Sidney Webb.

The decline in the birth-rate online

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En somme, c'est un vieux fatras.

Plus, un bouquet de papillotte,
Semblable a ceux que TEspagnotte
Porta parmy les regimens ;



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— 29 —

Plus propre k mettre sur la teste
Ou d'un tambour ou d'un trompette,
Que d'une fille de quinze ans.

Item, deux meschantes chemises
De toiles d'estoupe assez bises,
Trouees a Tendroit du nombril ;
Mais elle, aux ouvrages subtile,
Les a de fa9on gentille
Rapetass^es de gros til.

Plus, deux sols et quatre doubles,
Que, durant ces malheureux troubles,
Elle a ramasses de son bien :
Avec aultant de son partage,
Joint avecques son heritage,
Cela vaut tousjours mieux que rien.

Puis, un vieux bas de grosse laine,
De haulte couleur teint en graine,
Rapetass6 en trois endroits;
S'il n'est secouru en pen d^heure,
Je Grains bien fort qu'il n*y demeure,
Car le pauvret rend les abois.

Item, une meschante paire
De patins blancs, qu'elle fit faire
Du temps qu'elle vint k la Cour;
Encore en est-elle par6e,
Et voicy la quatriesme annee
Qu'on les reblanchit chacun jour.

Plus, une paire de jarti^res
Faites de meschantes Hziferes
De quelque carreau de satin;
Car, pour en acheter de soye,
II faut avoir de la monnoye :
II n*en croist gu^re en son jardin.






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— So -

Plus, un peiit nianchon de balle,
Couvert de la peau d'une malle,
Fourre de brebis ou mouton,
Avecques deux pendants d'oreille
De fin jayet, beaux a merveille,
Et une bague de laiton.

Item, deux ou trois vieilles chaisnes
D'email, de charbon ou d'eb^ne,
De la facjon du temps jadis ;
Deux petites bagues de verre,
Que soigneusement elle serre;
Aussi sont-elles de grands prix.

Nous n'avons trouve, je vous jure,
Perles, diamans, ni dorures,
Ni serreteste, ni carcan;
Petit museau, voyez vos meubles;
Nous ferons avertir le peuple,
Pour se trouver a votre encan.

E)n 1 591, Henri IV avait uni Gabrielle a Nicolas
d'Amerval, seigneur de Liancourt, mais pour la
forme seulement; il sut bien emp^cher que le ma-
nage fut consomme; du reste il le fit casser en 1694.

II employa le meme proc^de a regard de M"' de
Bueil. II dtait d'accord en cela avec la princesse de
Conde, laquelle desirait, par bienseance, qu on la
mari^t, ne fut-ce qu'en figure*. Ce desir se realisa
comme nous Tallons voir.

Pour tenir Temploi de mari on trouva un C6sy de
Chanvallon, de la famille de Harlay. Fils de Jean de
Harlay, sire de Cesy et de Chanvallon, il 6tait le



I . Tallemant des R^aux, t. I, p. 107.



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- 3i -

neveu de Chanvallon, Tamant de la reine Margue-
rite'; il soffrit lui-meme, paralt-il. C'etait,dit Talle-
mant des Reaux, un « homme bien fait et qui parloit

> agreablement , mais qui avoit mange tout son
» bien >. Pierre de TEstoile Tappelle t un jeune
» gentilhomme bon musicien et joueur de luth,

> pifetre de tout le reste, mesme des biens de ce

> monde >. Nous dirons de notre cAte qu'il fallait
qu'il fut bien decide a refaire sa fortune, pour con-
sentir k une pareille speculation, pour recevoir une
aum6ne d'un caract^re aussi infamant.

Le manage eut lieu le 5 octobre 1604, des six
heures du matin, k Saint-Maur-des-Fosses. Ce jour
dut etre plein de souffrances et d angoisses pour le
marie, qu on en juge : « il eust Thonneur de cou-
» cher le premier avec sa mariee, mais esclaire,
» ainsi qu on disoit, tant qu'il y demeura, de flam-
» beaux, et veille de gentilshommes, par comman-
» dement du roy, qui le lendemain coucha avec elle,

> k Paris, au logis de Montauban.oii il demeura au
» lit jusques a deux heures apr^s midi. On disoit
9 que son mari estoit couche en un petit galetas au
» dessus de la chambre du roy, et ainsi estoit dessus
9 sa femme; mais il y avoit un plancher entre
9 deux* ».

Chanvallon avait ainsi le vivre, le coucher, sans le
reste. Henri IV n'entendait pas payer les frais de la
noce sans d^dommagement; en tous cas, comme le



1 . Pere Anselme, t. IV. p. 109. — II titait tils de Jean de Harlay cit6
ci-dcssus, et d'Anne du Puy, dame de Saint-Valericn*

2. Pierre de TEstoile, Mimoires, t. VIII, p. 166.



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- 32 -

dit le cardinal de Richelieu dans ses Memoires, il
eut pu s eviter de joindrc la c paillardise i> au « sa-
crilege D. 11 convient d'ajouter que, suivant une
autre version*, le mari quitta sa femme le soir des
noces; est-ce une attenuation?

Le pauvre epoux fut la risee de tous; on ne lui
epargna ni mepris, ni quolibets.il ne pouvait echap-
perklarace caustique des pontes, des vers couru-
rent sur son compte; en voici un cxemple* :

Mesdisance

D^s le jour de vos espousailles
Vous allastes en Cornouailles,
Chezy, ne faites pas le fin :
Car, par nature et non par charme,

vostre femme

Vous fist cocu, sot et badin. .

Vous n'estes le seul, ce me semble,
De qui la femme va cest amble.
D'autres vous ont trace le pas ;
Le mary de la Bourdezi^re
Y fust mis en ceste maniere ;
Vous estes compaignons de bas.

Si vos jeunes et tendres cornes
Avoient la vertu de licornes,
Ou quelqu'autre don plus recent,
Ce bois on prendroit sur vos testes.
Qui vous vient d'heureuses conquestes,
Pour en faire quelque present.



1. Les Amours du Grand Alcattdre, t. I, p. 102.

2. Bitl. Nat., ms. fr. 25590, fo 142 (dat^ de 1604 par P. dc I'Estoile).



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- 33 -

Mais ce bois, en aulcune sorte,
N'aiant de soy nul antidote,
Sera tousjours soubz vostre peau :
Car qui voudroit prendre la peine
D'oster k un ciron la laine,
Seroit pris pour un jeune veau.

Tr^sflatteur!

Aussi bien n'en avait-il pas fini avec la critique,
nous aureus occasion Je nous en apercevoir.

Par la suite, Chanvallon chercha k Stre le mari Je
sa femme, il ne semble pas qu'il y parvint; t elie n y
voulut jamais consentir* ». C'est k peine si elle porta
son nom, car dans tous les documents que nous
avons depouiiles, nous ne la trouvons qu'une seule
fois appelee comtesse de Cesy, et encore est-ce,
comme par inadvertance, dans les Amours du Grand
Alcandre.

Quelques semaines apres ce pseudo-mariage, Jac-
queline re^ut le titre de comtesse de Moret, avec
tous les avantages ct revenus y afferents*. Soyons
plus explicite.

Moret n'a jamais eu de seigneurs autochtones.

Depuis Philippe P'', Moret fit partie du domainc
de la Couronne, et fut administre tantot par des
fonctionnaires sp^ciaux, baillis ou capitaines, tant6t
c6de, engage k des seigneurs particuliers.

Un de ces derniers etait Maximilien de Bethune,
marquis de Rosny, que nous ferons mieux connaitre



I. Tallcmant des Rcaux, t. 1, p. 107.
3. Dom Morin, Histoire du Gasiinois, p. 55i.
XIU.



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-34-

en le designant sous le nom de Sully. II avait suc-
cedd, le 23 novembre 1594, dans la ch^tellenie de
Moret, a Christophe de Thou, seigneur de Saint-
Germain et de La Grande- Paroisse*.

Le 19 decembre i6o3, Sully en fit cession a son
tour au financier Zamet*, moyennant 85,104 livres'.
Ce prix d'acquisition etait payable en deux termes,
de six mois en six mois, mais Zamet ne put tenir ses
engagements.

Par contrat du 28 octobre 1604, il retroceda la
terre et seigneurie de Moret k Jacqueline de Bueil,
pour la m6me somme de 85,104 livres, k charge par
elle de la payer a Sully.

Pour marquer ces faits d'un plus grand caractere
d'authenticite, nous citerons Tacte de retrocession
dont il vient d'etre parle, nous ne le donnerons
d ailleurs que dument ecourte* :

A tous ceux qui ces presentes lettres verront, Barth6lemy
Petit, licencie es loix, garde du seel aux contracts de la prevoste
et chastellenie de Moret, salut. — Scavoir faisons que parde-
vant Gilles Langlois, notaire royal k Fontainebleau, fut pre-
sent en sa personne messire Sebastien Zamet, gentilhomme
ordinaire de la Chambre du Roy et surintendant de la maison
de la reine, lequel a vendu, quitt6, cedde, transport^ et promet
garantir k dame Jacqueline de Beiiil, femme et epouse de mes-



1. Fils de Christophe de Thou, premier president au Parlement de
Paris, et de Jacqueline de Tulleu ; 6pousa Fran^oise Allegrain, dame de
St-Germain et de La GranJe-Paroisse.

2. Sebastien Zamet, riche partisan, originaire d'ltalie. C'est chez lui
que Henri IV faisait ses parties de plaisir. II ^tait alors conseiller du roi
et intendant de la maison de Marie de M^dicis.

3. Archives nationales, Titres domaniaux, Q* 1428.

4. Archives nationales, idem.



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- 35 -

sire Philippes deHarlay, seigneur de C^sy, auctoris^e parson
contract de mariage k la poursuitte de ses droits, la comte,

chastellenie, terre et seigneurie de Moret en Gastinois

comme il en jouit et Ta acquise de haut et puissant seigneur
messire Maximilien de Bethune, marquis de Rosny, baron de

Sully* pour en jouir par ladiie dame Jacqueline de Beuil

de tous les fruits, proffits, revenus et esmolumens

Ladite acquisition faite par ledit sieur Zamet moyennant la
somme de quatre vingt cinq mil cent quatre livres qu*il en
auroit promis audit seigneur de Rosny payer ausdits termes
portes par ledit contract. De laquelle somme ndantmoins ledit
sieur Zamet n'auroit encore aucune chose paye audit seigneur
de Rosny, ainsy qu'il a declare.

Cette vente et cession ainsy faite k ladite dame Jacqueline
de Beuil moyennant et pour le prix de pareille somme de
quatre vingt cinq mil cent quatre livres, qu'elle a promis et
promet par ces presentes payer dans quinzaine audit seigneur

de Rosny, en Tacquit dudit sieur Zamet et moyennant,

ledit sieur Zamet a, dfes k present comme pour lors, subroge
et subroge ladite dame Jacqueline de Beiiil en son lieu et

place Et a ladite dame de Beiiil declare et declare qu'elle

a fait ladite acquisition pour employer la somme de quatre
vingt cinq mil cent quatre livres qu'elle avoit declare par son
contract de mariage avoir en ses mains, pour employer en
acquisition d'une terre noble pour luy demeurer nature de
propre...

Ce fut fait et passe au chasteau de Fontainebleau, en la
chambre dudit sieur Zamet, apres midy, le vingt troisiesme
jour d'octobre 1604.

Parmi les temoins figurent Urbain de Laval, che-
valier, seigneur de Bois-Dauphin, marechal de
France, parent de Jacqueline de Bueil du c6te ma-



I. 11 ne fut cr66 due de SuUy qu*en 1606.



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- 36 -

tcrnel par suite de son alliance avec une Montecler*;
Nicolas Lavocat, conseiller Ju roi en son Grand
Conseil; Pierre Guilleminet, secretaire du prince
de Conde.

D apres cet acte, Jacqueline faisait Tachat de la
terre de Moret pour employer les 85,104 livres
qu'elle avait en mariage. Or, nous le montrerons,
elle ne recueillit presque rien de la succession de
ses parents, aussi pouvons-nous dire que cette dot
etait un joli « cadeau du matin i> que lui apportait
Henri IV,

La quittance est datee du 3 novembre 1604. Le
notaire de Fontainebleau dut, pour la faire signer,
se transporter k Paris, k T Arsenal, domicile de
Sully; les parties ne comparurent que par pro-
cureurs; Sully etait represente par Tun de ses com-
mis Noel Regnouard, secretaire de Tartillerie de
France, et Jacqueline de Bueil par Pierre Guille-
minet, secretaire du prince de Cond6, deja temoin
dans Tacte du 23 octobre. Le prix d achat fut paye
« presentement, en quatre vingt seize sacqs, tant de
» pieces de seize sols, cy devant appellees quarts
» d ecus, que francs, demy francs, testons et dou-
» zains, le tout bon*. »

Un eclaircissement est necessaire.

Le 4 octobre 1604, la veille meme du mariage de
Jacqueline et de Cesy, le roi ecrivait k Sully :



1 . Diet, de Moreri, t. IV, p. 75, et une pi^ce faisant par tie de la collec-
tion de I'auteur.

2. Arcliives nationales, Q' 142B.



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-37-

Mon Amy, je vous prie de bailler ^ la damoiselle de Bueil la
somme de quatre vingt cinq mil cinq cens quatre livres, dc
laquelle vous ne prendrez aultre quittance que la presente,
laquelle somme vous employerez au premier comptant que
vous ferez expedier, et sur ce, Dieu vous ayt, mon Amy, en sa
garde*. »

Sully rapportc egalement cette circonstance, mais
en y ajoutant cette phrase empreinte d'une certainc
melancolie: c J avais dc furieux memoires k payer*. >

De plus, le « premier comptant » fut long a venir;
tellement que € si tous ces sacqs, testons francs et
douzains sortirent du tresor, ils ne tarderent pas a
y rentrer > : Sully ne fut reellement rembours^ que
quelques annees plus tard, en 1607, ainsi que nous
le verrons. C'^tait affaire entre Henri IV et son mi-
nistre. Quant a Jacqueline, elle etait liberee et pou-
vait entrer en possession.

Au reste, si menager qu'il fut de ses ecus, Sully
ne courait aucun risque : TEtat, dont il dirigeait si
admirablement les finances, etait deja d'une bonne
€ assignation >, comme on disait alors.

Remarquer en tout ceci le r6Ie effac6 du malheu-
reux Cesy de Chanvallon; il ne tient pas plus de
place ques'iln existait pas; c est la discretion mdme.
II avait resolu le difficile probleme de faire du ma-
nage une sinecure.



I. Leltres missives de Henri IV y t. VUI, p. 912. — La somme de 855oj
livres est inexacte, il faut lire 86104 livres.

7. Memoires de Sully, t. VI, p. 199. — En cct endroit dcs memoires dc
Sully il y a une erreur de date ; elle a 6te souvent rectifiee.



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- 38 -



IV



Jacqueline de Bueil, comtesse de Moret.
(D^cembre 1604, mars 1607).

Jacqueline de Bueil etait ainsi, definitivement,
comtesse de Moret.

Un de ses premiers soins, en cette qualite, fut de
penser k ses interets. Elle choisit, commc « pro-
cureur general », nous dirions aujourd'hui comme
mandataire, un nomme Robert Bernard, ecuyer,
seigneur du Sclas, qui fut de ce chef c cappitaine
de la grosse tour et comt6 de Moret >. Elle lui
donna pouvoir de g^rer ses biens et de retirer des
mains de Thibault Cadot, ancien administrateur
pour Sully, « tous les tiltres faisant mention de
ladicte comt6 j>. Cette procuration nous apprend que
Jacqueline logeait, k Paris, rue Saint-Thomas-du-
Louvre, non loin du roi par consequent*.

L'intendant Bernard du Sclas 6tait un homme
entendu et actif, nous allons le voir s occuper avec
z61e de toutes les affaires concernant le domaine de
Moret. Peu de temps apr^s, pour sa premiere ope-
ration, agissant au nom de la comtesse, il louait pour
trois ans k Michel Mathieu, « marchant meusnier
» demeurant a Ravannes, parroisse d'Escuelles... le



I. Cette procuration est entre les mains de Pauteur; elle porte la signa-
ture de Jacqueline de Bueil.



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- 39-

* mollin de Testan de Moret ». Le prix du bail etait
de 45o livres tournois par an, payables aux quatre
termes accoutumes. Acte re9u par M* Gabriel, no-
taire royal k Moret, le 3o decembre 1604'.

Le 3 Janvier i6o5, il donne k bail a Simon Mes-
truet, marchand a Moret, « la ferme, prouffitz, reve-
» nuz et esmolumens des exploitz, deffaulx, contes-

* tations, reclamations et amandes des bailliage,
» chastellenie et antiens ressortz dudict Moret *,
comprenant surtout « le p^age par terre appelle le

* pied fourch6* et roullage, jusques k 60 solz parisis
» et au dessoubz >. Le tout pour une dur6e de trois
ans et moyennant la somme de 60 livres.

Les precautions ne manquent pas : « M* Jehan
» Denisot, procureur audict Moret' » a « plege et
» caultionne ledict Mestruet son gendre ». Dans
tous ces actes, le notaire indique que les tenanciers
s'obligent par corps et biens, comme pour les propres
affaires du roi*.

Jacqueline est alors en pleine faveur, tout lui
vient a souhait. Le 4 Janvier, Henri IV ecrit a
Sully :

Men cousin, je vous fais ce mot pour vous dire que, au
premier comptant que vous feres au tresorier de men espargne,
vous employes dans icelluy la somme de trente mil livres d'une
part, de laquelle j'ay faict don k ma femme; de neuf mille k



1. Minutes des notaires de Moret,

2. Droit d'entr^e dans les villes sur le b6tail qui a le pied fendu; d'oti
le nom de pied fourch^.

3. Procureur 6tait le nom qu'on donnait autrefois i I'officier public
nomm^ aujourdTiui avou6.

4. Minutes des notaires xle Morels



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- 40 -

m^'' la comtesse de Moret de laquelle je leur ay faict don

pour leurs estrennes de la presente annee. ADieu,moa amy*, »

Sully, dans ses Memoires^ relate encore ce present
de nouvel an, mais, selon son habitude, avec le ton
d'un homme qui a quelque peine a en prendre son
parti. On n'en sera pas etonne, quand on saura que
la comtesse recevait deja une pension de 10,000 liv.'.

Le 10 Janvier i6o5, Bernard du Sclas afFerme a
honorable homme Denis Cardon, sergent royal a
Moret, € Texercice du greffc du bailliagc dudict
i> Moret, avec Texercice du tabellionnage » pour
trois ans et pour le prix de 480 livres <* avec pleges
et caultions suffisantes et solvables'. »

Le 24 fevrier, il bailie pour trois ans a Edme Cos-
sedanne, laboureur a Montmachoux, « la terre et

> seigneurie de Montmachou, appartenant a ladicte
i> dame k cause de son domaine de Moret, ce consis-
» tans en droictz de justice, droictz de cens portans
» ventes, deffaulx, saisines et amandes avec tous les

> aultres droictz qui en dependent*. »

Ce bail fait au prix de 66 livres payables par cha-
cun an k la dame de Moret. II n'en coutait guere
vraiment pour dtre seigneur de Montmachoux, mais
il n est question ici, on s en doute, que d'une partie
de cette seigneurie.

Pendant que son intendant mettait ordre k ses
affaires, la comtesse de Moret vivait au milieu des



1. Lettres missives de Henri IV, t. VI, p. 841.

2. BibliolfUque nationale^ ms. fr. no iii63.

3. Minutes des notaires de Moret,

4. Minutes des notaires de Moret.



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- 41 -

elegances de la Cour; la nymphe au petit museaii
s'etait transform^e en une grande dame aux brillants
costumes. Elle y eut bientot des deboires. Sa jeu
nesse nous autorise a croire qu'elle avait encore
beaucoup d'illusions, elle ne tarda point k se heur
ter a la realite : les evenements se charg^rent de lui
montrer qu'elle n'etait pas seule dans le coeur du roi.
Pouvait-elle lutter avec une marquise de Verneuil?

Le proces poursuivi contre le conite d'Auvergnc.
Francois d'Entragues et sa fille, se tcrmina au mois
de fevrier i6o5. Quand elle eut obtenu remise de sn
faute, le roi permit a la marquise de se retirer a Ver-
neuil; au bout de sept mois, il la fit declarer entiere-
ment innocente. II n avait pas cesse un seul instant
de laimer; des la fin du proces, impatient, cherchanl
Toccasion de pardonner, il avait 6crit i Sully : « Jc
> voudrois bien que vous la vissiez, pour voir cc
» quelle vous dira, et si ellc ne vous pricra point
9 d'interceder pour elle aupres de moi' ». Le mi-
nistre refusa la mission, mais il ne manqua point
de courtisans pour servir la passion du maitre.
Durant les sept mois qu'elle resta a Verncuil, cc nc
fut qu'allees et venues, que messages du roi a la
marquise, de la marquise au roi; instances et sup-
plications de la part du roi, resistances calculees, jei:
habile des brouilles et des raccommodcments de la
part de la marquise. Henri ne pouvait se detacher
d elle; ses efforts restaient impuissants a arracher In
flfeche de son coeur.



I. M^oires de Sully, t. V, p. 355.



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— 42 -

Personne ne fut trompe a la mani^re dont il en
usa. Belle matiere de crier et de s emporter pour la
reine, source d ameres reflexions pour la comtesse
de Moret, qui ne pouvait ignorer ce qui se passait
autour d'elle. Toutefois, on ne voit point qu'elle ait
accable le roi de ses reproches. N avons-nous pas
dit qu'elle avait un excellent caractere ? ou Tamour
faisait-il defaut?

l/annee se passa done en n^gociations entre
Henri et Madame de Verneuil. A en juger par la cor-
respondance recueillie dans les Leltres missives,
leurs relations effectives ne recommencerent que
vers octobre 1606. J usque-la, Jacqueline resta ou-
vertement dans les bonnes graces du Bearnais, telle-
ment qu'il ne restait jamais longtemps sans lui en-
voyerquelque message. On trouve dans les depenscs
de Henri IV, pour i6o5 : « A Guillaume de Nosten,
» vallet de pied du roy, la somme de dix huict livres
j> a luy ordonnee pour deux voiages qu*il afaitz
» par Vexpres commandement et pour le service de
» Sa Majesle de Monceaux^ a Paris^ vers tnadame
» la comtesse de Moret ^ et pour son retour par cha-
» cun d'iceulx^ ».

Jacqueline suit le roi dans ses deplacements; ellc
est a Paris quand lui-m^me s y trouve, et ses resi-
dences a Moret coincident avec les sejours de la
Cour a Fontainebleau. C'est ainsi qu'au mois



I. Canton et arrondissemcnt de Meaux. Le chateau de Montceaux avait
6te donn6 en 1595 par Henri IV k Gabrielle d'Estrces, puis rachet^ aux
enfants de celle-ci, pour la reine Marie de Mddicis.

3. BibUoth^que nationale, ms. fr. no 10407. Voyages.



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-43-

d'avril i6o5, Ic roi etant k Fontainebleau*, elle or-
donna de faire des travaux dans les communs de son
chateau de Moret. Bernard du Sclas les dirigea.

D'apr^s les termes du contrat', Edme Berthelot,
charpentier, Jean Flamberge, maitre-magon et pl^-
trier, tous deux de Moret, s'engagent a faire pour
45o livres, « les besongnes et reparations cy apres > :

« Agrandir la porte de lentree de Tescurie pour

> y entrer carrosse et aultres harnoys >, refaire
€ les greniers k foing et avene », construire au de-
hors « une montee de gresserye > pour arriver au
grenier, etablir au bout du b^timent un chevaletpour
y meltre les selles'. Cela denote evidemment un cer-
tain train de maison.

Nous avons d autres traces de la presence de Jac-
queline a Moret, au printemps de i6o5 : le 12 mai,
elle achetait k « Jehan Duval, escuyer, sieur de Per-

> rigny et d'Espizy, naguerescappitaine des Gardes

> de la royne m^re du roy, gentilhomme servant de
» feu Mgr. leduc d'Anjou... ung corps de logis cou-

> vert de thuille oil il y a cy devant eu ung mouUin k

> foulon assis au dedans de la riviere, pr^s et au

» dessus des pontz dudict Moret, tenant et aboutis-

> sant de toutes partz a ladicte riviere... tenu en

> censive de Monsieur le Prieur de Pontloue



1. Itin^raire et s^jours de Henri IV; Lettres missives, t. IX, p. 488.

2. Contrat dress6 par Me Gabriel le i5 avril i6o5 (Minutes des notaires
de Morel).

3. Minutes des notaires de Moret. — D'apres un plan du vieux chateau
levd au moment de la vcnte des biens nationaux, les ecuries 6taient dans
ce long bailment habitd actuellement par MM. Simon Bouquot, Paupar-
din et Alexandre Bufifeteau; il y teste une porte ronde de I'epoque.



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— 44 —

» Cette vente faicte moyennant la somme de trois
» cens livres tournois presentement payez, comptez

» et nombrez auxdicts vendeurs en doubles pis-

» toletz d or. Faict et passe audict xMoret, au chas-
» teau de ladicte dame... en presence de noble
» homme M* Pierre Guilleminet, conseiller secr6-
» taire du roy et dc Mgr. le prince de Conde, etc.* »

II s agit ici du moulin actuellement exploite par
M. Provencher. Le vieux moulin k foulon, oil les
tisserands venaient fairc battre etpresserleurstoiles,
est devenu une vaste usinc de ble faisant farine. Le
mot foulon sort encore a designer Tendroit.

Le domaine de xMoret avait ete d^ja s^rieusement
amenage par Sully. La jeune comtesse, apres lui, so
plut a le maintenir en bon etat : le 3i mai, Guil-
laume Chastellier et Rene Gueillier, fossoyeurs a
Avon, promettent « curer et ncttoyer les canardz et
D fossez estans pres et attenans le jardin de Madame
p la comtcsse de Morct, avcc les deux fossez et
» canards estans dcs deux costez de la Grande Allee

» au dessus dudict jardin et redresser ladicte

» Allee es lieux oil Teaue a myne*... »

II y avait alors une levee de terre allant de Tori-
gine de la Grande Allee au moulin cite dans lacte
precedent. Cette chaussee suivait le long d'un
« canard d formant petit cours d eau dans la pro-
priete. Lesdits Chastellier et Gueillier s cngagercnt



1. Minutes des notaires de Moret, — Get acte est sign6 de la comtesse
elle-meme.

2. Cela prouve, contrairement i ce que Ton croit generalement, que
cette all6c dite plus lard Alice de Madame, existalt avant Jacqueline
de Bueil.



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-45-

aussi a t dresser et mettre k nyveau > cette chaus-
see.

Pour ces travaux, le prix 6tait de « cinq solz tour-
nois par chacune thoisc desdictscanardzet fossez*. d
L acte fut signe par Bernard du Sclas, mais ce fut
Guillaume Moyneau, sieur de la Bobaniere, « mais-



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