Joseph J Quinn.

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Nous avons, je ne Tignore pas, le gracieux opuscule de M. Ch. San-
doz, ^dit6 aux frais de la municipalil6 bisonline : Exposition de Pa-
ris 4900, Horlogerie frangaise. Collectivity des fabricants d^horlo-
gei'ie de Besangon, C'est parfait; mais ce travail ne concerne que
Besancon. — Je sais bien qu*une revue sp^ciale : VHistoire indus-
trielie (s6rie D, fasc. 20), a consacr6 la plus grande partie de ce
num6ro a des industries franc-comtoises diverses. Entre aulres choses,
vous y verrez des articles sur l" Horlogerie d Morteau ; sur VEtablis-
sement Charles Wetzel^ audit Morteau; sur la Fabrication des boites
de montres d Morteau, Et c*est lout pour I'horlogerie. Des fascicules
ant^rieursou posl^rieurs ont-ils parl6 de Besancon? Si non, le mal
n'est pas grand : Besancon vaul infiuimenl mieux que cela.

Duss6-je devenir d6sagr6able k entendre, je donnerai, a ce propos
encore, les Suisses comme modeles. Voyez plut6t : Le Locle, tout le
premier, s'aflBrme par un luxueux opuscule : Au Pays des montres.



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LA FRANGHE-GOMT]^ A L-EXPOSITION UNIVERSELLE DE 1900. 291

Le Lode et hi chronom^trie, couvcrliire en chromo qui tire ToBil el le
cbarme ; nombreuses et ravissantes pholotypies (vues de la locality,
portraits d'horlogers neuchfttelois, sp^cimeas de montres) ; texte fort
curieux.

La GhauXrde-FoDds arrive ensuite avec trois brochures : l"" La
Chaux-de-Fondshorlog^e d V Exposition de Paris en 1900, om6e
d'une vue de la rue Leopold Robert et de sp^imeos de moutres lir^s
hors texte. Uoe nolice gi^nerale sur « La Ghaux-de-Fonds onvriere »
et des notes breves sur cinquanle-six fabriques, avec leurs adresses
precises et le genre de chacune d'elles; — 2** Fabrication et com-
merce de la maison L,-A. el I. Ditesheim, Chaux de-Fonds {Suisse),
Texte agr6ment6 de modeles de monlres ; — y /.a Montre, revue de
Vhorlogerie, important catalogue-reclame de la maison Paul Ditis-
heim, de la Chaux-de-Fonds encore.

Enfin une monographie int^ressante : Montre « Omiga, » de la
maison Louis Brandt et frere, de Bienne, representee a Paris, 20,
rue Richer. Gette plaquelte, a la fois historique et descriptive, ne
comple pas moins de quinze phototypies (principalement des vues
d'ateliers). Ajoulez que le m^me fabricanl fait distribuer une carle
double, illustr^e d'un frontispice des plus suggeslifs et pourvue d*un
texte tres bref qui n'en chante pas moins gentiment les gloires de la
montre « Om6ga. »

Gette simple nomenclature est-elle assez ^loquente?

Je vais conclure.

L'Exposition horlogere de la Francbe-Gomte, sacrifice comme em-
placement, est manquee comme execution. Un bon point cependanl
k la maison Pierre Prainier et ills, k Morleau, qui se pr^senle assez
bien. Quant a Besan^on, m^lropole de Thorlogerie frangaise, son expo-
sition est notablement inf^rieure, dans son ensemble, a celle de 1889.
El cependant cbacun sait en Francbe-Gomt6, en Suisse et ailleurs,
heureusement, que, depuis, notre cite a progress^ d'une facon extra-
ordinaire, surlout en matiere d'borlogerie de precision. En associant les
bonnes volont^s et les eflorts, elle aurait pu hitter tres facilement
avec la Suisse comme travail soign6, mfime comme decoration artis-
tique, car nous ne sommes plus tributaires de Geneve^ ville avec
laquelle nous pouvons marcher de pair aujourd'hui.

Mais comment le monde entier qui s'estdonn6 rendez-vous k Paris



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292 . ANNALBS PaAWC-COMTOISES*

en*sera4-il convaincu, quand il sera aniea6 it comparer, dans notre
propre capitale, ks deux fabriques concorrentes? II eroira tout de
suile k noire inferiority actuelle. Alors, nous devrons 61ablir qu*il
n'en est rien. £t pour cela, il faudra que nos producleurs s'assurenl
des representanls tres competents a Paris et entretiennent en outre
des voyageurs nombreux pour la province et pour ]*6lranger. Yoila
qui coiilera singuli^rement plus cher qn*une exposition bien com-
prise et bien complete qui eAl, k n'en pas doater, favoris6 les tran-
sactions.

« Un pour tons^ tons pour un, » excellente devise de solidarity
^onomique a laqnelle les Comtois, trop individualistes, trop peu dis-
ciplines en lace de la concurrence, ont visiblement oppose ceik&
aulre : «.€hacun pour soi. » -^ Peut-fetre onl-ils dit aussi : « Ah I
vous nous placez mal, eh bien ! nous o'exposerons pas< » 11 fallait
alors ne former qu*un bloc compact dans Tabstention, el, en ce lemps
de r6beUion universelle, organiser une exposition sp6ciale formi-
dable, aux portes m6mes de la Poire des nations. La simple menace
eiil probablement aneanti les mauvais vouloirs ou les intrigues.

Un dernier mol, moins amer : j'ai remarqu^, pour Besan^on, les
produils de MM. Favre-Heinrich, Gondy, Floersheim, Femier frferes
et Geismar. Si tout le monde avail fait effort, au moins dans ces pro-
porlions, notre etoile serait moins p&le ; que dis-je ? EUe brillerail
aussi vivement que celle d'Helv^lie. II eftt faliu toutefois encore deux
choses : un meilleur emplacement (au rez-de-diauss^e) el une ins-,
lallation grandiose. Que diable ! a-t-on moins de goill et moins de
ressources cbez nous qu au pays de Guillaunie Tell?

Et qu'on veuille bien le remarquer : je ne parle ici ni de TAni^-
rique ni de TAngleterre, en face desquelles nous ne sommes guere en
meilleure posture....

— Voulez-vous maintenant, pour nous r6conforter un peu, que
nous passions aux Vins du Jura ? Us se trouvenl dans la classeOO
(Alimentation. Champ de Mars). J'applaudis des deux mains a cetlu
manifeslation, tout en regrettant qu'elle ne soil pas plus complete.

A tout seigneur tont honneur : saluons Arbois. Le chef-lieu des
vins comlois s^est bien montre. Neuf exposants le representent,
savoir : MM. Eugene Baud, Amedee Dehy, veuve A. Fioux, Amauiry
Gloriaud, E. Jaillet, Emir Javel, Anloine Lascoux, Parandier, Angus-



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LA FRANCHE-COMTi A l'eXPOSITION UNIVBRSBLLB DB 1900. 293

tin Vuillame. — J'ai remarqii^,* sar line bouteflle portant le nom de
M"^ veuve A:F}eiix, quiasa mrisori dte commerce a Lons-le-Saii-
nier, les deux iighes suivantes-, tres cdnnues d'ailleurs, mais qui
sont de nature k frapper les gonrmels insuffisamment renseign^s, en
raisoD de la quantity plut6l faible des recoltes arboisiennes. Ges deux
lignes ^manent du Vert-Galant, qui avait bon goi!kt : « Je vous bailie
en signe damiiU quatre bouteilUi de mon bon vind'Arbcm yt^
{Henri IV, M^moires de Sully). Je sUis bennenx de icomplimenler
la maison Fieux de son ing^nieuse id^e. ^

Six personnes de Poligny et delocalilds voisines ont expose anssi;
les etiquettes coU^es sur leurs bouteilles portent la mention : « Society
d^agriculture, sciences et arts de Poligny. » Voiei leurs noms : MM. te
baron d'Aligny (vins mousseux deMontmirey-la-Ville),'Barrelierpere
el fils, Gartier, Louis Guignard (de Buvilly), Houdet, et de Sarret
de Grozon, k Yiseney, par Bersaillin.

Salim compte quatre exposanis : MM. AUred Bonvet, Maurice Bou-
vet, Choulet et Louis Pernet.

II eiki ete regrettable que ie piUoresque Chdieau-Ckalon se laiss4t
oublier : trois propri^taires ont r^pondu k Tappel : MM. Thevenin
(de Saint-Laurent), Joseph Gabet (de Nevy-sur^-Seille) et Legros freres
(du Vernois, par Voiteur). On le voit, ces exposant^ habitent tons trois
en dehors du nid d'aigle qui produit le fameux vin couleur d-or.

Sous la banni^re de la a Soci6t6 d'horticoltiire et de viticulture de
Dole » se sont enrdl^s MM. Augusle Lance, Viton et Pernin-Keller
(de Dole), et M. Auguste de Toytot (de Rainans).

De Mouchard, nous constatons la presence de M. Charles Javel ;
de Monlain, celle de M. £. Chauvin; et du Chdteau du Pin, celle de
M. Lucien-J. TrouiUot, propri^taire k Perrigny.

Voici Lom-UrSaunier avec M"* veuve A. Fieux et Fieux ain6. —
Je n'ai pas vu le nom de la maison Devaux, si connue cependant ; son
abstention est f&cheose.

Et cette nomenclature va se terminer par le seul proprieiaire du
Doubs qui se soit joint au syndicat du Jura : notre ami M. Maurice
Lambert, qui a tenu a ne point laisser dans Toubli Texcellent vin de
Liesle. — G'esl bien; mais pourquoi Buffard. et la valUe d'Omans,
ou Ton trouve notamment le cru fameux de Vuillafans, ne se sont-
ils pas &it repr^senter par quelques bouteilles ? ,



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294 A19NALES FRANG-G0MT0I8E8.

-— En courant a travers rExposition^ rid6e m*est venue d'aller voir
ce qa'avait fail I'usine de soie de Chardonnet. L^administration de
celle usine a voulu roonlrer aux profanes comment 8e fobriquaient
ses produits, el elle fait distribuer an petit morceau de soi^ blanche
mesurant quinze centimetres sur quatre et portant en fils couleur
d'orcette mention : Exposition 1900, Soie de Chardonnet, Besan-^
gon. — G*est lout. Eh Men I ce tout ne me satisfait que maigrement.
J'eusse d6sir6 lire une brochure int^ressante sur cette fabrique, avec
des vues int^rieures et ext6rieures, bien entendu. Et puis aussi enre-
gistrer, pour noire histoire induslrielle, un « souvenir » plus luxueux :
par exemple un petit fragment de soie orn6 d*un panorama des b4ti-
ments de la fabrique, au pied de la citadelle. Quelle reclame cela
ferait ! On garde de tels objets, on les admire, et, avec une brochure
donnant les prix, on est plus facilemenl incite k acheter soil acluei-
lement, soil plus lard.

La publicity, chers compatriotes, la publicil6 large, complete, a tout
prix, pendant rExposition,je ne vous crierai jamais cela trop fort ni
trop sou vent....

— Je vais terminer par la classe 30. AUez done voir les Moyens de
transport. \A, fervents de la bicyclelte, vous pourrez admirer les
merveilles de MM. Peugeot.

Ah ! par exemple, voila une maison qui s*enlend en publicit6 1 J*ai
obtenud^elle une fort jolie brochure, bien illuslree et bien imprim^e
(mais dans laquelleje regretle dene pas voir representees les di verses
usines de la maison), un catalogue illustr6 sous couverlure originale^
deux prospectus illustres et enfin une carte en couleurs [Cycles Peu-
geot, Valentigney (Doubs), qui repr^senle un cavalier sur son che-
val lecevant un pli d'un soldat descendu de bicyclette (bicyclette
Peugeot, cela va de soi). Au verso, prix des diverses machines el
plan du coin de TExposilion ou se Irouvenl les produits de la maison
(classe 30, velocipedes ; et classe 65^ quincaillerie).

Quand on fait de la publicity, on n*en saurait trop faire. El malheur
aux industriels, fabricants et commergants qui le comprennent trop
lard! E.G. Gaudot.



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POESIES



CHANTS D'EPEE



fiTUDE

La pluie ayant sondain cess^,
Un soleil pile se faufile
A travers le ciel crevasse,
Puis de ses feux couvre la ville

Ou, terreux, embou6, fumanl,
Devant la foule frissonnante
Passe en colonne un regiment
Avec sa musique enlrainante.

Sous cetie darte convergeant,
Les gouttes d'eau fines et nettes
Brillent : tels des astres d'argent,
A la pointe des ba!onnettes ;

Et les bons pioupious courageux

Vont, chauds les coeurs, chaudes les moelles,

Les pieds sur le terrain fangeux

Et la t6te dans les 6toi]es.

LE LIVRE D'OR

Dans les bras de fer du Dieu des armies
Luit grand ouvert notre livre d'or.
NoBud des fails d*iclat et des renommies
Du present qui grouille au pass^ qui dort.



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ANNALIS FKANG-COHTOISES.

Des les dges francs, k coups d6 fram^es
On y parafBi les assants du sort,
Le vert des landers roussis de fum^es
M*y laisse percer le noir de la mort.

Malgr6 nos splendenrs el leurs avalanches,
Des pages du bloc beaucoup restent blanches,
Altendant le seel d'autres ^perons.

Notre valeur bout, noire sang nous chasse,
Nous avons la foi, nous avons Taudace....
Ges pages, mes gars, nous les remplirons !

Alfred Maequiset.



LE PETIT SENTIER

Oh I Tagreste petit sentier
Fleurant la men the el Teglantier,
Perdu dans la for6l ombreuse.
Qull 6lait cher k mon prinlemps,
Quand, gris6 de mes dix-sept ans,
J*y cherchals la rime amonrense.

Oh I Tagresle petit sentier 1
Que le bourgeois el le rentier
Ignorent — chemin creux sauvag^,
Obscur sous-bois, ot le r6veur
Vieht 6voquer avec fervour
La Muse^a d6cevant servage.

Oh I Tagreste petit sentier!
Donl le vent, ainsi qu'un luthier.
Fait chanter ou pleurer les branches
D6dale au hasard s'allongeanl
An bord d'un ruisselet d'argent
Brod6 d'iris et de pervenches.

Oh ! I'agreste petit sentier !
Ou toutoiseau dit son psautier



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LBS CROIX BE PAiLLE. 297

Dans ane aubade symphonique
Faile des Irilles, des chansons
Des linoltes el des pinsons
Que railie un merle sardoniqoe. '

Oh ! Tagresle petitsentier!
Ou pris d'un charme forestier,
J*aimais chaque fleur, chaqae ombelle,
El sous le dais des arbres verls,
J'enguirlandais mes premiers verSi
Au rylhme, h^las ! loujours rebelle.

Oh ! Tagreste petil sentier !
Oii la fille du sabolier,
Faunesse, au lever de Tanrore,
Passait, jupon courl, yenx ardents,
En me jelant k belles dents
Son bonjonr moqueur et sonore 1
*

Oh ! la senie dans le hallier I
Comme aulretois, fol 6colier,
Je veux, d*amour I*&me saisie,
Le revoir, cet £den discret,
Ei croire encore en ce relrait
A tes leurres, 6 Foesie I



LES CROIX DE PAILLB

Chez nous, il esl nne fontaine,
Une fontaine dans les bois,
Oil les fianods par centaine
Vont Jeter des pailles en croix.

Sur le couranl qui les entraine,

Si les croix floltenl k la fois,

G*est le bonheur, — chose ceftaine,

Mais combien d'heureux?.... deux ou trois!



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^8 ANNALBS FRANG-GOMTOISES.

Gar le plus souvent les emblimes
(Amour, que de leurres tu semes!)
Sont par le flot 6parpill6s.

Ct de d6pil les couples blemes,

Par les rares chaneeux rallies,

S'eu reyienneol.... les pieds mouill6s.



CLAUDINE L'ORGUEILLEUSE

8ous les saules de la fontaine, .
Le soiriombant, quej'aimais voir,
Ondine, en jupe de futaiue,
Claudine au retour du lavoir.

Bile passait un peu bautaine,
Troublanle avec son grand OBil noir,
Songeuse, el r6pondant a peine
Aux gars qui lui disaient bonsoir.

C*est qu*en son kme ambitieuse,
Claudine, la belle orgueilleuse.
Perdue en un rfeve d'amour,

Malgr6 mainle ladgue m^cbanle,

Dej^ se voyait reine un jour

Du beau moulin sur Teau qui chante....

(Sonnets extraits de la plaqaette prdte h parattre : Les NosteUgies.)

Louis Mergier.



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MELANGES & COMPTES RENDUS



Vingt-deux mois de campagne autour dujinonde. Journal d'un
aspirant de marine, par le comte Henry de Mentbon, ancien
lieutenant de vaisseau. Paris^ 1900, Plon, Nourritet (;*•, 10, rue
Garanciire, Petit m-8 de iii-312 pageSj avec une carte itiner aire.
Ouvrage couronn^ par VAead^mie frangaise,

Ge livre, 6crit avec la flamme et renthousiasme de la jeunesse,
nous livre les impressions d*uD jeuoe aspirant de marine, qui fail le
r6cit journalier de sa vie. dans son voyage autour du monde. L*au-
leur emporte avec lui, sans s'en douter, ce qui fera la force et le
charme de sa vie enti^re, un esprit sensible auxbeaul6s de la nature,
un cfBur qui bat vivement pour la patrie et la famille, une ime ou
la foi dans Tavenir ne laisse guere de prise k Tabattement, m6me aux
jours tristes de la fatigue. Pas de d6tour. pas d'intrigue; rien d*arti-
ficiel qui nous ^loigne de cette vie k bord, telle qu*elle a ^te ressentie
et v6cue.

Le voyage dure vingt-deux mois, du 5 octobre 1887 au 12 Juillet
1889. Que de jours heureux et brillants sous un climat nouveau,
mais que d'autres assombris par la lenle continuity des pluies ! com-
bien passes dans la lutte contre les 616menls ou sous Tinfluence
6nervante d*une chateur tropicale! Ah! non, tons les jour^ ne sont
pas gals k bord du Volta^ mais tons s'6coulent trop vile pour celui
qui les revit avec Tauteur.

Celui-ci, sans le savoir, est un peintre et un poete. Sa sensibility,
sans cesse impressionnee au spectacle de la nature, se r^vele par des
images pleines de vie et de couleur.

En passant la mer Rouge, k quel magnifique coucherj de soleil il
nous fait assister 1

« Tout le ciel du c6t^ du couchant s'irradiait d'une teinte rosee; le
soleil d^clinant jetait de Tor partout, depuis la nappe bleue de la mer



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300 ANNALKS FRANC-COMTOISES.

jusqiraux sommets les plus ^lev6s. Be gros nnages, d^abord Doirs,
brusquement eclair^s, s'^lalaient slir le ciel comaie des coulees d-or
fondu bord^es de flammes pourpres. Partoul, danslecalme ^toufiFant,
des petits niiages lilas, flocoas lagers immobiles daos i'azur p&le.
Bient6t le soleil disparul comme une sphere de feu derriere les mon-
tagnes, laissanl derriere lui des tons de pourpre s'^teignaDtpar degr^.
Puis les Duages, les montagnes, le sable des cdles, se fondirenl en ua
gris tres p^e tranchant sur le bleu noir de la mer. II y avail l&un 6clat,
une richesse de Ions, une coloration qu'on ne voil qu'en ce ciel afri-
cain ot lout est lumiere el chaleur* »

Le soir, aux heures tranquilles et crimes qui suivenl la venue du
cr^puscuto, ou aux heures silencieuses du quart, ce sont des reiours
pleinsi de douceur et de lendresse vers ceux de France. LMme du
jeuoe homme s^envole vers les premieres ann^es de Tenfance, vers
les souvenirs du pass6.

Mais le navire a une mission el un but d^termin^s, el sa marche
nous conduit suoeessivement a Geylan, a la Nouvelte Gal6donie,
aux Nouvelles-H6brides, a Taiti et aux Iles-sous-le-Vent.

Le jeune aspirant admire a Geylan une merveilleuse vegetation, a
Colombo rintensite de la vie et le va-el-vient pitloresque des stran-
gers. C*est un Slonnement pour lui de relrouver sous le ciel bleu,
dans cette puissante nalure tropicale, la vie an^aise, avec Tinstalla-
lion el^ante el raffinee des pares ou de jeunes misses en blanc joueni
joyensement au tennis, av^ la verdure des pelouses qui donnent la
sensation si nette de TAngleterre. L'Anglais, il faut lui reconnailre
cette supSriorite, est vile et partout chez lui.

L'6migration de colons sSrieux est seule encouragi6e par TAngle-
terre. Notre coupable incurie en matiere de colonisation est pour I'au-
teur Tobjet d'une patriotique trislesse.

Le 7 Janvier 1888, le Volta arrive en rade de Noumea, dont tout
un quartier est peupl6 de forgats libSrSs. L'honn6te homme y est
Tennemi ; aussi le sSjouren rade est-il peu agrSable, el c'est avecbon-
heur qu*^ bord du VoUa est accueilli Tordre de faire irae tournee de
surveillance aux Nouvelles- Hebrides. Get archipel est place sous le
proteclorat neutre de TAngleterre et de la France, qui Texercent a
tour de r61e pour la defense des Europeens.

L'auteur, qui ne perd pas une occasion de descendre a terre, fail



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MELANGES KT COMPTES KENDUS. 301

noe excursion dans Tune de ces lles> accompagn6 de deux matelots
arm^s. II. garde de cette journ6e ud souvenir enthousiaste.

« Nous francbissons, dii-il, rembouchure obstru^e par les sables
el nous voici dans des eaux caliues qui coulent dans le silence de la
torii. Les troncs lisscs monlent droit, souliennent des berceaux de
lianes enchev6lr6es, des entrelacemenls de branches qui ferment
partoul la vne. Au milieu de Teau, des pal^luviers laissent plonger
leurs branches souples qui prennent racine, formanl par eudroils de
Y^rilables haies imp6n6lrables. A plat ventre tous les trois dans le
canot, nous nous glissons avec peine; parfois nons d^bouchons dans
de larges clairieres» ou le feuillage pins haut forme des ogiVcs fian-
cees, el les lianes fleuries pendent en guirlandes multicolores. Devant
le d^veloppemenl grandiose de cette nature fantaslique, je m'arr6te
el j'admire : j'erre sous ces fulaies millenaires coninie un enfant
p^n6lrant brusquemenl dans le royaume des fees. Les oiseaux sont
par niilliers sous ce ddme sans pareil de verdure el de fleurs, com-
pl^lanl ce paradis des yeux auquel je ne puis m*arracber. Les pigeons
verlSv les cacatoes aux huppes 6carlates, les oiseaux-mouches aux
ailes d*6nieraude, se poursuivenl gaiement dans les tayons de soleil.
C'esl un ruisseliement de couleurs, une gamme de tons admirable. »

Devant cette splendeur loute nouvelle pour lui, si bien rendue par
ce recit, Tauteur s'attarde longtemps : mais.la tout oubli est funeste, et
le soir arrive Jetant son ombre lourde el ddngereuse sur les trois voya-
geurs. Quand ils arrivent^ bord, tous trois grelottent la fievre. Toule
imprudence s*expie, et la nature fait payer cher ses magniBcences.

A Taiti, Taccueil fait aux matelots rappelle a Tauleur ce qui se
passa quand Bougainville aborda dans ces parages avec ses'lrois b^-
timents. L'illustre navigaleur raconte qu'a peine mouilles tlevaut la .
lerre, ils furenl assaillis par des troupes de femme&^pcu values, qui
s*approcherenl k la nage et que rien ne put empftcher de monter k
bord et de lier complete et rapide connaissance avec les nouveaux
venus. Si les choses ne se passenl plus tout k fait de la m^me ma-
niere, il est certain que la timidity n'est pas encore aujourd*hui le
d6faut dominant. La connaissance est bienl6l faile et le Prancais fori
bien accueilli :

« Les.femmes soul de taille moyenne, bien faites, gracieuses au
possible en leur d-marche legere; quelques-unes seraieut Irouvees



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302 ANNALES FRANG-GOMTOISES.

partout extrfimement jolies. Ge qu'on remarque tout de suite 6d elles,
ce soQl des proporlions parfaites, des cheveux fins Iresses en lourdes
nattes, des yeux Doirs toujours en mouvement, au regard profond el
troublant. La Idle est petite, Tovale 616gaQt; la boucbe mignonne et
d'un rouge vif attire ToBil, le retient dans ses fossettes rieuses. La
'd-marche fiere et cambr^e, Tharmonie des gestes, la douceur en.
fantine de leur voix caressanle, tout cet ensemble retient et captive
vraiment. Ces creatures, toutes d^amour et de plaisir, sont bien
faites pour vivre dans ce cadre merveilleux et s6ducleur.... « Elles ont
a un charme a elles qui n'est ni celui des blanches, ni ceiui des
« Creoles, mais un melange de douceur^ de sauvagerie, de passion
c violente el de coquelterie naive qui les rend incompr^hensibles,
« mais toujours agr6ables et s^duisantes.

cc Qu'on passe sa vie ^Ta'ili ou seulement huil jours, c'est toujours
< la m6me impression qull n*y a qu*elles dans Tile; que la gaiel6, le
« cbarme, Tinvincible attirance de ce pays vienl d'elles et de leur su-
« pr^me et irresistible gr^ce. »

Mais ces sortes d'impressions se pr6senlent rarement dans )a vie
rude et severe du marin. Apres les six mbis de blocus monotone, mais
pacifique, des Iles-sous-le-Vent, le jeune aspirant 6prouveune grande
joie le jour ou il peut coudre un nouveau galon a cdt6 du premier
et, k litre d'enseigne, prendre du service k bord de la Dives qui le ra-
menera en France.

Sur ce navire, il double le cap Horn et rentre a Bordeaux apres
avoir fait escale k Monl^vid^o.

Nous avons donn6 de cet ouvrage plusieurs citations pour en faire
apprecier le reel m^rite. Ici phis qu*ailleurs on peut dire : le style,
c'est rbomme. Ce qui attache dans le r^cit, c'est le caractere de Tau-
teur^ fait de boiine humeur, desimplicite et de franchise. On devine
que le jeune ofScier doit elre ador6 de ses hommes, car il les aime
profond^ment, ces grands enfants, dont il admire la philosophie
pratique et le d6vouement h6roique, en excusant parfois leurs ecarts.

Ces citations en diront plus qu'une longue analyse. Qu'il nous
suffise d*ajouter que rAcad^mie francaise vienl de decerner a cet
ouvrage un des prix Monthyon. A lui seul, cet eloge vaudra mieux
pour Tauteur que touto noire Ires imparfaite appreciation.

Gaston de Beausi^odr.



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MELANGES ET COMPT£S RENDUS. 303

L*Art des jardins, par Georges Riat. Patis^ May, 1900, m-8
de 386 p.^ avec gravures. {Bibliothique de Venseignement des
beatuc-arts.)

M. Riats^est impost la l&cbe arduede condenser en iin petil volume
demoins dequatre cents pages tout ce qu'il savait des jardins d*agr6-
ment et de leur histoire, c'esl-k-dire la matiere de nombreux in-folio.
II achoisi, a cei efiTet, pour nous les d6crire, parmid*innombrables jar-
dins, ceuz qui repr^senlent le plus nettement chacun des systemes,
des styles, que le monde civilise a connus depuis Tantiquit^ la plus
lointaine jusqu*^ noire epoque.

Cninterpr^tantdes textes bien rares et des representations figu-
rees d*un d^cbifirement laborieux, M. Riat parvienl k nous donner un
apercu de ce que furent les jardins antiques, orientaux, egyptiens et
grecs. De plus abondantes descriptions, et surtout les pr^cieux ves-
tiges conserves a Herculanum et a Ponip^i, permetlent une notion
plus claire des jardins romains, align^sau cordeau, encombr^s d'ou-
vrages d'arcbitecture el de sculpture. Le moyen dge trouvait diffici-



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