William H. (William Henry) Powell.

Archives de gynécologie et de tocologie. ... . Première annéetome XXIII, [1874-1896] online

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trace de lesion, et la femme n'etait ni enceinte, ni r^cemment acccu-
ch^e. Son reseau lymphatique du sein s'^tait pris d'arri^re en avant de
Taisselle vers le sein. II est probable que pour une region plus riche
en lymphatiques, ce fait est plus facile h produire. II est beaucoup plus
simple et plus commun pour Tovaire, si rapproche de Torgane de la
gestation.

Ce n'est sans doute \k qu'unehypothese h Tappui de laquelle il est
difficile d'apporter un fait materiel. Je la crois pourtant d'une grande



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456 Ml^MOIRES ORIGINAUX.

importance, parce qu'elle depend d'une grande loi qui doit r^gir le
d^veloppement des ph6iiom6nes inflammatoires : Propagation de tin-s
flammation dans les organes priseniant un systeme lymphatique commun,
Des coincidences infiammatoires mal expliqu6es ou expliqu^es par la
sympathie paraltraient simples et naturellement distributes si on te-
nait toujours compte de cette loi.

Ce que j'ai dit de I'ovaire pourrait 6tre dit de la trompe dans une
certaine mesure, mais je n'y insiste pas.

Ce que j'ai dit jusque-1^, faut-il le d^montrer? Non, cela ne se d^-
montre plus, car on le voitet on le touche. J'ai montr6 la plaie uterine,
les lymphatiques qui en partent, ia p^ritonite, les abc^s p^ri-ut^rins,
et ce qui rattache toutes ces lesions entre elles.. L'anatomie patholo-
gique fournit ici toutes les preuves indiscutables. On voit le peritoine
s'enflammer aux angles de Tut^rus, sur le trajet des lymphatiques
pleins de pus, on voit le tissu cellulairejs'enflammer et suppurer au-
tourd'autres vaisseaux. Toutes sortes de vari^tds se pr^sentent.

Tout ce que j'ai d^critjusque-li, je Tai observd sur des cadavres de
femmes mortes de fievre puerpdrale, dans Timmense majority des au-
topsies, en suivant les lymphatiques pleins de pus, en les injectant
au mercure, en les dissdquant avec soin. Je n'ai rien dit ici de la sym-
plomatologie parce que je me reserve de T^tudier plus loin h son tour.
Cependant, il est impossible de n'en point tenir compte, dans les cha-
pitres suivants, puisqu'on ne trouve plus cette m^me preuve anato-
mique aprfes la description.

LYlfPHANGITB BENIGNE,

Est-il probable et possible que la lymphangite engendre toujours
des afiections mortelles? Ces regions si propices au developpement de
lymphangites, ne peuvent-elles pas 6tre le si^ge d'inflammations pas-
sag^res b^nignes ou graves, sans que mort s'ensuive? l^e plus simple
bon sens permet de Taffirmer, et cependant personne n'a paru s'en
douterjusqu'au jour oti j'ai avanc^le fait et oil j'ai dit : Non-seulement
ia lymphangite benigne existe, mats elle est infiniment plus commune que
le lymphangite maligne. On le trouve h tout instant par mi les compli-
cations de Taccouchement.

J'ai alors insists sur deux points de la symptomatologie des compli-
cations pnerp^rales ; faitsconnus, mais, selon moi, mal expliqu^s : les
douleurs abdominales, u la pression sur Tabdomen vers les angles de



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LES LYMPHATIQUES UTERLNS. 4o7

TuWrus et en dehors d'eux, gdn^ralement attribute h rinflammation
des annexes.

La douleup des culs-de-sac vaginaux,lors de la pression par le tou-
cher vaginal. Ces ph^nora6nes douloureux se raontrent dans les cas
graves comme dans les cas lagers, mais dans d'autres conditions.

J'ai montr^ la rapidity de ddveloppement ou de disparition de ces
ph6nom6nes douloureux, caract^re general bien propre a la sympto-
matologie des inflammations deslymphatiques, caract6re commun aux
accidents lagers et au d^but des accidents graves.

Puis, j'ai insists sur le d^veloppemont des tumefactions dures d6ve-
lopp^es k la p^riph^rie du col, survenant brusquement et s^evanouissant
rapidement\ tumefaction attribute, par M. Bernutz, au d^veloppe-
ment de produits intraperitondaux et qui, pour moi, r^sulte de I'indu-
ration par oed^me, du tissu cellulaire peri-lymphalique circum-uterin.

Tons les degr^s d'intensite semontrent dans ces lymphangites post-
puerp^rales, depuis celles qui durent deux ou trois jours, sans laisser
de traces importantes jusqu'^ celles qui ont pour consequence une
p^ritonite sous ombilicale ou le.developperaent d'un phlegmon du li-
gament large, de la fosse iliaque. Comme je Tai dit d^j^, on voit,
lorsque les lymphangites graves se multiplient, les lymphangites b^-
nignes se multiplier plus encore, de telle sorte qu'aux ^poques d'epi-
demie, m6me parmi les malades qui survivent, il n'y en a gu^re dont
les suites de couches aient ete exemptes de ces complications.

II ne fautpas n^gliger un Element precieux d*information, la cons-
tatation d'une lesion du col du c6te ou la douleur se manifeste d'abord.
J'ai, d'ailleurs, insiste sur ce point. Dans les lymphangites rapidement
roortelles, on voit souvent la douleur d'un c6te, et, a Tautopsie, les
lesions de Tutdrus (corps ou col), limitees k un c6te, et, de m^me, des
lesions p^ri-uterines. Je signale le fait ici, parce que la douleur unila-
terale est bien plus commune dans les lymphangites benignes, ou tout
au moins dans les formes insidieuses qui n'apparaissent pas tres-
graves au d^but, et ne se terminent que longtemps apr^s Taccouche*
ment avec des complications de tons ordres.

II faudrait encore rappeler^l'appareil febrile, le frisson, si commun
dans la lymphangite, etc. Je n'en ai point parie h propos de )a lym-
phangite grave, et je m'en occuperai dans un chapitre commun, je ne
veux que dire, en terminant, que j'ai rapports h la lymphangite b('-
nigne les accidents designes par les Anglais sous le nom de famse pe-
rilonite (Ramsbotham) transient peritonitis (Fergusson).



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458 MEMOIRES ORIGINAUX.



LTMPHANGITE EN DEHORS DE L*ETAT PUERPERAL.

Je ne m'^tais pas, dans mon premier m^moire, contents des fails
precedents, j'avais annonc^ que la lymphangiLe existait en dehors de
Tt^tat puerperal et jouait un rdle important dans les maladies ut6rines ;
avec plus d*exp6rience aujourd'hui, je dirai un rdle capital. Pour
m'appuyer, je trouve du reste un document anatomique en plus. On
m'a\ ait dit que hors T^tat puerperal, les r^seaux lymphatiques 6taienl
bien difKrents de ce que Ton observe pour Fdtat de gravidity, atro-
phias, et d6s lors si peuimportants que leur r61e physiologique s'elTa-
cait. Je n'admettais point ce fait, je consid^rai comme certaine leur
reduction de volume; mais la richesse des reseaux devait persister. Le
tr^s-remarquable m^moire de M. Leopold est venu donner la preuve
deflnitive,en affirmant cette richesse lymphatique de Tutdrus non gra-
vide. Je puis done d^velopper plus nettement encore mes opinions sur
ce point.

D6s mes premieres recherches, j'avais reraarqu^ que si on observe
les gros lymphatiques purulents chez une femme k terme, on pouvait
encore les observer dans des cas interm^diaires, lorsque le developpe-
ment de Tut^rus est infiniment moindre, de fagon li montrer une lym-
phangite absolument comparable & celles d^velopp^es apr^sl'accou-
chement. Une femme, k trois mois de grossesse, caut^ris^e au fer
rouge (p. 68), eut une peritonite mortelle, et je pus constater les
vaisseaux purulents de la lymphangite.

Dans retat de vacuite, je n'ai pu observer la purulence des lympha-
tiques, mais la symptomatologie me permet d'affirmer la lymphan-
gite.

On observe k tout instant, chez des femmes qui portent des lesions
ut^rines accessibles, une ulceration du col par exemple, les ph6nom6-
suivants. Sous Tintluence de la fatigue, d'une irritation quelconque,
apr^s les cauterisations, souvent apr^sla cauterisation au nitrate d'ar-
gent, il seproduit des douleurs abdominales plus ou moins vives. Ces
douleurs occupent le has- ventre, et bien souvent un seul c6te. En ap-
pliquant les mains sur Tabdomen on eveille de la douleur, mais on
)'6veille surtout si Ton plonge avec le bout des doigts dans le petit
bassin vers un des angles de Tuterus.



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LES LYMPHATIQUES UTERINS. 459

Si on louche ces malades d5s le debut, on determine par la pfession
dans le cul-de-sac lateral correspondant, unedouleur vive; la localisa-
tion decettedouleur estsouvent extr^mement nette. Onpeut Wquem-
ment constater que du m6mec6t6 du col de Tut^rus se trouve la plaie
qui a 6ie irrit^e.

. G^n^raleraent ces phenom^nes douloureux sont passagers, ils s'6tei-
gnent en quelques jours, et, le repos aidant, les accidents s'arrfitent.
Quelquefois pourtant la douleur persiste, la fi^vre vient, le pul-de-sac
se tend et on assiste au d^veloppement d'une pelvi-peritonite ou d'un
phlegmon ; nous y reviendrons plus loin et le lecteur ne comprendra
la relation de ces ph^nomenes que quand il les aura tons 6tudi(^s.

J ai ete bien Irapp^ pour ma part de lanalogiede ces accidents avec
ceux que nous observons tons les jours chez des gens porteurs d'her-
p^s, ou de chancres, ou d'excoriations quelconques du prepuce. S'ils
ont march6 et surtout s'ils ont ^16 caut6ris^s au nitrate d'argent, on
observe la douleur locale, la douleur sur le trajet des vaisseaux jus-
qu'aux ganglions, le gonflement passager et douloureux de ceux-ci.
Ces accidents passent communement, mais ils peiivent aussi s'ag-
graver.

Pour marquer plus encore Tanalogie, notons ces ph^nom^nes doulou-
reux survenant brusquement chez les femmes atteintes de blennor-
rhagie vaginale et uterine, s'accusant par des douleurs abdominales .
tr^s-vives. On croit habitueiienient h une p^ritonite, tant les appa-
rences sont graves. Dans ces cas, la pression digitale des cul-de-sac
vaginaux est tr^s-douloureuse. Les accidents cedent en peu de jours
aux bains, aux Emollients, aux narcotiques. Ne sont-ce pas 1^ des con
ditions d*6trange analogic avec ce que Ton observe sur les angioleu-
cites de la verge se d^veloppant chez les individus qui ont des blennor-
rhagies.

Tout en faisantune hypoth^se, nous ne cessons pas de nous appuyer
sur Tanatomie. Nous n'insistons ni sur la symptomatologie, ni sur les
accidents graves pouvantfitreengendres par lesangioleucites benignes
au d6but,m6me en dehors de Tetat puerperal, pour ne pas nous r^pE-
ter en revenant aux accidents graves peri-ut^rins.



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*i6 MEMOIRES ORIGINAUX.



GROSSESSE TRI-GEMELLAIRE



Difficult^ du diagnostic. — AccoucliemeDt pr6matar6 au hniti^me
mois. — Une application de forceps.— Trois poches des eauz. — Un
placenta unique. — Un mode dlnsertion different pour chacun des
cordons ombilicaux. — Trois enfants vivants^ du sexe f^minin. —
Suites de couches normales .

(Observation prcueillie par le D' Moussous, medecin honoraire des hdpitaiix

de Bordeaux )



Madame D... m'ayant fait savoir qu'elle s'adresserait & moi, d'apr^s
Ic conseil de son medecin, pour lui donner des soins lors de son pro-
chain accouchement, j'allai la voir le 25 avril 1873, et, danscette pre-
miere visile, je recueillais les fenseignements qui euivent.

Madame D..., est Ag^e de 39 ans; son teint est Ir^s-brun, sa taille
unpen au-dessous de la moyenne; quoique d'appaVence grdle, elle se
porte ordinairement bien.

C'est la troisi^me fois qu'elle est enceinte. La premiere grossesse
. remonte h treize ans, la seconde & huit; les deux accouchemenls unt
^te normaux.

Madame D..., a eu ses regies dans Ja premiere semaine d'oclobre
!874 ; depuis cette ^poque elle n'a pas 616 menstru^e, aussi a-t-elle des
raisons parlicu litres pour placer le debut de sa grossesse acluolle en Ire
le 15 et le20 de ce m^me mois.

Elleaffirme qu'elle a senti remuer son enfant vers le commence-
ment de mars, et elle est convaincue qu'elle doit accouchcr dans les
environs du 20 juillet.

Madame D..., appelle mon attention sur la coloration de sa peau;
elle croit avoir la jaunisse, elle est dans le vrai ; car c'est bien d'un ic-
tere apyr^tique qu'elie est atteinte.

Elle me fait aussi observer que la marche de cette grossesse difT^ro
unpen de celle des deuxautres ; que, si elle n'est pas maladednnsle vrai
sens du mot, elle eprouve du moins un etat de malaise continue!; elle
se plaint de n'avoir plus de sommeil. Je lui conseille les bains bi-car-
bonat^setun peu de sirop de chloral le soir.

Un mois apr^s celto entrevue, le vingt-sept mai, ver sept heures



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GROSSESSE TRI-GEMELLAIRE. 4t)l

du matin, Madame D... me fait prier de passer chez elle. Elle m'ap-
prend que depuis ma visite elle a tou jours souffert, que son ventre a
grossi d'une fagon d^mesur^e, qu'elle respire avec une extreme diffi-
culte et ajoute que, depuis la nuit dernifere, elle ressent des douleurs
qui pourraient lui faire supposer que son accouchement est imminent,
si elle n'avait la conviction den'^tre pas ^terme.

Je fais coucher Madame D... etjeTexamine. Son abdomen est effec-
tivementdnorme; la tumeur qu'il dessine part du pubis, s*el6veen se
cintrant jusqu'au del^ de I'^pigastre, ou elle disparalt sous les iausses
cdtes qu'elle souleve ; elle a cet elargissement lateral qui caraclerise les
presentations transversales franchement accentuees, Tout le ventre
est tendu, ses plans musculaires tres-difficiles h deprimer': la i)lus le-
g^re pression y determine de la douleur. Malgr6 une exploration mi-
nutieuse que .je n'ose prolonger, car elle- fatigue Madame D.;., je ne
puis atteindre la moindre partie faHale, I'auscultation ne me permet
pas non plus de saisir les bruits d'uncanir de foetus enactivilc physio-
logiques. Dans son ensemble le raodele de Tabdomen reveille plut6t
rid^e d'une ascite considerable que d'une grossesse pres de son
terme.

Le toucher que je pratique complete mon examen ; non-seulement
j'acquiers la certitude que Madame D... est enceinte, mais encore celle
que le travail est commence. Mon doigt atteint aisement le segment
inferieur de Tuterus dejk rendu dans I'excavation, repousse par une
partie foetale qu'il coifie et que je reconnais pour 6tre le vertex. Le
col est corapl6tement efface; la dilatation de son orifice d^passe en
etendue la dimension d'une pi^ce de 2 francs.

Le doigt, en s'insinuant entre le pourtour de rorifice et les membra-
nes, se rend compte du petit volume de la partie en presentation, qui,
restee mobile, est facile k repousser. Cela n'a rien d'^tonnant du reste,
car Madame D... a le bassin bien conforme et n'est arrivee qu'au
deux cent dix-neuvieme jour de la gestation (I); ce qui ne s'explique
pas aussi aisement, c'est la coincidence d'un fa?tus si petit et d'un ven-
tre si volumineux. Je crus tout d'abord h Texistence d'une grossesse
gemellaire ; mais, pour des raisons que je donnerai plus tard, je re-
poussai cette idee pour adopter celle d'une grossesse simple avec hy-
dropisie de Tamnios.

(I) En acceptant le '20 octobre comme date de la conception* le 27 mai,
Mme D... 6tait au 219«= jour de sc grossesse.



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462 MEMOIRES ORlGlNAUX.

J'annongai h Madame D... qu'elle ^tait en travail, qu'elle accouche-
rait probablement dans la journ^e et je me retirai. A midi je revois
Madame D...; elle est inqui^te, .agacee. Le travail n*est pas franc,
marche avec lenteur ; cepencjant la dilatation est en progr6s; k2 heu-
res, elle est presque complete; mais les contractions, au lieu de se rap-
procher, s'espacent de plus en plus et arrivent bientdt au calme
plat.
. Persuade que le travail 6tait entrave par la surabondance du liquide
amniotique, je me d6cidai h rompre les membranes. Les eaux s'ecou-
15rent en quantity. Je constatai la position : c'6taitla premiere du som-
met. Je pus me convaincre une fois encore de la petitesse du fcetus au
peu d'^cartement existant entre les deux tbntanelles. Deux ou trois
douleurs rapproch^rpnt le vertex du plancher perineal; mais I'accalmie
se manifesta de nouveau avec une persistance qui desolait Mme D...
Pour en finir, je pris le parti d'aller saisir la t^te avec le petit forceps
anglais ; par une seule traction mod^rde, j'en operai le degagement.
Pendant que j'^tais occupy ^ retirer la branchedroite du tracteur. sous
rinfluence d'uhe contraction, le reste du corps du foetus, avec un flot
de liquide, fut lanc6 comme un trait au dehors de la vulve ; je dus le
saisir, pour ainsi dire k la vol^e, aflri de Tempficher de rouler sur le
parquet. II 6tait d^bile, mais il respira; il pesait 1,005 grammes et
mesurait 35 centimetres, comme je m'en assurai plus tard.

Mme D... 6tait en face de moi, en travers du lit de mis^re, les deux
jambes appuy^es sur deux chaises; j'c^tais donc^ monaise pour lasur-
veiller, et ce ne fut pas sans ^tonnement que je m'apergus que son ven-
tre n'avait presque rien perdu de son volume primitif.

Par prudence, je sectionnai le cordon ombilical entre deux ligatures,
et Tenfarit remis k la garde, je m'occupai de la mere. J'acquis imme-
diatement la certitude que Tut^rus contenait un second foetus ; une
nouvelle poche des eaux avait d^j^ envahi son orilice; on y trouvait
une petite partie fcetale mobile qui donnait la sensation d'un pied.
Apr^s la d^chirure des membranes qui ne se fit pas longtemps atten-
dre, le membre abdominal gauche prolabe apparut h la vulve. Le
second enfant se pr^sentait par le si^ge, son sacrum regardant le c6te
lateral gauche du bassin maternel. Les hanches sorties, un mouvement
de spirale ramena le plan abdominal sous Tarcade pubienne; je ne le
contrariai pas. Avec un produit aussi petit, la deflexion de la t^te ne
pouvait 6tre un embarras.

L'expulsion termin^e^ Tenfant, Comme i'avait fait le precedent, se



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GROSSESSE TRI-GEMELLAIRE. 463

mit k respirer. II 6tait un peu plus vigoureux, pesait 1,230 grammes,
raesurait 36 centimetres. Le second cordon fut seclionn^ comme le
premier entre deux ligatures, car tout n'^tait pas termine : Mme D...
avait encore k traverser une nouvelle ^preuve, et je dusluiapprendre,
en faisant appel k toute son ^nergie, qu'eJle allait donner naissance k
un troisidme enfant.

N'ayant pas de seigle ergote sous la main, je lui administrai presque
coup sur coup, trois cuiller^es k caK de la liqueur obst^tricale de Lie-
geard, dont j'avais un flacon dans ma sacoche : c'^lait urie garantie
contre une inartie probable de la matrice, qui 6tait k redouter au mo-
ment de la d^livrance. Un quart d'heure apr^s, le troisi^me fcetus lut
expulse ; il pr^sentait le sommet, la petite Ibntanelle en avant et k gau-
che. II n'y eut pas de mouvement de rotation des epaules : le d6gage-
ment sefit, le plan abdominal fr61ant la commissure du p^rinee. C'etait
le plus ch^tif des trois fcetus. Comme les deux premiers, il respira im-
mediatement. II pesait 980 grammes, et mesurait 34 centimetres.

L'uterus revenu sur lui-m6me, fortement contracts, je ne lis rien pour
hater le d^coUement du placenta; il s'op^ra physiologiquement 20 mi-
nutes apr^s Texpulsion du dernier enfant. Quand j'eus la conviction
qu'il etait en partie rendu dans le vagin, je I'attirai vers la vulve, k
I'aide des trois cordons r^unis en un faisceau ; puis, I'enroulant plu-
sieurs fois sur lui-m^me, je Tentralnai au dehors, non sans peine, car
il etait tr^s-volumineux. Mme D... perdit peu de sang : elle ^tait fati-
guee, je la iaissai deux heures sur le petit lit.

Le lendemain j'examimii le placenta. II est commun aux trois foetus,
d'une forme discoide; son contour est regulier. Dans lesensdesa plus
grande largeur il a 28 centimetres, 27 dans celui de sa longueur. Le
metre, deroul^ autour deson bord circulaire, arrive k 71 centimtoes.

Dans la partie centrale, son ^paisseur est de 4 centimetres. Je ferai
remarquer, qu'immerg6 dans I'alcool depuis pr5s de quinze heures, il
a d^ja subi dans son ensemble un mouvement de retrait. Bien ^goutt^,
il donne un poids de 997 grammes.

Au terroe de lagrossesse, en moyenne, le placenta est long de ibk 17
centimetres — large de 13 ^ 16 — et p^se de 500 k 600 gr. (1).

Si Ton se rappelle que celui que j'^tudie n'a pas encore atteint son
entier deVeloppement physiologique, qu'il lui manque encore une cin-

(I) Naegele et Greriser. Trad, par Aubenat^; 1869, p. 54*



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464 MblMOIRES ORIGINAUX.

quantaine de jours de vie intra-uterine, on conviendra qu*il peul 6tre

class6 dans les placentas plus que volumineux.



Placenta, face fcelalc.
P, masse placontaire. A, cordon de Tenfant, l*-"'' ne (insertion marginalc\ B, cordon de
I'enfant, 2" ne (insertion centrale). C, cordon du 3" enfant (^insertion vclamentosa).
D. D', I)", debris des niembraneF. E, E', E'*, rcstc de la caduque. F, sorte de nceud
dun des cordons coiislitue par des adi;erences. G, grandc anastomose cntre les cor
dons A et B. C, petite anastomose cntre les tcrminaisons des cordons B ctC. —
Poids du placenta 997 grammes, lianteur 88 centimetres, largcur 27 centimMres,
bord circulairc 1\ centimetres.

Sa lace uterine n'offre rion de particulicr : les cotyledons sont regu-
li^rement developpes : lessillonsqui les separent n'ontrien de special,
et dans leurs protbndeurs je n'ai point rencontre ces ponls membra-
neux qui, quelquefbis, rclient des placentas primitivement isoles.

Sur la face fcetale, bien quechaque f'aHusaiteu une loge particuliere



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GROSSESSE TRI-GEMELLAIRE. 463

et que les parlies en presentation se soient avanc^es dans le bassin pre-
cedees d'une poche des eaux r^guliferement constitute , je ne retrouve
pas distinctes, les traces des cloisons formees par Tadossement des mem-
branes, ce qui pourrait s'expliquer par les lacerations que j'«i dH n6ces-
sairement infliger au chorion et k Tamnios de chaque foBtus, au moment
de Textraction du delivre, qui n'a pas ete, comme jeTai dit, sans diffi-
culte. Ce que la face foetale oflrede vraiment curieux, ce sont les points
d'attache des tro»s cordons ombilicaux. Ne dirait-on pas, en elTet, que
ces cordons inlelligents, forces par la mauvaise fortune de vivre sur un
territoire trop restreint, ont compris qu'ils se devaient des concessions
rautuelles sans que ces concessions, loutefois, dussent aller jusqu'ii
Tabdication de leur importance individuelle. Aussi, le plus vigoureux
des trois, celui qui appartient kTenfantle moinsdebile, s'est-ilinstalie
dans la partie centrale du delivre (insertion centrale), k la place de
choix : nEgoprimam iollo, nominor quoniam fco.w Celui quivient aprfes
n'ose envahir le placenta et se contente de n'entrer en relation avec
Jui que par une portion de son bord (insertion marginale) ; enfin, le
plus inflme des trois, celui de Tenfant le plus cWtif, ne Tatteint que
par les extr^mites deli^es de sa veine et de ses deux arteres, son inser-
tion s'etant faite en plein sur les membranes (insertion velamentosa).
Une grande et une petite anastomose etablissent, entre les vaisseaux
des trois cordons, des communications manifestes, et prouvent que la
precaution que j'avais prise de lier les deux bouts de chaque lige vas-
culaire n'elait pas inutile. Ainsi se trouvent reunis, par une bizarrerie
etrange, sur une mtoe piece, les trois modes (^'insertion du cordon
que decrivent les anatomistes.

Reflexions. — La grossesse trigemellaire n'est pas commune. En
Anglelerre, en Allemagne, elle est un peu moins rare qu'en Prance,
oil on ne la rencontre qu'une fois sur 11,105 grossesses. A la Clinique
de Paris, sur 1^,333 accouchements, pratiques dans cetetablissement,
dans une p^riode de dixhuit annees, un seul a donne trois produits.
A Bordeaux, dans une mdme annee, Rousset, Ch. Dubreuilh et Bur-
guet ont, chacun, observe une grossesse trigemellaire. Quant ^ ce qui
me concerne, je n'etonnerai personne en disant que, le jour ou je me
suis trouve en presence de MmeD..., je n'avais aucune experience
personnelle de ce genre de grossesse; il n'est done pas surprenant que

Archives de Tocologie. — aout 1875. 30



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466 MEMOIRES ORIGINAUX.

je Taie meconnue. La grossesse trig^mellaire n'a point, du reste, un
syndrome qui lui soil particulier.

Le diagnostic des grossesses multiples, bas6 sur le d^veloppement
insolile du* ventre, sur son ^largissement lateral, sur la depression
verticale qui le divise en deux segments, sur la possibilile de perce-
voir en divers points de la paroi abdominale la sensation des mouve-
ments actifs du foetus, enfin, sur la gene extreme de la respiration : ce
diagnostic, devenu classique depuis Mauriceau, vise bien plus la gros-
sesse g6mellaire que celle h trois produits.

Paul Dubois professait que le diagnostic de Mauriceau, m^me pour
la grossesse gemellaire, n'avait rien d'absolu, et qu'il arrivait souvent
de constater tons les signes d^crits par lui chez des femmes qui n'ac-
couchaient que d*un seul enfant. Depuis Mauriceau, Mayorde Geneve,
de Kergaradec, Paul Dubois, et surlout Depaul, en appliquant h Tob-
stetrique Timmortelle d^couverte de Lagnnec, ont dot^ le diagnostic
des grossesses en g^n^ral, d'un degv6 de precision qui lui manquait.



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