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May Alden Ward.

French plays (Volume 27) online

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THE LIBRARY

OF

THE UNIVERSITY
OF CALIFORNIA

LOS ANGELES



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v \/1 1 eisTsl-is



CtOVU iiOL-r



p-u.



11










*c.



a FRENCH PLAYS ^

- Table of Contents -

1. MM. SCRIBE ET MEJJSSVILLE.

ZOE OU L'AMANT PRETE,
comedie-vaudeville en
un acte, 1830

2. MM. ANCEL0T ET DECQMBEROUSSE..

LE TAPISSIER, comedie en



trois actes,

.? '. G^jJ-raq 2 JOT
3. M. MELESVTUE. ELLE EST FQLLE,
come'die mSle'e de chants 1835*
r^xh^oo ,"-;T3lK ; IA-, AJ JO
U. M. BENJAMIN ANT JR. LES
BEIGr^ETS A LA COUR, "
comidie en deux actes
mglee de chants, 1835*



5. Mme de BAWR. QiARLOTTE

BROWN, come* die en un acte
et en prose, 1835-

6. MM. MELESVJXLE ET DUVEYRIER.

CLIFFORD LE VOLEUR, comedie
vaudeville en deux actes,
1835-



7. MM. BAYARD ET GABRIEL. MANETTE,

com! die-vaudeville en un acte,
1835-

8. MM-. BRAZIER ET MELESVILUB.

CATHERINE OU LA CROIX D'OR,
come die en deux actest
mSlee de chants* 1835

9- MM. SCRIBE ET ALPHONSE. UNE .
CHAUMIERE ET SON COEUR,
comSdie-vaudeville en deux
actes et trois parties, 1835-



trois actes, me'lee de chants,
1835.

11. MM. DUMANOIR ET CAMHIE. DISCRETION,
comdie-vaudeville en un acte ,

1835-

e.tr/& iii,, rs^ elt^oioo s^fJjiS

.^ ":,'i.iTV^JHit .fe.i-i .d



79

JJttSl



651273



I ^''






;E;;::;E.ZOE,

ou

L'AMANT PRETE,

COMEDIE-VAUDEVILLE EN UN ACTE,

PAR

MM. SCRIBE ET MELESVILLE;

Represented pour la premiere fois, a Paris, sur le theatre du Gymnase Dramatique,

le 1 6 mars i83o.



DISTRIBUTION DE LA PIECE:

ERNESTINE DE ROUVRAY M" BERANGER.

ALPHONSE D'AUBERIVE, son futur M. PAUL.

ZOE, fille de 1'ancien jardinier du chateau M. me JENNY- VERTPRE.

DUMONT ., regisseur M. HIPPOLYTK.

PIERRE ROUSSELET , ferrnier M. LEGRASD.

ANDRE, {jaroon jardinier. M. BORDIER.

PLCSIECRS AMIS o' ALPHONSE.
PLUSIEURS DAMES AMIES D'ERNESTINE.
VALETS.
JAP.DINIERS.

La scene sc passe au chateau <lr Rouvray.



Le theatre repre'sente un jardin a 1'anglaise, pres du chateau; a droitc de 1'ncte-ur, un pavilion ouvert dtt
roti- drs spectateurs , et eutourc de massifs ; a gauche , un bosquet et quelques chaises.



SCENE I.

DUMONT, ANDRE'.

iii- MONT, a A mli. :

Faites ce qu'on vous dit... et pas de re-
flexinns !... Vous savez bien que mademoiselle
est la Hiahresse...

ANDRE.

Mais, monsieur Dumont... sortir nos caisses
par les gelees blanches d'automne!... ca a-t-il
du bon sens?

DUMOHT.
Que t'importe?

ANDRE.

Pour danser...

DUMONT.

Qu'est-ce que cela te fait?... Monsieur le ba-
ron de Rouvray , notre maitre , n'a d'autre en-
fant qne mademoiselle Ernestine; par conse-
quent il ne suit que ses volonle's... Faites-cn

* Le premier actcur inscrit tient toujours en scene la
droitc du theatre.



"'



autant,et puisque mademoiselle leveut, trans-
formez 1'orangerie en salle de bal , et depe-
chez-vous.

ANDRE.

Mais pensez done...

AlB : Jc !'>;;< au quatriemc .'i.i.:.

Si vous les sorter dc la serre ,
Ces pauvr's Grangers vont mourir.

DDMONT.

Eli bien , qu'ils mcur'nt, c'est Icur affaire;
La n6tre , a nous , c'est d'ob^ir.

ANDRE.
Mais songcz qu' 1'hivcr va veoir.

DUMOST.

Que fait I'lii vri a not' maitresse ?
I'. Hi: ne pcnse qu'aux beaux jours,
Et croit , pare' qu'elle a d' la jeuncsse ,
Quo 1" printempt doit durer toujours.

Allez...

( Andre sort. )

DUMOKT, le regardant sortir.
Get imbecile, qui se croit oblige de prendre



346 /O&



les interns tie la raaisonl... ca n'a pas lu
iin iiiuliv idee du service... ( Apcrcevant Pierre qni
arrive par le fond a droite. ) Eh! c'est Pierre llous-
selet , le fermier tie monsieur.

........................ ...... .................

SCENE II.
DUMONT, PIERRE.

PIERRE.

Bonjour, monsieur le re'gisseur.

DUMONT.

Te voila done revenu de Caudebec?... As-
tu fait de bonnes affaires?

HER HE.

Mais oui... J'ai achete quelques besriaux...
des betes superbes, et qui se portent... ( Lui
prenant la main. ) A propos de <ja... et la sante,
monsieur Duinont?

DUMONT.

Pas mal, mon gareon... ettoi?

PIERRE.

Dame! vous voyez... II y en a de plus che-
tifs.

DUMOST.

Je crois bien... Je ne conoais pas de coquiri
plus hcureux que toi... Jeune , bien bati ,
riche... car tu etais fils unique; et ton pere,
en mourant, a du te laisser an joli magot.

PIERRE.

Je ne dis pas... le magot qu'il a laisse est
agreable.

DUMONT.

Eh bien !... est-ce que tu ne songes pas a te
marier maintenant?... Toutes les lilies de Rou-
vray doivent courir apres toi.
PIERliE , sou riant.

Ah! ah!... c'est vrai... elles me font des
mines... mais je ne m'y fie pa, parceque ces
paysannes, quand on leur fait la cour... il ar-
rive quelquefois... des inconvenients... C'est si
vetilleux , ces vertus de campagne !

AIK <lu 1'remier Prix.

Malgre vous, ell's vous ensorcelenl.

On n' voulait qo' rire et s'amuger;

Puis v'l : i les fa mill's qui s'en melent,

El Ton est force d'e'pouser...

Aussi, prcs de ces demoiselles ,

Je ne veux pas changer d'emploi ;

J* suis leur amant. je m' mnque d'elles ,

J's'rais leur rnari qu'ell's g' moqu'raient d'moi.

Moi,d'abord, je n'aime personne... j'ai le b->n-
heur de n'aimer personne... Mais je n'empeche
pas les autres... je me laisse aimer. Alors, je
peux choisir.

DtMONT.

Ca me parait juste.

PIERRE.

Comme me disait hier encore la petite Zoe :
u Tu n'aimes personne, Rousselet... Alors, tu
peux choisir.



DUMONT.

Zo^!... la h'lle de 1'ancien jardinier... oett:
petite sotte que monsieur le baron a gardee
ici par bonte... C'est elle qui est ton conseil?

PIERRE.

Oh ! c'est-a-dire , je cause avec c'te en-
fant... quand j' la rencontre... parceque c'etait
la filleule de ma tante Ve'ronique. Elle nous est
atlachee... ctpuis elle a quelquefois des idees...
et moi, c'est laseule chose qui me manque...
Je ne 1'ai vue hier qu'un instant, et elle m'a
donne une idee.

DDMONT.
Pour ton mariage?

PIERRE.

Non... pour ma fortune... C'est ce qui me
fait venir de si bonne heure... Dites-moi , mon-
sieur Duinont, vous avez grand monde au cha-
teau?

DL'MONT.

Parbleu !... Tous les proprietaires des terres
voisines... tous les pretendants a la main de
mademoiselle, qui se succedent depuis trois
mois, avec leurs soeurs, leurs cousines... C'est
un tapage !...

PIERRE.

Et mam'zelle Ernestine ne s'est pas encore
decidee ?

AIR : De sommeiller enror, ma chere.

Elle, si jolie et si fraiche,

Qui voit tant d'amants accourir,

De prendre un epoux qui 1'empeche?

DUMONT.

EH' te ressemble, ell' veut choisir.
Avant qu' sous 1'hymen on se ranjie ,
A deux fois faut y regarder...
Car, pour les annuls , on les change ;
Mais les maris, faut les garder.

C'est aujourd'hui cependant qu'elle doit se
prononcer... Mais malgre les instances de son
pere, qui, vu sa goutte et ses soixante-huit
ans, estpresse de 1'etablir... mademoiselle passe
sa vie a desoler ses amoureux par ses caprices,
sa bizarrerie... Je n'en ai jamais vu d'aussi
fantasque.

PIERRE.

C'est drdle !... on dit pourtant que , parmi
ces jeunes gens , il y en a un plus aimable que
les autres.

DUMONT.

M. Alphonse d'Auberive... le fils d'un ancien
ami de monsieur le baron... c'est vrai; un
jeune homine charmant... de I'esprif, de bon-
nes manieres.

PIERRE.

Et une ferme magnifique, qui est vacante,
a ce que m'a dit Zoe.

DUMONT.

C'est possible... mais je doute qu'il obtiennc
la preference.



ZOE.



347



PIERHE.

Pourquoi done ?

DUMONT.

Parceque c'est encore un aulre genre d'o-
riginal... II a, comuue dit mam'zelle, devieilles
idees... II veut que les Cn nines soient soumises
a leurs maris.

piERRE.

Bah!

DUMONT.

Et par suite , il ne se prete pas assez aux
fantaisies de mam'zelle... Quelquefois meme,
il lui lance des coups de patte...
PIERRE.

En verite !

DUMONT.

L'autre jour, il revenait de la chasse : on
c'tait rassemble sur la terrasse , et mam'zelle ve-
nait d'avoir deux ou trois caprices... je ne sais
pas trop a quel propos.

PIERRE.

Elle ne le savait peut-etre pas elle-meme.

DUMONT.

C'est probable... Enfin son pere n'osait rien
dire... mais on voyait qu'il souffrait... Par-
bleu, dit M. Alphonse entre ses dents, si c'e-
tait ma fille, je saurais bien me faire obeir.
Et comment? ditle papa. II y a mille moyens.
'Mais enfin? Cela ne me regarde pas.
Dans ce moment, il apercoit son chien pieti-
nant une platebande... Il 1'appelle... la pauvre
bete lie-in-... Paf ! il lui decoche un coup de
fusil !

PIERRE.

Et le tue?

DOMONT.

Non ; seulement quelques grains de
plomb !... Toutle monde jette un cri... Par-
don, mesdames, dit-il ; c'est seulement pour
lui appreiidre a avoir des caprices. Mam'zelle
rougit, monsieur le baron se mord les levres...
et lui, les sal u ant d'un air gracieux, s'en va
tranquillemcnt faire un tour de pare.
PIERRE.

Oh! la... la!...

AIR de Voltaire chcz Ninon.

A pres c* lrait-l;'i , je 1' pensc bicu ;
Mam'zell' dcvait I'-M ' furieuse.
DUMONT.

t'ai trop... mat!) ellc nc dit rien ,
I i tout le soir ell' fut reveuse.

PIERRE.

Y a d' quoi... c'est deja ben {jcnlil ;
Car s'il veut apres 1* manage
S' faire obeir a coup d' fusil,
Y aura du bruit dans le menage.

Eh bien , je serais desole que ce ne fut pas lui
qui epousat.

DUMONT.

Tu le proteges ?



PIERRE.

Pour qu'il me le rende... Je viens lui deman-
der sa belle ferme des Viviers, qui est tout pres
d'ici... Alors,vous concevez... etant deja le
fermier de monsieur... je serais plus riche du
double, et je pourrais choisir parmi les plus
huppees.

DUMONT.

Est-il ambitieux !

PIERRE.

Dites done, monsieur Dumont, aidez-moi...
il y aura un bon pot-de-vin... Hein ! ca va
t-il?

DUMONT.

Tais-toi, tais-toi... ne parle done pas si
liaut... ce n'est pas a cause de cela... mais au
fait, c'est un brave garcon, et...
ZOE, du dehors.

Monsieur Dum out... monsieur Dumont...

DUMONT.

Chut ! c'est la petite Zoe.



SCENE III.

LES MEMES ; ZOE , accourant avec une corbeille de
fleurs *.



Monsieur Dumont... monsieur Dumont...

DUMOKT.
Qu'est-ce qu'il y a ?

ZOE.

Venez vite... V\h une heure que je vous
cherche pour vous dire... ( Apercevant Pierre.)
Ah ! c'est Pierre Rousselet !
PIERRE.
Bonjour... bonjour, petite.



,,.



Pour me dire...

ZOE, regardant Pierre.

Eh bien , oui... pour vous dire... ( A Pierre. )
Vous vous portez bien, monsieur Pierre?

in \iovr, impatiente.
Pour me dire... quoi?

7/OE, regardant toujours Pierre.
Dame! je 1'ai oublie... je suis venue si vite...
Qu'il a bonne mine, ce matin, Pierre llous-
selet !

DUMONT.

Au .ii.ii.i. la ixnitc niaise , avec son Pierro
Rousselet! clle ne sait pas memo faire urir
commission... C'est sans doute pour le dt'jeu-
ner?

ZOE.

C'est <;a... Us dejeunent, ct il manque quel-
que chose.

DCMONT.

Du vin... J';ii les clefs de la cave... j'y
cours... ( Bas a Pirrre. ) Des qn'ils soront sortis
de table, je te leraiparler a M. d'Aubcrivc.

* Zor, Dumont, Pierre.



341



ZOE.



in r.r.i et ZOE.
AIK : D* oos plaideun, desormais, etc. (du liur fina de

Looi.)

Mais partei done promptanent ,
Alle/. vite, ils ont a table;
II, font tons nn bruit du dwble ,
Pour boire on vous attend.



I sais mon affaire,
Et pour leur plairc,
I vais leur donner du meilleur.

ZOE.

Alors, monsieur, donnex-leur
D' celui qu' vous buvez d'ordinaire.

DUMOST, parlant.
Tiens... Cte petite bete!'^

ENSEMBLE.

DCMONT.

Oui, jc reviens dans 1'instant,
Etc., etc., etc.

PIERRE Ct ZOE.

Mais partez done promptement ,
Etc., etc., etc.

( Dumont sort par la gauche; Pierre va s'asseoir aupres
d'un arbrc dans Ic bosquet; Zoe pose son panier de
flfurs sur une des chaises du bosquet. )



SCENE IV.
ZOE; PIERRE, awis.

ZOE\ a part.'

Cte petite be"te'.... Ce vilain regisseur !...
Voila poartant comme ils me traitent tous...
(Regardant Pierre.) Excepte Pierre... lui, au
moins, ne me (lit pas de choses desagreables...
II est vrai qu'il ne me parle jainais... ( Le regar-
dant avec plus d'attention. ) Je VOUS demande ,
dans ce moment-ci, par exemple, a quoi il
peut penser?... si toutefois il pense... Si c'e-
tait... (Haul et s'approchant un peu. ) Monsieur
Pierre...

PIERRE, d'un air indifferent.

Ah ! vous etes encore la, Zee"?
zo, i part.

Comme c'est aimable !... ( Haut. ) Oui... Vous
avez 1'air tout dr6le... (S'approchant de lui tout-
i-fait. ) A quoi que vous pensez done comme
ca?

PIRRRK.

Ah! dame!... je pensals-.. au cabaret de la
mere Michaud, oil j'ai df.'jeune a c' matin.

ZOE, soupirant.

Joli snjet de reflexions.
PIERRE.

rigurez-vous qu'ils etaientla nne douzaine a
me corner aux oreilles : Pourquoi que tu ne
te maries pas, grand imbecille?-.. Au lieu dc
vivre senl, comme un tjrigou... Que diable! tn
as des erus... tu c-s ton maitre... Tu pourrais
faire le bonheur d une honnete fille.



Mb

Ah! ca... il y a long-temps que je vous le
conseille.

PIERRE, se levant et s'approchant dc Zoe.
C'est bien nussi mon intention... et des que
j'aurai la ferme des Viviers, je prendrai une
femme... je signerai les deux baux en meme
temps.

ZOE.
Vous n'avez pas besoin d'attendre.

PIERRE.

Si fait... afin de pouvoir dire a ma preten-
due : "Voila... vingt-cinq ans, un bon enfant,
quarante seders de terre, premiere qualite,
physique idem... et quelques sacs de c6te, pour
acheter des dentelles et des croix d'or a ma-
dame Rousselet. C'est a prendre oua laisscr...
D'ailleurs c'est vous qui m'avez fait songer a
c'te ferme.

ZOE.

C'estvrai; mais qane doit pas vous empecher
de faire un choix... parce que, pendant que
vous vous consultez, les jeunes filles se ma-
rient... et si vous tardez comme $a...
AIR de 1'Artiste.

V ous n' pourrez placer , j" gage ,
Vot' cosur ni votre argent ;
Car dans noire village,
Tout's les fill's , on les prend...
II n'en resi'ra pas une ,
K je plains vot' destin...
Chez vous s'ra la fortune,
Et 1' bonheur chez 1' voisin.

PIERRE.

C'qu'elle dit la est assez juste... II n'y a deja
pas tant d'filles dans le pays... Il y a disette.

ZOE, se rajustant.

Oh!... on en trouve encore... en cherchant
bien.

PIERRE, d'un air de doute.

Hum!... voyons, Zoe... Vous qui me con-
naissez d'enfance... qui est-ce qui pourrait me
convenir?

ZOE, timidement.

Dam!... faut voir... II vous faut quelqu'un
d'aimable... de gentil...

PIERRE.

Oui... qui me fasse honneur^

ZOE.

Quelqu'un qui ne vous taquinejamais; parce-
que vous etes vif, sans que ca paraisse.

PIERRE, d'un air tranquille.
Tres vif.

ZOE.

Une bonne petite femme qui vous aime bien.

PIERRE.

Et qui ne m'attrape pas.

ZOE.

Rien mieux... qui vous empcohc d'etre attra-
pe... car vous etes un peu simple.



zoti.



34!)



PIERRE.

Oh!... j'ai 1'air comme ca... mais j'suis fute,
sans qn'ca paraisse... (Cherchant.) Ah! dites
done... la grande Marianne?

ZOE , faisant la moue.

Oh! non... Est-ce que vous la trouvez jolie,
la grande Marianne?...

PIERRE.
Mais...

ZOE.

Je ne trouve pas, moi... Elle est maigre et
seche...

PIERRE.

C'est vrai qu'elle n'est pas si bien que Ca-
therine Bazu.

ZOE, d'un air approbatif.
Ah!... voila une jolie fille.

PIERRE.
N'est-ce pas?

ZOE.
Mais elle est coquette.

PIERRE.
Catherine Bazu ?

ZOE.

Ah! elle est coquette... II n'y a qu'a la voir
les dimanches... elle se pavane... elle fait la
belle... sans compter qu'elle change de danseur
a chaque instant.

PIERRE.

Ah! si elle change de danseur... il n'y aurait
pas ce danger-la avec Babet Leroux?

ZOE.

Oh! oui... la pauvre enfant!... elle est si
douce !... et puis elle boite... elle ne pent pas
danger.

PIERRE.

(Test vrai... elle boite; cependant, quand
elle est assise, ca ne parait pas... Nous avons
la grosse Gothon?

ZOE.

Une maavaise langue.

PIERRE.
Claudine?

ZOE.
Plus vieille que vous.

PIERRE,
l-'atichcttc ?

zo.
Elle epouse Jean-Louis.

PIERRE, se grattant 1'oreillc.
I >i. 1 1 >!<'... voila tout le village... Je n'en vois
plus d'autres.

ZOE, a part.
Ah! mon Dieu !... il est done aveugle!

PIERRE.

A moins de prendre dans les mamans...
(Comme frapped'uncidcc.) Ah! quc je suis betel...
Je n'y pensab pas.



ZOE , avec joie.
L'y voila enfin.

PIERRE.
II n'y en a plus ici...

AIK de FEcu de Six Francs.

Mais c'est dcmain , via mon affaire ,
Jour de marche.

ZOE.

Qu'est-c' que ca fra?

PIERRE.

De tons les environs, j'espere,
II en viendra... je serai la.
Etant 1* premier sur leur passage ,
Je serai bien sur de saisir
Leur cceur...

zo.

A nioins qu'avant d' partir
Ell's n' 1'ai'nt laisse dans leur villaye;
A moins pourtant, qu'avant d' partir,
Ell's n' 1'ai'nt laisse dans leur village.

PIERRE.

C'est encore possible... II y a des amoureux
comme ici... peut-etre plus... (Regardant vers la
gauche.) Mais v'la la compagnie qui sort detable,
car je la vois dans les jardins... J'vas vite trou-
ver le regisseur, pour qu'il me fasse parler a
monsieur d'Auberive... Sans adieu, ma petite
/or... (En s'en allant. ) si je trouve ce qu'il me
faut, il y aura un cadeau de noce pour vous.

(II disparait dans le bosquet. )
eeeeeaaaoooeeadweeoeeeeoooeeeeoeoooeaeeeeaoeeeeeeesoeaiea

SCfeNE V.

ZOE, seule, le suivant des yeux.

Est-ce impatientant !... Dire qu'il songe a
tout le monde , excepte a moi... (S'cssuyant Its
yeux. ) Et il me demande conseil encore!... Moi
qui 1'aime depuis si long-temps, et de si bon
cceur!... Mais voili ce que c'est... personne ne
fait attention a Zoe, la petite jardiniere... per-
sonne ne lui fait la cour!... et ces vilains hom-
mes ne desirent jamais qun ce que les autres
veulent avoir.

AIR : Si ca t'arrive encore (de LA MARRAINE).

Je n' suis pourtant. pas inal , je crois ;
Mais c'csi comnl' <ja, quand on commence :
I i vous toutcs , voiis . | ' I.- j vois
Me trailer avec arrogance ,
J'aurais bient6t, soit .In sans me loucr,
Vingt amourcitx comme les vdtres...
Si quelqu'un vonlait s' devoucr
Pour encourager les autres.

(Elle regarde vcrs la gauclie.) Ah ! mon Dicu! v'la
toute la societe qui vient par ic-i... et mes flours
qui ne sont pas prates... Tant pis... je n'ai plus
de cceur a rien.

(Ellc prcnd son panicr, ct cntrc d.ms le paullon. )



UoO






SCENE vi.

ERNESTINE, ALPHONSE, torUnt des jardins
.'i gauche; M.CSIEI'RS JEVSE3 GF.NS DES IIEL'X
SEXES; ZOE, dans le pavilion.

CHOECR. '

All : Sous ce Hunt feuillage ( de LA FUNCKF).
DCS dcrniers jours d'automne
llatons-nous tie jouir;
Dcja le vent resonne ,
El I'hiver va venir...
Ainsi, dansfe jeune age,
ProKtons cles instants ;
Le plaisir est volage,
It dure pen de temps.
DCS derniers jours d'automne , etc.
(April Ic choeur les jcunes gens iuvitent les dames a s'as-
seoir sur les chaises qui Se trouveat dans le bosquet. )

ERNESTINE.

Eh bien , roes bonnes amirs , quo faisons-nous
ce matin?

ALPHONSE.

Faut-il alter chercher les chairs, les om-
brelles?

CHE JECNE PERSONNE a la droite d'Ernestinc.

On avait parle d'une promenade a cheval...
Qu'en dis-tu , Ernestine? j

ERNESTINE.

Oh ! non... Je ne connais rien de plus raaus-
sade...

ALPHONSE, souriant.

Cest pourtant vous qui 1'aviez propose'e.

ERNESTINE, sechement.

C'est possible, monsieur... Mais mon pere
souffre un peu de sa goutte... II ne quittera pas
le salon, et je ne puis m'eloigner.
TOUS.

Cest juste.

UNE JECNE PEBSONNE.

Eh bien, allons a la cliaumiere.

ERNESTINE.

II fait bien chaud.

UNE ALTRE.

Dans la prairie.

TOUS.

Oh! oui... dans la prairie/

ERNESTINE.

C est rnen limnide... JJufresle, mes bonnes
amies, tout cequi pouira vous amuser.

AI.PHOjiSE , avec ironic.
A quoi bon se protnener... ala cauipagne?...

ERXEVTIKE.

Oh! des qu'on desire faire quelque chose,
on est surque monsieur Alphonses'y opposera.

ALPHOBSE.

Moi, mademoiselle?

ERNESTI5E.

Je ne connais pas d' esprit plus contrarian!.. .
Tout-a-1'heure encore , lorsque mon pere a
re9u le billet de faire part de mon cousin



de Villeblanche, qui e'pouse une petite title do
rien... une espece de grisette... j'ai eu le mal-
hetir de rn'elever contre un mariage aussi ridi-
cule... Monsieur, pour me contredire, n'a pas
manque de prendre la defense de mon cousin...
de soutenir qu'on n'etait pas le maitre de ses
affections... et qu'apres tout, si la jeune per-
sonne etait aimable...

ALPHONSE.
Permettez...

TOUT LE MONDE.

Oh! vous 1'avez dit... vous 1'avez dit.
( Zoc sort da pavilion et reste dans le fond a droitc. )
ALPHONSE.

Un moment... J'ai dit qu'entre deux person-
nes qui s'aimaient il n'y avait pas de mesallian-
ce... que tout etait egal , et que je concevais
parfaitement qu'un homme bien epris ne voulut
pas sacritier son bonheur a un sot prejuge...
Mais si vous m'aviez laisse liun ...

ERNESTINE, avec impatience.

Taisez-vous, monsieur; vous etes insuppor-
table!... il n'y a pas moyen de discuter avec
vous... Venez , mesdemoiselles... (En faisant
quelqucs pas , elle apercoit Zod pleurant dans son coin.)
Eh! ma is, que vois-je?

LES JEUNES PEHSONNES.

Oh! la jolie enfant!

ERNESTINE.

C'est notre petite jardiniere.

LES JEUNES GENS.

Charmante!

ERNESTINE.

Qu'as-tu done , Zoe?

ZOE, s'essuyant les yeux*.

Ne faites pas attention , mam'zelle, c'est que
je pleure.

ERNESTINE.

Et pourquoi?

ALPHONSE, souriant.

Ce n'est pas difficile a deviner... quand une
jeune fille pleure...

ERNESTINE.

C'est toujours la faute dp ces messieurs...
(A Zoe.) C'est ton arnoureux qui t'a fait du cha-
grin?...

ZOE, pleurant plus fort.

Pliit au ciel '.... Mais 93 n'est pas possible.

KRNESTINE.

Comment?

ZOE.

Puisque je n'en ai pas.

ERNESTINE.

Tu n'as pas d'amoureux?

ZOE.

Non, mam'zelle.

ERNESTINE.

Et c'est pour cela que tu plonres?

* Ernestine , Zoe , Alphonse, les jcunes gens a gauche avec
Alphontc, les jeunes pcrsouncs a droite avec Ernestine.



ZOE.



351



ZOE.

II n'y a peut-tre pas de quoi?

TOES.
Est-il possible !

ERNESTINE.

A ton age!

ZOE.

Si ce n'est pas une horreur !... Je suis peut-
etre la seule dans tout le pays... et c'est la cc
qui est hurniliant... Encore , s'il y avait de ma
faute...

AIB : Un soir, dans la foret voisine (d'Amedee de Beau-
plan ).

Mais j' n'ai pas un r' proohe a m" faire ,

Chacun peut s'en apercevoir.

Pour tacher d'etr' geniille et d' plaire ,

J'emploie , In -I, is ! tout mon savoir ,

Et j' me r'gard' sans cesse au miroir.

J' suis des 1" matin en coll'rett' blancbe,

En p'tits souliers, en jupons courts ;

En fait de rubans et d'atours ,

C'est pour moi tons les jours dimanche.. .

Eh bien ! eh bien ! I . .

Tout cela n'y fera rien. (

Rien.

ALPBONSE, souriant.

Quoi ! rien ?

ZOE.

Non... tout cela n'y fait rien.

M.I xn MI: COUPLET.
Je n' manque pas un' danse , un' IV-tr ;
Faut voir , avec tous les jeun's gens ,
Cornme je suis polie, honnetc;
Et lorstjue deuxdanseurs galants
Vienn'nt m'inviter en meme temps ,
Avec une obligeance extreme ,
Et pour ne facher ancun d'eux,
Jc les accepie tous les deux,
Et quclqiiciois meme un troisicme.

Eh bien ! eh bien !
Tout cela n'y fait rien.
Rien.

ALPHONSE.

Quoi ! rien ?

ZOE.

Non... tout cela n'y fait rien.
LES MIM- GENS.
I. Hi- est delicieuse!

( /<><; passe a la droitc. )

ERNESTINE, riant *.
Pas un amoureux.

ALPHONSE et I.ES JEL'NES GENS.

C'est une indignite!

ZOE.

C'est une injustice... II y en a tant qui en ont
deux !

ALPHONSE, souriant.

Vraiment!... meme au village?

ZOE.

Au village et ailleurs... Via mam'zelle, par
Zoi, Ernestine, Alphonv.



bif.



exemple, qui en a cinqou six autour d'elle...
Ca fait tort aux autres... ca n'est pas gene-
reux.

ALPHONSE, d'un air de reproche.
Elle a raison.

ERNESTINE.

Vous trouvez?... eh bien, je veux faire quel-
que chose pour elle.

ZOE, vivement.
Est-ce que vous m'en donneriez un?

ALPHONSE.

Eh bien, par exemple...

ZOE.

Dame!.. .c'est les riches qui doivent donner
aux pauvres.

ERNESTINE, a Zod.

Ecoute, Zoe; je ne puis pas te donner un
amoureux en toute proprie'te... (Regardant les
jeunes gens d'un air aimable. ) Je suis pour cela
trop inleressee... mais je puis t'en preter un.

TOI1S.

Comment! en preter un ?...
ALPHOXSE.

Quelque nouveau caprice.

ZOK, sau tant de joie.

Quel bonheur!... Eh bien, mam'zelle, c'est
tout ce que je vous demande... parcequc je
gagerais que, des qu'il y en aura un, ca fera
venir les autres. II n'y a que le premier qui
coute... et puis je vous le rendrai exactement,
je vous le jure... J suis une honnete fille.

ERNESTINE.

Je n'en doute pas... Eh bien, regarde... tous
ces messieurs me font la cour... choisis celui
qui te plaira le plus.

AIR : Oui,jesuis grisette ( de Plantadc ).

Que le seul merite



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