William H. (William Henry) Powell.

Archives de gynécologie et de tocologie. ... . Première annéetome XXIII, [1874-1896] online

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donn6 que la quantity moyenne ou normale de globules chez la femme
soit de i27 p. 1,000, ils ont recherche si chez la femme grossecechiffre
moyen 6tait atteint.

Eh bien, sur ces 34 femmes enceintes, Tune avait 145 de globules :
elle etait loin, celle-1^, de Tan^mie; une autre avait 127, ce qui la
mettait en r5gle avec la moyenne; six autres avaient de 125 & 120, ce
qui n'est pas encore tr6s-61oign6 de 127 ; enfin, 26 avaient de 120 & 95.
Done, ^ la rigueur, en s'en tenant k ces nombres, il se trouverait
qu'un quart des femmes grosses dchappe h Tan^mie, attendu qu'il
n'est pas possible d'admettre qu'une femme qui a 120 de globules soit
bien malade, parce qu'elle difl^re de 7 milli5mes de globules de celle
qui a le chiffre moyen, dit normal. Ainsi, Tan^mie des femmes grosses
n'est ni aussi g6n6rale, ni aussi prononc6e qu'on Ta bien voulu dire;
et les analyses physiologiques, qui montraient que 26 femmes grosses
sur 34 ne poss6daient pas la moyenne de globules, n'autorisaient nul-
Icment les accoucheurs & conclure que touies les femmes grosses ^taient
anemiques.

Mainlenant, pour prouver que ces 26 femmes grosses 6taient ane-
miques de par leur grossesse, il aurait fallu que leur sang fAt analyse
avant la conception, puis aprfes 1 'accouchement, et cela non pas une
Ibis, mais plusieurs. Or, c'est ce qui n'a pas ete fait. De sorte qu'on
ignore ab'solument si, chez ces 26 femmes, le chiflfre qu'on a trouv6
n'etait point celui qu'elles "avaient habituellement. •

Notons d'ailleurs que les femmes grosses dont on a ainsi analyse le
sang ne sont pas des femmes riches et richement nourries, des femmes
plac^es dans le milieu salubre de la campagne, mais de pauvres habi-
tantes d'une grande ville, des femmes d'h6pital, quelques-unes fillea-



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LECON'S SUR L'ECLAMPStE PUfiRPERALE. 225

m^res, cachant plus ou moins leur grossesse clandestine, source pour
elles de honte, de misfere et de d^p^rissement. Notez cela, et vous
conclurez avec moi qu'il eti ^U de la plus simple logique de ne pas
conclure de ces femmes pauvres aux femmes riches, de ces femmes de
rhdpital k celles de la ville, de ces femmes de la ville h celles de la
campagne. MM. Andral et Gavarret n'^taient pas capables d*un pareil
paradoxisme; ils ont public leurs analyses et se sent arr^tes \h. Les
coupables sont les m^decins qui, m^prisant la tradition, s'autorisant
d'analyses trop peu nombreuses et faitesdans dos conditions trop spe-
ciales pour 6tre gen^ralis^es, rejetferent brusquement lesid^jusque-
1^ regues, dirent miemtelh ou on avait dit plethore^ et modifl^rent d'une
fagon fondameniale la th^rapeutique de la femme grosse.

De son c6t6, M. le professeu^ Regnault a fait vingt-cinq analyses
du sang chez la femme grosse. et il r^sulte de ses recherches que, chez
les femmes examines vers la fin dc leur grossesse, le sang est moins
riche en globules, moins riche aussi en albumine (nous verrons s'il n y
aurait point \h le r^sultat d'une s^rumurie latente ou m^connue). Les
chifTres moyens de globules seraient de 117,4 dans les cinq ou six
premiers mois de la gestation, de 101,4 seulement vers la fin de
celle-ci.

Ainsi, les analyses de M. Regnault concorderaient avec celles de
MM. Andral et Gavarret, relativement k I'an^mie par qualite; mais
Tan^mie par quantity reste enti^re h d6montrer ; or, nous allons voir k
rinstant si le contraire n'est pas r^alis^, et si 1^ n'est pas le noBud de
]a question, comme aussi le p^ril.

MM. Becquerel et Rodier ont fait sept analyses du sang chez la
femme grosse. « Six de ces sept femmes, disent les auteurs, avaient
une excellente sante. » Ce qui prouve au moins qu'on pent se trfes-bien
porter en depit de Tan^mie certifl^e par Tanalyse chimique.

La composition moyenne de leur sang ^taitde 111,8 de globules
(avec un maximum de 127,1 et un mininum de 87,7). La deglobulation
du sang n'etait pas, on le voit, des plus considerables.

Mais ce qu'il y a peut-6tre de plus int^ressant dans le travail de
Becquerel et Rodier, c'est la phrase que voici : « Toute$ ces femmes
n'ont et4 saignees que parce qu'elles en sentaient le besoin^ et qu'il existait
un YSiUTABLB ETAT PLBTHORiQUB iudiquatit positivement remission san-
guine. »

II y a lii une apparente contradiction dans les termes; je dis appa-
Archives de Tocologie. — avril i875« ^15



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226 MEMOIRES 0RI6INAUX.

rente^ et vous Tallez bien voir. En effet, — et le dilemme est inevitable,
— si toutes ces femmes saign^es ne Tont 6t6 que parce qu'elles pr6-
sentaient des accidents de pl^thore, c'est done qu'elles.n'^taient pas
anemiques; ou si elles ^taient an^miques de par ]'analyse chimique de
leur sang, c'est done que ces an6miques \k peuvent presenter des ph^-
nomdnes de pl^thore; mais si oui (ce que je suis bien loin de nier],
ne s'ensuit-il pas qu*il faut trailer m6me les anemiques de cette sorte
par le traitement de la pl^thore?

En reality, ce n'est pas pl^thore qu'ont voulu et auraient At dire
les auteurs que je discute, mais co7igesti07i;ei^ en fait, cesan6miques 1^
peuvent avoir et ont des congestions, voir m6me des phlegmasies,
tout comme et plus que d'autres; congestions et phlegmasies qu'il
importe de traitor plus activement et plus vivement que d*autres, en
raison de Tactivite etde la rapidity de leur processus; de trailer mfime
et surtout par la methode antipW ogistique, mais proportionnee h. Telal
actuel de leur organisation et de leur sang.

C*6tait li, s'inspirant des faitscliniques non moins que de la raison,
la seule conclusion doctrinale h tirer des experiences physiologiques.

Ainsi se comprennent alors et les fails quotidiennement observe et
les assertions invariables des auteurs qui ont precede Tfere contempo-
raine, faits qui d^montrent, assertions qui affirment la plethore par
quantite chez la femme grosse. Plethore lymphatique^ disaient ceux-ci,
pl6thore s6reuse, dirai-je avec les partisans de I'anemie, — et c'est
la seule concession que je puisse Ifeur faire, — mais pWthore, ou mieux
congestion. Eh! si vous ne voulez pas admettre des congestions par un
sang riche, admettez au moins des congestions par un sang pauvre.
Or, voyez-vous d'ici en quoi le p6ril est moins grand, parce qu'il y a
congestion d'un organe important par du sang qui n'a que ill de glo-
bules en moyenne, au lieu d'en avoir 127 !!I II serait put§ril d'insisler.

Done il y a, ou il peut y avoir, chez la femme enceinte, congestion
(par un sang sereux, diront les contemporains, et cela m'est bien 6gal),
mais congestion du poumon, d'oii le crachement de sang; congestion
du foie, d'oii Picture, et un ictfere grave parfois ; congestion des reins,
d'oii la s^rumurie. Lh est le p6ril, parce que 1^ est le trouble fonc-
tionnel, instant, profond et compromettant ^ bref d61ai rorganisme.

Maintenaut faut-il, et peut-on pr6voir et pr^venir ces congestions
d'un sang, m^me moins riche en globules? Le probl^me clinique est
\h tout entier.

Ge qui revient h dire, relativement h notre sujet de r&lampsie puer-



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LEgOiNs sua l'eclampsie PUERPERALE. 2-27

p6rale: l<» Peut-on pr6voir les accidents de l'eclampsie? 2» Comment
peut-on les pr^venir?

Etd'abord, relativement h la premiere question, la solution est des
pius i'aciles; examinez les urines de toute femme, et si, vers le cin-
qui^me mois de la grossesse, vous y trouvez de I'albumine, c*est-^-dire
du s^pum (car la seule chose que vous puissiez constater dans le pis-
sement du s^rum, c'est la coagulation de Talbumine), prenez garde aux
symptdmes que je vais vous signaler.

II peut y avoir de la cephalalgtej et la cephalalgie de la femme grosse
quipisse du s^rum est excessivement douloureuse; elle si^ge le plus
souvent h la partie ant^rieure du crILne, tr5s-rarement k I'occiput, fu-
gitive d'abord, apparaissant k certains moments de la journ^e, elle
devient bient6t persistante : c'^tait le cas de notre seconde malade.
Malheur aux femmeschez qui cette cephalalgie devient ainsi persistantel
Puis survient un autre ph^nomfene : ce sont des troubles de la vue.
L'interne dont je vous ai parl^, ce Lausannois, avait de la cephalalgie,
et cette cephalalgie a precede de quelques heures seulement son affreuse
altaque d'^clampsie : il n'etait pas grosse, assur^ment, mais qu'im-
porte? 11 etait urinemique, et Turinemie scarlatineuse provoque les
Illumes accidents que Turinemie puerp^rale.

Aprte la cephalalgie apparaissent ordinairement ces troubles de la
vue que ]e viens de signaler, et qui consistent dans unedifflculte devoir
nettement les contours des objets ; le malade veut-il lire, il est inca-
pable de le faire plus de quelques minutes, bient6t les lignes se trou-
blent, se superposent, s'enchev^tnjnt ; et si le malheureux persiste, la
nausee survient qui Temp^che ; il voit des taches colorees de toutes les
teintes de Tirisation ; puis bientdt les troubles de la vue sont^rempla-
cfe par d*autre8 plus significatifs encore ; le malade devient amblyo-
pique, bemiopique, amaurotique ; rappelez-vous encore mon Lausan-
nois. Alors I'attaque d'^clampsie n'est pas loin.

L'ophthalmoscope ne demon tre rien; mais Texamen de ce que j'ai
appeie Vcnl exteme en appprend davantage. Les milieux transparents
de ToBil sont k retat normal. II n'y a pas sur la retine de dep6ts fibri-
neux, comme on en constate dans la maladie de Bright. D'oti cette
conclusion trfeSTVrrisemblable, que c'est dans les centres nerveux que
se produisent ces lesions materielles que vous pouvez rencontrer plus
tard si vous n'avez rien fait pour en prevenir la venue. Au contraire,
avec un pen d'attention, vous distinguerez souvent un peu de suffu-
sion s6reuse de la conjonctive oculaire, surtout dans le sillon oculo-



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228 M6M0IRES ORlGINAUX.

palpebral, et Bailly a parfaitement indiqu6 ce fait dans son article
Eclampsie du dictionnaire de Baillifere ; parfois, chez certaines femmes
qui ont de Talbumine dans les urines, on pent observer une suffusion
sereuse de la conjonctive bulbaire sans suffusion des paupiferes.

Ind^pendamment de ces deux ph6nom§>nespr^monitoires,la c^phal-
algie et les troubles visuels, il y en a d'autres qui ne sont pas moins pro-
bants, et qui prdc6dent de tr^s-peu Tatlaque d'^clampsie; c'est la dou-
leur epxgastrique, compar^e par les malades h la pression violente que
pourrait exercer un corps de mediocre volume appliqu6 sur le creux
epigastrique. Alors la douleur est si violenleque les malades poussent
quelquefois des cris. Je me demande si cette douleur, qui est rappor-
tee h, un trouble fonctionnel du plexus solaire, n*est pas une sorte
d'aura ayant pour si6ge la pneumogastrique ; et ce qui me fait croire
que c'est du c6te du pneumogastrique que si^ge le mal, c'est qu'un
autre symptdme pr^monitoire de Tdclampsie, dont je vous parlerai,
moins frequent, mais tr^s-significatif, c'est la dyspn^e, laq^ielle ac-
compagnc Tanxi^t^. Chez certaines femmes, c'est Tanxi^t^ epigastrique
qui apparait la premiere; chez d'autres, la dyspn^e. Une theorie vrai-
semblable attribue I'attaque d'^clampsie^ une an6mie momentan6e du
bulbe; mais chez la femme grosse, je crois que I'ischemie du bulbea
lieu par contraction vasculaire et non par an^mie vraie. C'est \k un
fait qui se produit chez les individus dont le sang est le plus normal.
Mais les pneumogastriques ont dans le bulbe leur origine, apparenle
au moins; ils sont nourris par les vaisseaux qui se rendent au bulbe.
Si done enfln il y a ischemic du bulbe, il doit y avoir isch^mie des
pneumogastriques. Quoi qu'il en soit de cette explication, elle oflre au
moins I'avantage de rappeler ^ votre esprit, en les associant physiolc-
giquement,ces deux phdnom6nes pr^monitoires, le dyspn6e et Tanxi^te
Epigastrique.

Un quatri^me symptdme important est le vomissement. Souvent les
femmes qui vont avoir une attaque d'Eclampsie vomissent, elles vo-
missent quelques jours auparavant de la bile, des aliments, alors
qu'elles ont cessE d'avoir les vomissements du commencement de la
grossesse.

Ainsi, Messieurs, recherchez avec soin la s^rumurie et redoutez
r^clampsie chez les femmes qui, arriv^es au cinquifeme ou sixifeme
mois de la grossesse, ont de la w^phalalgie, des troubles visuels, de la
dyspn^e, de I'anxiElE, des vomissements; redoutez-la plus justement*



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REVUE SCIENTIFIQUE ETRANGERE. 229

encore s'il y a obtusion de rintelligence, changement de caractfere, in-
somnie ou sommeil comateux, vertiges ou agitation.

J'ai essay6 de vous faire comprendre comment I'urin^mie de la
femm3 grosse ^tait la deviation d'un fait physiologique; mais vous
pourriez m'accuser de partiality en faveur de ma th^se, si j'omettais
de vous signaler les causes classiques de T^clampsie puerperale ; je le
ferai dansune prochaine legon; et j'arriverai naturellementainsi h trai-
ler cette seconde question : peut-on pr^voir leclampsie?

{A suivre.)



REVUE SCIENTIFIQUE ETRANGERE.



Large fistule ▼dsico-vaginale. — Emploi de la caot^risaUon. —
Go^rtson. — Note lue h la Societe de raedecinc de Gand, par M. le D' Galens,
de Deynze.

I>epuis plusieurs ann^s d6,]h^ la Societe de m^decine de Gand s'oc-
cupe du traitement des fistules v^sico-vaginales par la cauterisation.
Une discussion, qui fera 6poque dans Thistoire de cette cruelle inflr-
mit^, afourni h plusieurs membresde cette savante compagnie Tocca-
casion d'exposer des idees nouvelles sur la cauterisation des iistules.
Ces debats ne sesont pas born^s h une simple joftte oratoire : ^ Tappui
des doctrines qu*ils d^fendaient, MM. Soupart, Du Moulin, Van
Wetter, Deneffe, Bouqud et De Lorge signal6rent les heureuxr^sulLats
cliniques auxquels ils etaient arrives en mettant leurs id^es en pra-
tique.

Dans cette lutte centre ce pr^juge qui rdgne encore aujourd*hui
dans la science, « que la cauterisation n'a peut^tre jamais gueri une
fistule, » nos savanls confreres s'appuyaient egalement sur les travaux
de rficole italienne, dont les personnalites les plus illustres, Rizzoli,
de Bologne, et Amabile, de Naples, se sont constitutes les det'enseurs
convaincus de cette methode.

Les travaux si remarquables qui furent prdsentes k la Societe de
medecine de Gand etlcs discussions qu'ils provoqudrent, Gxdrent I'at-
iention du monde savant. L'un des medecins les plus distingu^s de la
France, M. le docteurdeRanse,redacleurenchefdela Gazette medicak
de Paris^ leur consacre dans le n® 43 de son journal (1873), un article
des plus eiogieux et bien fait pourenorgueillir les laborieux confreres



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230 REVUE SCIENTIFIQUE ETRANG^RE.

qui avaient eu le courage de remettre en honneur la m^thode de cau-
terisation, tomb6 dans un injuste oubJi.

Mais la belle etude de M. De Ranse ne pint sansdoute pas h tout le
monde, puisque, dans le numero suivant (44), Thonorable r6daoteur
en chefecrivait :

« A propos de ce que nous avons dit dans le precedent num6ro, du
« traitement des fistules v^sico-vaginales par la cauterisation, nous
« avons regu d'un habile chirurgien, ^ qui Toperation de la fistule par
(( Tavivement et la reunion immediate doit d'heureux perfectionne-
({ ments, une lettre qui n'est pas destinee k la publicite, mais dont
« nous croyons devoir extraire et reproduire ici quelques lignes, afln
(( que la reponse que nous avons & y faire ne laisse prise, de la part
a d'un autre lecteur, k aucune interpretation erronee de notre pensee.

« J'ai ete surpris, nous dit notre savant et excellent confrere, de
(( vous voir recommander la cauterisation commo moyen de guerison,
« alors qu'il est parfaiteraent constate qu'elle ne pent r6ussir que dans
(( des cas trfes-restreints et oil Touverture artiflcielie n'a que des di-
« mansions trfes-petites. »

Si rhabile chirurgien, auquel I'honorable M. De Ranse fait allusion,
avait bien voulu lire lesmemoires etles discussions, publiees dans les
Annates et Bulletin de la Societe de m4decine de Gand, sur la therapeuti-
que des fistules vesico-vaginales par la cauterisation, je suis assure
qu*il n'aurait pas ecrit dans de pareils termes i M. le redacteur en
chef de la Gazette medicale.

Get honorable chirurgien aurait parfaitement constate que la caute-
risation a gueri des fistules qui admettaient, les unes un doigt, les
autres jusqu*^ trois doigts, dont quelques-unes mesuraient 2, 2 i/2,
3, 4, 4 V2, 5 i/2 centimetres de diamfetre.

L'honorable chirurgien reconnaltra sans doute avec moi qu'on ne
pent dire de pareilles fistules, « qu'elles n'ont que des dimensions
tres-petites. »

Aux faits nombreux deja cites devant la Societe de medecine de
Gand vient s'en joindre un nouveau que j'emprunteft ma pratique per-
sonnelle. Non moins probant que les precedents, il demontre k toute
evidence que la cauterisation n'est pas seulement applicable dans
les cas tres-restreints oil Touverture artificielle n'a que des dimensions
trds-petites, mais qu'elle est applicable aux larges fistules ellos-
memes.

Le 20 avril, Taccoucheuse me pria de Tassister aupre^s de la femrne



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RBVUB SGIBNTIPIQUB tTRANOiRB. 234

Semaeys, h Bachte-Leerne-Sainte- Marie. Celle-ci 6tait en travail de
son second enfant; le premier, d'un volume trfes-petit, 6tait venu
avant terme. La patiente, petite de taille pt d'une constitution sfeche,
dtait Ag6e de vingt-quatre ans.

Le col de la matrice ^lait compl6tement dilat6, Fenfant se pr6sen-
tait par: le sommet en premiere position. Le d6troit sup^rieur 6tait
rttr^ci par une saillie considerable de Tangle sacro-vert6bral, la poche
des eaux 6tait rompue depuis la veille dans Taprds-midi. A partir de
ce moment, les contractions ut^rines avaient 6te fr^quentes et 6nergi-
ques, mais depuis le matin elles 6tkient devenues plus rares et plus
faibles.

La nature 6tant impuissante ^ d^livrer cette femme, je dus interve-
nir et extraire Tenfant au moyen du forceps, aprfes des tractions 6ner-
giques. Les suites de I'accouchement ne pr6sentferent d'abord rien de
parliculier, et une douzaine de jours s'6taient 6coul6s depuis la der-
ni^re visite que j'avais rendue k la femme Semaeys, quand le 15 mai
on me fit appeler auprfes d'elle, me disant qu'elle allait fort mal.

Je la trouvai dans une trfes-ficheuse situation, ne pouvant ni mar-
cher, ni s'asseoir, ni se coucber, elle reslait presque toujours debout
accoud^ sur quelque meuble, les cuisses ^cart^. Sa figure etait p&le
et exprimait la soufirance, I'app^titet lesommeil avait disparu depuis
plusieurs jours.

La malade me conta qu'aprte ma dernifere visite, elle se croyait
complfetement gu^rie, quand dans la nuit du 11 au 12 mai, elle se
Bentit mouill^e par les urines. En se levant, elle put encore uriner
comme de coutumo mais quelques beures plus tard elle se sentit
mouillee encore.

Pendant deux jours, chaque miction naturelle faisait cesser pen-
dant quelques heures la perte d'urine, mais & partir de la fin du se-
cond jour, tout besoin de miction et toute excretion de Turine par
I'urfethre avait disparu. Ge liquide coulait sans cesse par le vagin sans
que la position prise par la patiente modifi&t cette triste infirmity.

Les organes g^nitaux ^taient rouges et gonfi^s, un liquide s^reux et
f(6tides'en 6coulait abandamment; la face interne des cuisses, I'anus
^taient le siege d'excoriations et d'un ^rythfeme douloureux. Je plagai
]a malade dans le decubitus lateral gaucbe et j'inspectai le vagin au
moyen d'un speculum de Sims. Une large 6tendue de la paroi sup6-
rieure de ce canal 6tait tomb^e en detritus gangr^neux, des lambeaux
mortifies et presque d^tacb^ s'enlevaient facilementau moyen de lon-



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ItB'l REVUE SCIENTIFIQUE ETRANGERE.

gues pinces & pansement. Vers le tiers sup6pieur de la paroi vaginole
ant^rieure, au milieu de ces eschares, .je vis une troupe & grand dia-
mitre transversal, mesurant prfes de 3 centimetres et dans laquelle
j'introduisis mon index avec la plus grande facilile.

J'avais suivi avec tant d'int6r6t les belles discussions, soutenues de-
vant la SociStd de m^decine de Gand sur la th^rapeutique des iistules
v&ico-vaginales, par MM. Soupart, Du Moulin,Deneflfe, Van Wetter,
Bouqu^ et De Lorge, que je r^solus de mettre & T^preuve la m^thode
de cauterisation, dont ces savants confreres se sont fait les defenseurs
dans notre pays.

Je priai M. Deneffe de vouloir bien m'accompagner chez la malade,
et le 22 mai noussoumlmes la pauvre femme k un nouvel examen. La
situation ne s'6tait pas modifl^e. M. Deneffe arracha encore au moyen
de pinces de longues eschares et il put, comme je Tavais fait, intro-
duire tr&s-ais^ment son index dans la vessiede la femme au traversde
la fistule v6sico-vaginale.

Nous primes alors un long crayon do nitrate d'argent, et nous I'usA-
mes^ pen prfes par une cauterisation large et profonde de irinterieur
de la fistule etde toute la surface perifistulaiie fort etendue, je Taidit,
que les eschares avaient recouverte.

Imm6diatement aprfes cette cauterisation, la malade ressentit un
' grand soulagement des souffrances qu'elle ^prouvait depuis plusieurs
jours. Elle passa une nuitexcellente, ce qu'elle n'avait pas fait depuis
longtemps.

Trois jours plus tard, le 25, je revis la patiente, elle continuait ii
perdre comme auparavant, aucune goutte d'urine ne passait par Tur^
thre. Les nuits 6taient bonnes. Sous Tinfluence des soins de propret^
quej'avais recommand^s A la femme, les excoriations et T^rythtoe
qui s'^taient developp^s sur les cuisses et les organes g^nitaux,
s'etaient notablement am^liores. Jefisune nouvellecaut^risation large
et ^nergique au moyen du nitrate d'argent.

Le 29, nous examinons la malade avec M. Deneffe; d^\k rouverture
flstuleuse 6tait consid^rablement r^duite, nous ne pouvions plus y
faire p6n6tre que le bout du petit doigt. La femme continuait k pjrdre
tonles ses urines. Cauterisation par le nitrate d'argent.

Le 3 juin, je trouvai la fistule bien diminu^e encore, elle admetlait
& peine Textremit^ de mon crayon de nitrate d'argent. La patiente me
d^clara que le matin de ce jour et la veille de bonne heure, elle avait
6mis par J'urfethre une certaine quantity d'urine, et qu'elle dtait en-



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REVUE SCIENTIFIQUE ETRANGERE. . 233

suite reside quelque temps sans perdre de liquide. CauWrisation par
le nitrate d'argent.

Le 8 juin, la malade me raconte que, tous les matins, elle urine par
le canal de Turdthre et que, pendant les trois derniers jours, elle avait
de temps en temps dans la journ^e urin^ naturellement. dependant
elle se sent encore mouillee. J'examinai le vagin, mais il me fut im-
possible d'y d^couvrir le moindre pertuis. Je mis alors le doigt sur
I'ouverture ur^thrale et la fermai, puis je recommandai k la patiente
defaire des efforts de miction. Je vis alors que le speculum se mouil-
lait. Le pertuis, quoique invisible, existait done, je fis une nouvelle
cauterisation tout aussi ^nergique que les pr6c6dentes.

Quatre jours apr^s je revis la malade. Elle ne perdait plus les urines
involontairement. La vessie les gardait, malgr6 la position que pou-
vait prendre la malade et malgre les efforts auxquels elle se livrait.
J'examinai le vagin, mais je le vis h sec, malgr^ les efforts de miction
queje fis faire k la patiente pendant que mon doigt fermait l^ouverture
iir^thrale,

Depuis cette ^poque, j'ai plusieups fois examine la femme, dont la
gu6i*ison s'est parfaitement maintenue. Desirant qu'aucun doute ne
ptii planer sur la r^alitd d'une gu^rison que les classiques regardent
commeimpossible, jepriai M.DenelTede venir la constater. Le24 aoiit,
mon savant confrere, accompagn^ de M. le docteur Bouqu^, qui s'est
aussi beaucoup occupy de la cure des fislules vesicovaginales par
cauterisation, vint k Bachte. Tous trois nous soumlmesja femme k un
examen attentif, et nous piinies constater une gu^rison parfaite. II ne
rested notre malade qu'un petit inconvenient, qui ne tardera sans
doute pas ^dlsparaitre. La vessie ne pent contenirune grande quantity
d'urine sans Texpulser involontairement; quand la patiente reste trois
heures sans uriner, elle eprouve tout-^-coup un besoin irresistible et
et elle sent presque aussit6t la vessie se vider par le canal de TurMhre,
si elle ne s'empresse de le faire volontairement. C'esl un fait qui a ^te
cite d6j^par un grand nombre de chirurgiens. Nous esperonsque sous
rinfluence du traitement lonique general et de quelques excitants lo-
caux, le sphincter dela vessie retrouvera la tonicite qu'il possedait au-
trefois, et que la pression, qu'il a supportee pendant Taccouchement,
lui a fait perdre momentanement. Quand la femme ne laisse pas Tu-
rine distendre trop fortement la vessie, rien de semblable ne se pro-



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