William H. (William Henry) Powell.

Archives de gynécologie et de tocologie. ... . Première annéetome XXIII, [1874-1896] online

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est arrive chez Tenfant de la sixifeme observation, on pourra songer h
une h^morrhagie de TencEphale, mais il faudra bien se garder de Taf-
firmer; car, s'il est probable que, dans le fait que nous venonsdeciler,
les manifestations convulsives ont 6le causees par I'Epanchement san-
guin, il n'en sera peut-^tre pas ainsi dans les cas de mSme apparence.
On sait, en efiet, que la m6ningite et un certain nombre d*aulres lesions
moins bien determin^es, mais d'une action incontestable, peuvent
aussi les provoquer.

U n'y|a rien h tirer de la temperature et du pouls, qui restent ce que
les fait la maladie •primitive. C'est ainsi que, sur 26 cas ou elle a etE
not^e, la premiere est reside h pen pr§s normale 5 fois ; elle ne s'est
flevEe au-dessus de la'moyenne que chez un malade, et s'est abaissde
au-dessous dans 20 observations.

En somme, si Ton excepte des cas trds-rarei, dans lesquels on sera
aulorisd h soupgonner Texistence de Temorrhagie intra-cr&nienne, on
pent dire que celle-ci ne se r6v61a durant la vie, par aucune mani-
festation caract6ristique.

Duree, — D'aprfes cela, on comprend qu'il soil impossible de deter-
miner la durde de Taflection, puisque rien n'indiqueson ddbut, etque



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280 MEMOIRES ORIGINAUX.

Tautopsie seule en (Kmontre rexistencc. Chez lea enfants oh nous
Tavons rencontr^e, la vie a dur6 de un & quarante-quatre jours, et en
moyenne, quatorze jours.

Etiologie el pathog4nie. — Les causes ^loign^es, la cause prochaine ,
et les traits d'union qui les relient, vont maintenant nous occuper.

L'Age a ici une^ importance capitale. L'h^morrhagie encephaJique,
telle que nous Tavons observ^e et que nous venons de la d^crire, n'at-
teint que des nouv^u-n6s ou des avortons. De nos 34 sujets, 1 1 ne
pr^sentaient pas encore, au moment de I'autopsie, la caracl^ristique
de la naissance h terme, et pourtant Tun d'eux avail d^jk v6cu seize
jours, un autre dix-sept, et un troisiSme vingt.

Parmi les autres, le plus&g6 avait, au moment de la mort, quarante-
quatre jours, et le plus jeune vingt-quatre heures seulement.

L'influence du sexe ne se fait pas sentir. Notre tableau nous donne
19 gargons et 15 fllles. Cetie difKrence de 4 au profit du sexe mascu-
lin, est trop minime en une pareille supputation, pour que nous en te-
nions compte.

Une circonstance 6tiologique capitale est celle qui a trait aux mala-
dies dans le cours desquelles se produit Th^morrhagie. En voici 1*6-
numeration par ordre de frequence :

Athrepsie ; 24 fois.

0Ed5me des nouveaux-n6s 8 —

Congestion g§n6rale des viscferes ' 1 —

Hypertrophie du thymus 1 —

Laissant de cdt6 les deux derniers cas, trop exceptionnels pour 6tre
discut^s, nous n'examinerons que ceux de Tathrepsie et de Toeddme.
L'influence 6tiologique de la premiere maladie, d^jk trfes-manifeste,
puisqu'on la voit s'exercer d'embl^e dans plus des deux tiers des cas,
s'accentue bien davantage lorsqu'on remarque gue la plupart des
nouveau-n6s ceddmateux s'athrepsient rapidement.

Ainsi, presque tou,joui*s Ph^morrhagie eclate pendant revolution de
Tathrepsie, cette maladie constitute par un ensemble d'affections qui ont
pour point de depart le tube digestif et aboutissent & une perturbation
nutritive profonde (1). L'un des premiers effels de I'athrepsie est
Talteration du sang, qui stagne dans les vaisseaux veineux, s'y accu-
mule, parfois s'y coagule et determine, dans la plupart des visc&res,

(1) Pour plus de details, nous renvoyons aux lemons que nons avons pu-
bli^es dans le Progrde nUdical. 1874, p. 637.



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116M0RRHAGIE ENCEPHALIQUE CHEZ LE NOUVEAU-NE. 281

une congestion toujours trfes-marquiSe h Ia*p6riph6rie de I'encephale.
Mais ce n'est pas tout, Leliquide enc^phalo-rachidien est r^sorb^ d'une
mani^re h pen pr6s complete; comme le prouvent durant la vie la de-
pression de la fontanelle, le chevauchement des os du cr&ne, etapr^sla
mort, I'aplatissement des circonvolulions. Si bien que Tencephale se
Lrouve^treintpar des parties dures, au lieu de baigncr librement dans
un liquide protecteur, qui laisse ses vaisseaux se dilater et battre aise-
ment Est-il surprenant que, dans de pareilles circonstances, surtout
lorsque Taction puJmonaireestentravdepar la solidification d'unepartie
deson parenchyme, car la complication pneumonique est fr^quente, il
sefassedes ruptures veineuses,et que le sang s'epanche dans la pie-
m^re ? Et ce qui prouve bien Torigine veineuse de rh^morrhagie et
Taction qu'y exerce la stase sanguine, c'est son apparition conslante
dans les regions ddclives. A Thospice, en efTet, c'est dans le decubitus
dorsal que, d'une mani^re & peu pr^sconstante, sont les nouveau-n^s;
car, en dehors du temps pti on les allaiteet les change, ils restent cou-
ches dans leur berceau. Or, dans cette. position, la region occipito-
sph^noidale est celle oh s'accumulent ndcessairement les liquides sous
Tinfluence de la pesanteur; et c*est Ik que Ton trouve les collections
sanguines. II n'est pas jusqu'ii la predilection des epancheraents pour
le c6te droit, not6e dans notre enumeration topographique, qui ne
vienne afQrmer ce r61e important de la pesanteur et de la stase san-
guine. Elle s'explique, en effet, par Tusage oti Ton est, de coucher les
enfanls beaucoup plus souvent sur le c6te droit que sur le gauche.

Quant h la predominance considerable des hemorrhagies peripheri-
ques sur celles de la substance nerveuse, si on en demande la raison,
nous repondrons qu'il faut la chercher dans Taction des causes meca-
niques precedemment indiquees. — En efTet, tandis que les vaisseaux
dela substance nerveuse elle-mdme soufTrent peu de la soustraclion du
liquide encephalo-rachidien et de la pression des os crAniens, avec les-
quels ils n affectent aucun rapport immediat, ceux de la peripherie ne
peuvent supporter, sans un trouble considerable, une modification aussi
brusque et aussi grande de leur manidre d'etre habituelle. De Ik des
distensions exagerees et des ruptures consecutives.

Ces remarques s'appliquent ausystemecirciilatoire des regions ven-
triculaires, atteint comme celui de la peripherie, bien que d'une
mani^re moins immediate.

En demifere analyse, c'est done aux troubles nutritil's, qui consti-
tuent essentiellement Tathrepsie, que Ton doit, dans le plus grand



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282 MEMOIIIES OHIGINAUX.

nombre des cas, rapporter Th^morrhagie enc^phalique du nouveau-ne,
comme nous lui avons attribu6 deji plusieurs autres lesions, au nom-
bre desquelles il est opportun de rappeler le ramoUissement c^r6bral.

Et maintenant, si Ton compare Th^morrhagie enc6phalique, telle
qu'on la connalt, aux autres figes, — h celle des nouveau-n^, on ne
trouve que des differences.

Les foyers de la premiere, unilat^raux et le plus souvent uniques,
se font en pleine substance nerveuse, surtout dans les ganglions de la
baseoudans le centre hemispherique ; et ce n'estquc cons(5cutivement
que la p^riph^rie et les ventricules sont atleints. Geux de la scconde,
sym^triques, multiples, oecupent la surface des circonvoluLions, sous
Tarachnoide, ou la region sous-^pendymaire des ventricules lat^raux;
et s'ils alt6rent la substance nerveuse, ce n'est que par une 'action m6-
canique et consecutive. — Ici les vaisseaux en cause sont les artferes
qui se rompent k la suite d'une alteration protopathique et ancienne
de leurs tuniques. lii, dans le cours d'une maladie aigu6, les veines,
surprises par une repletion excessive et inusitie, se distendent et se
rompent. Enfin, tandis que d'ordinaire Themorrhagie se r^v^le im-
mediatement par une paralysie caracteristique; celle que nous avons
etudiee s'accomplit sans qu'aucun signe avertisse Tobservateur de son
existence.

Quant aux h^morrhagies arachnoidiennes , elles ne different pas
d'une mani^re moins sensible que les pr^cedentes, chez les deux
sortes de malades que nous venons de comparer. Chez les premiers,
en effet, le sang arrive dans la cavite arachnoidienne', quelquefois d'un
foyer intra-cerebral, mais presque toujours cons^cutivement k une
pachymeningite. Tandis que chez les autres, sa source est dans une
hemorrhagic pie-merienne.

LEQONS SUR L'ECLAMPSIE PUERPERALE

SES CAUSES, SA NATURE ET SON TRAITEMENT
Par le D' M. Peter, mMecin de riidpital SalDt-ADtoine (1).



Avant de voir s'il est possible de prevenir Teclampsie des femmes

(i) Nous croyons devoir reproduire ces lemons qui ont paru dans la France
mMicak, et qui presentent, au point de vue de la pathog6nie de r6clamp9ie,
le plus grand int^rSt.



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LEijONS SIR L'ECLAMPSIE PIEHHEHALE. 2»a

enceintes, il n'est pas inutile d'en rechercherlapathogenieet d'exami-
ner h sa lumidre les causes classiques fournies par les auteurs.

De ces causes, il en est qui reinvent d'un ialro-m(§canisme inacep-
table : la compression de Ja veine cave inferieure et de la veine rdnale.
Malheureusement pour cetle theorie, on voit des femmes avoc d'^nor-
mes kystes de Tovaire qui n'ont ni eclampsie, ni albuminurie; on en
voit d'autres ayant d'^normes fibrOmes ut^rins, sans avoir plus
de troubles de la s^r^tion rdnale. Jepourrais vousciter le fait d'une
dame que .fe soigne et qui a Tun des fibrdmes ut^rins les plus volumi-
neux que j'aie vus: il remonte bien au-dessus de I'ombilic, gSne la
marche des matiferes alvines et produit des hdmorrhagies fort abon-
dantes, lesquelles rendent cetle femme an^»mique quant h la quantity
et non quant h la qualile, car son sang est rouge comme celui d'un
boeuf ; or cetle tumeur ne determine ni albuminurie, ni Eclampsie.
Thteriquement, cette dame devraii cependant subir line compression
de la veine cave inferieure, par consequent une g6ne de la circulation
dans la veine renale. II devrait done y avoir de Talbuminurie, ce qui
n'est pas.

Vous savez que, si on jette une ligature peu serrde sur la veine re-
nale d'un animal, les urines deviennent albumineuses, c'est-ii-dire
sereuses (le serum du sang s'echappe alors par J'excte de pression qui
aJieu dans Tart^re renale); lie-t-on compl6tement la veine, les uri-
nes sont plus sereuses encore. C'est de cette experience que s'autorisent
les auteurs qui attribuent Talbuminurie [serumvine] des femmes grosses
i la compression des veines r^nales par I'ulerus gravide. Mais, si cette
ihterie 6tait exacte, toutes les femmes grosses devraient pisser de
Talbumine, et tel n'est beureusementpas le cas. EnOn, puisque toutes
les femmes grosses ont, theoriquement, les veines r^nales compri-
mees, les 6clamptiques, qui sont des exceptions, devraient avoir ex-
ceptionnellement une compression plus considerable de ces veines; ce
qui est Ji d^montrer.

Oui, vous dirai-je, consequents ma doctrine, oui, il y a plus grande
pression vasculaire dans les reins, mais ce n'est pas par compression
de la veine cave, c'est :

1* Parce que lawios^e du sang est augmentie chez la femme grosse;

2* Parce qu'il y a chez oW^plus grand fonctionnement de Torgane s^-
cp^teurde Purine, plus grand fonctionnement demontre par Taugmen-
tation du chiffre de Tur^e et des matiferes extractives eiimin^es dans
les vingt-quatre heures par la femme enceinte, ainsi que Tout fait voir



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284 ' MEMOIRES ORIGINAUX.

les analyses deM.Quinquaud (lequel a trouve dans Turinedela femme
grosse, en dehors de tout 6tat Kbrile, 32 & -40 grammes d'ur^e pour
1000, au lieu de 22, qui est la moyenne, c'est-^-dire une augmenta-
tion d'un tiers h prfes d'une moiti6).

• C'est : 3* par suite de la synergic fonciionnelle qui relie le rein h Pu-
t(§rus, ainsi que j'ai essays de vous le d^montrer dans une pi-^dente
leQon;

C'est : 4o par suite (comme je .vous Tai dit encore) de la solidariti
vascuiaire des artferes r^nales et ut6ro-ovariennes.

Ainsi, parce qu'il y a du sang en circulation et que Turopoifese est
consid^rablement accrue chez la femme grosse, pour ses besoins per-
sonnels et ceux de son foetus, la pression est consid^rablement aug-
ments dans le systfeme vascuiaire de ses reins, et parce^que la pres-
sion vascuiaire y est augment^e h ce d6gr6, la filtration du sirum^ la
serumurie y devient trfes-facile et par suite trds-fr^quente ; ^ ce point
que M. H. Blot a trouv6 de Talbumine dans Purine 41 fois sur 205
femmes entries dans la salle d'accouchements de la Maternity, c'est-&-
dire dans le cinqui^me des cas, chez les femmes arrives au terme de
leurgrossesse.

Ainsi encore, parce que Turopoifese est d'autant plus augment^e que
le foetus a plus de besoins, c'est-^-dire plus de masse, c'est-^-dire qu'il
est plus &g6, ou, en d'autres termes, que la grossesse est elJe-m^me
plus avanc^e, la serumurie (albuminurie) et P^clampsie sont plus fr6-
quentes au moment de Paccouchementqu'au d^but du neuvi^me mois,
au neuvifeme mois qu'au huitifeme, et ainsi de suite, jusqu'au cin-
qui6me mois, oti commencent & se montrer lesattaques d'Mampsie.

Telle est, suivant moi, Pexplication du fait signal^ par les auteurs,
h savoir que P^clampsie ne s'observe gu5re qu'a partir du cinquieme
mois de la grossesse, mais apparaltplus fr^quemment vers les detmiers
temps de celle-ci.

De m6me, pour les raisons que j!ai invoqu6es tout ^ Pheure (syner-
gic fonctionnelle des reins et de Put^rus, solidarity vascuiaire de ces
organes), on congoit que la serumurie (albuminurie) et Purin6mie
(6clampsie) symptomatique puissent se produire d^s les premiers mois
de la grossesse; comme Pon conQoit aussi que le fait soit rare, pour
des causes toutes mat^rielles.

Peut-6tre la primipariti ne prddisposerait-elle ^ P&lampsie que
parce que les reins ne se sont pas habitues encore h, Pexc^s de pres-



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LECONS SUR L'ECLAMPSIK PUERPfeRALE. 285

sion qu'ils subissent, et que Taccoutumance est plus facile aux gros-
sesses ult^rieures.

La grossesse gemellaire prMispose ^ r&lampsie, non pas parce que
Put^rus est plusvolumineuxetcomprimedavantageles veines r^nales,
mais pai'ce que la maisse de sang est n^cessairement plus considerable
encore dans le systfeme vasculaire de la m5re, et que les besoins uro-
poietiques sont plusgrands pour deux fotus que pourunseul, qu'ainsi
enfin la pression vasculaire est plus forte alors dans les reins maternels.

A /br/jorr peut-il y avoir pissement de s^rum (albuminurie) dans les
grossesses triples; tel etait lecas d'une femme de Passy quej'aieu
I'occasion de voir avec mon ami le D*" 0. Larcher, et qui accoucha de
trois belles petites filles, qui ont v^cu. Leur malheureuse m^re ^tait
fbrtement s^rumurique dans les derniers mois de sa grossesse et con-
siddrablementinflltr^e.Ellesuccombale lendemainde ses couches aux
accidents que jevousraconterai bienl6l.

On a dit encore avec raison que le rachitisme pr^disposait h T^clamp-
sie, mais on a eu tort d'y voir un r^sultat de compression des vaisseaux
par Tut^rus mal & raise dans un squelette malconform^! le fait est
beaucoup plus complexe. Le rachitisme du thorax a pour eflet de g6-
ner la circulation del'artere pulmonaire et de produire ult^rieurement
une dilatation passive du coeur droit avec toutes les consequences pos»
sibles de celle-ci, h savoir les congestions visc^rales multiples, et cela
dans retat de vacuite uterine; a /br^ion, ces effels pourront-ils 6tre
realises par le fait de la grossesse, la masse de sang etant alors aug-
mentee; h la congestion renale propre au rachitisme s'ajoute la con-
gestion renale propre h la grossesse, d'oti la serumurie et reclampsie
possibles de preference chez la femme grosse rachitique.

Que nous sommes loin des causes purement mecaniquesi

Maintenant que nous avons vu le mode d'action des causes signalees
par les auteurs, maintenant que nous savons & quels signes on peut
pret70ir reclampsie prochaine, voyons si et comment on la peut preve-
nt', et cela en nous plagant au plus pr5s des faits.

A ce propos, et par une inconsequence qui Thonore, un des plus fer-
vents partisans de Tanemie des femmes enceintes, Cazeaux, Cazeaux
lui-m^me, preconiselasaignee. Cetait le traitementtraditionnel; c'est,
par tout ce que nous venons de voir, le traitement qu'indiquent la
science et la raison : I'experience, ici comme toujours en medecine,
avait precede la theorie, — mais ici encore, si Ton n'y prend garde.



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•286 MEMOIRES ORIGINAUX.

une vaine theorie, fondee sur des expc^rimentalions trop vite el mal
interpr6t6es, est bien pr6s de fausser les esprits et de faire d^vier la
tWrapeutique.

II faut saigner la femme menace e d'eclampsie; il faut saigner la
femme atteinte d'eclampsie. II ne faut pas seulementla saigner dans
Tun et Fautre cas; dans Tun et I'autre cas il faut appliquer des ven-
tousesscarifi^essur la region des reins; dans Tan etT autre cas, il faut
purger la malade; en d'autres termes combattre par lasaign^e g6n6-
rale des accidents nerveux winemiques prochainemen t redoulables;
combattre par la saignde revulsive la congestion renale drinemigene,
premiere et seule cause de tout ce mal ; combattre encore, par la de-
rivation intestinale, cette m§me congestion renale; tel est en trois
phrases toutle plan du traitement.

Pour faire comprendre Timportance de la saignde comme moyen
preventif^ dit Cazeaux, Dewees rapporte le fait suivant: « Une dame
primipare qui, vers la fin de sa grossesse, ressentait de fr^quentes
douleurs de t^te, n^gligea de se faire saigner et ^prouva, dhs le d^but
du travail, une attaque d'eclampsie grave, h laquelle n^anmoins elle
survdcut. Pendant sa seconde grossesse, elle fut saign^e assez abon-
dammmentetaccouchasans accident. Asa troisifeme et h sa cinquitoe
grossesse, la saignde ne fut pas pratiqu^e, et elle fut prise de convul-
sions; tandis qu'aux autres gestations elle eut recours i ce moyen et
accoucha tr5s-heureusement. »

En ddpit de ces sages prdceptes de Cazeaux, rest^ m^decin malgr^
ses theories, personne k Paris ne saigne plus la femme enceinte at-
teinte de congestion et menacee d'eclampsie. Que dis-je? exagdrant une
doctrine qui ne deplait pas demesurdment ^ la paresse naturelle k
rhomme, vous qui m'ecoutez, vous n'avez plus m^me de lancette et ne
savez plus saigner; c'est un malheur.

Tenez, s'il fallait surabondamment ddmontrer le mal fondd de la
doctrine de I'antoiedes femmes enceintes, — je dis Tandmie quanti-
tative, ad quaniitatem, — j'invoquerais les contradictions sans nombre
que prdsente le livre classique de Cazeaux, lequel a le plus contribu^
kr^pandre parmi nous cette doctrine.

Cazeaux, qui voyait une anemique dans toute femme grosse, ne
parleque de « congestion c4r6brale,)) de ((congestion cdrdbro-spinale, »
de « pldthore s6reuse,» kpropros dela femme dclamptique ou menace
de r^tre, et il conforme sa thdrapeutique h son langage. Que signiiie
cet dcart entre la pratique et la theorie? sinon que le m6decin ^merite



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LE(;ONS SCR L ECUMPSIE PUEUPERALE. 187

se s^pare ici du savant improvise ; que, doming par Tevidence, guid^
par la tradition et Texp^rience, Cazeaux oublie momentan^ment la
doctrine pour nevoir que les fails; qu'enfln, sagement inconsequent
en redevenant praticien, il s'inspire des fails seuls, — el fait bien.

En r^alite, toute Terreur, — mais elle est considerable pap les con-
sequences qu'elle a cues dans la pratique — toute I'erreur vient de ce
qu'on n'a pas su voir que la femme enceinte pouvait eire h la fois arte-
mique quautativement et plethorique QUANTifATiVEMENT, c'est-2i«dire
que, si le chillre de ses globules avait un pen diminue dans chaque
litre de son sang, le nombre de ces litres de sang avail neanmoins aug-
mentiy et que lit precisement pouvait 6tre le peril.

Tel est, messieurs, le secret du desaccord entre la doctrine, vraie,
du passe concernant la pieihore de la femme enceinte et le fait, non
moins vrai, de I'abaissement possible du chifTre de ses globules.

Vainement done, maintenant, m'objecterez-vous les analyses chimi-
ques qui demontrent Tanemie des femmes grosses : Tanemie peut
exister, en eflet, vous repondrai-je, mais elle est qualitative seulement.
Eh bien! it ces femmes enceintes, anemiques de la sorte, mais que
lourmente neanmoins leur piethore quantitative, faites des saignees
d'anemiques: au lieu deleurlirer l,000ou500 grammes de sang pour
conjurer le peril d'une congestion actuelle, pulmonaire, hepatique ou
renale, tirez-leur-en 250, 200, 150 mSme. Et s'il fallait encore un ar-
gument pour vous convaincre de Tutilite comme de la ne^cessite d'une
saignee en pareille conjoncture, j'invoquerais la pratique d'un des
plus fervents sectateurs de Tanemie : Beau, ce Broussais h Tenvers,
Beau qui voyait partout la dyspepsie et partout Tanemic consecutive,
Beau ne saignait personne, excepte, savez-vous qui? excepie les fem-
mes enceintes! Dans son service d'accouchemenls de rh6pital Ck)chin,
me disait recemmenlM. JastLucas-Championni5re, toutesles fois que
Beau voyait une femme enceinte prise d'etouflfements ou d'hemo-
ptysie, il lui faisait praliquer une saigaee de 100, 90, ou mfime 80
gramnies de sang.

A Texemple de ce grand medecin, qui savait rester clinicien malgre
ses theories, faites de petitessaigneesquandrindication vous en presse,
et vous coEjurerez les accidents de la piethore pulmonaire, hepatique
ou renale, c'est-ii-dire, dans ce dernier cas,*les accidents de Turinemie
puerperale, Teclampsie.

Maintenant^ rien n'a ete fait pour prevenir cette eclampsie ; ou bien



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288 MEMOIRES ORIGINAUX.

elle est survenue avec une foudroyanle brusquerie, que faut-il faire?

On n'a ni pi^vu ni pr^venu T^clampsie, et celle-ci se manifeste
soudain dans toute sa hideuse Evidence. En pareil cas, que faut-il
faire? Le plus habituellement saigner, saigner encore.

Pensez-vous que j'exag^re ici, ou que je manque de competence?
Eh bien, voici h I'appui de la doctrine que je soutiens & Taide d'argu-
ments de toute sorte, ^ Taide de Tanatomie, de la physiologic, comme
de la clinique, voici Topinion d'un homme considerable, de Slotlz :

Prie par le D' Charpentier de lui donner son avis sur le meilleur
traitement de reclampsie, le savant proCesseur d'obstetrique de Stras-
bourg lui r^pondait : « Je vous dirai que la saignee^ qui, dans ces der-
niers temps, a etc presque entierement abandonnee^ m'a le plus souvent
rendu d'eminenis services (1). »

C'est Tavis de tons les hommes que n'a pas aveugl6s Tesprit de
systfeme, celui de quelques-uns de vos mattres les plus justement res-
pectes, de Dubois, de Depaul, deCazeaux lui-m6me. Chacun d'eux vous
enseigne que la sdignee est alors le mode de traitement le meilleur.
Certes, et malheureusement, pour des raisons que je vais tenter d'ex-
poser tout h Theure, on ne guerit pas ainsi, et ndcessairement, toutes
les femmes atteintes; mais chez celles m6mes qui ne gu^rissent pas,
un soulagement si appreciable suit la saign^e, qu'il faut ^tre bien
entete de son syst5me pour se refuser ^ le voir.

Ici, encore un fait & Tappui, et qui n'est pas de ma pratique : M. le
professeur Hardy, qui dirige, entre autres, un grand service d'accou-
chf:ments h rh6pital Saint-Louis, et qui saigne les edamptiques, m'a
racontd le fait suivant, en m'autorisant h vous le citer :

Un jour il est appeie auprfes d'une jeune dame enceinte, en proie
depuis plusieurs heures aux convulsions de r^clampsie, et qu'un
homoBopathe laissait beatement mourir; — au moins etait-il homoeo-
pathiquement dans son droit. M. Hardy, en presence de ce grand
danger, qu'aucune action therapeutique ne venait conjurer, propose
et pratique, seance tenante, une saign^e. Les convulsions ne tardent
pas i disparattre, et il ne reste plus des accidents nerveux tout h Theure
si formidables, qu'un etat semi-comateux. Pour continuer le bon effet
de la saign^e et achever la cure, M. Hardy ordonne Tapplication de
sangsues.derri6re Toreille, et se retire. II revolt le lendemain matin la

(1) Charpentier. De Vinfluence des divers traitenients sur les acces iclampU-
ques, th^se d*agr6gation, Paris, 1872, p. l47.



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LEGONS SUR L'ECLAMPSIE PUERPERALE. 289 •

jeune dame, la retrouve dans le m^me etat de dp.mi-coma, et s'aper-
coit que les sangsues n'ont pas et^ appliqudes; il les fait mettre aus-
sitdt, el dans la journ^e tout accideAt avait cesse; la connaissance
etait d6Qmtivement revenue, la maltide etait gu6rie.

C'est \h un cas de la pratique habituelle de M. Hardy pour les
eclamptiques de son service, et je ne vous le rapporte que parce qu'il
est probant par les circonstances sp^ciales qui Tout accompagn^, la
medication antiphlogistique succ^dant brusquement li Texpectation
homoeopathique, lui succ^dant malgr^ les repugnances et Thostilite du



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