William H. (William Henry) Powell.

Archives de gynécologie et de tocologie. ... . Première annéetome XXIII, [1874-1896] online

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que la grossesse irait h son terme. L'expulsion de Toeuf ne se fit que
plusieurs semaines aprfes que les vomissements avaient cess^.

Dans sa th^sede concours (i), M. Gu^niot rapporte que lors d'avor-
tement ou d'accouchement provoque, souvent les vomissements ont
cess^ immediatement apr6s la ponction, citant le cas de Robert Lee,
oil Tceuf fut ponctionn^ et vid^, et oh Tavortement ne se fit que quel-
ques semaines plus tard, et cependant les vomissements cesserent
aprds la ponction.



(I ) Des vomissemenls incoercibles pendant la grossesse. Paris, 1863, chez
. Delahaye.



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o58 hKVUE CLINIQUE.

MmeCalle,sage-l*einme en chef de la Malernile, a rapporle Tobser-
vation d'une.femme h trois mois de grossesse, chez laquelle P. Dubois
pratiqua ravortement. II decoUa Toeuf , en introduisant deux fois la
sonde uterine. D^s apr5s Top^ration les vomissements cesserent. de-
pendant Texpulsion du produit de la conception ne se fit que six se-
maines apr^s.

Le foetus avait survecu & I'op^ration, ce qui fut d6montr6 parce
qu'on enlendit plus tarddes bruits du cceur, et aussi parce qu'il avait
continue k s'accroitre, son volume lors de Texpulsion en 6tait une
preuve. Mme Calle, qui a suivi la malade tres-altentivement, a bien
voulu nous cesdonner details.

Ces faits, on le voit, sont favorables M'hypothdse de M. Copemaii,
a savoir que la distension de Tut^rua, une sorte de contracture, peut
par action r^flexe araener les vomissements, mais on rencontre encore
des observations oh des modifications minimes du col ont entrain6 la
disparition des vomissements. On trouve dans le Diciionnaire despra-
ticiens^ I'indication et le r^sum^ de cas oil des aangsues (art. 4692), des
cauterisations au fer rouge ou m6me des attouchements au nitrate
d'argent sur le col (art. 7614) les ont arr6t6s.

Enfin, M. Tarnier nous rapportait ces jours-ci une observation plus
curieuse encore. Chez une femme multipare, au troisi^me mois de
la grossesse, il put observer des vomissements incoercibles contre le»-
quels on avait essay6 de difKrents moyena sans succte, et les acci-
dents^taientmenagants. II eut ridee d'introduire dans le vagin un grws
tampon de ouate qu'il lais^a en place. Les accidents cessferent pourne '
plus reparaltre* Sur le tampon, il y avait un pen de glyc6rol6 de bella-
done; mais M. Tarnier attache peu d'importance itce medicament;
c est h Taction m6canique da tampon qu'il faut rapporter la gu^rison.

II est incontestable que ces faits sont d'un haat enseignement pra*
tique, et pour ifotre part, en cas d'accidents semblables, nous tente-
rons certainement Tapplicalion si simple du tampon. Nous emploie-
rons-ensuite, en cas d'insucc^s, la methode de M.^ Copeman, qui en
peu de temps,adej& pour elle la sanction d'une importante experience.

En outre, on peut voir imm^diatement combien cette methode rem-
porte sur toutes celles deslinees k provoquerravortementrapide.Nom
seulement, elle peut conserver la vie de I'enfant, mais elle est h coup
sdr moins dangereuse pour la m^re que la manoeuvre destin^e iassu-
rer Tavortement. Probablement k cause du mauvais ^tat general qui
emptohe de supporter le travail et ses consequences^ la mortality aprte



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KEVUE CLINIQUE. 5o9

ravortement provoque dans ces cas est ^norme. M. Gueniot cite onze
cas de mort sur trente-deux cas. L'operation de M. Copeman ne doit
pasexposer^ des consequences aussi necessairement graves, at nous
sommes assures que noslecteurs s'empresseront d'y recourir h la pre-
■mitre occasion. {Journal de medecineet de chirurgie pratiques.)

VomiMements inooercibles de la grossesse. — Hyoscyamine.

M. le U'' Pitois, prot'csseur h Tficole de m^decine de Rennes,
pense qu'on peut tirer parti de I'hyoscyamine contre les vomissements
incoercibles de la grossesse. Au moins il rapporte deux cas remarqua-
bles de succfes,

« Au mois dc rnar^, je fus nppel6 aupr^s de Mme X..., marine depuis cinq
mois et enceinte de six semaines environ. Ellc vomissait constamment de-
puis huit jours, sans gardcr ni aliments, ni boissons, m^me une gorgte
d*eau ^lac6e. Pendant quinze jours , tous les moyens pharmaceutiques
furent mis en usage.

Gependant, le temps pressuit, la faiblesso devenait menagante ; malgnr
les lavements de vin et de bouillon, les syncopes se rep6taient auxmoindre=
mouvements. L*id6e me vint alors d'essayer un dernier moyen : je formula!
une potion de i!2o grammes dans laquelleje fis entrer ctn^ milligrammes
d'hyoscyamine, avec indication d'en faire prendre une cuiller6e k cal'e
d'heure en heure.

La troisi^me dose n'amena pas d'efTorts de vomissements ; la sixi^mo i'ul
remplac^e par une demi-cuiller6e k bouche de malaga qui tut parfaitemenl
support^e ; k partir de ce moment, je iis alterner ma prescription :
Huit beures, cuiller6e k caf6 d'hyoscyamine ;
Neuf beures, demi-cuiller^e de malaga ;
Dix beures, une cuiller6ede bouillon glac6.

Le lendemain matin, k dix beures, M. L... me tendait la main en sourianl
et me disait d'augmenter la ration de bouillon et de remplacer le malaga
par du lait glac6. J'obtemp^rai t'acilement a cette demande. Tout fut pai -
faitement diger6 ; la convalescence fut rapide, la grossesse suivit son cours;
il n'y a plus eu un seul romissement.

A Tappui de ce premier fait, j*en ai un deuxi6me de date plus r6cente :
Mme B..., inari6e depuis six mois, enceinte de trois mois, me consullait^ le
i8 mai, pour des vomissements qui Tavaient forc6e de s'aliter depuis buit
jours ; lis remontaient k cinq semaines environ. Cette femme 6tait d'autanl
plus effray6e qu*elle connait Mme L..., et qu'elle savait tous les dangers
que celle-ci avait courus.

La mdme medication a eu identiquement le mfime r6sultat. Voili done .
4^ux faits a porter k Tactif de I'hyoscyamine. Nous ne nous bAtons pas trop
de conclure, mais nous souhaitons qu*on exp6rimente, la chose est ici per*
mise, car le sujet est assez grave et la m^tbode peu dangereuse, »

{Idetrn)



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•ittO REVUE CLINIOUE.

Separation da vagin et du col do rut^rns par one cloison inter-
ntdro-vaginale. Observalioa recueillie 4 la clinique des maladies ven^riennef
de rb^pital civil d'Alger (service da D' Am^d^e Maarin).

Obs. — Dans la salle Sainte-Madeleine estcouch^e la nominee Aicha-Ben-
Djclloul, jeune Mauresque Ag6e de 2-2 ans, forte, grande, k formes opulentes,
(lent la sant6 a toujours 6t6 bonne et qui a v6cu dans de tr^s-bonnes condi-
lions hygi6niqnes.

11 y aquatre ans, elle quitta Cherchell, avec sa mdre et sa sceur, pour
venir vivre h Alger. A I'Age de 1:2 ans, elle eut la petite v6role, dont elle
gnrde des traces ind616biles sur le visage. En dehors de cette iievre Eruptive,
olle ne se souvient pas d'avoir eu aucune indisposition grave. Elle a 6t^ r6gl6e
H 17 ans, marine tout de suite, et est rest6e liuit mois avec son mari, qui
ost mort du typhus. Ses regies ne se sonl jamais troublees; ellcs durent
isilre sept et huit jours, et sont accompagn6es de quelques coliques et de
maux de reins. Elle n*a pas eu d'enfants ni fait de fausses couches. Entree
ii rhdpital, elle eut, des le lendemain, ses regies. Elle n'a jamais subi au-
cun traitemeot, n'a jamais et6 envoy^e en dispensaire et ne pr6sente aucune
trace de chnncre. D'ailleurs ses repbnscs sont tr6s-nettes et d6gag6es des
rjticences qui pourraient faire suspecter sa sincerity. Elle n'a pas eu de
motif pour interrompre la vie galante qu'elle m^ne dcpuis la mort de sou
mari.

A I'examen, elle pr6sente les parti cularit6s suivantes :

Lc sp6culum de Cusco introduit ne se d6veloppe que lr6s-incompl6te-
mont; il ne p6n^tre que jusqu'aux trois quarts de sa longueur, et, lors-
(lu'on presse sur les branches du levier, on sent qu'il est repouss6 k mesure
(juc les valves s'^cartent. On apergoit au fond trois trous pouvant laisser
passer chacun la pointe mousse d'un long stylet d'argent; il sont sur la
m6me ligne et distants entre eux de 1 centimetre. Pas trace du col de
i'ut^rus. Ce stylet s'enfonce de 3 i 4 centimetres et ne donne pas la sensa-
tion dune resistance mjarquee. La prudence ordonnant de ne point exercer
rlc pression, j'explore, en faisant subir au stylet des mouvements de lat^
ralit6, et j*acquiers la conviction que par les trois orifices on p^n^tre dans
une m6me cavite. Deux stylets introduits par les orifices se rencontrent en
arriere.

Le sang des regies doit sortir par ces trois orifices, car, au moment m6me
dc I'examen au speculum, on voit sourdre trois petites goutlelettes de sero-
sit6 transparente jaunAtre et leg^rement lilante.

La palpation par le vagin et par le rectum, en pressant d'une main sur la
puroi abdominale, permet dc faire balotter Tuterus et d'en scntir nettement
la pr6scnce.

II n'y avait pas lieu de penser qu'aucun dc ces orifices ttait Touverlurc
du col de Vuterus, car deux stylets plong6sparall61ement nc se seraient pat
lencontres en arri^re. et Ton n'aurait pas obtonu des mouvements de lat^-
ralite aussi considerables. Je pensai done, tout examen accompli, que j'avnia
alfaire a une cloison inter-ut6ro-vaginale, anomalie fort rare sans doute,



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REVUE CLINIQUE. 561

que je n'ai rencontr6e ni dans la pratique de mes maltres dans les h6pitaux
de Paris, ni dans la mienne, qui date pourtant de plus de vingt ans ; ano-
malie, dis-je, que des circonstances morbides peuvent determiner, et qu'il
est important de signaler k cause des consequences qui peuvent en d6cou-
ler, soit au point de vue de la f6condation, soit au point de I'accouche-
ment.

J'introduisis un stylet long et recourb6, pour voir si je ne pourrais pas
ramener une des brides etpour me rendrecompte si, en arri^re, il n'yavait
pas quelque adherence ou quelque danger d'h6morrbagie. Je fus vite jas-
sur6, et je tranchai cette bride h I'aide de longs ciseaux. Les tissus s*6car-
t^rent et Toeil put p6n6trer dans une arridre-cavite. Un peu de perchlorure
de fer tr6s-6tendu d'eau sufQt pour arrfiter quelques gouttes de sang qui
s'^chapp^rent des 16vres de la bride coup6e.

Puis je passai a I'autre bride, qui etait un peu plus large et un peu plus
6paisse, et je la divisai de la m6mo manidre, et je pus alors apQrcevoir le
col de I'uterus au fond de I'arriere-cavite; je pus m6me introduire rextr6-
mit6 d'un stylet' dans le museau de tanche. Je venais done de rompre une
cloison inter-ut6ro-vaginale.

Je plagai entre les bords de la plaie un bourdonnet de charpie imbib6 de
perchlorure de fer. Je lis couchcr la maladc et lui recommandai le repos le
plus complet et le decubitus dorsal.

Le pansement a et6 renouvel6 tous les jours, et apr^s cinq jours les parois
6taient k peu pr6s cicatris^es.

I] est bon de noter la difference d'aspect des tissus du vagin et de cette
arriSre-cavite. La muqueuse vaginale est blanchatre, celle de I'arriere-cavite
est rose vif et semble tout h faif depourvue d'epithfelium. II y aurait en ce
cas analogie de structure entre cette arriere-ca>rite et les cavites closes; sa
membrane participerait de la structure des s^reuses. Cot aspect se remarque
surtout au pourtour du col de Tuterus, qui est tr^s-petit et dont les 16vres
ant^rieure et post6rieilre no sont pas bien form6es.

Une autre particularite not6e relative au col, c'est qu'il ne fait pas saillie
a rexlr^mite du vagin : il est comme refouie en haut et un peu d6vi6 a
gauche. II est bon de noter toutefois qu'apr^s sept jours do pansements, et
alors que toute trace des brides eemble avoir disparu, — on ne panse plus
qa'h I'aide d'un bourdonnet de charpie imbibe de vin aromatique, — Tas-
pect de I'arriere-cavite change, et il semble qu'on voie repithelium sq for-
mer d'avant en arridre et envahir le tissu du cul-de-sac utero-vaginal^
comme le ferait une couche epidermique sur une partie de la poau d6nud6e
par un v6sicatoire.

Dix jours apres Toperation, les regies surviennent, qui forcent a inter-
rompre le pansement; elles sontnormales et sans douleurs.

A quoi peut etre due une semblable anomalie?
EUe peut etre naturelle sans doute et congenitale; mais ne serait-il
pas plus raisonnable de remonter h lepoque oil cette jeune lemme a
Archives de Tocologie, — septembrb 1875 36



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^62 REVUE CLINIQUE.

eu la petite v^role, et de rapportJer h celle-ci la formation de ces brides

par inflammation adhesive des deux parois vaginales ?

II est impossible d'accuser une inflammation d'origine venerienne
d'une semblable consequence, car les chancres mous, m^mo tr6s-eten-
dus du vagin se cicatrisent sans determiner des vices de conformation
(il y a dans la salle Sainte-Madeleine plusieurs exemples tr^s-frap-
pants et trfes-remarquables de cette observation). D'ailleurs elle ne se
souvient pas d'avoir, [iaucune epoque et en aucun temps, interrompu
ses rapports sexuels et garde le lit pour une maladie des organes g6ni-
taux.

Elle n'a fait ni enfants ni fausses couches, et elle n'a point ele
bless^e.

II fautdonc se rattacher ou h un vice congenital ou h une inflam-
mation adhesive des parois du vagin, consecutive h la lievre eruptive
qu'elle a eue k douze ans.

La presence des trois petits orifices semblerait indiquer que les
epoques menstruelles ont eu quelque influence sur le mode de forma-
tion de cette cloison.

Deux fails restent h eclaircir : c'est influence de cette cloison sur la
fecondation et sur Taccouchement. Elle n'a pas congu, quoique mariee
et vivant trfes-reguliferement avec son mari ; elle n'a pas congu depuis
lors, 'quoique les femmes d'Orient soient tres-disposees ^ la grossesse,
meme dans la promiscuite. II est h croire que Tespace compris cDtre
la cloison et le col de Tuterus est k^peu pr^s constamment lubrifie par
des mucosites qui peuvent mettre obstacle k la fecondation. D'ailleurs,
les trois petits orifices que nous avons signalds comme existant dans
la cloison, sont d'une etroitesse telle qu'il serait difficile d'admettre que
les liquides projetes d'avant [en arrifere pussent les franchir avec
facilite*

Ce premier point semble resolu : une pareille cloison est un obstacle
^ la fecondation.

Mais il nous reste k nous preoccuper de ce qu*il serait advenu si,
par une de ces exceptions rares, comme le professeur Moreau avnit
rhabituded'enciter quelques-unes dans ses cours, la fecondation avail
eu lieu? Que serait devenu I'accoucheur au moment de la constatation
du travail ?

II est evident que Tobservation que nous publions ofTre k cfi point de
vue un trfes-grand inter6t.

L'accouchement aurait eu lieu dans des circonstances trfes-penibles,



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REVUE CLINIQUE. o63

et si la nature ne s*6tait charg^e, par une rupture de la cloison, de
modifier le passage, il aurait pu arriver que la mfere et Tenfant eussent
couru les plus grands perils.

Aicha-ben-Djelloul est sortie de I'hdpital parfaitement gu^rie apr^s
un mois et demi de traitement ou d'expectation.

{Gazette hebdomadaire.)

Grossesseextra-utdrineabdominale; gastrotomie sous-ombilicale.

Les grodsesses extra-uWrines pr^sentent dans leur anatomic patho-
logique, leurmarcheetleursterminaisous, des ph6nom6nes si bizarres
que, pour la plupart des variet^s, on pourrait dire pour toutes, la
science n'a pu encore formuler de pr^ceptes d^Iinitifs, capables de
soumettre ^des regies precises Tintervention chirurgicale.

C'est en accumulant les faits sur cet important chapitre de toco-
logie, en les comparant et en les synth^tisant, qu'il sera possible
d'arriver h des deductions pratiques r^ellement utiles. L'observation
suivante n'est qu'un document de plus apport6 k la question si com-
plexe des grossesses extra-ut^rines; k ce titreelle nous paraitassez
int^ressante pour voir le jour.

Une femme indigene de 35 ans environ, Nedjemah X..., d'une bonne con-
stitution, bien conform6e, et n'ayant jamais 6t6 atteinle de maladies graves,
eut en 1367 une premiere grossesse qui se termina au troisi^me mois par
une fausse couche. Cette fausse couche fut suivie d*une affection ut6rine
mal caract6ris6e, une d6vialion, tr^s-probablement. Nedjemah devient en-
ceinte pour la seconde fois au mois de mai 1874, et conduit sa grossesse
r6gali6rement jusqu'au mois de novembre, 6poque k laquelle la sagp-femme
constate les mouvements actifs et les batteraents du ccEur du foetus. La
femme lui montre une tumeur ombilicale, r6ductible, indolente, ayant
toutes les apparences d*une hernie. Cette tumeur est maintenue r6duite par
Tapplication d'un bandage. Les choses 6tant en cet 6tat, et paraissant mar-
cher tr6s-bien, Nedjemah est heurt6e volemment, dans les derniers jours
de novembre, par un enfant qui tombe d'une 6chelle, sur elle; k la suite de
cet accident, elle ne sent plus les mouvements du fcetus et souffre de dou-
leurs assez vives dans Tabdomen.

Au commencement de d6cembre, perte de sang assez abondante par le
vagin; douleurs intermittentes dans le bas-ventre et les lombes; dysurie ;
les aiamelles donnent du lait par la pression. La sage-femme, apr§s avoir
pratiqu6 le toucher et avoir reconnu quelque chose d'insolite dans la situa-
tion de la malade, nous conduit aupr6s d'elle. Voici ce que nous consta-

tons :

A la palpation de Tabdomen, on reconnalt facilement qu'un foetus volu-
niineux y est plac6 transversalement ; ses saillies, ses in^galit^s semblent
presque iinnUdiatement sous la main. L'auscultation est negative quant aux



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564 REVUE CLINIQUE.

bruits du coeur, mais nous fait entendre un bruit de souffle tr^s-manifeste
dans Ja fosse iliaque gauche. Le col est a peine accessible au doigt ; il ne
parait ni dilate, ni ramolli ; nous con sta tons au speculum qu'il est tres-6leve,
dirig6 en arri^re, assez long, ferm6, un pen frangd sur les deux l^vres.
Malgr6 les douleurs, il ne pouvait done 6tre question d*un commencement
de travail. Le foetus 6tait certainement mort. Quant au diagnostic de I'etat
de lafemme,il ne laissait pas que de nous embarrasser; nous h6sitions entre
deu.x hypotheses : ou bien nousavions alfaire a une grossesse extra-uterine
abdominale, ou bien k une presentation du tronc avec accouchement pro-
bable a bref d61ai. Dans les deux cas, nous crimes prudent d^attendre de
nouvelles indications pour intervenir.

Le 48 d6cembre, nous sommes rappel6 aupr^s de la malade. Depuis quel-
ques jours, elle a des acc^s f6briles intermittents. Ges acc6s s'amoindris-
sent par Tadministration du sulfate de quinine, mais ne peuvent etre cou-
pes. La malade prend un teint icteriqne tr^s-prononce.

Dans les demiers jours de d6cembre, I'etat g6n6ral s*6tait sensiblement
am6lior6. De c6te de Tuterus, tout restait dans le mfime 6tat; le ventre gar-
dait la m6me forme et n'etait plus douloureux ; la tumeur r6ductible de
Tombilic devenait de plus en plus volumineuse, lorsqu^clle n'6tait pas maia-
tenue par un bandage de corps. A cette epoque, survient une phlegmatia alba
dolens double, contrelaquellenous prescrivons le sulfate de quinine, Taconit
et les diur6tiques. Get accident conjure, la malade eut quelques jours de
calme.

Le 15 Janvier 1875, la tumeur ombilicale s'ouvrit spontanement par un
pertuis qui laissa 6couler en grande abondance un liquide jaunAtre. Un stylet
introduit dans Touverture, se perdait pour ainsi dire dans une vaste cavile,
il heurtait dans toutes les directions centre des obstacles qui ne nous pa-
rurent autre chose que les parties foetales. De cet instant, nous jugeAmes
n6cessaire d'en terminer aii plus vite avec une grossesse dangereuse pour
la femme, k tons les titres. La proposition d'une operation rencontre une
violente opposition. L'etat de la malade s'aggrave : le liquide qui s'^coule
par Tombilic devient rapidement infect, des acc^s de fievre violents sur-
viennent malgr6 le sulfate de quinine ; Tinfection purulente est imminente.
Enfm, sur notre menace de^ne plus voir la malade, sa famille consent 21 nouS
I'amener h. Thdpital le 10 Janvier au soir.

Le20 au matin, nous procedons k rop6ration avecTassistance des D''«Lofl-
guet Trudeau, m6decins aides-majors. La malade 6tant chloroform^ et
ayant le rectum et lavessie vides, nous pratiquons sur la ligne medianede
Tabdomen une incision de 12 centimetres, partantde la listule ombilicale et
so dirigeantvers la symphiso pubionne ; nous divisons la parol abdominale
couchc par couche. Nousarrivons ainsi sur untissu qui ne nous parait etre
que le p6ritoine epaissi, nous Tincisons sur la sonde canneiee. Le fceiusfait
immediatement saillie dans la plaic, son plan lateral gauche est en avant;
un bras sort, nous le s6parons du tronc avec de forts ciseaux embryotdmes;
le cou estegalement scctionn6; Ic tronc ct les membrea inferieurs sontes-
traits; la tetc est ensuite amenee ftvnlemcnt.
Lo foetus a approximativement Ic volume et Ic poids d'uu enfant aterme:



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REVUE CLTNIQUE. 565

il d^gage une odeur de putrefaction complete; toutes ses parties sont ra-
molliea; les teguments du crAnes'en vont en lambeaux sousles doi^s.

Le kyste maternel laisse 6couler une grande quantit6 d'un liquide gris
jaunatre infect, et entralne des debris membraneux mac6r6s, m6connais-5
sables. Le lavage de la cavil6 est fait a I'eau ph6niqu6e et alcoolis^e ; les
6ponges enl6vent ensuite les derniers r^sidus, et, parmi ceux-ci, quelques
debris du cordon ombilical. Le kyste, qui s*6tend tr^s-loin de chaque c6t6
dans le sens transversal, paratt 6tre constitu6 uniquement par le p6ritoine
6paissi et recouvert d'exsudats; les doigts promen^s dans toutes les direc-
tions n*y rencontrent pas trace de d6livre.

La plaie abdominale est r6unie dans les deux tiers sup^rieurs par trois
points de suture m6tallique ; un gros drain est plac6 dans Tangle inf6rieur;
un linge de gaze, un plumasseau de charpie, compl6tent le pansement. Un
tube en caoutchouc de 40 metres, enroul6 sur lui-m6me en forme de galettei
dont les tours sont rattach6s entre eux par des ligatures de gros fil, est
plac6 sur le ventre ; de I'eau froide y circule comme dans un siphon. Une
r6frig6ration mddiate constante doit ainsi 6tre maintenue en permanence sur
Tabdomen de rop6r6e, pour pr6venir ou mod6rer les accidents inflamma-
toires. Presc. : D., inf. tilleul ed.; vin de quinquina, pot. alcoolat. d'aco-
nit, i gramme.

La journ^e se passe assez bien ; T^coulement d'une grartde quantity de
liquide par la plaie n6cessite le soir un second pansement. Pouls : matin,
90; soir, 92. Temp. : 39ojusqu'k sixheures du soir; k septheures, 37°,5; k
huit heures, 37°. La r6frig6ration mediate est suspendue.

Le 21 au matin. La nuit s'est assez bien pass6e, la malade a repos6 ; 6cou-
lement tr^s-abondant de liquide par la plaie: selles spontan6es, miction fa-
cile. P., 80. T., 370,2. — Presc. : bouillon, vin gen^reux, pot. extr. aconit;
lavages et injections ph6niqu6es. — Dans la journ6e, acc^s de fi^vre : k
midi, P. 112. T. 37o,o. — A 2 heures, 120 pulsations, 38o,2. — A 8 heures
du soir, le pouls 6tait redescendu k 90 et la temperature k 36*,8. Nouveau
pansement, apres lequel ; agitation, battements du cceur tumultueux, syn-
cope de quelques minutes.

Le 22 au matin, un liquide tres-infect s'est ecoule ; la douleur abdomi-
nale est moderee. P. 92 ; T. 36°,8 . — AprSs le pansement, nous renouQons
h rirrigation mediate en raison de I'abaissement de la temperature. MSmes
prescriptions que la veille, plus sulf. quin. 1 gr. — Un incident d'un tres-
facheux pronostic se produit au pansement du soir. Dans la charpie, et dans
le liquide qui s'ecoule dans la plaie, nous tn»uvons des filaments de vermi-
celle donne k dix heures. — Dans I'apres-midi, oscillations fr^quentes dans
la temperature; tomb6e k 37°, elle se reieve seulement lentement jusqu'i
minuit. 38<».

Le 23 au matin, apr^s une nuit d'insomnie, de subdeiire, le pouls est
k 100, tres-faible, la temperature k 37'»,8; une selle de matiere dure. —
Un lombric dans le pansement. Presc. D. pot. sulf. 1 gr., ether 2 gr.; vin de
quinq. — A midi, pouls filiforme, T. 38<>. Sueur abondante, syncope; mort,
L'autopsie, par suite de I'insistance que mirent les parents k Tempecher,
ne put etre que tres-sommaire. 11 nous fut cependant permis de constater



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S66 REVUE CLINIQUE.

r6tat de la cavit6 abdominale. Nous agrandissons vers Tappendice xiphoide
la plaie de rop6ration at nous compl6tons, par deux coups de couteau, Tin-
cision cruciale; nous mettons ainsi k nu la face profonde du kyste. Toute
cette vaste poche est constitute par une couche pseudo-membraneuse to-
menteuse, tr^s-vasculaire par places, et reunissant entre elles toutes les
anses du paquet intestinal. Dans toutes les anfractuositfis, nous ne trou-
vons pas traces de chorion ou de placenta; les culs-de-sac v6sico-ut6rin et
recto-ut6rin sent nets et rev6tu8 comme le reste de la oavit6 p6riton6ale de



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