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J. B. A. (Jean Baptiste Antoine) Ferland.

Cours d'histoire du Canada (Volume 1) online

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COURS D'HISTOIRE



DU



CANADA






DU



CANADA



PAR



j. B. A. FEELAND; PEETEE,



Professeur d'Histoire & njniversit6-Laval.



PREMIERE PARTIE
1534-1663



DEUXIEME EDITION



QUEBEC

N. S. HARDY, L1BRAIRE-EDITEUR
9 et 10, Rue Notre-Dame

1882



Depose, conformement a 1'acte du parlement provincial, 1'an 1861, par
1'editeur, Augustin C6te, au bureau du Registrateur de la province du
Canada.



Typographic dc C. Darvean.



INTRODUCTION



(Edition de 1861.)



En e*tudiant 1'histoire moderns, nos regards s'arrestent na-
turellement sur la patrie de nos aneetres, sur la belle France,
qui apparait au premier rang des nations. Fille aine'e de 1'Eglise
et gardienne des nobles traditions, nous la voyons, appuyee
sur la foi et sur I'honneur, conserver sa haute position, mine
apres les plus terribles revers, et se relever saine et forte,
lorsque ses ennemis croient 1'avoir renverse'e pour toujours.
Foi et honneur ! c'e'tait la devise qu'elle remettait a ses preux
chevaliers, lorsqu'elle les envoyait en Orient delivrer le torn-
beau du Christ. Foi et honneur ! portant ces deux mots sur
les levres et dans le cceur, les missionnaires francais ont fait,
briller le flambeau du christianisme et de la civilisation au
milieu des tribus qui dormaient plonge'es dans la nuit de 1'in-
fide'lite'. Foi et honneur ! tel fut le gage d'union et d'amour
que la France remit a ses enfants qu'elle envoyait se creer
une nouvelle patrie dans les forets de 1'Occident, sur les bords
des grands fleuves de TAmerique. Et ceux-ci, 1'histoire nous
1'apprend, ont respecte" les enseignements de leur mere.

Si Ton trouve dans les annales de 1'Europe tant de pages
dignes de fixer 1'attention, quel int^r^t ne doit pas insprrer
1'histoire de notre pays, puisqu'elle renferme le tableau aiume*



IV IN1KODUCTION.

des epreuves, des souffrances, des succes de nos anctres ;
puisqu'elle nous retrace les moyens qu'ils ont employes pour
fonder une colonie catholiqne sur les bords du Saint-Laurent,
et de"signe en meme temps la voie que doivent suivre les Cana-
diens afin de maintenir intactes la foi, la langue et les institu-
tions de leurs peres !

Les histoires du nouveau monde sont, il est vrai, privies
du grave cachet d'antiquite' qui est empreint sur celles de 1'an-
cien continent. Tandis que les temps historiques de 1'Europe
ont unc e'tendue, ou, pour mieux dire, une profondeur qui fera
toujours le de'sespoir des arche'ologues ; au Canada, il suffit de
remonter a deux siecles et demi pour assister avec Champlain
a la fondation du fort et habitation de Kdbek. Un siecle en
arriere, et Ton arrive aux profondes te'nebres dans le sein
desquelles ont pris naissance les traditions huronnes et algon-
quines.

En revanche, 1'histoire du Canada jouit d'un avantage in-
connu aux histoires europe'ennes, qui, en remontant le cours
du temps, vont se perdre dans les tenebres de la fable. Au-
Canada, 1'histoire a assist^ a la naissance du peuple dont elle
de'crit 1'enfance, et qu'elle voit arriver aujourd'hui a I'&ge
viril. Elle 1'a connu dans toute sa faiblesse ; elle a recu ses
plaintes lorsqu'il e"tait tout petit et souffreteux ; elle a entendu
ses premiers chants de joie ; elle est pre'pare'e a le suivre et
a 1'encourager dang les luttes que recele encore 1'avenir.

D'ailleurs, cette histoire pre'sente, dans ses premiers temps
surtout, un caiactere d'he'roisme et de simplicity antique que
lui communiquent la religion et 1'origine du peuple canadien.
En effet, des les commencements de la colonie, on voit la
religion occuper partout la premiere place. C'est en son
nom que les rois de France chargeaient Jacques Cartier et
Champlain d'aller k la decouverte de pays a civihser et a con-
vertir au christianisme ; elle e'tait appel^e a be'nir les fonda-
tions des bourgades fraacjaises sur le grand fleuve ; elle en-
voyait ses prgtres porter le flambeau de la foi chez les nations
sauvages de I'mte'rieur du continent, et ces courses lointaines



INTEODUCTION. V

de quelques pauvres missionnaires amenaient la decouverte
d'une grande partie des regions de 1'ouest. Les apotres infa-
tigables de la eompagnie de J^sus avaient deja exploit tout
le lac Huron, que les colons de la Nouvelle-Angleterre con-
naissaient a peine les forets voisines du rivage de 1'Atlantique.
Les premieres families, venant pour habiter le pays, y arri-
vaient a la suite des religieux, qui [dirigerent les peres dans
leurs travaux, et procurerent aux enfants les bienfaits d'une
Education chre'tienne.

Ainsi, la religion a exerce* une puissante et salutaire influ-
ence sur 1'organisation de la colonie francaise au Canada ; elle
a recu des elements divers, sortis des diffe"rentes provinces de
la France ; elle les a fondus ensemble ; elle en a forme' un
peuple uni et vigoureux, qui continuera de grandir aussi long-
temps qu'il demeurera fidele aux traditions paternelles.

Pendant son enfance, il fut guerrier et chasseur par necessite",
e*tant oblige de negliger la culture de ses petits champs pour
fournir a ses premiers besoins par la chasse, et pour lutter
dans des combats de tous les jours contre les farouches tribus
iroquoises. Au milieu des fatigues de la chasse et des dangers
de la guerre, il acquit la force et 1'experience qui plus tard
lui devaient servir a de"fendre son existence contre les ennemis
de 1'exterieur et de 1'inte'rieur. Aussi lorsque, a la suite de
revers cause's par les de'sordres de la cour de Louis XV, par
1'insouciance des autorite's et par les speculations honteuses
des employes, la France se vit arracher sa plus ancienne colo-
nie, les 70,000 Canadiens qui resterent sur le sol de la patrie
eurent foi dans la providence et dans leur union. Abandonne*
des nobles et des riches, delaisse" par la mere-patrie, le peuple
se re*fugia sous les ailes de la religion, qui 1'aida a conserver
ses institutions, ses coutumes et sa langue. Parmi les bene*-
dictions que Dieu lui a accorde"es, celle que le Seigneui donnait
a Adam et a sa famille, Crescite et multiplicamini, ne lui a
pas manque", puisqu'aujourd'hui les provinces de 1'Ame'rique
britannique renferment au moins un million d'individus d'ori-
gine franchise.



VI INTRODUCTION.

Voila, en peu de mots, 1'histoire du Canada, Elle n'est pas
tres-brillante, comme on le voit ; mais elle est rendue inte'res-
sante, quelquefois m&ne e"mouvante, par les traits de courage
et de cruaute', de noble franchise et d'astuce, de deVouement
etld'e'goisine, qui se presentent sous toutes les formes, dans
les'rapports entre Thomme civilise* et I'homme sauvage, entre le
missionnaire chre'tien arme de la croix et le jongleur secouant
le'sac de me'decine, entre les soldats discipline's de la France,
et le guerrier iroquois ou algonquin, fier de sa liberte et
portant au combat ses habitudes d'independance.

L'histoire du Canada fut ne'gligee, pendant plus de soixante
ans apres la publication du pre"cieux travail de Charlevoix sur
les annales de la Nouvelle-France. Au milieu des troubles
qui prece"derent et qui suivirent la prise du pays par les
Anglais, peu de personnes eurent le temps de s'occuper d'e"tudes
historiques, et de travailler a mettre en ordre les riches mate'-
riaux qui existaient encore.

En 1804, le sieur Heriot publia, en anglais, une traduction
abre"gee de Charlevoix. Plusieurs anne'es apres, en 1815,
M. William Smith fit paraitre une histoire du Canada qui
s'e"tend jusques a la fin du siecle dernier. Get ouvrage est
remarquable par les prejuge's anti-catholiques de 1'auteur et
par sa partialite" centre tout ce qui tient a la France ; aussi
me"rite-t-il 1'oubli dans lequel il est tombe des les premiers
temps apres sa publication.

Ce n'est guere que depuis environ quarante ans qne quel-
ques hommes, amis du pays et attache's & ses institutions, ont
commencd a s'occuper se'rieusement de 1'histoire du Canada.
A leur te"te se place le venerable archeologue Jacques Viger,
qui, bien qu'il ait livrd peu d'e'crits a la presse, a cependant
rendu de fort grands services, en recueillant nombre de docu-
ments historiques exposes a se perdre, et en eclairant plu-
sieurs passages obscurs des chroniques canadiennes. A ses
cote's merite de figurer M. Faribault, dont le precieux travail
intitule : Catalogue raisonnd des ouvrages sur I'Amdrique
et le Canada, est estirne' en Europe aussi bien qu'aux Etats-



INTRODUCTION. VII

Unis. II est juste aussi de citer M. Michel Bibaud, auteur
d'une histoire du Canada, qui possede un merite re'el. C'est
surtout an moyen de la Bibliothtque Canadienne, que M.
Bibaud a rendu d'importants seryices aux annales de notre
pays. Dans ce journal mensuel, continue* pendant plusieurs
anne*es, il a re'uni beau coup de documents importants, et
recueilli des faits ignores ou presque oublie"s, mais dignes
d'etre conserves.

Nous possedons encore au milieu de nous un homme d'un
talent distingue, M. F. X. Garneau, qui a consacre une partie
de sa vie a la composition d'une histoire du Canada, avan-
tageusement connue en France, aussi bien que dans notre
pays.

Plusieurs autres ecrivains, soit parmiftos compiatriotes, soit
parmi les etrangers, ont, de notre temps, voulu travailler sur
quelque portion particuliere de nos annales ; il serait inutile
de les mentionner ici, mais nous aurons plusieurs fois occasions
de les citer en nous servant de leurs utiles recherches.

Avec ces secours, il est aujourd'hui plus facile d'e*tudier
notre histoire qu'il ne 1'etait ci-devant ; cependant si Ton en
veut acque'rir une connaissance exacte et approfondie, il faut
remonter aux sources et y puiser avec discernement. Malheu-
xeusement, pour la premiere partie de nos annales, c'est-a-
dire, jusqu'au temps de la creation du Conseil Supe*fieur, les
documents originaux sont peu nombreux. Des mate'riaux pre*-
cieux ont e*te\ depuis un siecle, perdus par la negligence de ceux
& qui ils e"taient confi^s. Ainsi, le college de la compagnie de
Je"sus a Quebec possedait une importante collection de manu-
scrits, relatifs aux d^couvertes et aux 6 venements civils et reli-
gieux de cette premiere pe"riode ; forts peu de ces papiers ont
4chapp^ k la destruction. Dans le journal du supe'rieur des
J^suites e'taient consignes, jour par jour, les faits les plus
remarquables, des reflexions sur les affaires de la colonie, des
appreciations de la conduite de ses homines publics. Continue*
pendant plus de cent ans et tenu avec beaucoup de regularity
ce journal e"tait d'une grande valeur pour suivre la marche des



VIII INTRODUCTION.

e've'nements. Eh bien ! sur trois cahiers qui paraissent avoir
ete' complets a la suppression des Jesuites, il en restait encore
deux a la fin du siecle dernier ; un seul a e'chappe' aux mains
des Vandales, et encore est-ce par hasard, puisqu'il futde'cou-
vert dans un fourneau de la cuisine, au chateau Saint-Louis.
D'autres causes, comme 1'incendie, I'humidite' des archives,
la mauvaise qualite" du papier, ont aussi contribue' k la des-
truction de nos richesses historiques.

Examinons cependant les tresors qui nous restent pour la
premiere epoque, ne nous arretant qu'aux autorites originales
qui ont servi a tous les ecrivains poste"rieurs ; car, pour arriver
plus surement a la ve'rite', il faut recourir a ceux qui out 4t4
te'moins oculaires des evenements, ou, dans leur absence, a
ceux qui se rapprochent davantage des temps et des lieux ou
les faits se sont passes. Apres avoir mis de cote les centaines
de volumes ecrits sur 1'histoire du Canada, volumes dans les-
quels les re"cits des anciens auteurs sont reproduits plus ou
moins defigure's, Ton est e'tonn^ du petit nombre d'autorite's
ve'ritables qui nous restent. C'est en puisant a ces sources,
que Ton peut parvenir ajeter du jour sur des passages obscurs
du P. Charlevoix, et a retablir des faits oublie"s ou mal rap-
porte's par cet historien, d'ordinaire si exact et si judicieux.

Pour la premiere partie de 1'histoire du Canada, nous nous
attacherons k suivre les ouvrages imprimis que nous allons
mentionner.

Voyage de Jean Verazzani, Florentin, aux cotes de la
Floride, et de la au 50e degr(5 de latitude nord.

Premier, Second, TroisUme Voyages de Jacques-Cartier*

Voyage de Jean-Francois de la Rocque, Sieur de Roberval.

Routier de Jean-Alphonse de Xainctoigne et quelques
fragments de voyages.

Tous ces e'crits ont e'te' conserves soit par Richard Hakluy t x
soit par Eamusio. II est digne de remarque que les rapports
des premiers navigateurs, dont les de"couvertes dans le nord de
1'Ame'rique ont ^t(5 si honorables a la France, nous sont trans-
mis par des (Strangers. A 1'exception de la relation du premier



INTRODUCTION. IX

voyage de Cartier, les autres pieces sont dues a 1'italien Kamusio
et & Eichard Hakluyt, ministre anglican et ge'ographe distingue".
Histoire de la Floride, par Laudonniere, contenant les ex-
pe"ditions de Ribaut et du sieur de Gourgues.

Histoire de la Nouvelle-France, etc., par Marc Lescarbot.
Nous devons & Lescarbot le re"cit de ses voyages, de ceux de
MM. de Poutrincourt et Font-Grave", et une comparaison
entre les voyages de Jacques Cartier et ceux de Champlain.
II a aussi laiss^ un poeme he*roique sur les exploits de Mam-
bertou, chef souriquois.

Relation de la Nouvelle-France, etc., par le P. Pierre Biard.
Le P. Biard rapporte la fondation de Port-Royal et de Saint-
Sauveur, et donne une description de"taillee des cruaute"s exer-
ce"es contre les Francais, par les colons de la Virginie.

Les Voyages de la Nouvelle-France Occidentale, dite
Canada, faits par le sieur de Champlain. II y a eu plusieurs
Editions de ces voyages ; la plus complete est celle de 1632.

Le Grand Voyage du Pays des Hurons; Histoire du
Canada, etc., etc. Ces deux ouvrages sont dus a la plume du
Frere Gabriel Sagard, re"collet. Us fournissent des renseigne-
ments pre*cieux sur les premiers temps de la colonie, ainsi que
sur les travaux apostoliques des Peres Recollets a Quebec, a
Tadoussac et chez les Hurons.

Relation des Jesuites, en 1626, et depuis 1632 jusqu'a
1672 inclusivement. On y trouve une partie de notre histoire
qui, sans elles, serait reste*e k peu pres ignore"e ; elles ren-
fennent aussi des details qu'on chercherait inutilement ailleurs
sur la langue, les mceurs, les croyances des tribus aborigines.

Les Lettres de la Mere Marie de 1'Incarnation sont pre"-
cieuses pour I'histoire de son temps ; tout en rendant compte
des travaux entrepris pour 1'education des jeunes filles sau-
vages, elle s'occupait aussi de tout ce qui regardait 1'^tablisse-
ment et le progres de la colonie.

Denys, dans sa Description gdographique et Jiistorique des
cdtes de VAmdrique Septentrionale, rapporte les principaux



X INTRODUCTION.

e've'nements des premiers temps de 1'Acadie, et fait connaftre
les dissensions qui s'eleverent entre les commandants francais
sur ces cotes.

Le P. Ducreux ou Creuxius a public" : Historia Canadensis.
II latinise tous les noms propres, en commencant par le sien.
Dans cet ouvrage, il a re'uni les details donnes par les auteurs
des relations sur I'histoire de la Nouvelle-France ; son travail
se tennine k l'anne"e 1656.

L'Histoire de I' Hotel-Dieu. M. de La Tour, doyen du
chapitre de Quebec, parait avoir etc" charge" de faire imprimer,
sous ce titre, les annales de I'Hotel-Dieu de Quebec. II s'y
trouve des renseignements interessants sur les commence-
ments de cette utile institution. L'ouvrage imprime reuferme
neanmoins beaucoup de fautes quj ne se rencontrent point
dans le manuscrit original.

Winthrop's Journal. Le Journal de Winthrop, premier
gouverneur de la colonie de Massachuset, comble des lacunes
qui se trouvent dans I'histoire des querelles entre D'Aulnay
et La Tour, dans 1'Acadie. Aucun livre n'est plus propre a
faire connaitre les puritains de la Nouvelle-Angleterre, tels
qu'ils e'taient k leur arrive" en Amerique.

Voil& pour les imprimis ; quant aux manuscrits qui ren-
ferment des mate'riaux pour 1'histoire du Canada, il s'en trouve
de fort interessants.

Le Journal du supdrieur des Jdsuites, commence" en 1645
par le P. Je'rome Lalemant, donne, jour par jour, les faits de
ce que Ton pourrait appeler la vie intime de la colonie. II ne
nous en reste seulement qu'un seul cahier.

En France, les archives de la marine et de la guerre, ainsi
que les archives ge"ne'rales de 1'empire, renferment une foule
de manuscrits pre'cieux, relatifs au Canada, a 1'Acadie, & la
Louisiane : ce sont des lettres ou des rapports adresse's aux
ministres par les fonctionnaires eccle'siastiques, civils, mili-
taires, r^sidant dans les colonies. Cependant, assez peu de ces
documents appartiennent a la premiere partie de Thistoire
du Canada. D'autres collections du m6me genre se rencontrent



INTRODUCTION. XI

dans des institutions publiques et quelquefois meme chez des
particuliers ; mais aucune n'a la valeur de celles que nous
avons mentionne'es plus haut.

Nous devons ici rendre hommage k la bienveillance et & la
libe'ralite' du gouvernement francais, qui admet avec facilite*,
aux archives publiques, les hommes de tous les pays se pre'-
sentant dans le but de faire des recherches serieuses sur
I'histoire (1).

Dans notre pays, Ton peut consulter avec avantage les ar-
chives de la province, celles des tribunaux, et les registres du
Conseil Supe'rieur.

Le travail que nous offrons aujourd'hui a la religion et & la
patrie, est le resume de lecons que nous avons donne'es a I'Uni-
versite'-Laval. Canadien par la naissance et par le coeur, et
catholique avant tout, nous avons e'tudie' I'histoire du Canada
et nous 1'avons traite'e comme Canadien et comme catholique.
Nous avons cherche' la ve'rite' aux sources qui nous ont paru
les plus sures, et nous avons essaye" de la presenter telle que
nous 1'jvons rencontre'e.

(1) Nous sommes heureux de pouvoir exprimer ici nos sentiments de reconnais-
sance pour le colonel de Rostaing, chef de bureau aux archives de la guerre, et M.
Pierre Margry, aide-conservateur aux archives de la marine. Tous deux nous ont aid6
dans nos recherches, avec une bienveillance que nous n'oublierons jamais. Non con-
tent de nous procurer les moyens de connaitre les documents qui appartiennent a
1'etat, M. Margry nous a commnniqu6 des pieces pr6cienses. faisant partie de sa col-
lection particuliere. M. Margry a longuement et attentivement 6tudi6 I'histoire des
anciennes colonies fran^aises ; aussi, personne n'en possede mieux I'ensemble et les
details.



AVANT-PKOPOS



Premiers habitants de l'Am6riqne Voyages des Islandais, des Gallois D6con-
vreurs Christophe Colonib Cabot Americ Vespnce Cort6r6al De Lerjv-
Verazzani.



Avant de nous occuper specialement de 1'histoire du Canada,
il ne sera pas hors de propos de faire quelques observations
sur 1'origine des peuples que les d^couvreurs europe"ens du
quinzieme siecle trouverent dans le nouveau monde. Le con-
tinent ame"ricain e*tait habite" dans toute son e"tendue ; le
centre, depuis le Mexique jusqu'au Chili inclusivement, ren-
fermait des peuples comparativement nombreux, tandis que
les deux extremite's, au nord et au sud, e"taient occupies par
des tribus peu considerables, re"pandues sur d'immenses ter-
ritoires.

Plusieurs controverses ont ^te souleve'es sur 1'origine des
Am^ricains. Quelques-uns ont pr^tendu qu'ils appartiennent &
une espece distincte de celle qui habite le vieux monde. Us
se fondiuent sur les differences de conformation entre les
homines de 1'ancien continent et les hommes du nouveau,
et sur la difficulte" de passer de 1'Europe ou de 1'Asie en Ame-
rique. Nous ne pr^tendons pas discuter cette question; car
elle est toute re"solue pour des catholiques. L'e"criture sainte,
en effet, nous apprend que le genre humain tire son origine
d'un seul homme et d'une seule femme, que la main du cre*a-
teur placa dans le jardin d'Eden. La science, apres de longues



2 AVANT-PROPOS.

recherches, a fini par reconnaitre que 1'homme blanc, 1'homme
noir et rhomine rouge appartiennent a la meme famille.
" Unite", " dit Flourens, " unite absolue de 1'espece humaine
et variete de ses races : tel est, en dernier re'sultat, la conclu-
sion ge'nerale et certaine de tous les faits acquis sur 1'histoire
naturelle de rhonime. "

L'Amerique a done e'te' peuplde par des families on des
tribus venues de 1'ancien moude ; mais il est impossible au-
jourd'hui de determiner pr^cisemeut le temps ou les principales
migrations ont e'te faites. L'on peut n&minoins assurer que
1'epoque de 1'etablissement de 1'Amerique est ancienne, cornme
le prouve retat ou les Europeens y trouverent les arts et 1'in-
dustrie. L'emploi du fer et plusieurs des metiers de premiere
n^cessite, depuis longtemps en usage dans les parties les plus
recuiees du vieux monde, etaient encore ignores des Ame-
ricains. Cependant, si leurs peres les eussent poss^des, les
generations suivantes ne les auraient pas laisse perdre ; et
Ton a droit de conclure que les tribus americaines avaient
quitte la terre de leurs aieux avant que ces pre"cieuses decou-
vertes y fussent generalement connues.

S'il faut en croire les traditions americaines, les premieres
colonies seraient venues de 1'ouest, c'est-a-dire, de 1'Asie.
Les annales des Mexicains portaient que leurs ancetres etaient
arrives du septentrion, et elles designaient les Stapes faites par
la nation, dans le grand voyage du nord-ouest a 1'Amerique ceu-
trale. Chez les Montagnais ou Tchipeweyans, qui occupent les
deux versants et les cretes des Montagnes-Rocheuses, entre
le 56e et le 59e degr^ de latitude nord, les memes souvenirs se
sont conserves, comme le prouve la le"gende suivante.

" Au temps des grants, 1'un deux se promenait sur les
bords du grand lac glace. II etait ei grand qu'un homme or-
dinaire demeurait dans le pouce de sa mitaine. Ce g^ant en
rencontra un autre, avec lequel il engagea un combat singulier.
Se sentant pres de succomber, il s'adressa au petit lioinme
qui etait dans sa mitaine, et lui dit : " Mon petit-fils, coupe les
jambes de mon adversaire, car il est plus fort que moi. " Le
petit homme obeit, et le colosse ennemi tomba a la renverse,
en travers du grand lac, de faQon que sa tete touchait 1'autre
rive ; ce qui forma un pont, sur lequel les caribous passaient
d'un bord it 1'autre. Plus tard, une femme entreprit le trajet
et y reussit apres plusieurs jours de marche. Elle apport<ut
du fer et du cuivre ; elle fut bien accueillie par les Montagnais,
auxquels elle douiia ce fer. Elle fit ensuite plusieurs voyages ;



AVANT-PROPOS. 3

mais ayant dte insulte'e par quelques hommes, elle s'enfonga
dans la terre et emporta avec elle tout le fer (1). "

Cette tradition, bien qu'obscurcie par des fables, n'en est
pas moins propre a constater que le peuple Tchipeweyau
conserve encore le souvenir de son origine asiatique. Main-
tenant, il n'est pas difficile de concevoir comment des fa-
milies ou de petites tribus de chasseurs out pu passer de
1'Asie en Ame"rique : un accident, une tempete, une chasse
prolonged a pu porter d'un continent k 1'autre quelques voya-
geurs imprudents ou malheureux, qui aurorit entraine* a leur
suite des parents et des amis. Charlevoix dit qu'on lui avait
plusieurs fois repete un fait assez curieux. Le Pere Greslon,
qui avait etc pendant plusieurs anne'es missionnaire dans 1'A-
nierique, ayant et envoye a la Chine, y trouva une Huronne
qu'il avait connue au Canada. Elle raconta au Pere Jesuite
qu'ayant et^ prise en guerre, elle avait e"te conduite de nation
en nation, jusqu'a 1'endroit ou elle se trouvait. En jetant un
regard sur une carte du nord-ouest de I'Amerique, on verra
que la largeur du de"troit de Behring n'est pas considerable ;
en effet, du cap Prince de Galles en Ame'rique au cap Est en
Asie, il n'y a gueres qu'une distance de cinquante milles.
Entre ces deux points se trouvent trois petites ties qui par-
tagent la longueur du trajet. Or, Ton sait que les sauvages de
1'Amerique, dans leurs freles canots, traversent des bras de
mer qui ont jusqu'a quinze ou vingt lieues de largeur. De plus,
la longue chaine des Kuriles, s'etendant entre le Kamtchatka
et la peninsule d' Alaska, offre de nombreuses stations, ou des
navigateurs pen expe"rimentes, ont pu se refaire pour continuer
leur voyage. Ainsi la Mantchourie, la Siberie, le Kamtchatka
ont probablement fourni une grande partie des tribus qui se
sont etendues dans 1'Amerique. Ce que confirme la ressem-
blance des Tartares avec les Indiens de 1'Amerique du JSTord.
Le celebre voyageur Ledyard, se trouvant dans la Siberie



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