William H. (William Henry) Powell.

Archives de gynécologie et de tocologie. ... . Première annéetome XXIII, [1874-1896] online

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Elle est plus molle; on dirait qu*elle marche vers la suppuration, et
les douleurs spontan^es et provoqu^es sont tr^s-vives. On sent tou-
jours au niveau du d^troit sup^rieur une tumeur moins grosse sur
laquelle le doigt roule; elle est sensible.

M6me traitement.

Deux mois de repos dans le service am^nent du calme dans les ph6-
nom^nes douloureux.

Je n'ai pas revu la malade it la sortie, mais je viensde la retrouver
ces jours dernier8(16 juin 1875), Apr6s trois mois de santd passable,



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LES LYMPHATIQUES UTISRINS. 539

elle a recommence k souffrip du ventre. Le toucher montre encore une
tumeur bien circonscrite, mais aussi volumineuse qu'un oeuf, accol6e
k l*ut6rus, trfes-douloureuse h la pression, le col est ulc^r^. L'amai-
grissement de la malade a fait des progrfes. Au niveau du d6troit su-
p^rieur, 11 n'existe plus de tumeur.

Cette fois, J ai pu observer bien nettement le debut d'une tumeur
qui, circonscrite, ne paraissait pas avoir plus du volume d'une noi-
sette, puis, progressivement, cette tumeur a grossi, et, lorsqueje vis
la malade h rhdpital Necker, elle avait le volume d'un petit oBufet
tendait ^se ramollir. Rien qu'^ caus2 du siege, on est en droit desup-
poser I'exislence d*une nddnite; mais il y avait en outre, chez ceLlo
femme, une tumeur douloureuse au niveau du d^troit sup^rieur, peu
volumineuse, arrondie, dislincte de la pr^c^dente, et dont la persis-
tance fut noi6e h de longs intervalles. II y avait eu ulceration du col
utdrin, surtout du cdtd droit.

La marche de cette tumeur et son si^ge ayant 616 bien caract^ris-
tiques, je me crois en droit de supposer ici une adenite chronique
avecpouss^es inflammatoires p^ripheriques. Au d^but, les ganglions
plus elev^s ont 616 pris, aujourd'hui, on ne retrouve que ceux qui sont
accolfe h Tut^rus.

A plusieurs reprises j'ai montr6 cette malade, et lesph^nomSnes que
j'indique ont frapp6 tous les observateurs.

J*ai cite ces deux cas, parce qu'ils me paraissent typiques. Dans
le second surtout, toute revolution du mal a 616 suivie. Si Ton
admet dans cette rt^gion la presence des ganglions, on admettra n^ces-
sairement la production d*une adenite. Je ne sais pas, en vdritd, quelle
tumeur pr^senterait les phenom5nes observe.

Je pense done que chaque fois que, aux points indiqu^s, on verra
se developper une tumeur limitee, h marche chronique ou subaiguC,
accessible surtout par le toucher vaginal, on sera en droit de supposer
le d6veloppement d'un ganglion p6ri-uterin, les Idsions du col et du
corps de Tutdrus en 6tant le point de depart. Cette inflammation pourra,
du reste, sommeiller, puisser^veiller, comme on le voit frdquemment
pour les inflammations ganglionnaires.

Ces cas doivent 6tre rapprochds d'autres ob I'inflammation p6ri-
ganglionnaire et perilymphatique prenant une forme plus aiguC et plus
extensive, am5ne, dans des conditions analogues, des abc6s du liga-
ment large, abcfes iliaques.

Je ne peux encore apporter toutes les preuves nScroscopiques h



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•J40 MEMOIRES ORIGINAUX.

Tappui, mais je puis arguerde Tetat des ganglions dans cerlaines au-
topsies, les ganglions dtant trfes-developpes au milieu des phlegmons.
M. Siredey a vu tout recerament, h Tautopsie d'une personne caulori-
s^e pour un cancroide du col, un phlegmon du ligament large conle-
nantun ganglion tr5s-volumineux et enflamme.

Je suis convaincu qu'il aura sufii de signaler la possibility deces
productions ganglionnaireset periganglionnaires, pour qu'il soitfacilc
h chaque observateur d'en reconnaltre de nombreux exemples.



LEgONS SUR UECLAMPSIE PUERPERALK

SES CAUSES, SA NATURE ET SON TRAITEMENT
— SUITE ET FIN. —

Par le D' IH. Peter , m^decia de rh6pital Saint- Anioinc



Pour justifier ma doctrine de \Biplethore quantitative chez la femme
grosse et des r^sultats de cette plethore agissant sur le rein en parti-
ier pour y produire la s^rumurie avec ses consequences possibles,
Turindmie et Teclampsie, c'est-^-dire la typhisation urinemique, j'ai
invoqu^, dans des logons precedentes, Topinion traditionnelle des an-
cicns accoucheurs quant h la plethore generale; les analogies morbides
(quant ^ la pie thorc renale) de la plethore pulmonaire et h^palique;
les raisons anatomiques, quant h T^tat du coeur et des vaisseaux du
systfeme ut^rin ; et les raisons physiologiques, quant h la necessite
d'une plus grande masse de sang pour la nutrition du foetus.

Mais il s'en faut bien que j'aie dpuis6 la sdrie de mes argumenls:
des savants contemporains m'en fournissent d'autres h I'envi, etdes
plus concordants.

Le D' A. Mohamed, medecin rdsidant h Thdpital des Devreux de
Londres, dans de?, etudes sur VEtiologie de la maladie de Bright, a
constate que « Teclampsie puerperale et Talbuminurie ont une cause
predisposante dans la haute tension qui e.iiste dans le systeme artk-
niEh pendant la grossesse , » De cette augmentation de tension result^
« la transsudation au travers du rein des principes cristallisables du
sang (conditions qui constituent ce qu'il appelle la periode prealbumin
nu7ique ei « sont facilement remediables, » dit-il), —puis survienncnl
Valbuminurie, suivie d'hydropisie et des symptOmes habituels de ia
maladie de Bright; Talteration des reins et des autres organes excni-



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LEt;ONS SUR L'ECLAMPSIE PIEKPEIULE. oil

loire5,*produitepar uiiu congestion el uiie foute tension akteuiklle,
crabord aigues^ipms chroniques ; ces alterations sont la desquamali on et
Toblil^ration des tubuli, la d^generescence graisseuse, la regression
et la retraction » (i).

Ainsi, M. Mohamad a constate les deux chosesque je vous ai dites
oxister dans la grossesse, la plus grande tension arterielle et la trans-
sudation du sung hira.versle vein. La plus grande tension arterielle
lui aete r^veiee par le sphygmographe ; la transsudation a travers le
rein, en premier lieu, des principes cristallisables du sang, il Ta de-
couverte h Taide de la teinture de gaiac, qui donne alors, versde deli-
catement dans Turine, uneteinte bleue caracteristique; et cela lors-
qu'on ne peat encore decouvrir, soit par ie microscope, soit par le
spectroscope, soit par Tacide nitrique, ni albumine, ni globules san-
guins.

Eh bien, ce que M. Mohamed a reconnu et signale pour la totality
du syst^me art^riel de la femme grosse, Taugmentation de tension, la
. plethora vasculaire, M. Galezowski Ta indirectement constate sur unc
portion limitee du syst^me arteriel, celle du globe oculaire. Get ha-
bile ophthalmologue a vu, chez la femme grosse, et sous I'influence
de causes qui, en d'autres conditions physiologiques, n'eussent pas eu
de lels resultals, a vu, dis-je, survenir le glaucome hemorrhagiqueei les
anc'vrysmes miliaires. Or, ce. qui prouve bien le r61e etiologique de la
grande tension vasculaire, c'est-^-diredli trop-de-sang dans ToBil de la
femme grosse, c'est que le glaucome n^ guerissait, malgr^ le traile-
ment le plus rationnel, qii'apres r accouchement, c'est-^-dire qu'apresla
decongestion generale de la femme et la d^congestion partielle de son
ceil.

Les laits si int^ressants de M. Galezowski, et les reflexions dont il
Jes accompiigne, prouvent trop en favour de la these que je soutiens,
pour que jc ne vous les cite pas sommairement.

Quant au r61e de la grossesse sur la production de ces accidents,
M. Galezowski n'en doute guere : « Sous Tinfluence d'une cause pre-
disposante generale, telle que la gestation ou de toute autre nature,
dit-il, j'ai vu se produire des symptdraes glaucomateux des plus gra-
ves, avee des apoplexies de la chambre anterieure et du corps vitre,
qui ne ced5rentdeiinitiveraent^w'(7pm C accouchement. )>

(I) Actesde laSocieU ray ale de inedccineetdechirurgiede Londres, stumce du
\\ avril fR74.



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^^S MEMOIRES ORIGINAUX.

Voici d'ailleurs ces fails :

Dans un premier cas, M. Galezowski cite le fait d'une jeune femme
de 24 ans, qui, au cinqui^me mois de sa grossesse, avail regu le 5 fe-
vrier un coup de parapluie sur I'cBil gauche. Le mdme jour, Toeil se
trouble, piais h la suite d'un bain de pieds sinapis6 eel accident dispa-
rait. Huit jours apr^s, Toeil se trouble de nouveau, el de fortes dou-
leurs de I6te se font sentir.

Vingl jours aprte Taccident, M. Galezowski constate les symptd-
mes suivants : ceil dur, el pr^senlanl tons les signes du glaucoma.
Injection p^rikeralique el scleroticale par suite de Tengorj^ement des
gros vaisseaux ; pupille dilatee el immobile ; hyphema Irfes-prononc^
el trouble dans le corps vilr6 ; douleurs n^vralgiques p^ri-orbitaires
des plus violentes, p6riodiques ; vue lr6s-troublee ; la malade pent ^
peine distinguer avec le n** 7.

M. Galezowski prescril Tapplication de qualre sangsues derrifere
Toreille, lesquelles produisenl du soulagement. Huit jours plus tard,
de nouvelles douleurs ndcessilenl une nouvelle application de sang-
sues.

Un mois apr6s, vers le milieu de mars, non-seulemenl Thyph^ma
n'a pas diminu6, mais toute la chambre anlerieure est remplie de
sang. M. Galezowski pratique alors la paracenldse el evacue une
parlie du sang et de Thumeur aqueuse. Soulagement immddial; mais
vers la tin de la m6me semaine, les accidents se renouvellent avec
une excessive violence, et un nouvel 6panchement se forme. Nouvelle
paracent^se. El c'est ainsi que, dans Tespace de trois semaines,
M. QalezowsW pratique qualre fois cette operation. La pommade de
morphine ne calmail pas les douleurs, el il n'y avail que les com-
presses avec extrail de jusquiame el d'opium qui pussent amener un
soulagement rapide.

Au commencement du mois de mai, la malade distinguait h peine
de eel oeil le jour de la nuit, el on conslatail tous les signes du glau-
come. C'est alors que M* Galezowski declara qu'on pouvait esp^rer
une amelioration apres les couches. En efiet, la malade accouche le
iO juin ; or, h parlir de ce moment, Tetat de Toeil s'am^liore sensible-
ment. Tout le sang se r^sorbe, et versie 10 aoAl on trouvait Tirisplus
foncd el la pupille dilaWe; Toeil encore un peu dur; la chambre
anlerieure transparente, bi6n qu'il exislAl h la parlie inferieure une
gouUe de sang coagul^. La malade ne distinguait pas les coulcurs,
sinonenbas, par la p6riph6rie. A Tint^rieur de Toeil, on voyait des



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LEgONS sua L'ECLAMPSIE PUERPERALE. 543

flocons analogues ^ des membranes blanches simulant un d^collement.
La pupill^etait plus blanche que du c6te sain. La malade ne voyait
pas au point oil elle avait regu le coup. Le retour des couches n*ayant
pas encore eu lieu, M. Galezowski pensait que I'am^lioration serait
plus grande encore k ce moment. En effet, le 15 novembre, I'cBil est
gueri, la malade distingue len* 2 de I'^chelle.

« Ce fait, dit M. Galezowski, nous semble presenter un trfes-grand
inter^t pratique au point de vue de la marche des accidents et de la
guerison que nous avons vus se produire tres-rapidement apres taccou-
chement.

« Au premier abord il semblait que Taccidentqui etait survenuchez
cette malade ^tail dH au coup de parapluie, et nullement hla, grossesse.
Mais un examen plusattentif d(§montra facilement que la cause de hi
maladie ^tait ailleurset que le coup n'^tait qu'une cause occasionnelle,
tandis que la maladie devint progressive, avec tons les symptdmes
graves du glaucome aigu h^morrhagique, qui ne cesserent qu'ttvecCac-
conchement. II y a eu 1^ probablement rupture d'un vaisseau du cer-
cle ciliaire, qui nese cicatrisa qu'incompl^tement; de nouveaux ^pan-
chemenls se produisirent par suite de la rupture de lanouvelle poche
andvrysmale; iln'y ague f accouchement qui Ca guerie, enfaisant cesser
r6tat particulier propre h la grossesse. » Maisquelle importance faut*
il donner k Taccident et au coup regu par la malade ? — < II est incon-
testable, ajoute encore M. Galezow^ski, qu'^ lui seul, le coup regu sur
rceil n'aurait pas amene des symptdmes glaucomateux aussi intenses
et se prolongeant jusqu'^ Taccouchement, si la grossesse n'avait pas
predisposi h ces accidents hemorrhagiques. »

Chez une autre femme, M. Galezowski a eu I'occasion d'observer
des anevrysmes miliaires de la ratine survenus, comme le glaucome
hemorrhagique, pendant la grossesse, et, comme lui, k la suite d'un
coup.

Mais il n'y a pas le moindre doute, dit M. Galezowski, que, dans
les conditions ordinaires (c*est-^-dire en dehors de T^tat de grossesse),
le coup n'aurait pas produit de pareils d^sordres; tout au plusaurait-
on vu des hemorrhagies sur la ratine ou la chorolde, des flocons du
Corps vitr^, des accidents du c6t6 de Tiris et du^cristallin. Ici on trou ve,
il est vrai, les traces de la dechirure sur la ratine, mais au bout de
deux mois la physionomie de la maladie change, et c*est^ ce moment



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oM MKMOIRES ORIGINAUX.

seulement que M. Galezowski peutapercevoir des anevrysmes miliai-
res tr^s-nombreux (1). •

Je n'ht^sile pas, pour ma part, ^ rapporler h cc m^rne etat.de ple-
thore vasculaire de Toeil curtains autres accidents fonctionnels ^prou-
v^s par les Itrnmes grosses. Ainsi le scotome central signale par le
D' Galezowski : « La maliide volt apparaitre tout ^ coup une (ache
plus ou moins large, tout a fait opaque, sur le point de fixation, el
lous les objets lui paraissent voiles, foncdsou ni^me invisibles. » Ces
scotomes durent ordinairement assez longlcmps, souvent deux ou
trois semaines, et mt^me pendant une cerlaine partie de la grossesse.

D'autres fois c'est de Vatnbli/epie ou une amaurose complete, ^ignalce
par Desmarres et Galezowski, et qui peut durer plus ou moins long-
temps.

Void mainlcnant, pour ma doctrine de la seruniuric, la jusliQcation
physiologique.

Suivant Ktiss, le glomdrule du rein laisse passer dans le tube uri-
niRjre, non de Teau pure, mais le sentm du sang, par un simple phe-
nom^ne de tiltration due h la pression considerable du sang dans ce
s^lom^rule. Mais le s^nim du sang ne difT^re de Purine que par de
Valbumine en plus; le s(5rum fillvd par le glomerule ne peut done deve-
nir de Turine que par la resorption de I'albumine : c'est 1^ le r61e des
tubes urinif&res. Dans leurs circonvolu lions nombreuses, qui multi-
plient les contacts, leur Epithelium, qui est clair et transparent, et
non granuleux comme celui des cul?-de-sac secreteurs des glandes,
rosorbe Talbumine. Et alors le liquide qui sort de ce tube est deflniti-
vement dus^rum du sang moins deValbvmine^ c'e<t-a-dire Turine telle
que nous la connaissons.

I A Tappui, KUss fait voir que la pression vasculaire est au maximum
dans le glom^rule du rein, tandis qu'elle est au minimum dans les
tubes urinileres; que la premiere condition favoriso la filtration pure
et ^mplc du serum du sang (comme on le voit quand une ligature,
interrompant la circulation veineuse, augmente la pression dans les
capillaires et fait fltrer ^ travers leurs parois le s(^rum avec tousses
principes: eau, sels, albumine, etc.); tandis que Id seconde condition
(pression minima) favorise au contraire Tabsorption. La preuve de la
filtration du serum du glomdi ule dans le tube urinifece se trouve dan?

(I) M. Galezowski, liecueil d'ophthalniologie, num6ro de juillet 1871, Sur
les alUrations oculaires des femmes enceintes, p. 365.



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LECUNS bUH L'ECLAMPSIE FUEHPEHALE. 545

ce fait pathologique, h savoir que, lorsqu'un tube urinftere est obli-
lere, la partie rest^e permeable se dilate et se transfbrme en kyste,
donl le contenu est un liquide « idenlique au serum du sang. »

La preuve de la resorption de Talbumine par r^pith^lium des lubes

uriniftres se tire de la presence m^me de cetle albumine dansl'urine,

uu cas oil r^pith^lium est malade ou d^truit, c'est-^-dire au cas oil,

necessairement, il cesse de fonctionner. aLesauteurs, dit Ktlss, qui

Ibnt jouer h cet Epithelium un rdle de s6cr6tion, par lequel la parol du

lube ajouterait a Teau flltree les principes constituants de I'urine, se

voient en face d'une singuliere contradiction, quand ils veulent expli-

quer la pathog^nie de Talbuminurie, car il resulterait de Icur maniere

de voir que, quand cet 6pith61ium est malade, ilsEcreterait-non-seule-

ment les mat^riaux solides quid'ordinaireentrentdansla constitution

do I'urine, mais encore un nouvel element, Talbumine; ainsi, exem-

plo unique dans Teconomie, cet Epithelium h TEtat pathologique fojic-

lionnei'ait plus actwement qu'h TEtat normal, tout en livrant tous les

elements qu'il livre h i'etat normal (1).

Ql'a toujours etE \k mon argument principal, et, J'osele dire, triom-
phant centre les doctrines actuellement plus ou moins classiques de
I'albuminurie! Comment, leur objectais-je, la desorganisation du rein
aurait pour effet delepourvoir d'une nouvelleet mystErieuse fonction:
par une sorte de folic secretoire^ il choisirait dans le sErum du sang la
partie pr^cisEraent la moins exosmotique, Talbumine, etrefuserait le ^
passage k ce qui est le plus exosmotique, I'urEe et les sels !

Ainsi, suivant Kliss, que I'epithelium des canalicules uriniferes
cesse de fonctionner ou fonctionne insufSsamment, et I'individu, au
lieu de pisser de Turine, pisse du serum; ce qui est absolument d'ac-
cord avec ma theorie. Maintenant, d'aprds ces mtoes vues physiolo-
giques de Ktlss, la sErumurie de la ffemme grosse se comprendrait de
la faQon suivante^: pression vasculaire excessive du glomErule, filtra-
tion du serum devenue alors si considerable que TepithElium des cana-
licules est Incapable de resorber la totality de Talbumine dece sErum;
en consequence, arrivEe definitive dans les bassinets, d'une part, d'une
urine nornaale, plus, d'autre part, de cette portion du sErum dontPal-
bumine n'a pas 6te rEsorbee (2}.



(I) Kuss, Couj's de pkysiologie, i87-2. p. 490.

(d) Dans ces logons sur I'tclampsie pucrp^rale, jo n'ai fait qu'appliquor h
Li 11 cas particulier, I'^tat de grossesse et ses deviations morbides possibles.
Archives de Tocologie. — skptembre i87u. 35



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546 MEMOIttES OHIGINAUX.

S'il fallaitjpar surcroU, ajouter quelque chose encore a Tappui de
la doctrine que je vous expose, il suffirait de faire ressortir Tembarrae
des auteurs qui soutiennent Topinion adverse. Par exemple, ceux qui
attribuent T^clampsie puerp^rale k la g^ne circulatoire du rein resul-
tant de la compression des veines r^nales par Tut^rus gravide sent
fort emp^ch^s pour expliquer T^clampsie des premiers mois de la
grossesse, alors que la matrice n'a pas encore d^pass^ la ceinlure pel-
vienne. Contraints par I'^vidence k abandonner pour ces faits la theo-
rie mecanique, ils invoquent alors je ne sais quelle dyscf^asie du sang.

De sorte que voil&, de compte fait, deux explications pour une, a
propos du m6me accident morbide et k Toccasion du m^me 6tat phy-
siologique. Ce qui rend au moins douteuse la valeur de chacune d'elles
et suffirait m6nie pour faire rejeter Tune ou Tautre, si non Tune et
Tautre; car, en v^rite, il est difficile d'admettre que I'infortun^efemme
enceinte soit ainsi poursuivie de mois en mois par Teclampsie, armee
d'abord de la dyscrasie, plus tard de la compression veineuse. Ce
serait par trop d'incl^mence k la nature que de vouloir aussi impitoya-
blementla mort de qui pr^cis^ment s'occupe k propager la vie !

D*ailleurs, dysa^asie est bientdt dit, et peut satisfaire les gens d'hu-
meur facile ou passionnes du grec. Mais encore faudrait-il s'entendre:
que peut, dans Pesp^ce, ^tre cette dyscrasie? « Rien de plus simple au
monde; une dyscrasie produite par le trouble prolonge des fonctiom



mes doctrines Sur la serumurie (et non ralbuminuriej, le typhus urinemiqu(
(et non rur6mie}, en fin I'^clampsie (qui n'est qu'un mode particulier de la
typhysation urinifemique).

Ces doctrines, je les ai profess^es d6s 1869, h Thdpital de la Piti6, pui^
en 1871 et 1872, k I'hdpital de la Charity, dans une suite de lemons sur la
serumurie et Vurin^tnie. G'est plus •tard, en 1873, que j'ai trouv6 dans le
livre de physiologic de KQss, publi6e par Math. Duval, la confirmation de
mes vues sur lastrr^tion de Turine; et en 1874 j'ai eu \€ bonheur de voir,
dans les Techerches exp6rimentales de F.-A. Mohamed, la demonstration
de mes doctrifies ?ur la pathog*^nic de la s6rumurie dans les cas aigus, et,
particuli6remant , dans la convalescence de la scarlatine ainsi que dans
r^tat de grossesse.

Je mentionne ces details, d'abord pour raontrcr que je nc suis pas seul a
voir autrcment que les classiques contemporains ; ensuite que je n*ai em-
prunt6 a personne ma fagon d' interpreter les faits, puisque j'ai, au con-
traire, pr636d6 dans cette voie les physiologistes et les exp6i»imentateurg*
Ceci soit moins pour ma glorification que pour celle de la dinique propr«-
ment dite.



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LE<;ONS SUK L'ECLAMPSIfc; FUKRPEKALK. o47

digestives In Je le veux bien ; mais alors que de choses vous avez h
prouver !

1* Prouver.que les femmes grosses qui pissent de Talbumine et
deviennent ^clamptiques ont eu pr6cis6ment t ce trouble prolong^ des
fonctions digestives ; »

2* Riciproquemeiit prouver que celles qui ont eu des vomissements
incoercibles ont une fuite d*albumine par le rein et deviennent ^clamp-
liques. — Or c'est ce qui n'est pas.

Maintenant, aprte avoir d^montre (ce qu'on ne peut faire) la rea-
lite des troubles digestifs pr^alables et g^n^rateurs de la dyscrasie, il
faudrait entrer plus avant dans T^lude intime du phenom^ne dyscra-
sique. Or, dans Thypoth^se, une femme qui vomit tout, ou qui ne
digere que mal ou point, doit faire n^cessairement peu d'albumine, ou
n'en faire que de mauvaise quality. -

Si elle en fait peu, la dyscrasie en question serait de Vhypoalbu-
minose ; et comment comprendre alors que la femme pisse Talbumine
de son sang, preciseraent parce qu'il y en a moins dans ce liquide ?
(Jue si, tout incomprehensible qu'elle soit, la chose avait lieu de la
.sorte, ce serait la refutation de la th^orie de Talbuminurie par hyper"
albuminose. Car enlin, si bon caractere qu'on ait, on ne peut admettre
buccessivement que Ton puisse ainsi pisser son albumine parce qu'on
en a trop peu, et la pisser encore parce qu'on en a trop/

D'autre part, si la femme fait de la mauvaise albumine, de Talbu-
mine cas6iforme, il faudrait faire voir comment le passage de cette
albumine k travers le rein sain -entralne ralt^ration de celui-ci et pro-
duit la lesion brightique ; ce qui reviendrait ^ prouver que TefTet pro-
duit la cause.

Enfin, on a dit aussi, k bout de raisons, que T^clampsie des pre-
miers mois de la grossesse pourrait bien tenir k une maladie des reins
primitive ou tndirectemeni (?) produite par la grossesse. En ellet, tout
peut arriver ; mais on conviendra que ce sont 1^ d'etranges explica-
tions.

Je sais bien qu'on a dit encore — que n'a-t-on pas dit? — que V/nj-
dremie rendait Talbumine du sang plus dialysable, et par suite plus
susceptible de iiltrer k travers le rein ; d'oii Talbuminurie. On m^con-
nait alors une objection bien simple et neanmoins bien puissante:
c'est que tout an^mique vrai (par perte de sang excessive) repare im-
m^diatemcnt, en tant que masse, sa perte liquide par Teau de sa bois-
son et deviant ainsi hydremique au sens le plus etroit du mot. Or,



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o48 REVUE SCIENTIFIUI'E ETRANGEUL.

dans rhypoLh^se, Talbumine de cct anemique par hemorrhagie doit
s'en kydf^ater d'autant, devenir de ralbumine plus exosmotique el
flltrer h travers le rein ; — c'esL preoisement ce qui n'est pas.

En resume, chez toute femmo grosse, le fait primordial, logique el
necessatre pour la nutrition du nouvel ^Ire (fait dont profile en general
la femme grosse commela femelle pleine, qui alors engraisse) ; le fait
primordial, logique et n^cessaire, c'est Taugmentation de la masse du
sang, c'est la polyemie.

Maintenant, qu'il y ait polyemie avec chifTre normal on anormalde
globules, c'est 1^ un accident contingent dans ta fait necessaire, la
polyemie. De sorte qu'il pent y avoir et qu'il y a, chez les femmes de
nos villes, et surtout chez les femmes pauvres de nos villes, polyemie
avec hypoglobulie, mais n^anmoins toujours polyemie.

L'erreur nosologique a 6i^ de dire anemic parce qu*il y avait hypo-
globulie; de prendre ainsi la partie pour le tout ; de ne pas voir que
la masse du sang ^tait augmentee; que les accidents, lorsqu'il s'en
produisait, ^taient dus ^ cette augmentation dans la masse du liquide
circulant, — riche ou pauvre en globules, d — non a une anemie qui
n'existe pas.

Et Terreur therapeutique connexe a ^te de ne pas voir que Tafllux
possible de ce trop-de-sang dans un organe tres-vasculaire (qu'il fQt le
poumon, le foie, le rein ou ToBil) pouvait — ,riche ou pauvre en glo-



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