique qu'a-

vaient si somptueusement decoree Lcbrun et Van Ops-




Hutel Lauzuu (intcrieur), 17, quai d'Anjou.




LES RELIQUES DU PASSE.



tael... C'est aujourd'hui l'liotel du prince Czartoryski. Graces soient rendues a cette
famille de grands seigneurs polonais qui sauverent de la mine cct
admirable fleuron de la couronne d'art de Paris.



D'autres hotels seraient encore a citer dans 1'IIe Saint-Louis :
Quai d'Anjou : N° 5. Petit Hotel de Marigny, frere de M me de
Pompadour (1750).

Quai Bourbon : N os 13-15 : Hotel Le Charron (1630). —
N° 19. Hotel Jassaud. — N° 19 bis. Statue de la femme sans
tete, a Tangle de la rue Le Regrattier. — N° 29. Hotel de Boisgelin
'1750). — N° 45. Hotel Le Boulanger, eonstruit par Le Vau.

Quai d' Orleans : Voir les hotels N os 18. 20, 28.

Quai de Bethune : N° 36. Hotel du President Perrault. —
N° 18. Hotel de Richelieu. — X" 14. Hotel d'Astry (1680).— Rue
Saint-Louis en Vile : N° 3 et 5. Restes de l'liotel de Bretonvilliers.
— N° 19. Restes de l'hotel du President d'Aigremulle. — N° 51.
Hotel Chenizot (1730).




Hotel Lambert, quai d'Anjou, 1 et 3.



QUfllS DE Pfl^IS

Quai de Passy. — lis sont rares, j'en suis certain, les Parisiens qui connaissent
un petit hotel, perdu au milieu d'un immense jardin, le long des bords de la Seine,
pres du Quai de Passy. Je ne saurais helas! les en blamer, car les tristes locataires
de cette belle demeure sont aujourd'hui des malades atteints d'affections nerveuses.
11 n'en allait pas de meme a la fin du xvm e siecle. Cette habitation cliarmante, ces
futaies, ce pare admirable, formaient la propriete de M me la Princesse de Lamballe,
Tamie la plus intime de la Reine Marie-Antoinette. Le pare a conserve le charme pe-
netrant des tres vieux jardins, et rien de plus facile
d'y evoquer le souvenir de tous ceux qui, depuis
des centaines d'annees, y ont aime, reve
et souffert. Dans un paysage a la
Watteau, eclaire par une lumiere
lunaire, nous y revons a tous
les personnages de la Comedie
italienne. Quel cadre ideal pour y
evoquer les Arlequins, les Cassan-
dres, les Zerbinettes, les Trufal-
dins, les Colombines,
«Frelesparmi les noeuds enormes de rubans»j
pour qui ces charmilles, ces allees
couvertes seraient sejour d'election,... oil
le reve ne serait interrompu que par le brou-
haha tumultueux cause par Tarrivee de la Reine Marie-Antoinette en un carrosse
attele de mules pomponnees et harnachees a Tespagnole, venant demander une
tasse de lait a sa chere Lamballe.

Tous ces coins de Paris d'ailleurs recelent de mysterieuses retraites hantees par
les souvenirs. C'est ainsi qu'a quelques pas de la, 24, rue Berton, surune venelle noyee




Residence de la Princesse de Lamballe, quai de Passy




Hotel ile Chimay
quai Malaquais

(astiiellement Eeole ties Beaux-Arts).



6 LES RELIQUES DU PASSE.

d'ombres vertes, s'ouvre une haute porto cochere qui n'est rien moins que celle par

Iaquelle M. de Balzac echappait a ses ereanciers.

C'est, en effet, dans cette maisonnette cachee dans les feuilles et sisc a flanc de

coteau que demeura longtemps le grand
Balzac.

On accedait difficilement dans le « re-
paire » ou l'illustre ecrivain « se terrait »
jalousement; il fallait livrer de rudes as-
sauts, echanger deterribles et eompliques
mots de passe avant que de penetrer jus-
qu'a riiumble retraite ou l'auteur de « la
Gomedie Humaine » tirait les ficelles de
ses immortels pantins.

Je ne sais pour ma part rien de plus
emouvantque de parcourir lemodeste jar-
dinet de 30 metres de large sur 15 metres
de long ou, pendant des mois, le grand

Balzac « enveloppe dans une longue robe blanche monacale, serree an flanc par une

cordeliere »,promena son reve, et vecut ses personnages le long des allees etroites

fleuries de dahlias, d'asters et de buis. — Dominant la rue Berton, voici la petite

terrasse. Ici, venait s'accouder le Maitre Ecrivain, interrogeant Paris de « ses

grands yeux aux prunelles brunes, pailletees d'or comme celles du lynx ».... Cette

demeure hospitaliere s'appelle aujourd'hui « la Maison de Balzac ». — L'entree

se trouve au 47 de la rue Raynouarcl, et nous ne saurions trop engager les Pari-

siennes curieuses a visiter cet humble logis ou tout chante la gloire d'un des plus

nobles Ecrivains Frangais.

Quai tVOrsay. — Le joli Palais de la Legion d'honneur dont la grace et Felegance

semblent une triomphante protestation contre les immenses batiments mo-

dernes qui Tentourent et l'ecrasent, a son histoire; et cette histoire

est si plaisante qu'elle vaut d'etre contee.
L'hdtel fut primitivement cons-

truit par l'architecle Rousseau

sur l'ordre du Prince de Salm-

Kirbourg. Singulier personnnge

que ce prince allemand. « On ne

pouvait, — assure le Comte de

Tilly dans ses memoires, — lui

refuser de l'esprit, mais on niait

qu'il eut le sens commun ».

Get original apres avoir gas

pille des fortunes, se ruina definitive

ment en faisant edifier cet hotel ou il

employa ses derniers louis a donner

une fete superbe qui fut une epouvan-

table et legendaire cohue. L'an suivant, l'architecle rachetait, pour s'indemniser de




H6tel du Prinoe de Salm-Kirbourg

(actuellemeut Palais de la L6giou d'Houueur).
quai iVOrsay et rue de Lille.



LES KELIQUES DU PASSE.



ses depenses,Thotel dontde Salm n'etaitplus que lelocataire ! — Le Prince eut
le tort de se meler aux intrigues revolutionnaires; il fut arrete, juge,
condamne... execute; et son hotel, mis en loterie, sera gagne
par un ex-gareon perruquier nomine Lieuthraud !

L'origine de la fortune de ce « fournisseur aux vivres »
etait plus que suspecte. Pendant quelques mois, il etonne Paris
par son faste : il achete Bagatelle, et, pour « pendre la cre-
maillere » il offre, a Thotel de Salm, une fete splendide. C'est
le triomphe de la jonquille : Tancien perruquier a le culte de
cette fleur jaune; il en tapisse les murs; en garnit les tables;
en couvre les gueridons... Sous l'influence de la chaleur,
l'odeur se developpe a ce point que bientot les invites se
trouvent mal ou sont pris de vomissements.

Quelques semaines plus tard, Lieuthraud arrete, incarcere, etait condamne comme
concussionnaire. Pendant le Directoire, M raa de Stael et Benjamin Constant instaurent




Hotel du Marquis de Yillette,
1, rue de Beaune.



en Thotel desencanaille le

Napoleon I 01 ' y installe

cellerie de la Legion

Incendie aux der-

mune de Paris expirante,

cendres en 1878, reedifie

volontaire des membres

Quai Voltaire. — A

et de la rue de Beaune,

meure de M. de Yillette,

de la cour encore intacte

jour meme de sa mort,

de Voltaire, enroule dans




Ancienne Ambassade d'Espagne,
25, quai d'Orsay.



Cercle Constitutional,
en 1804 la Grande Chan-
d nonneur.

niers jours de la Com-
Thotel renaissait de ses
grace a une contribution
de la Legion cThonneur!
Tangle du Quai Voltaire
nous rencontrons la de-
ou mourut Voltaire. C'est
de cette maison, que le
31 mai 1778, le cadavre
une robe de chambre,



attache par des courroies dans le fond d'une berline de voyage, une toque de fourrure
enfoncee sur le crane ballotte, par tit comme un voyageur endormi pour Tabbaye de
Scellieres, en Champagne, ou il devait etre momentanement inhume.

Quai Malaquais. — N°9 :L'h6tel de Transylvanieconstruit vers 1622 sur les anciens
jardins de la reine Marguerite. Get hotel devint, auxvm e siecle,
le sejour de Francois Rakoczy, prince de Transylvanie...
Les gentilshommes hongrois qui formaient la suite de
Rakoczy, transformerent Thotel en une maison de jeu, « vu
leur manque d'argent, ils n'avaient que ce moyen de
subsister », Louis XIV ne leur payant pas la pension de
100.000 livres qui leur avait ete promise... Un M. Sinet
(valet de pied de M gr le Due d'Orleans) reprit le bail en
1716 et, prete-nom de quelque grand seigneur, continua la
lucrative profession de tenancier de tripot!... C'est la
qu'apres Tabbe Prevost, notre cher Maitre Massenet, a
Hotel des Miramiones (actueiiemeut chante Tarrestation de Desgrieux et de Manon Lescaut !

Pharniacie Centrale des Hopitaux), . . .

47, qnai de la Tourneiie. Quai Coiiti . — Un peu plus loin, entre le Palais de




8 LES ItELIQUES DU PASSE.

l'lnstitut et 1'hdtel des Monnaies, s'eleve a Tangle de la place Conti, au n° 13 le petit
h6tel de M ,nc Permon, mere de la duchesse d'Abrantes, on vint rever Bonaparte,
pauvre petit officier corse sans sol- de, sans commandement, sans pro-

tecteur. La legende veut
qu'il achevait ses etudes



Helas!cette legende
parte n'occupa pas la
tee par les ecrivains, et
cielle placait jadis au
mais nous avons la
ner en 1792 et rendre
Ce fait seul nous per-
cesarien, les yeux d'ai-
la coiffure en « oreille
la Guerre, se refletant
lies par les ans, encore
et du petit salon. Et
dans son uniforme ra-




HOtel de Fieubet,
2, quai des Celestius.



Bonaparte y ait habite alors

Ecole militaire.

n'est pas exacte : Bona-

fameuse mansarde chan-

qu'une inexactitude offi-

n" 5 du Quai Conti —

preuve qu'il vint y di-

visite a M me Permon.

met d'evoquer le profit

gle, le teint olivatre et

de cliien » du Dieu de

dans les glaces depo-

fixees au mur du salon

nous le revoyons, mince

pe, adosse a la cheminee



de marbre, aigri, rao-eur, pestant contre le mauvais sort et attendant anxieusement
un avenir meilleur.

flnneke au ehapitfe des Quais

Oitai d'Orsay : Les Jardins de l'hotel de l'Ambassade d'Allemagne : aneien hotel de Beauhar-

nais. Les jardins de l'hutel d'llumieres (ces hotels s'ouvrent sur la rue de Lille).

Quai Voltaire : N° 1. Hotel de Tesse. — N° 9. Aneien hotel du Presi-
dent Perrault. — N° 15. (Bati sur l'emplacement de l'ancien cou-
ventdes Theatins). — N° 23. (Alfred de IMusset y habita en 1845). —
N° 25. Ancienne Ambassade d'Espagne. — N° 27. Hotel de Bra-
gelonne.

Quai Malaquais : N° 5. Aneien hotel de Berulle, oil habita le
Marechal de Saxe. — N° 9. Aneien hotel Lomenie de Brienne. —
N° 15. Aneien h6tel de Chimay (Aujourd'hui annexe de l'Ecole des
Beaux- Arts).

Quai Conti : Au n° 3. Se trouvait jadis le fameux magasin
d'art et de bibelots si eelebre au xvn e sieele « Au petit Dunker-
que ». — N° 11. La Monnaie (aneien hotel de Conti).

Quai des Grands-Augustins : N° 35. Aneien hotel Feydeau et
Montholon. — X 1 ' 51. Hotel de Bruillevert. grand-maitre des eaux
et forets sous Louis XIV (aujourd'hui Bestaurant Laperouse).

Quai de la Tournclle : N" 37. Hotel du President Holland d'Er-
ceville (1740). — X os 55 et 57. Hotel « ci-devant de Xesmond » (1740) — N° 47. L'hotel des
Miramiones, aneien couvent des lilies de S tc -Genevieve, fonde par M me de Miramion (aujourd'hui
Pharmacie Centrale des Ilopitaux), eleve en 1G'i9 par Mansard.

Iifl HIVE GAUCHE

Longeons la Seine et recherchons sur la rive gauclie, les traces encore existantes
d'un passe deja lointain!

Conimencons par promener notre llanerie du cote de la Bievre, ou, tout au moins,




Il.'.tel de Nesmond,
55 et 57, quai de la Tournelle.



LES RELIQUES DU PASSE. 9

le long des restes de cette riviere charmante jadis, aujourd'hui minable, pauvre, mais
toujours pittoresque.



Tout d'abord voici, au n° 17
ques pas du Boulevard des G
d'un ancien palais, si impre-
qu'on peat se croire lejouet
parition.

Cette antique demeure,
etrangement avec la tris-
presque toutes les maisons
commerce des cuirs et
plus elegante compagnie.
s'elevait le palais somp-
che de Castille, mere de
1392, la Reine Isabeaude
Cbarles VI, y donna un
ses dames allemandes ,




Cour du Drasrou.



rue de Itennes.



de la rue des Marmousets, a quel-
belins, la silhouette evocatrice
vue dans ce quartier populeux
de quelque fantastique ap-



dont Felegance contraste
tesse voisine, est, comme
du quartier , vouee au
peaux. Elle abrita jadis
Ce fut a celte place que
tueux de la Reine Blan-
saint Louis. Plus tard, en
Baviere , femme du roi
bal en Thonneur d'une de
veuve, et qui se remariait.




Hotel de la Reiiie- Blanche
17, rue des Marmousets.



Les noces de veuve servaient, on le sait, de pretexte a des charivaris
et a de folles fetes. Le roi, malade, « desireux de se bien divertir »,
resolut d'assister au bal. II s'y rendit deguise en satyre, accom-
pagne de cinq de ses chevaliers, revetus des memes accoutre-
ments « d'hommes sauvages, enchaines, velus comme des
boucs; leur costume fait de laine et d'etoupe etait frotte de
poix, resine et de graisse pour mieux reluire ». Ainsi accoutres,
les imprudents vinrent danser autour des torches lar-
gement allumees; — un brandon de feu enflamma Fun
des costumes d'etoupe. En quelques secondes,les mal-
heureux, que reliaient entre eux des chaines, brulerent
comme « flammes vivantes et ardentes ». La jeune du-
chesse de Berry eut heureusement Fidee denvelopper
le roi de son lourd manteau de velours et d'hermines,
et de le mettre ainsi a Tabri des flammes. Les autres
brulerent



unedemi- /
heure et mirent trois jours ii mourir. I
Tel fut le « bal des Ardents ». de sinis-
tre memoire.

L'hdtel oil s'etait deroule ce drame
fut condamne a etre abattu; et c'est
au xvi e siecle seulement, qu'on edifia
sur ses mines la charmante demeure
que nous pouvons admirer encore au-
jourd'hui. Ce nouvel hotel subit a son
tour bien des transformations : sous le
regne de Louis XV, la manufacture




Hotel Scipion Sardini, 13, rue Seipion
(actuellemeut Boulangerie des Hopitaux).



10



LES RELTQUES DU PASSE.



royale des Gobelins y avait installe
ses bureaux. La Revolution en lit unc
brasserie populaire. Aujourd'hui, des
corroyeurs y ont etabli leurs magasins
et leurs bureaux... « Sic transit gloria
inundi » !

Arretons-nous maintenant rue Sci-
pion, au n° 13, devant l'hdtel Scipion
Sardini. Ge Scipion Sardini qui — sous
le regne de Henri III — lit batir cet
hotel orne de jolis medaillons de terre
cuite, rares specimens de cette decoration
qui nous charme tant a Florence, a Pise
et a Veronc, — fut un horame etrange dont l'histoire vaut d'etre contee. D'origine
toscane, il vint s'etablir en France apres la mort de Henri II, alors que Catherine de




Pavilion de M. de Julienne.
7, ruelle des Gobelins.




Hotel du Prince-de-Conde,
4, rue 5Ionsieur le-Prince.



Medicis etait au pouvoir.
grand manicur d'argent, Sci-
une place enviee dans cette
solue. Sachant mener de
il n'hesita pas a epouser la
seduisantes beautes de l'es-
« toute bastante pour met-
de », a ecrit Brantome. II
blit dans ce charmant hotel
aujourd'hui. C'est ici qu'il
de gens de gout, devisant
des jardins merveilieux, dont
jusqu'au bord de la Bievre. Cet




Hotel de Lesparre,
15, rue du Regard



Aimable, spirituel, insinuant,
pion Sardini sut vite se faire
cour frivole, joyeuse et dis-


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