William H. (William Henry) Powell.

Archives de gynécologie et de tocologie. ... . Première annéetome XXIII, [1874-1896] online

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de la tumeur.

Le 9. Douleurs expulsivQs. Continuation du cliloral et du laudanum.

Le 1*2. Hemorrhagic.

Le 18. H6morrhagie. (Glace, champagne.) Ramollissement de la tumeur.
F6tidit6 extreme de T^coulement. (Injections de permanganate, chloral eu
lavement.)

Le 20. Frissons, ballonnemcnt du ventre, 140 pulsations. Vomissements



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porrac6s. Haleine f6tide, froide. Peau visqueuse, decomposition de la face.
{Large v^sicatoire sur Tabdomen. Sulfate de quinine ; 40 centigrammes
matin at soir.)

Le 21. Amelioration. Vomissements moins fr6quents. La tumeur ne ra-
moUit et se laisse d^primer de moiti6. Douleurs expulsives r6guli6res.
(Cessation de tout traitement antiabortif.)

Le 22. Accouchement spontan6 k trois heures du soir, d'un fcetus de
sept mois, vivant. L'enfant succomba h trois heures du matin, le 23. —
Cessation de tout vomissement. Delivrance naturelle. Tout ce qui sort dela
vulve, c'est-^-dire 12 centimetres dc tumeur fletrie est r6s6qu6 d'un coup
de ciseaux. (Injections d6sinfectantes quatre fois par jour; pouls k iOO.)

Le 23. A notre visite avec M. Guyon, nous trouvons, entre les grandes
levres, comme des debris de membranes; c'est le reste de la tumeur qui,
en tirant un peu, vient sans efforts.

Le 23. Une tumeur aplatie, rumoUie comme un ccuf de dinde, est expul-
see spontan6ment.

Le 29. Une troisieme tumeur est aussi expulsee sans efforts.

Fer, toniques. Guerison rapide.

De cette observation, j'ai pu tirer les deductions suivantes :

1* Qu'une leucorrhee tres-abondanle qui persiste depuis longtemps,
qui est inodore, accompagnee de douleurs lombaires et abdominales
pent faire supposerTexistence d'un fibrome uterin, surlout lorsqu'il y
a grossesse;

20 Que lorsque ce fibrome une fois developpe et faisant obstacle h
raccouchement, provoque n^anmoins le travail par sa presence au
niveau des sphincters des orifices uterins, il faut tout faire pour sus-
pendre le travail;

3" Que si la leucorrhee devi'ent fetide, c'est un signe de ramoUisse-
ment du fibrome ; qu'il faut redoubler d'efforts pour empecher le tra-
vail, car le ramollissement est commence, et il est probable que
I'accouchement pourra spontanement se faire, et ainsi eviter une
operation dangereuse, souvent mortelle.

4* Comme derniere deduction, attendre tant que la femme n'est
pas menacee d'une mort imminente, car souvent la nature fait & elle
seule tons les frais de la guerison.

M. Gallard. La question des corps fibreux implantes dans Tuterus
est une question complexe au point de vue de Taccouchement. Les
observations lues par M. Charrier prouvent que Ton pev^i attendre
deux choses, le ramollissement ou bien Texpulsion de la tumeur, quand
elle est implantee sur le col. Lorsqu'au contraire ces tumeurs sont
silu6es plus baut et interstitielles, on leur attribue generalement Tin-



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convenient d'emp^cher la grossesse d'arriver h. son terme. Mais \\
existe une vari6t6 de tumeurs haut situ^es, et qui cependant sont
presque indifferentes pour Taccouchement ; c'est lorsqu'elles sont
pediculees du c6t6 du p^ritoine, ainsi que j'en ai vu plusieurs cas.
Entre ces deux points extremes, extr^mit^ inferieure et corps de la
matrice, les corps fjbreux peuvent occuper des situations intermd-
diaires, qui exercent une influence difKrente de celle etudiee par
M. Charrier.

J'ai vu h. I'hdpital Beaujon, dans le service de M. Huguier, une tu-
mour flbreuse implantde au niveau de la jonction du col et du corps
de Tuterus, et qui se prolongeait du c6t6 du p^ritoine, entre le vagin
et le rectum. Nous connaissions Texistence de cette tumeur avant la
conception. M. Huguier se demanda s'il ne devait pas arr^ter la
grossesse. II y eut une consultation avec des accoucheurs, qui ne
donn^rent leur avis qu'avec beaucoup de reticence. En somme, on
emp6cha d'agir, sous pr^texte de ramollissement possible. On ne
pouvait compter ni sur Texpulsion comme dans le cas de M. Char-
rier, ni sur le displacement tie la tumeur du c6t6 du d^troit sup^rieur.
Le ramollissement que Ton esp^rait ne se produisit pas, et au neu-
vi5me mois, on n'eut plus d'autre ressource que de pratiquer Top^ra-
tion c^sarienne. A ce moment, I'enfant ne vivait d6j^ plus, et la ma-
lade succomba aux suites de Top^ration. Si Ton avait agi au quatrieme
mois, le rdsultat ne pouvait qu'^tre plus favorable.

Ce fait complete T^tude pr^sent^e par M. Charrier, et les observa-
tions de M, Polaillon.

M. Peter. Une chose m'a frapp6 dans Tobservation de M. Char-
rier, c'est I'abondance de I'^coulement, et surtout sa f6tidit^, indi-
quant 6videmment le sphac^le, et donnant Tespoir d'une expulsion
spontan^e.

Certains corps fibreux donnent lieu parfois ^ des ^coulements tr^s-
abondants. J'ai observe chez une dame Creole une enorme tumeur
flbreuse uterine, remontant au-dessus de I'ombilic, et pr6sentant le
volume d'un uterus, contenant deux foBtus. II y avait un ^coulement
blanc extrSmement abondant, mais absolument inodore. Cette tumeur
n'a point r6troc6d6.

M. Polaillon a dit que les flbromesinterstitiels,situ^s sur les parties
snp6rieures, peuvent ^tre Toccasion d'accidents et empftchent g^n^-
ralement la grossesse de suivre son Evolution normale.

J'aieu occasion de voir un fibrome utdrin qui, ayant passd inapergu



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REVUE DES SOClfeTES SAYANTES. «2«

avant la conception, prit en peu de temps , sous Tinfluence de la
grossesse, un d^veloppement considerable.

A trois mois, survinrent des douleurs et une h^morrhagie annon-
cant une fausse couche probable. Je constatai, h ce moment-Ik, que
le corps de rut^nis d^passait de quatre trayers de doigt la symphyse
pubienne, plus volumineux, par consequent, qu'il ne Test h trois mois
de grossesse. II y avait une partie dure, que je pris pour le muscle
uterin contracts, et une autre partie plus molle. M. Gosselin, appeie
en consultation, dignostiqua un fibrome considerable du corps de )a
matrice : c'etait la partie dure; la partie molle n'etait autre que la
matrice.

La fausse couche etait imminente ; le repos, les applications frai-
ches et le laudanum furent ordonn^s. L'hemorrhagie s'arr^ta, et dans
lasyite, les choses se pass^rent bien.

A six mois, nouvelle hemorrhagic, qui s'arrSta, et enfin, I'accou-
chement eut lieu h terme, Penfant vivant. Le fibrotne, qui avait le
volume de deux tetes de foetus, r^troc^da rapidement; en moins d'un
mois il n'avait plus que le volume d'une petite pomme, et il finit par
disparaitre compietement.

M. PoLAiLLON. Lorsque j'ai dit que les flbromes du corps uterin
t^mp^chaient la grossesse d'arriver h terme, je n'ai pas dit que cela
avait lieu toujours. Dans le cas de M. Peter, il y a eu k deux reprises
des menaces d'avortement, qui n'ont ete con juries que par le repos,
le laudanum et les applications froides,

Malgre les suites heureuses de la grossesse, ce fait vient done a
Tappui de ce que j'ai dit sur la predisposition aux avortements par le
fait d'un fibrome uterin.

M. Forget rappelle qu'il a publie, en 1847 , dans le Bulletin de
therapeutique^ un memoire intitule : Recherches sur les corps fibre ux et
polypes de l' uterus consfderes pendant la grossesse et pendant r accouche -
menty memoire dans lequel ont ete discutees toutes les questions rela-
tives au siege, h la marche de ces tumeurs et h I'influence qu'elles
exercent sur Taccouchement et ses suites. M. Forget se reserve de re-
venir sur cette question dans la prochaine seance.

M. Gallard presente h la societe deux tumeurs iibreuses de Tute-
rus qu'il a enlevees successivement h la m^me femme.

M. Gillette. Un remarque que ces tumeurs sont enveloppees par
une membrane contenant des vaisseaux destines h leur nutrition. En
outre, cette enveloppe permet de pratiquer facilement renucieation.



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i22 REVUE DES SOCIETES SAVANTES.

En ce qui concerne particuliSrement la seconde tumeur^ les vais-
seaux s'y montrent non-seulement dans Tenveloppe, mais aussi dans
]q p^doncule; de plus, c'est une sorte de polype multiple, ce quiemp5-
chait r^nucl^action.

M. Gallard. M. Gillette a raison d'insister sur la disposition vas-
culaire de ces tumeurs. Cette forme pr^sente des dangers au point de
vue op^ratoire, car les vaisseaux qui rampent dans les cloisons ren-
dent faciles les h^morrhagies. Apr^s reparation , le sang continua
quelque temps h suinter de la tumeur par la surface de section; il
^tait done logique de penser que pareille chose avait lieu par la plaie
qui restfiit h Tut^rus. C'est d'ailleurs pour cela que je prdfererais le
galvano-cautftre. J'ajouterai un mot sur r6nucl6ation telle qu'elle a
et^ pratiqu^e par quelques chirurgiens, entre autres par MM. Amussat,
Boyer et Maisonneuve. C'est une m^thode dans laquelle il y a un pou
Ji prendre et beaucoup h laisser. Je pr^fere un precede qui m'avait (§te
indiqu6 par N^laton pour une malade que nous voyions ensemble en
^855. II s'agissait d*une tumeur enferm^ dans la Idvre post^rieure du
col.

N^laton me proposa de faciliter le travail, par lequel la p^diculisa-
tion aurait pusefaire naturellement; et, pour se faire, il s'agissait
d'inciser Tenveloppe et la couche fibro-musculaire du polype et d'at-
tendre que celuici, repouss^, devlnt vaginal, d'intra-ut^rinqu'il 6tait.
L'^nucl^ation devenait alors facile. Des retards furent apport^s, et la
malade succomba avant d'avoir ete opdree.

Depuis, il a et^ question d*une operation semblable pour une malade
atteinte de polype ut6rici, mais de polype faisant saillie du c6te du
p^ritoine, ce qui diminuait singuli5rement les chances 'desucc^set qui
fait d'ailleurs que Ton a renoncd preparation. La malade vit encore.

M. DoLBEAU. Je suis surpris d'entendre M. Gallard exprimer le
regret de n'avoir pu se servir de Tanse galvano-caut^re. La section
par un fil m^canique plac6 h froid et rougi au moyen d'un courant
electrique peut-elle garantir centre les h^morrhagies ? Les fails ne le
prouvent pas. De plus, il s'agit Ik de myomes qui ont evolue apr6s
avoir repousse devant eux une muqueuse considerablement amincie et
allong^e; c'est de cette faQon qu'ils ont lini par se p^diculiser. Or ces
tumeurs ne contiennent pas de vaisseaux, la membrane enveloppante
seule pourrait donner du sang, mais elle est amincie au point qu'il
ne faut pas se preoccuper des h^morrhagies qui auraient lieu, au con-
traire, s'il fallait aller chercher la tumeur dans les parois mdmes de



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REVUE DES SOCIETES SAVANTES. iSH

TuWrus. Ndlaton et Velpeau se contentaient d'op^rer des tractions et
ne ddtruisaient le p^dicule par la section quelorsque la resistance 6tait
s6rieuse ; et pour cela, Velpeau se servait de pinces plates, Dubois
employait un couteau courbe en forme de crochet. On peut aussi
serrer le p^dicule au moyen d'une simple flcelle, mais cette manoeuvre
a rinconv^nient de laisser le polype pourrir dans la cavite. L'anse
metallique est bonne pour sectionner, mais 11 ne lautpass'inquieterde
rhdmorrhagie.

Quand cela saigne, 11 suffit de placer sur la plaie un tampon de
charpie s^che ; h la rigueur, on prescrit le seigle ergote. Quand il se
produit des hemorrhagies, c'est qu'il y a eu confusion et qu'il s'agit
de tumeurs se prolongeant dans la paroi uterine.

En operant ces tumeurs, on agit sur leur partie inferieure, les trois
quarts superieurs res tent dans Tuterus, et Ton peut craindre The-
morrhagie parce que Ton a sectionn^ en plein tissu uterin. Dans ces
cas, Tanse galvano-caut^re peut 6tre utile, mais dans le premier cas,
non.

M. Gallard. Entre les deux types dont vient de parler M. Dolbeau,
il y a eu un interm^diaire ; celui d'une tumeur proeminentc dans le
vagin, et cependant remontant tr^s-haut dans I'uterus, offrant par
cela m^me des chances d'hemorrhagic il la section. C'est a peu pr5s le
cas de mes tumeurs. Une autre raison encore, pour redouler la perte
de sang, c'est qu'en dehors des tumeurs uniques, il en est de compo-
st, semblables h une masse de grains de raisin presses les uns
centre les autres, dont chaque partie contient des vaisseaux el reunis-
par une gangue tr5s-vasculaire elle-meme. C'est ce qui est arrive dans
lecas que je presente.

M. LuxiER. M. Gallard a parle d'incision sur la surface de la tu-
meur pour en faciliter Tenuclealion ; il faudrait alors que celle-ci se
fit avec rapidity, car autrement il se formerait une cicatrice dont le
tissu peu extensible diminuerait la facilite d'dvolulion.

M. Gallard. Lorsque Tincision a ete faite sur le cadavre, J'oi tou-
jours vu les Idvres de la plaie s'ecarter pour laisser voir la tumeur
dans leur intervalle. Sur le vivant, j'ai toujours senti les rebords de
mon incision sans remarquer la moindre tendance h la cicatrisation.

M. Gillette. II n'est pas necessaire que r^nucl^ation se fasse
instantan^ment. M. le docteurManel rapporte un grand nombre de cas
(50, dont 33 gu^risons et 17 morts) dans lesquels Topdration a ete
faite par le proc^de suivant : aprfes avoir incis^ Tenveloppe, on intro-



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1 2 i REVUE DES SOCIET^S SAVANTES.

duisait chaque jour et Ton promenait entre les 16vres de la plaie, soil
le doigt, soil un crochet mousse; au bout de quelques jours l'6nu-
cleation se faisait. Cen'est pas un moyen que je pr^conise, jc me con-
tente de constater qu'il a r^ussi souvent. II existe un cas du m^me
genre public par M. Maisonneuve. Actuellement, on semble revenir a
Pexcision. M. Gosselin se sert pour cela de ciseaux courbes et n'observe
pas d'htoorrhagies.

M. DB Ranse. Deux cas de tumeurs sessiles, lendues et enucleees
ensuite, ainsi que vient de le dire M. Gillette, ont 6ie publiees par
M. Abeille.

SOCIETE DE CHIRURGIE.

Seance du 16 decembre 1874-.

M. Blot lit un rapport sur une observation de M. Calmeillc (de
Guindon), relative h une tumeur du col ut(5rin :

Messieurs, le 28 octobre 1874, vous avez charge une commission,
compos^e de MM. Horteloup, Verneuil et Blot, de vous faire un rap-
port sur une observation de tumeur utdrine adress^e h la soci^t^ par
M. le D' Calmeille (de Guindon).

Je vicns aujourd'hui, en qualite de rapporteur de cette commission,
vous rendre compte de cette observation.

Je commencerai par en donner une analyse substantielle, quoique
abr^gde; j'y joindrai ensuite les quelques reflexions qu'elle m'a sug-
gerees.

Tumeur p6dicul6e faisant saiUie h, la vulve au moment
de Taccouchement.

Femme multipare de 44 ans, quatri^me accouchement.

Jamais aucune affection ut6rine ; ses quatre grossesses n'ont rien pr6-
sent6 d'anormal, etles suites de couches ont toujours et6 r6guli6res.

Le travail durait depuis vingt-sept heures quand la sage-femme arriva
aupr^s de la malade.

Au lieu d'une partie fcetale, la sage-femme constate, a la vulve, une (u-
fixeur charnue, d*un rouge livide^ consistante et cependant depressive.

Au-dessus de la tumeur, une tSte en 0. I. G. P.

La tumeur est refoul6e sur le c6t6 du vagin, et la t6te Unit par se d^ga-
ger. Ce d6gagement fut assez rapide, grAce ide fortes contractions ut^rines.
Quelques I6g6res tractions suflirent ii extraire le foetus tout entier vivant.

La d61ivrance 6tait op^r6e quand le D' Calmeillc arriva aupr^s de la ma-
lade.

Entre les cuisses pend une tumeur pyriforme du volume d'une t^te foctale



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REVUE DES SOCIETES SAVANTES. i 25

€t aifant Caspect dn placenta vu par sa face interne. Un pedicule volumineux.
L'indicateur, introduit derri^re ce p6dicule, ne pcut atteindre le col ut6rin.
Par la face ant^rieure du p6dicule, M. Calmeille ne peut pas determiner le
point pr6cis d'implantation. Cependant il lui semble quMl a pour origine la
l^vre ant^rieure du col. 11 diagnostique un polype vasculaire,
Le placenta, examine, n'offre rien de particulier; il est entier.
L'etat de la malade 6tait bon. Pouls k 90. Quelques tranch^es. Ut6rus bien
retracts.

Une exploration nouvelle, faite par notre confrere et un autre mMecin,
ne put permettre de constater rien autre chose que la continuation avec la
16vre ant6rieure du col ut6rin.

Une sonde, introduite dans I'ur^thre, p6n6tre assez facilement dans la
vcssie, dont on voit s'6couler un pcu d'urine.

On r6solutd'extirper la tumeur. Un fil cir6 fut plac6 autour du p6dicule,
on le serra au moyen d'un batonnet. Le toutainsi dispose, on serra, chaque
jour, un peu plus fortement les fils. Des linges imbibes d'acide ph6nique
furent places sur la tumeur.

Alimentation : vin vieux, ergotine k I'intcrieur. ficoulement lochial r6gu-
lier. Nouveaux mouvemenis de torsion. Quelques douleurs se prolongeant
dans le flanc gauche. Etablissement de la s6cr6tion laiteuse le quatri^mc
jour.

Le cinqui^me jour, l'etat g6n6ral 6tant excellent, le p6dicule n'offrant
plus qu'un volume ^gal k celui du petit doigt, le fil constricteurest d6tordu
et remplac6 par un fil delaiton, qui est tordu au moyen d'un petit 6tau.
Bientdt le fil de laiton se contourna sur lui-m6me sans op6rer de nouvelle
constriction sur le p6dicule de la tumeur.

Com me la femme etait tr^s-fatiguoe, on enleva le fil de laiton, et Ton re-
p]a(^la malade dans son lit, ot elle dormit pendant trois heures.

Apres ce repos, une ficelle solide de fouet, pass6e dans deux pieces de
cinquante centimes et deux rondclles de cuir, prealablement perc6es de
trous, fut plac6e sur le p6diculc ainsi r6duit, les deux chefs introduits dans
unecanule du trocart, et, avec I'tHau, on fit de nouvelles torsions. La ficelle
be rompit. Une deuxi^me fut appliqu6e do la m6me fagon, et, cctte fois, la
section complete fut op6r6e.

Cette derniere stance dura une vingtaine de minutes : il n'y eut pas la
nioiudre h^morrhagie.

La tumeur, incis6e longitudinalement, 6tait aolide et pleine, une mem-
brane muqueuse en tapissait la surface ext6rieure. Cette membrane 6tait
Ibrtement adherente au tissu sous-jacent form6 de fibres entre-crois6es,
tr^s-denses, tr^s-r6sistantes, sillonn6es par de nombreux vaisseaux.

La nuit et la joum6e qui suivirent furent tr6s-bonnes. 11 n'y eut aucunc

reaction febrile. (Potion avec 2 grammes d'ergotine.)

J-e quinziftme jour de Paccouchement. Frissons, pouls k 104.

Le seizi^me jour. Doulcur vive dans le moUet, un peu d'ccd^me du

mcmbre douloureux. (Onguent napolitain, bicarbonate de soude dans de la

tisane de chicndcnt; purgatif.) L'aid^me augmente pendant les trois jours



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i 26 REVUE DES SOCIETES SAVANTES.

suivanU, puis il diminue et disparait compl^tement. L'app^tit revient, mais
bientdt Taidftme reparalt.

Au vingt-deuxi^me jour, tout a disparu.

Examen au sp6culum : le vagin est libre ; la parol aat6rieure du col pr6-
sente une excavation au-dessus de laquelle existe les restes du p6dicule.

Au trente-deuxi^me jour, col referm6, consistant, avec tum6faction de
toute la 16vre ant6rieure.

Reflexions. Notre confrere pense qu'il existait avant la conception une tu-
meur p6dicul6e qui a p6n6tr6 danslamatrice et s'y est d6velopp6een mftme
temps que Tosuf.

Notre confrere s'etonne que la grossesse n'aitpoint6t^interrompue par la
presence de cette tumeur dans le col, et que raccouchement pr6matur6 n'en
ait point 6t6 la cons6quence.

Nous croyons, d*apr6s les faits analogues qui existent dans la science,
que notre confrere a eu affaire \k k un de ces cas d' hypertrophic de la levre
antirieure du col uUrin avec oBd^me volumineux et vascularisation.

La tumeur, plong6e dans I'acide ph6nique 6tendue, pesait k peu pr^
700 grammes. Elle avait pris une couleur rougefttre due a sa maceration
dans le liquide conservateur fortement charg6 de sang que la tumeur y
avait lentement d6gorg6.

De consistance molle, elle offrait une texture tr^s-lAche, et lorsqu'on ve-
nait k la regarder de pr6s, elle pr6sentait un grand nombre d'oriflces vas-
culaires.

Un morceau trSs-mince a 6t6 plac6 dans de Talcool absolu. Des coupes
trait6es par le carminale d'ammoniaque ont nettement d6montr6 tous les
caract^res d'un fibrome mou vasculaire; nombreux faisceaux de fibrilles
de tissu conjonctif tr^s-Uches, faciles k dissocier, tr6s-peu de Cbres 61as-
tiques, oriQces veineux tr^s-larges et tr6s-multipli6s.

Tels sont, dans leur ensemble, les principalcs parties constituantes de la
tumeur.

Cette derni6re interpretation rend tr6s-simplo et tr6s-facilc k comprendre
la marche naturelle de la grossesse jusqu'au terme. Elle s*accorde, d'ailleurs,
aussi avec les phenom^nes qui ont 6t6 observes pendant I'accbuchement.

L'examen histologique de la tumeur confirme, d*ailleurs, cette opinion.

En effet, un fait presque semblable a 616 observe par nous chez une jeune
femme de Paris, il y a une quinzaine d'ann6es.

Quand nous I'Qmes appel6s pour terminer i'accouchement, qui languis-
sait depuis de longues heures, nous trouvAmes k la vulve une tumeur en-
tierement semblable k celle observ^e par M. Galmeille; une application de
forceps permit d'extraire la tete sans de trop grandes difficultes. Apr^s la
naissance de Tenfant, la tumeur, qui faisait corps avec la l^vre ant6rieure,
rentra dans le vagin, oCi elle s'atrophia spontan6ment, au point que, un
mois.apr6s raccouchement, elle ne pouvait plus etre reconnue qu'au vo-
lume un peu plus considerable de la levre anterieure.

Aucune operation chirurgicale ne fut pratiqu6e, et le travail naturel d*a-
trophie qui suit la delivrance sufilt k la faire disparait re presque compie-
tement.



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REVUE DBS SOCIETES SAVANTES. i •??

Une erreur qui a 6t6 commise dans des cas analogues a consiste a
prendre cette hypertrophie oedemateuse avec vascularisation pour une
portion de placenta, sup lequel on a fait des tentatives infructueuses
d'extraction qui, dans certains cas, ont 6t6 suivies d'accidents inflam-
matoires du c6t6 de. I'utdrus et du p^ritoine.

En r^um^, Tobsepvation de M. Calmeille nous parait devoir se
rapporter h un cas d'oed^me de la l^vre anterieure plus ou moins hy-
pertrophi^e. La conduite de notre confrere a et^ tr^s-sage et tr^s-pru-
dente; mais peut-^tre aurait-il pu se dispenser d'enlever la tumeur.
En g^n^ral, il nous parait plus sage, dans ces cas, d'atteudre que le
travail de regression nutritive qui se fait dans Tuterus apr^s Taccou-
chement, ait produit tout ce qu'il peut produire.

Le plus souvent, il sufBrait h arneher la guerison complete, et si,
contrairement au fait que j'ai observe moi-m^me, la levre anterieure
conservait un volume capable de g6ner et de troubler les fonctions,
on serait toujours h m^me d'en pratiquer Tablation, alors que son
tissu aurait subi des modiflcations importantes, grAce auxquelles
Top^ration serait rendue, sinon toutefois b^nigne, au raoins beaucoup
moins dangereuse, tant au point de vue des accidents imm^diats
(h^morrhagie) qu'au point de vue des accidents consecutifs (resorption
purulente, pbl^bite, etc.)*

M. GuENiOT partage Topinion de M. Blot en ce qui concerne Tin-
lervention tardive du chirurgien dans les cas d'hypertrophie consi-
derable du col avec oedeme. Mais il ne saurait admettre quMl s'agit
d'une semblable lesion dans Tobservalion de M. Calmeille. Apres
I'ablation de la tumeur, le col fut trouvd volumineux et la l^vre ante-
rieure reconstituee. M. Gueniot croit qu'il y avait 1^ un polype flbreux,
h large pedicule, insere sur le col ou dans son interieur, ce genre de
tumcurs n'empeche nullement la grossesse d'arrivor h terme. Quant
h I'hypertrophie du col, elle lui semble peu susceptible de s'exagerer
au point de donner lieu h la production d*une tumeur du volume d'une
tete de foetus.

M. Forget s'etonne du rapprochement etabli par M. Blot entre la
tumeur de M. Calmeille et celle qu'il a observee lui-merae. Un tissu
oedematie aurait moins resiste, d'apr^s lui, k Taction des ligatures,
et, apr^s I'operation, on n'aurait pas trouve h l^vre auterieure in-
tacte. L'exploration a fait constater qu'il existait, au-dessus de la



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128 REVUE DES SOCIETES SAVANTES.

]6vre anterieure, une excavation qui semble marquer rinsertion de la
tumeur.

M» Forget admettrait difficilement que cette tumeur, dont la perte
lui parait regrettable, ne fiit pasun corps fibreux ou un polype fibreux.
II rappelle que ces productions morbides sont recouvertes par une
muqueuse dont I'aspect est souvent semblable h celui de la surface du
placenta.

M. Vbrneuil regrette ^galement que la pi6ce ait 6t6 egar^e. Mais
comme il Fa eue entre les mains, il a 616 en mesure de Texaminer; or
il partage compl^tement Tavis de M. Calmeille et da rapporteur, rela-
tivement h sa nature. C'etait une masse molasse, qui ne ressemblait
en rien h un polype fibreux. M. Verneuilayanteu Toccasion de faire
Tautopsie d'une jeune femme morte ^ la fin de la grossesse, trouva h



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