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Johan Arckenholtz.

Mémoires concernant Christine, reine de Suède, pour servir d'eclaircissement à l'histoire de son regne et principalement de sa vie privée, et aux evenemens de l'histoire de son tems civile et litéraire: suivis de deux ouvrages de cette savante princesse, qui n'ont jamais été imprimés .. (Volume 1) online

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Online LibraryJohan ArckenholtzMémoires concernant Christine, reine de Suède, pour servir d'eclaircissement à l'histoire de son regne et principalement de sa vie privée, et aux evenemens de l'histoire de son tems civile et litéraire: suivis de deux ouvrages de cette savante princesse, qui n'ont jamais été imprimés .. (Volume 1) → online text (page 1 of 78)
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Bli










MEMO IRES



f OUR S E R FIR A



L'HISTOIRE DE



CHRISTINE



RE1NE DE SUEDE.



TOME' 'PREMIER.



M E M O I R E S



CHRISTINE

RE1NE DE SUEDE,



POUR SERVIR



A L'HISTOIRE DE SON REGNE ET P RINCIP ALEMENT DE SA VIE PRIVEE, ET
4UX E7ENEMENS DE L'HISTOIRE DE SON TEMS CIVILE ET LITERAIRE:

SUIVIS DE DEUX

OU'V RAGES

DE CETTE SAVANTE PRINCESS E,

177 N'ONT JAM ATS E'TE' IMP RIME'S.

Le tout fonde fur fes Lettres , & recueilli des Hiftoriens & des Monumeris les plus

Authentiques , tant manufcrits qu'imprimes , accompagne de Remarques

Hiftoriques , Poliriques , Critiques & Literaires ; avec des MedaiUes oc

un Appendice de Pieces Jullificadves ou Inflruftives.

Etplus eft Patrice fafta referre labor. Ovid. Trift. Lib. II. vs. 322.
T ti M E P K M I R.




A AMSTERDAM ETA LEIPZIG,
Che* PIERRE MORTIER, Libralre.

M D C C L I.



I ,



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v U G



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y

^

CC




r



PREFACE



c \.




Oil fon expofe lesvues qtfon a cues dans cet Ouvrage ,
comment on a tdcbdde les remplir.



s circonibnces dc Pavenement de CHRISTINE au
Trone de Suede > apres la mort glorieufe du Grand
GUSTAYE-ADOLPHE, fon Fere, la conclufion
de la Paix de Weftpbalie II avantageufe a fa Couron-
ne, la brillante reputation ou elle fc,ut porter le nom
Su&doh, Teclat de fes talens pour les faiences, fa
^profonde Politique, enfin Teveneraent etonnant de fon abdication,
fait tant de bruit dans le monde, que fon nom, de meme que
celui des Heros & Heroines de TAntiquite, impofe, ficot qu'on Ten-
[tend prononcer,

Qiioiqu'elle n'ait qu'environ un Siecle d'anciennet , fa vie prelen-
des Scenes fi diverfes & fi fingulieres tout enfemble, & eft melee
\de particularites fi extraordinaires que, de quelque Nation que Ton
pour pen de gout que Ton ait pour ce qui fe paffe de plus me-
morable dans le monde , on ne pent qu^etre curieux d'une hiftoire fi -
dele & circonflanciee de cette Grande Princefle* Audi fe tlatte-t-on
que les Memoires que Ton publie aujourd'hui, en tiendront lieu en
quelque maniere , comme en contenant une bonne partie & repan-
dant un grand jour fur le refte.

Peribnne n'ignore , qu'apreslamort de fon Augufte Pere GUSTA-
VE-AooLPHE/6' Grand, elle regna glorieufement , en partie fous
la tutele des cinq premiers Grands Officiers & du Senat du Roiau-
ine, pendant les douze annees que dura fa Minorite, en partie par
elle-meme , les dix annees avant qif elle abdiquat.
. Tome /. * Les



ii PREFACE.

Les affaires publiques de Sudde durant tout ce terns-la ont ete ecri-
tes par Mr. le Baron de Pufendorf, avec une netete d'efprit & une
integrit6 de bon Hiftorien, qui ont peu de pareilles ; defbrte qu'on
n'a pas lieu de fe plaindre de manquer d'hiftoire a cet egard.

II n'en eft pas de meme , i\ Ton confidere cette Reine dans fa vie
privee & par rapport a fes adlions particulieres, qui ne font pas moins
intereffcntes, ni raoins digues d'etre tranfmifes a la Poltem< -

Car fi on les prend des fa premiere jeunefTe 5 ori trouvera d'tui co-
te la maniere dont ejle flit elevee : Tamour qu'elle eonqut pour la li-
terature en genera*! & les langues en particulierdans lefquelles elle fit
des progres fort au-defTus de fon age: Teftime qu'elle eut pour les
plus favans Hommes de ^Europe: le grand nombre qu'elle en fit ve-
nir aupres d'elle : Pardeur qu'elle eut pour apprendre a fond les Bel-
les-Lettres, & Tenvie qu'elle temoigna de penetrer jufques dans les fe-
crets des SQiences les plus abftraites: les progres merveilleux qu'elle
fit d'un pas prefque egal dans toutes ces S9iences : la facilite qu'elle
eut k s'expliquer fur toutes fortes de fujets , en toutes fortes de lan-
gues , avec les perfonnes les plus diftinguees par leurs lumieres : les
louanges qu'elle s'en attira de toute part ; les amples recompenfes ,
les grofles penfions & les prefens vraiment dignes de fon rang 5 dont
elle les honnora.

Mais d'un autre cote on verra aufli , de quelle maniere cette ar-
deur pour apprendre & favoir tout , commen9a a fe ralentir : & les
reiTors qu'on fit jouer pour lui faire pafler ce fort attachement aux
connoiilances utiles & pour y fubftituer le gout dti luxe & des de-
penfes : comment elle fe laifTa feduire par de faux Savans , qui vin-
rent a bout de lui infpirer des principes <Sc des fentimens d'une Mo-
rale relachee, en corrompant aufli ceux qu'elle avoit de la Religion,
ou elle etoit nee : par quels moiens ces Gens-la lui firent regarder la
Couronne, qu'elle portoit, comme unfardeau trop pefant, & com-
me un obltacle aux plailirs tranquilles, qu'elle gouteroit hors de fes
Etats: Fetonnante demarche qu'elle fit, loriqu'd la fleur de fon age,
aimee;&; reveree de fes Sujets jufqu'aTadoration, elle defcendit d'un
Trone , auquel elle avoit donne plus d'eclat qu'elle n'en avoit .em-
prunte, & qu'elle avoit mis de niveau avec celui des premiers Sou-
verains de fon terns. Enfin, quelle fut fa Vie privee hors de SuMe^
non feiilement pendant le fejour qu'elle fit dans le Brabant <> en Ita-
lic, en France, en Alkmagne & dans fa Patrie, ou elle revint deux
fois, mais auiH pendant tout le terns qu'elle demeura k Rome, ou el*
le mourut en 1685;.

Tout



PREFACE. m

Tout cela expofe dans fon vrai jour, formeroit fans doute un ta-
bleau des plus varies & des plus intereflans.

Ce n'eft pas , qu'il n'y ait eu des Curieux , qui ont tache de ra-
mafler des mat6riaux pour e"claircir quelques points de cette hiftoire.
Mais de tous les Ouvrages qu'on a publics fur cette matiere , on ofe
aflurer , que jufqu'ici pas un ne fe trouve aflez conforme a la verite
pour meriter le titre & Hiftoire de cette Reine.

On n'en trouve aucun ou il n*y ait des fauffetes manifeftes. Ce
ne font la plupart que des pieces remplies de fiel & de calomnies, un
tiffu de circonftances peu cro'iables & dont Tabfurdite faute d'abord
aux yeux d'un Ledeur attentif & impartial.

Voici la liftc de ces pieces , autant qu'on en a pu trouver , & qui
font, ou a peu pres, toutes celles qui ont etc imprimees furce fujet:

1 . Eritoe Rtlation de la Vie de CHRISTINE Reine de Suede juf-
qita la demiffion defa Couronne & fon arrivement a Bruxelles (a).

2. Le Genie de la Reine CHRIS TINE de Suede (b) (*).

3. Hiftoria di Chriflina Regina di Suezia , del Conte Galeazo Gual-
do Prior ato (c) (|).

4. Icon Chriftinse Autbore Sakmone Priezaco (d) (j).

^. Vita

(a & &) L'une & F&utre de ces Pieces (V) Roma 1656. in 4. & Venezia 1(557.
font imprimees en 1655. in 4. La i. eft de in 8.
19. fcf la 2. de 15. pages, Crf) Parifiis i6j(5. in 4.



(*) Ces deux Pieces ont etc dcrites par le Sr. Cbevreau Se'cre'taire de Cbrijline
& puis du Roi Cbarles-GuJtave. Elles fe trouvent aufll imprimees dans I'biftoire de
la fie de CHRISTINE citee ci-deflbus de Tan 1677. pag. i. &c. & pag. 59.



Ces deux pieces ont &t6 traduites en Allemand fous le titre de Kurlze LebensBe-
fobreibung der Koninginn Chriftinse in Schweden 1656, & 1663. in 4. & en Anglois
fous le titre : A Relation of the Life of Chriftine Queen of Sweden , <witb ber Genius
(2) avec une Preface oti le Tradufteur rend compte en abr^ge des moeurs de U
Cour de Snide d'alors.

(f) Cette Hiftoire a fon me>ite & contient proprement les voi'ages de Cbrijline
par la Suede, le Dannemarck , YAllemagne & le Brabant & de-la par I'Allemagne juf-
qu'a Rome. Elle a ^t^ traduite & imprime en Anglois fous le titre de Hijlory of
the Sacred and Royal Majefty of Chriftma Alexandra Queen of Sweden ; land <witb
tbe reafons of her late converfion to the Roman Catbolique Religion (3).

^' A Cette piece n'eft que de 25 pages. L'Auteur trahit fon penchant A medire de



(i) V. les Mdlances cur. de St. Evremont (2) Impr. London 1656. in 4.
Tom. I. p. 193. & Colomefii Opufcula Sacra (3) By 'John Bcrbury London 165*. in 12.
?ag. 121, & 1660. in 8.



H PREFACE.

?. Vita Chriftinae Regmd Suecirt ufque adejus in Brabantwrn pro-
fcttionem , gallic^ primum delineata : jam vero latind reddila (a) (*).

6 Reize van bare Doorlucbtige Majejleit Cliriltina Koninginne Van
Sweden gedaan door de Kederlanden , Duit stand) Vrankryk^ Italien^
&c van baar eerfte nittochtuit Sweden i6>^. tot baar wederkom-
Jle in den Jare 1660 (f)- G - a ct Vo'fages de S. M. la Reine de &^-
r/^ depuis fon premier depart de kSto/(P Tan 16^4.. jufqifk fon retour
en i(56o.

7. Recueil de quelques pieces curieitfes fervant a r^clairciffement ae
PHiftoire de la Vie de la Reine Chriliine , cn/emble plufaurs votctgcs

Ce meme Recueil atigmenta cjaut-res Pieces Sc impri-
me fous le titre de



8. Hiftoire de la Vie. de /a Reine Ghriftine de Suede avec un
table rtrit du jejouf de la Reine iilibme 3 ! '-gsp de la defenfe du Mart
quis Monaldeski cow/r^ //? JJ^/72^ fa Si>e3e (^) 0).

r> ^b^ii jinilinirj ^ tiV\c>!



C<s) //<? eft fans date, defeize pages 111-4. 00 4S^ocMjol^ ; c^g5jeanJ;/e/p ^.f
(i) -^ Cologrie -c^. Pierre dii Mar- rage LXXP7& c. d d. en 1(^77. in id.
teau. 1660. c? 1668. m 12. 1682. nouvelle edit.



ki Reine , des !e commencement de fa Preface en difant ; que lui ai'arit 'nbu -
vellemenc dedie un Ouvrage., cecce Princefle , au- lieu de lu-i donn^r quelG^e
recompenfe des magnifiqucs louange~s qu'il lui avoit adrefl^es , gardok la-def-
fus un profond filence. C'ell pour-cela , dit-il , que j'ai -refolu de fajire fon
portrait plus au naturel , en la peignant de. couleurs 9 qui marqueront autanc
fes belles que fes mauvaifes qualit^s." Que peut on attehdre d'un, Ecjriyain "fi.
mercenaire?

(*) C'eft Mr. Rofen, premier Medecin du Rui de Suede qui me 1'a procrc\' Cc
n'eft proprement que la traduclion d'une piece Fran^oife , qui fe trouve dans le
Recueil cit6 ci-deflbus num. 8. pag. 5$. fous le titre d'rfdieu des Francois alaSus.de.
Comme le Tradudteur ditque 1'Auteur a pafle un terns raifonnable en Suede, \\ n'efl
pas a douter, que la Reine ne lui ait donne" des marques de fa liberalite, comme
a tant d'autres Francois, fes Compatriotes ; mais qu'en reconnoiffance, il 1'a paic*
de la plus noire ingratitude. La piece -m^me eft e"crite dans le goSt de ceJle du
Sr. Priezac, qui a (ke" annonc^e ici num. 4. II fe peut que Mr. Meibom.Yzit tra-
duite en Latin , pour fe vanger de Bourdelot, qui y eft peint au naturel '.'.

(t) Quoiqu'en dife 1'Auteur dans la Preface , i'l fe fert dans fon Traite de ce
qu'ont rapporte" des voiages de Cbrijline, tant le Comte Gal. Gualdo dans fon hif-
toirc cit^e ci-deflus ,. que le Sr. ditzema & fon Continuateur Sylvius ,. dans les
Saakcn van Stuat en Oorlog : deforte qu'on n r y trouvera pas d'autres chofes plus
intercfTantes , a 1'excention de deux beaux Poeraes en Flamand compof^s par J.
<u fonde! , ce l^irgile Hollaniois, Tun fur la resignation de la Couronne & 1'autre
fur 1'arrivcc de Cirifline a Rome.
() C'eft ua Recueil de patites pieces les moins avantageufes a cctte Rcinc.

ii



PREFACE. r

9. Nouveau Recueil de Harangues fall 'es au Rot P tux Reims &
kurs entries (a) (*).

ic. Hiftoire des. Intrigues galantes de la Reine Chrifline de Suede



1 1 , Mhnoires des Intrigues Politiques &P Galantes de la Rcine Chri
tine de Suede &? deja Cour, depuisjbn abdication & pe ndant fon fe-
\our a Rome (0 (|>

i 2. Leben der IVeltberulffmten Koni^in Chriftine von Sclweden : e.
a d. La Vie de la fameufe Reine Cbrjftine de Suede (d) (j).

1 3. -Ret Leven en Bedryfvan Chriiime Koningin van Sweden. ...
tkor Gregorie-Leti (<?) ().

14. Le-



A Paris MDCXLf. ce doit etrs (c) yf Leide 17 to. deux vol. in 12.
LJ; comme findique le privil&e-& (() ^Leipzig 1705. in 8.
vsimprime fold. 1668. in 12. , (ej ^4 Amilerdam 2. Mf. 1714. ing..

A Amilerdam 1697. in 12.





II y a encore un livre intitu!^: La Fie de Catherine de Mtdicis f de Chrifline (i),
oh on trouve une couple de ces pieces touchant la Reine de Suede , qui avoienc
deja paru dans les deux Recueils que nousvenons de citer. Elles one auffi etc tra-
duitcs & imprime'es en Allemand (2) fous, le titre. JStlicber bober Stands Perfobnen
Liebes - Gefcbicbte .... durcb den JS(>rix>itzien.

(*) On trouve ici plufieurs harangues faites b Cbrifline a fa prdmiere arrivde en
France avec fes reponfes. } . ^c. quelques-une& de fes letcres s qui feront cities dans
la fuite.

(f) Get ouvrage n'eft autre chofe qu'une reimpreflion de YHifloire des intrigues
de Cbrifline, indiqu^e immediatement avant : excepte , qu'on a ajoutd k celle-ci
deux Poemes Franfois, dont 1'un a pour titre: L'art de plaire d la Serenijfime Reine
de Suede, compofe par Mr. Gilbert S6cre"taire & apres Refident de Cbrifline en
France & imprime dans les Poefies diverfes pag. i. 25. Ces Memoires font
aufll traduits en Anglois fous Iq titre: The Hiflory of the intrigues and Galanteries of
Cbrifline Queen of Sweden (3) , & en Allemand (4). Le Tradufteur prefume que=
1'Auteur de cette hiftoirc a' ete autrefois au fervice du Marquis de Lavardin , Am-
balTadeur de France a Rome , & enfuite a celui de Cbrifline.

C|3 C'eft 1'Hiftoire la plus complette que nous ai'ons de la Vieprive"e de Chrif-
line, Le Prof. Cfritien Stieffen a Brejhu , qui en doit e~tre 1'Auteur Q), fait ufa-
ge prefpue par toutr de Tbjfloire des intrigues galantes cit^e ci-delTus. Le principal
eft d'y lavoir diflinguer le vrai du vraifemblable ou du faux. II de"couvre en plu-
fieurs endroits fa partialite. A en juger par le terns ou ce livre a ete imprime",
il paroit que 1'Auteur a vo.ulu chagriner par-la les Sueclois , qui ferroient , de pres
les Saxons en Pologne & s'cmpnrorent peu apres de prefque toute la Saxe.

() Get Auteur n'eft qu-'un Tradufteur fidele & un Compilateur des Pieces .

qui

(i) A la Hayc 1663. in 12'. in 12.

(2) A Utopia 1670. in 12. p.; 95, 146, 194. (4) En 1705. in 12. V. la continuation des
& 213. &c. enfretiens de Tentyel ad ann. 1705. pag. 431.

(3) ^y Philips Hollingwortb. London 1697. (5) V. Kobiers Miintz-Beluft. T. X.p. 357.

*3.



YI



PREFACE.



Leben der Konigin Chriflinse von Schweden (a) (*).
if. Gefprecbe im Reicb der Todten^ ou Entretiens dans le Roiau-
me des morts entre les Reines Elijabetb d'Angleterre & Cbriftinc dc
Sutde 0) (t).

1 6. Jacobi Zabarelte Chriftina Auguftaftve Chriftinae Suecorum,
Gotborum, Wandalorumque Regina tdugujt* Heroicaque Origines ?
cum omnibus Europe Frmcipibus confanguinitas (c^. Get ouvrage ne
contient que des tables g&iealogiques & eft ainfi peu propre a eclair-
cir Ton hiftoire.

17. Entre les Auteurs de notre terns qui ont donn6 des particula-
rites de la vie de Cbrifline , eft Mr. TAbb6 RArtigny^ connu par fes
nouveaux Memoires de Literature , dont il a paru trois Tomes (I).

Dans

a) A Leipzig 1718. in 8. CO A Padoue, fans annec, in 4.

A Francfort 1719. & 1742. in 4.



qui avoient paru jufqu'alors , fur la Reine Cbriftine. Jl eft pourtant pre"fe>able
aux autres, en ce que fur la querelle qu'avoit la Reine avec le Pape , au fujet
des Franchifes des quartiers a Rom?, il produit quelques aftes & pieces authenti-
ques que les autres Auteurs avoient omifes. Mais pour ce qu'il ait , qu'il avoit
traduit cette Hiftoire de 1'Icalien de Gregorio Leti , il eft en eel a aufll peu digne
de foi , que 1'Auteur Franfois de I'biftoire des Intrigues galantes de Cbrijline , quand
dans la preface il dit, que c'eft del'/fa/i>n, que Fhiftqire qu'il donnoit, ^toit
traduite: ^tant certain , que Tune & 1'autre n'ont e"te" ^crites qu'en Flamand & en
Francois (i).

f*j Ce Traite" fe trouve dans le Recueil du Curieufet Bucber-undStaats- Cabinets
LI. und L1I. Eingang, & il n'eft proprement qu'un extrait du Leben der Weltbe-
rubmten Konigin Cbrijiina cit6 ci-deflus. II y a un autre abre'ge' de la vie de Cbri-
Jline, encore moins etendu, imprimd dansle Stoats und Gefcbicbts Spiegel . verfaf-
fet von W. Z. v. B. (2).

(t) Get ^crit ne contient que ce que 1'Auteur nomm^ Faffman a recueilli des
Merits publics en Allcmagne fur la Vie de Cbrijline. Pour amuferfon Lefteur, il
farcit les Difcours de traits fort romanefques , lefquels par confe"quent meritent
auffi peu d'attention, qu'un autre Dialogifme connu fous le titre de Lucien enbel-
le bumeur, ou il y a (Tom. I. pag. 291. &c.) un entretien aflez Etendu de Gujla-
ve Roi de Suede jgdefafillelci Reine Cbrijline. L'auteur y fait parade d'un zele
indifcret de Catholicifme , & on y peut compter plus de fautes groffie>es d'hif-
toire , qu'il n'y a de feuilles.

(|) Le titre en eft: Nouveaux Mtmeires d'HiJloire, de Critique ? de Literature
par Mr. I'Abbi d'Artigny Tome I. a Paris 1749. & fuiv. in 12. La ledure de cet
Ouvrage eft des plus amufantes & des plus inftru&ives. L'auteur y ramafle une
foule de chofes mte"reflantes , & il les met en oeuvreavec beaucoup d'art. Mais
ne l'auroit-il pas pu faire fans tremper fa plume dans un fiel li amer, en parlant

des

(i) Cfr. Bayle Oeuvres diverfcs T. IV. p. (2) Impr. ran 1^73. in 12. Num. IV. pag.
727. 217-264.



PREFACE.

Dans le i. volume, il a infere quelques pages , qtfil dit avoir du fat-
re partie des Memoir es Secrets de la vie de Chrifune Marie- Alexan-
dre de Sudde , Reine des Goths , &? des Fandales , qu'un ancien Ma-
giftrat de la Ville de Fienne en Provence avoit eu deflein de publier
comme une hiftoire fuivie de cette Reine. Heureufement ce Magif-
trat, avoit brule, en prdfence de Mr. PAbbe , prefque tous fes pa-
piers. Par cette aftion heroique il a difpenfe le Public de lire une
hiftoire Romanefque de plus en ce genre. Car a en juger par les
fragmens|que Mr. PAbb6 ftArtigny a fauve, ces papiers ont au ren-
fermer autant de chofes triviales & de faufletes que de pages. Nous
ferons quelques remarques fur ce qui nous en refte.

Le long fermon de Boiffat eft mieux detaille autrepart que ne Pa
fait PAmi de Mr. SArtigny. II n'avoit qu'k lire ce que Mr. PAbbe
SQUvet en a dit en dernier lieu.

Si Antoine Argoud , Doi'en de la Cathedrale de Fienne , en ha-
ranguant Cbrifline^ n'a pas laifle echapper, une feule fois dans fon
difcours le mot de Reine , pour ne lui pas rappeller Pidee qu'elle etoit
femme : une pareille difTimulation , ce me femble , convenoit moms
au caraftere d'un Kcclefiaftique qu'a tout autre , & on diroit , qu'il



des Grands hommes qui ont travaille a la Reformation du XVI. Siecle? Mr, TAb-
b^ eft homme d'efprit, il eft homme eclaire. Comme tel, il ne .difconviendra
pas que cette Reformation n'ait ^t^ utile a V Europe, en la tirant de la crafle ig-
norance, oil elle languiflbit, depuis fi longtems, & en la ddlfvrant du joug des
Moines ignorans & vicieux, qu'on pouvoit qualifier a jufte titre Aveugles Conduc-
teurs d' Aveugles. Et pour dire en pafFant ce qui eft des Aftes &Manufcrits, dont
Mr. 1' Abbe d'Artigny s'eft fervi , en parlant de 1'emprifonncment & du fupplice
de Servet; il me permettra d'ajouter ici, que rilluftre Mr. de Mosbeim, Chan-
celier de rUniverfite" de Gocttingen, qui vient de publier un fupplement a fon hif-
toire de ce favant Efpagnol , ai'ant eu communication de ces memesaftes, fait
la-deflus cette remarque: c'eft que Mr. l'Abb fuit parfaitement la methodede
plufieurs autres Ecrivains , fes Compatriotes , qui m^lant leurs propres penfees
& leurs propres conjeftures avec les rapports hiftoriques, les donnent au Pu-
blic comme des ve>ites inconteftables " (i). Entr'eux le dbat: c'eft au Pu-
blic a en juger. Pour moi, je ne ferai pas fache, fi le zele de notre inge"nieux
Abbe a la recompcnfe qu'il m^rite, un bon gros Benefice dans cette vie, & fran-
chife du Purgatoire dans 1'autre.

(i) y. La prtface de Mr. Jean Laurent de nrmbre d'infidelites q<ue Mr. V Abbe de Refntl

Mosheim dans J^NEUENACHRICHTEN a comwtfes dans fa tradu&ion du mSme Poeme

tu les Jtfeuveaux Rapports du fameux Mtdecin de Pope. On n'a qu'a en voir les preuves

Efpagnol, Michel Servet.... Mr.'de Schlei- dans la preface de Mr. de Schleinite f&ges %*

nitz aiant nouvellement traduit /'Homme de XL XII. XIII & XV.
Pope tn vtrs Franco is , de mtme fait voir



E R E F A C E.

s'eft montre par-Ik plus fern me que Cbriftine rneme , qiti malgre tout
ce que notre venerable Doien lui aura dit, n'ignoroit pas qtfelie e-
toit du fexe. Aulfi a-t-on lieu de douter que la Reine Pait gratifie
pour cette galanterie d'une Medaille d'or , ou d'un cote etoit la Ce-
remonie de fon abdication, car une telle Medaille de Cbriftine n'a ja-
mais tbufte.

Pour ce qu'il rapporte de la mort tr^gique de Monaldeski ; on de-
fie ce difeur d 1 Anecdotes d'en avoir mieux d6veloppe la caufe , qu'au-
cun autre de ceux qui toit en ce terns -la autour de Cbriftine k
Fontainebleau & a Paris. II debute par des faufletes ouvertes. il
dit que la Reine pour s'engager la Signora Jufl'miani , demeurant a
Rome , avoit pris les deux .Sentinelh a fon fervice. Cependant bes
deux freres etoient entn6s a fon fervice a //#r0, quatre ou cinq fe-
maines avant que Cbriftine cut jamais vu Rome.) & ce ne fut que bien
du terns apres , que la Signora Jujllniani fut re^ue a fa Cour. Et
comme Cbriftine fit tout ce qui dependoit d'elle,pour faciliter le ma-
riage duComte Santinelli avec laDuchefle CVr/,qui etoit un parti fort
riche &diftingue,ce qui brouilla atiili la Reine avec le Pape ,au point
que SentineUi fut oblige de vuider Rome & que la Ducheflb Ceri fut
renfermee dans un Goitre; il n'y a point d'apparence 5 que la Rei-
ne lui eut voulu preferer la Signora Juflinlani , fille d'un Banquier
de Rome.

Qifon juge par ces echantillons du refle de cette hiftoire , & on
trouvera que fi elle a ete brulee , la perte n'eli: pas grande. 11 me
femble encore , que Mr. TAbbe d's/rfigny auroit mieux fait pour
Thonneur de fon ami : malgre le fond inepuifable d'Anecdotes qifil
luiaconnu, comme il dit ; de dechirer jufqtraux fragmens qu'il a
publics au fujet de Cbriftine (*).

Dans le denombrement qu'on vient de faire des Otivrages publics
fur toute la Vie de Cbriftine , on fur une partie, onremarquera , par
les titres memes, que les Auteurs font prefque tons Franfois> & que
cequi en a paruen Allemand-, en Angloh^ en Hollandoh^ n'en a ete
propreraent que des traduclions prefque literales

Si quelqirun veut fe donner la peine de lesexaminer de plus pres , &

de



C*) Pour prcuve dc ce que 1'Autcur avancc ici,. on n'a qu'a cherchcr dans la
aible des Macieres dc; ces Memoires, les articles de Cbrijline* de Boiffjit , c'e Mo-



na'deski, de SentineUi, de Ctrl & de Juftintoni $ ou tout ce qui a etc dit ci-defius,
ft cclairci avec plus de circonftanccs,



PREFACE. ix

de les comparer a ce que cTautres de la meme Nation ont ecritfurcet-
te Reine; il fera fans doute etonne de trouver dans une memo
Nation des fentimens fi diffdrens a Ton egard. Car en meme
terns qu'il verra nombre de Savans & d'autres Autetirs Franpois
s'emprefTer a Tenvi d'applaudira toutes fes adions & meme a toutes
fes paroles; il en verra d'autres de cette meme Nation, la blamer hau-
tement & vomir contr'elle les plus noires calomnies. Et fi Ton con-
fidered'ou leur peat etre venue' non feulement cette diverfite, mais
cette contrariete meme de fentimens, on aura de la peine a en trou-
ver d'autre raifon, que le difcernement on la reconnoiflance des uns 3
& le caprice ou les pre juges des autres (*).

Mais dira peut-etre quelqu'un: MelTieurs les Franpoistfont blame

en Chriftine que ce qu'ils ont trouve de blamable en elle? A quoion

repond: que ficela etoit vrai, onn'auroit autrechole a dire, qu'en ce

cas meme, & en vertu du principe de la gratitude, il etoit moins

feant a ces Meflieurs-la , qu'a qui que ce fut, de pafler les bornes de

la moderation a Tegard de cette Reine. Us ne fauroient difconvenir,

qu'elle n'eut des qualitds bien fuperieures a celles que Thiftoire d'aucu-

ne autre nation nous produit dans les Reines. Us auroient du fefou-

venir du grand nombre de Francois, qui avoient etc emplo'ies a fon

fervice & des largefles qtfelle avoit faites a plufieurs de leurs Compa-

triotes, fans qu'il foit encore conflate, qu'ils les aient merite prefe-

rablement aux autres nations? Cen'eftdonc quefefprit de la medifan-

ce qui a aiguife la plume de ces ingrats contre une PrincefTe, qui avoit.

renonce a la Couronne, & de la part de laquelle par confequent ils

croioient n'avoir ni punition a apprehender, ni graces, ni liberalites a

attend re. Cbrjftine n'ignoroit pas d'ou partoit un procede fi lache. El-

le en fentoit Findignite, comme on le voit, dans une de fes lettres,

fur un livre injurieux qu'on avoit publie en France contr'elle. El-



Online LibraryJohan ArckenholtzMémoires concernant Christine, reine de Suède, pour servir d'eclaircissement à l'histoire de son regne et principalement de sa vie privée, et aux evenemens de l'histoire de son tems civile et litéraire: suivis de deux ouvrages de cette savante princesse, qui n'ont jamais été imprimés .. (Volume 1) → online text (page 1 of 78)