William H. (William Henry) Powell.

Archives de gynécologie et de tocologie. ... . Première annéetome XXIII, [1874-1896] online

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■dans les conditions sp6cifi^s par M. le docteur Godard, et me parait
^galement applic^le au cas que je suppose ici, c'est-^-dire k celui
d'un fragment de membranes retenu dans la matrice, mais dont on a
pu saisir une portion d^j^ engage dans le vagin.

B. Si nous supposons, au contraire, que les membranes soient en-



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92 MEMOIRES ORIGINAUX.

€ore eiiti5rement contenues dans Tut^rus, les conditions sont lout au-
tres, et je pense qu'il est preferable, dans ce second cas, d'abandonner
h la nature Texpulsion du corps stranger. Je sais que quelques per-
sonnes recommandent de completer tout de suite la delivrance en al-
lant avee la main saisir le lambeau de membranes dans Tut^rus; mais
c'est ih un precepte qu'il est plus facile de poser que d'appliquer.
L'experience m'en a plus d'une Ibis convaincu. On d^colle, etTon ex-
trait sans trop de difficult^ un placenta adherent, parce que cet organc
forme un corps volumineux que la main peut ais^ment percevoir et
saisir. II est beaucoup plus difficile de distinguer et de saisir des mem-
branes tres-minces, lisses et accol^es k la face interne de la matrice.
On essaye bien de le faire; mais, apr§s avoir longuement gratt6 et fa-
tigue I'ut^rus pour s*emparer d'une lamelle le plus souvent insaisis-
sable, on retire presque toujours la main sans rien amener. D'ailleurs
on ne doit pas oublier que Tintroduction de la main dans Tut^rus,
apres Tnccouchement, est loin d'etre toujours inoffensive, et quMl faut
r^viter^autant que possible. II n'y a pas d'op^ration qui soit plus sou-
vent que celle-1^ suivie de phl^bites ut^rines et crurales longues et
douloureuses, et des accidents plus f&cheux encore peuvent en 6tre la
consequence. Aussi, tant h cause de son efBcacit^ habituelle que de
ses dangers, je repousse une intervention active et immediate, en pa-
reil cas, et lui pr^f^re Taction naturelle de la matrice, qui suffit pres-
que toujours pour effectuer promptement et sans dangers le rej6t du
lambeau membraneux.

J'admets, du reste, qu'on devra achever Textraction des membranes,
aussitdt qu'une portion de celles-ci devient accessible h la main ou aux
instruments, circonstance qui ramene les choses aux conditions du
premier cas. Cette action tardive et toute ext^rieure est sans aucun
doute utile; elle est de plus inoffensive, et n'a, par consequent, rien
de commun avec Tintervention immediate dont je viens de parler et
que je condamne.
Pour r^sumer les principales id^es ^mises dans ce travail, je dirai :
1® L'engagement du placenta dans les voies geni tales par sa face
uterine, pendant la delivrance, predispose h la rupture circumplacen-
taire du chorion, cette membrane n'etant pas alors recouverte et sou-
tenue par I'amnios, comme il arrive quand le deiivre se pr^sente pap
sa Face lisse ou amniotique.

2« Un deiai prolong^ apporte aux manoBuyres de delivrance, I'invo-
lution artificielle du placenta dans ses membranes, une extreme len-



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RETENTION DES MEMBRANES DE L'(EUF DANS L'UTERUS. 93

teur dans les tentatives d'extraction du d^livre, repr^ntent, dans
Fespdce, le meilleur moyen de pr^venir la rupture du chorion et sa
retention dans I'ut^rus.

3* Quand ce dernier accident s'est produit, on doit commeltre a la
nature Texpulsion du lambeau membraneux, et s'abstenir de toute ten-
tative immediate de d^collement et d'extraction de la membrane, faite
h J'aide de la main portee dans la matrice.

Cette publication de M. le D' Bailly a donne lieu h la reponse et ^
robservation suivante que nous croyons devoir reproduire in externa.

Retention des membranes placentaires dans Tut^rus apr^s Taccon-
chement, par M. le D^ Yves.

La Gazette des Hdpitaux du 5 d^cembre a public deux observations
tres-interessantes de M. Bailly, sur la retention des membranes de
roBuf apres I'accouchement. M. Bailly dit que ces cas ont lieu ordinai-
rement lorsqu'il y a inversion du placenta dans sacbute et, par conse-
quent; renversement de I'ordre de superposition des membranes.
Cette disposition pent, je le crois, favorisercet accident, mais n*est pas
indispensable, et le cas qui s'est presente la semaine derniere k mon
observation en est la preuve. Si, en eflet, comme le dit avec justesse
M. Bailly, le d^livre vient presenter, apres sa chute, sa face uterine,
le chorion, non soutenu par I'amnios, pourra se dechirer et resLer en
toutou en partie dans la cavity uterine, surtout s'il y a une faiblesse
naturelle des membranes. Mais il n'y a pas d'adhdrence anormale.
Dans le cas que je cite ici, il n'y a pas d'inversion placentaire, c'est
bien la face amniotique qui se presente, le chorion est bien double par
Tamnios, mais il est epaissi, et il y a de plus adherence anormale en
un point de la cavity uterine.

11 me semble qu'il faut distinguer ce cas du premier. II faut avoir
senti soi-m^me cette force de resistance pour s'en rendre compte; il
me semblait que j'aurais plut6t retourn^ Tut^rus en tirantqufi produit
Tarrachement des membranes.

Dans le premier cas, on craint avec raison une rupture en lirant, et
Ton donne le conseil de saisir profond^ment les membranes avec une
pince pour mieux les enrouler et les arracher ; dans le second cas, ce
moyen est inutile, car la pince, en donnant plus de prise, ne pourrait,
k cause des adherences, arriver h. detacher les membranes qu'en pro»
duisant de grands desordres.



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94 m£:moires originaux.

Dans lesdeux cas de M. Bailly, les membranes n'^taient pas acces-
sibles, et sagement ila tout attendu de la nature. Dans le cas que nous
citons, nous suivons le conseil de M. Bailly, mais, craignant moins la
rupture, nous essayons pendant un temps raisonnable, et tant qu'il
n'y a'pas de complications, des tractions soutenues sur les membranes
bion enroulees et saisies le plus pr6s possible de leur point d'attache.
En cas d'insucc^s, nous coupons avec des ciseaux mousses les mem-
branes le plus'haut possible, afin de laisser le moins de matieres pu-
trescibles dans Tut^rus, et nous abandonnons le reste k la nature.
Nous partageons enti^rement Tavis de M. Bailly, qui repousse touto
tentative de d^coUement avpc la.mainport^ dans la cavity uterine.
Notre observation lui donne raison.

Lc 9 d6cembre dernier, je suis appel6 pr6s de madams D..., rue Le-
courbe, no iO. Cette dame, ftg6e de 23 ans, de bonne constitution, est en-
ceinte pour la troisi^me fois et k terme. Douleurs l^g^res depuis le matin,
il est six heures du soir. Vers huit heures, la dilatation est complete,
pr6sentation de la t6te en occipito-iliaquc gauche ant6rieure, je romps les
membranes. Vers neuf heures la sortie de Teniant a lieu normalement. Je
m'occupe de I'enfant, et vingt minutes apr^s je reviens prds do la m§re. Le
placenta repose sur rorifice et pri^scnte sa face foetale. Aprds quelques trac-
tions sur le cordon, je sens le d^livre qui s*engage dans le vagin,je lesaisis
et, lui imprimant doucement quelques mouvements de rotation sur lui-
m6me, afm d'enrouler en arri6re les membranes en cordon, je Textrais.
Mais tout k coup je me sens ajreU solidemcnt. Je me fais 6clairer, et j'aper-
Qois, sortant de la vulve et tenant au d6livre, un cordon de la grosseur du
petit doigt. Je le d6roule et reconnais facilement une partie de Tamnios et
tout le chorion, qui me paralt manifestement 6paissi. Je tords de nouveau
les membranes sur elles-mdmes e\, par des tractions 16g6res d'abord, puis
assez fortes, je cherche k les amener au dehors. Mais rien ne bouge. J'in-
troduis deux doigts profond^ment dans le vagin, et, saisissant les membranes
aussi haut que possible, je tire avec une certaine force, mais inutilement.
Pendant une houre, comme il n*y a pas de complications, j'essaye & plu-
sieurs reprises sans r6sultat. 11 me semble que je renverserais plutOt Tut^-
rus, tant la resistance est forte. J'administre un gramme d'ergot de seigle,
pensant que des contractions ut^rines viendraient k mon secours. Une heure
encore se passe en tentatives sans r6sultat.

II n*y avait pas d'6coulement sanguin ; mais, voyant rinutilit6 de mes
cflbrts, et la malade, ainsi que les parents presents, s*alarmant d*un aassi
long retard, j'introduisis deux doigts de la main gauche et, m'en servant
comme conducteurs, j'allai couper avec des ciseaux mousses les membranes
aussi pr6s que possible de leur point d'attache. Le d^livre, que j'examine
alors, pr6scnte tout autour 5 ou 6 centimetres d'aranios; le reste de Tamnios



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LECONS SUR L'ECLAMPSIK PUERPERALE. 93

d6chiquet6 vient doubler le chorion, qui, d6coll6 lui-m6me, ne tient ail d6-
livre que par un p^dicule large do 5 centimetres environ,
Le chorion est manifestement 6paissi et K'siste fortement au doigt.

La nuit fut bonne. Le lendemain 10 novembre, quelques coliques, 6coulo-
ment lochial r^gulier, pouls 72*, peau fralche. Etat g6n6ral bon, la malade
a urin6. Je prescrk des lavages frequents et deux injections d'eau titidc
alcoolis^e, deux potages.

if novembre. A une visitedu matin, la malade me dit qu*elle a eu, pen-
dant la nuit, un tr^s-grand frisson, qu'elle a claqu6 des dents, et qu'elle a
iu beaucoup de peine h se r^cbauiTer. On me montre un caillot assez volu-
mineux qu'elle a rendu le matin. Examine sous I'eau, ce caillot contient
quelques debris de membranes. L'6tat g6n6ral est bon, pouls 75®, ventre
peu sensible. — M6me traitement.

Le soir, je reviens. On me montre un nouveau caillot plus volumineux
que le premier, que la malade a rendu vers midi, au moment od on lui
donnait une injection. Cette fois, ce sont bien les membranes mac^r6es,
fortement odorantes, et probablement entidres, 5 ou 6 centimetres de lon-
gueur sur 3 de largeur environ. Une des extr6mit6s pr6sente manifestement
des traces d'attache.

Elles ont doncs6journ6 quarante heures environ dans Tuterus.

A partir de ce moment, tout se passa r6guli6rement ; la montee du lait
eutlieu presque sans li^vre et, aujourd'hui 21 novembre, j'ai permis k la
malade de rester quelques heures lev6e dans un fauteuil.



LfiCONS SUR L'ECLAMPSIE PUERPERALE

SES CAUSES, SA NATURE BT SON TRAITEMENT
Par le D' ■. Peter, medocin de rh6pital Saint- An toine (1}.



Ces jours derniers sont entries deux femmes atteintes de ce qu'on
appelle les convulsions puerperales, i'^clampsie puerp^rale, c'est-k-
dire qu'elles ^taient secou^es de temps ^ autre par des convulsions
^piJeptiques, auxquelles succ^dait le coma. L'une d'elles etait robuste,
Ir^vigoureuse ; elle exercait le metier de servante. Elle cachait sa
grossesse ; c'est dire qu'elle devait aussi cacher les accidents possibles
de celle-ci et qu'elle ne leur opposait aucun traitement pr^ventif ou
palliatif. Elle 6tait au septi^me ou huiti^me mois de conception, lors-

(0 Nous croyons devoir reproduire ces legons qui ont paru dans la France
fnedicak, et qui pr6sentent, au point de vue dela pathog6nie de T^clampsie,
le plus grand int6r6t.



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96 MEMOIRES ORIGINAUX.

qu'elle fut prise une nuit d'accidents convulsifs pour lesquels elle f'ut
soignee par sa mattresse, qui ignorait I'^tat physiologique clandestin
de sa servante; un mcdecin fut appel(5; mais, ignorant lui aussi la
position de la malade, ilemploya un traiteraent anodin (lequel est loin
de m^riter toujours son nom), c'est-^-dire qu'il fit poser des sinapis-
mes. Aussi, depuis plus de dix heures, la malade dtait-elle en etatde
mal quand elle nous fut apportee.

C'^tait une femme vigoureuse ; la face ^tait l^g^rement gonflee, les
.joues plaqu6es de rouge ; de ses l^vres s*echappait de la salive ^cu-
meuse. La connaissance ^tait completement abolie ; il y avait coma
sterloreux avec l^g5re contracture des membres. Les jambes etaient
tr5s-fortement infiltrees. I] n'etait pas douteux que cctte femme ne tilt
atteinte de leclampsie de la grossesse ; le volume de son ventre le de-
montrait assez.

Une saignee que je fis faire ne produisit qu'un bien-6tre limits. Lti
malade sembla seulement avoir moins d'attaques. Puis elles se succo-
d^rent dans le cours de la Journ^e, ct la malade accoucha, vers neuf
heures du soir, d'un enfant qui a vecu. D5s son entree, rintorno,
M. Petit, I'avait touchee et avait constate que le col etait h peine dilate
comme une pi^ce de dix sous; plus tard, Touverture elait grandc
comme une pi^ce de vingt sous, et la dilatation augmenta peu k p^ni
jusqu'au moment de Taccouchement.

Cette femme lomba dans un coma de plus en plus profond, avec
stertor de plus en plusbruyant ; elle semblait asphyxiee, et elle suc-
comba le surlendemain, vers cinq heures du matin. La temperature
vaginale etait de 39**,6. Elle monta progressivementjusqu'ii attcindre,
ii minuit, 41",8 ; malheureusement, la recherche de la temperature n'a
pu 6tre continu^e plus longtemps. Le matin, h huit heures tre;ite, trois
heures apr^s la mort, la temperature etait de 42**,1. Cependant, je
n'ose pas en conclure que la temperature se soit eievee apres la morl,
puisque nous ignorons le chifTre de la temperature au moment de la
mortet que tout porte & supposer qu'il etait excessif ^ cc moment.
Cette femme a succombe cerlainement k I'asphyxie ; les phenomfenes
observes pendant sa vie le d6montrent assez, les phenomenes cadave-
riques le prouvent surabondamment.

Les poumons etaient enormement congestionnes, le doigt dechirait
facilement le tissu pulmonaire, il y avait cette spienisation que Ion
observe dans la fi^vre typhoide ; en un mot, c*etait une congestion
'allant jusque sur les confins de Tinilammation.



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LECOiNS SUR L'ECLAMPSIE PUERPERALE. 07

Pour moi, cette 61^vation de temperature au moment de la mort, et
m§me apr^ la mort, tenait k ce que cette femme, ^tant robuste, pro-
duisaitducaloriquede toutes parts; mais la refrigeration par la surface
pulmonaire faisant defaut, en raison de Tasphyxie, il y avait accumu-
lation progressive de tout ce calorique non perdu. En d'autres termes,
cet organisme, qui faisait du calorique de partout, par suite de son
integrite generale, en perdant moins, il y avait eu emmagasinement
de calorique. 11 ne faut done pas dire que ces individus font plus de
chaleur, mais qu'ils en perdent moins, et ainsi s'explique I'eievation
de la temperature aux derniers instants de la vie chez les individus
qui succombent asphyxies par suite d'eclampsie, de tetanos ou d'acci-
dents nerveux qui saisissent Torganisme en plein etat d'integrite.

Ce qu'il y a surtout d'interessant dans I'examen anatomique de cette
femme, c'est la lesion renale. II y avait maladie de Bright confirmee.
Les reins etaient peu volumineux et tr^s-anemiques ; la substance cor-
ticale presentait Taspect de la chair d'anguille ou du veau cuit, tandis
que les pyramides etaient encore assez hyperemiees.

II existait a la peripheric des hemispheres du cerveau une conges-
tion telleque pour beaucoupdes assistants, parmi lesquelsse trouvaient
des internes fort instruits, il s'agissait \h d'une hemorrhagic menin-
gee, et cependant ce n'etait qu'une enorme congestion avec dilatation
des vaisseaux et coagulation du sang dans quelques-uns de ces vais-
seaux dilates. Ainsi, hyperemie voisine de Themorrhagie meningee,
et contracture pendant la vie : ces deux faits sont connexes.

Nous trouvAmes dans les deux corps stries de petits foyers d'apo-
plexies capillaires ; en ces points, les vaisseaux avaient d<i se rompre
sous rinfluence de I'enorme pression h laquelle ils avaient ete soumis.
Quant au bulbe, il etait hyperemie ; mais Thyperemie y etait moin-
dre assurement que dans la totality des hemispheres et de la partie
centrale du cerveau. Voil^ sommairement ce que nous a presente de
saillant Tautopsie.

Mais les reins etaient brightiques, mais il y avait inflltration des
membresinferieurs, maisTurine examinee par la chaleur et par Tacide
nitrique decelait des floconsd'albumine. II y avait une albuminuric
considerable. En examinant les dep6ts del'urine'au microscope, on y
trouvidt un assez grand nombre de globules de sang, — notez le fait,
vous en verrez dans une prochaine conference I'importance doctrinale,
— comme aussi des cellules epitheiiales desquamees et de nombreux
Archives de Tocologie, — fevribe 1875. 7



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y



98 MEMOIRBS OHIGINAUX.

cylindres granuleux. En r6sum6 done, noire eclamptique avail eu une
malade de Bright d'origine puerperale.

La malade qui entra en second lieu 6lail une femme, couchde au
n** 4 de notre salle Sainte-Marguerile. C'^lail une primipare, &g^ de
vingt el un ans. Elle aussi ful prise la nuil d'accidents convusifs,
pour lesquels on eut Fid^e de lui appliquer un vasle v&icatoiro
dans le dos. Toules les theories sonl possibles, mais j'avoue ne
pas comprendre celle-1^. II esl vrai que, pour celte malade, I'id^ de
praliquer une saign^ ne devait gu6re venir h Tesprit : elle ^tait tr6s-
pAle ; elle avail de rinfiltralion de la face, de la suffusion des pau-
pi^res.

De lemps ^ aulre, au momenl de son admission, la malade etail
secou^ par les convulsions de I'^lampsie. Revenue h elle, elle 6taiL
assez maussade, ne voulait pas qu'on la lourmentAl el temoignait
bri^vemenl de son d^plaisir par T^nergique formule h la Cambronne;
si Ton en croit la religieuse, ce n'elait pas Ik le langage habiluel de la
dame. II y avail done Ik un veritable trouble psychique, de sorle que
celte femme n'avail pas seulemenl de Tdpilepsie, mais du coma el du
d^lire, de sorle enfin qu'elle pr^senlait a elle seule les Irois types de
Turinemie.

Malgre son 6tal d'anemie brightique, je lui fis appliquer quelques
sangsues aux apophyses mastoldes, Irois de chaque edle, et une ame-
lioration momentan^e s'ensuivit; aussi, lorsque quelques heures
apres son mari vint la voir, la Irouve-l-il causanl d'une fa^on perli-
ncnle, et lr5s-r6jouie de sa visite ; mais d6s que son mari la quitta, la
raison sembla s'en aller avec lui. — Dans Tintervalle, dans la nuildu
i^ au 13, la malade avail accouche sponlanement d'un enfant mort. —
Le mieux-6tre qui s'etail manifesle quelque temps avanl la mort de la
malade semblait done dA k la degletion sanguine. Cependanl nous
avions encore une mort h deplorer, en d^It d'une m^thode Iherapeu-
tique que je crois 6tre la meilleure.

A Tautopsie, nous avons Irouve des lesions renales, des lesions pul-
monaires moins pronone^s, et des lesions viscerales diverses. Les
reins ^taient augmentes de volume; il y avail anemie de la substance
eorlicale el hyperemie des pyramides, surlout vers leur sommel : c*e-
tait la troisi^me forme anatomique decrite par Rayer. L'injeclion, en
de certains points, 6tail meme telle, que les veines y etaient distendues
par des caillots noirMres; par consequent, 1^ encore, il y avail incon-
testablemenl de Phypertoie, ce qui permet de supposer par induc-



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LEgONS SUR L'^CLAMPSIE PUERPERALE. 99

lion qu'il y a quinze jours peut-^tre, au lieu d'un melange d'an6mie et
d'hyper^mie, c'etait une byperemie g^neralis^e qui existait.

Les centres aerveux etaient anemies ; les vaisseaux y ^laient pour la
plupart vides de sang. Le bulbe ne presentait rien de frappant; on n'y
distinguait ni an^mie, ni byperemie prononc^e.

L'ut6rus ne presentait rien de particulier.

II y a, dans ces deux cas, pour toutes les tb^ories : pour celle de Pa-
n^mie c^rebrale, comme pour ceEe de rhyper^mie, au point de vue
patbog^nique de r^clampsie.

Mais revenons au traitement de celle-ci, et laissez-moi vous signa-
ler d'autres fails oh. la m^tbode des Amissions sanguines a ^t^ moins
impuissante. Si nous n'avons pas r^ussi dans les deux cas que je viens
de raconter, peut-^tre Tinsuccfes est-il dt h ce que le traitement avait
^\A trop lardivement mis en oeuvrcj peut-6tre h ce que les lesions da-
laient de trop loin. Voici d'abord un fait qui a eu pour t^moin un
medecin tr^s-repandu de Paris :

Un jour, on sonnait violemment k ma porte, comme il est babituel
pour les cas de grande urgence, et Ton me suppliait de voler au secours
d'une dame qui se mourait d'attaques convulsives. En efTet, je trouvai
dans un salon une femme coucb^e sur le parquet, beUe et robuste
jeune femme, en proie aux attaques d'^pilepsie les plus hideuses et les
plus violentes que j'aie jamais vues : la face ^tait tum^ti^e; la langue,
sortie de la bouche, portait la trace de morsures; la peau ^lait cou-
verte de sueur. L'^tat du mal durait depuis deux beures. La malade,
grosse de cinq mois, 6lait fortement albuminurique, ainsi que Tindi-
quait TinGltration des jambes, non moins que Texamen des urines.

II s'agissait d'une deuxitoe grossesse, et la dame, d'un tempera-
ment sanguin, ^lait, sa fortune le permettant, parfailement nourrie.

Eile etait d'origine demi-anglaise; pres d'elle se tenait sa mere, qui,
elie, etait Anglaise tout& fait. Vous savez qu'en Angleterre, comme en
France, la tb^orie de Tan^mie est h la mode ; aussi, lorsque je propo-
sal la saign^e, la mbve s'empressa-t-elle de se recrier, en me disant
que cela ne se faisait plus. Je cbloroformai done pendant trois quarts
d*heure sans succ^s. Alors un vieux medecin, prevenu en mdme temps
que moi, arriva.Il vit imm^diatement ce k quoi nous avions affaire et
me dit incontinent : « Mais si nous faisions une saign^e? » 11 prdcbait
un converti, et je lui racontai la fagon dont j'avais et6 regu. Forts
desormais, ayant le nombre pour nous, notre ultimatum fut que nous
allions saigner ou partir. La vieille Auglaise s'-inclina parlementaire-



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100 MEMOIRES ORIGINAUX.

ment. La saign^e fut done faite, et aussit6t cette femme, qui depuis pr6s
de trois heures avail des'attaques d'^clampsie continuelles,que j'avais
chlorolbrm^e inutilement pendant trois quarts d'heure, cette femme
commenga a parler. Le lendemain, elle accoucha d'un enfant mort ;
et, corame il 6tait dans Tordre, la famille ne manqua pas de nous attri-
buer la mort de Tenfant. Ainsi, impuissance absolue des anesthdsiques,
puissance certaine et rapide de la saign^e, voil^ ce qui r^sulte de cette
premiere observation.

Voici maintenant un fait historique, dont un grand nombre de per-
sonnes comp^tentes ont 6te temoins :

II y a quelques annees, je faisais un interim i Thdpital de la Pilie,
et j'avais pour interne un jeune homme de Lausanne. Cetdlfeve venait
d avoir une scarlaline tr6s-i6g^re et telle, qu'il n'avait gard6 la cbam-
bre que quarante-huit heures; il ne tint compte de mes observations ni
de mes conseils, et reprit son service imm^diatement. dependant un
matin, dans le d^cours de sa sco.rlatine, il se plaignit h moi de mal de
t^te, et je dis kson compatriote Reverdin, dontvous connaissez les tra-
vaux et la valeur : « 8i le mal de t^te persiste dans la journee, ne man-
quez pas de lui ouvrir la veine. » La figure de Reverdin n*aurait pas
pris une autre expression s'il avait 6i6 persuade que j'etais devenu su-
bitement fou. Mais, a trois heures de I'apr^s-midi de ce m^mejour, on
vint en toute hAte me chercher pour aller au secours de mon malheu-
reux interne, qui, depuis trois heures d^j^, 6tait en 6tat de mal ^clam-
ptique. Comme il etait excessivement robuste, la maladie avait pris
des proportions excessives, justifiant I'adage : Optimis pessima cor-
ruptio,

J'arrivai au bout d'une demi-heure. Le long de Tescalier se trou-
vait, sur mon passage, tout un chapelet d'internes, chacun d'eux con-
sid^rant comme perdu son malheureux camarade; et chacun, h ma
question : « Pourquoi ne Tavez-vous pas saign^? » r^pondait par un
mouvement d'^paules ou par des paroles ^nergiquement significatives
et voulant dire que desormais tout serait bien inutile. Aussi Taumd-
nier, plein de zele, administrait-il d^j^ mon interne, un protestant qui
ne protestait pas. Comme ce Lausannois avait ^16 Tinterne d'un des
medecins les plus distingu^s de notre ^poque, professeur de la Faculty,
celui-ci, imnf^diatement prevenu, s'^tait empresse d'accourir; mais il
portait le m^me pronostic que tons les internes, et d^clarait le cas
ddsesp^r^. Alors, dans Tembrasure d'une fenfitre, je disais h ce maitre ;
« Si on le saignait? — Mon Dieu, me ful-il repliqu^, nous n'avons le



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LEfjONS SUR L'ECLAMPSIE PL'ERPERALE. (01

droit de rien refuser au malade dans cette situation supreme. » Je
saignai done, et dans les conditions les plus difliciles : rinlerne en se
debattant 6tait tombe de son lit, et quatre de ses collogues le mainte-
naient par terre k grand'peine. Je mis un genou en terre et fis couler
dans une cuvette 1 ,200 grammes de sang ; mais, si Ton y a.joute ce qui
s'dtait ^happ6 de divers c6t6s dans les mouvements du malade, la
quantity de sang enlevee s'elevait bien k 1,500 grammes. A peine la
saign^e 6lait-elle linie (il dtait alors cinq heures du soir), que le malade



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