William H. (William Henry) Powell.

Archives de gynécologie et de tocologie. ... . Première annéetome XXIII, [1874-1896] online

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vie menstruelle, c'est-^-dire entre 15 et 45 ans, succombent, ou bien
aprfes raccouchement. ou bien h la suite d'une longue maladie chro-
nique. Dans le premier cas, la menstruation n'existe plus depuis neuf
raofs; dans le second les regies ont cesse, presque toujours. depuis des
mois et m^me depuis plusieurs ann^es avant la mort.

Ce n'est done que tr^s-rarement que Ton pent avoir des uterus qui,
au moment de la mort, pr^sentent les modifications habituelles h cet
organe, pendant le flux raenstruel et pendant Tintervalle intra-men-
struel.

II y a encore une autre raison pour laquelle la marche de la mens- .

tru-ation est entour^e de tant d'obscurit^ et de doute, c'est que, m^me

lorsque Toccasion est offerte d'dtudier des uterus qui, au moment de

la mort, sont soumis aux changements particuliers h cet organe, on

ne proflte pas sufBsamment de ce que Torgane, qui a cependant ete

examin6«Lvec plus grand soin sous d*autres pointsde vue, a^le ^tudi^,

selon la r^gle, sans tenir compte de la date de ses derni6res regies;

aussi bien que de T^poque a laquelle I'ecoulement menstruel suivant

aurait eu lieu si la vie de la femme s*etait continu^e, en exceptant

cependant les cas dans lesquels Tutdrus presente des signes evidents

d'un flux cjitam^nial commnnc6 d6]k ou imminent. Cependant, on ne

peut avoir une connaissance exacte des phenom^nes qui se passent

dans la matrice de la femme, ^cette epoque, qu*en dtudiant une serie

d'ut^rus, pris aux difTerentes dpoques de la periode menstruelle et

internienstruelle. Aussi faut-il, dans [les recherches, tenir compte *

et du temps qui s'est 6cou\6 depuis les . dernieres regies, et de celui

qui se serait dcoul6 jusqu'aux regies suivantes si la femme avait vdcu,

C'est pour n'avoir pas tenu compte de ces precautions que la mu-

queuse uterine a ^16 d^crite si dilTeremment par les divers observa-

teurs qui ont ecrit sur ce sujet. Les uns Tout dtudi^ au moment de

SOD plus grand developpement, et' les autres pendant la periode dc

croissance. Voil^ pourquoi quelques auteurs la considerent comme

^paisse et contenant de nomb reuses glandes, d'autres la regardent

comme tres-minc'e en n'ayant que peu de glandes* D^autres, enfin.

nient m^me completement son existence.

L'auteur §tablit que son memoire a pour but d'dtudier les modili-
Cations qui ont lieu dans la muqu(;use uterine, dans Tespace de quatre
semaines, ou pendant le temps qui s*^coule entre la cessation d'une



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624 REVUE SCIENTIFIQUE ETRANGERE.

^poque mensLruelle et la terminaison de I'epoque suivanle. Cette
^tude repose sur robservation des uterus de douze lerames morles
aux diflerentes ^poques de la periode menslruelle et intermens-
truelle. Ces uterus constituent une serie complete, et dan? tous, sauf
pour deuK d'enlre eux, ]a date des regies a pu ^tre Qx^e avec certitude.

Le Dr Williams pense que le nciieux est, dans cette 6tude, de com
mencer par d^crire les caract^res de la muqueuse h la fin de la mens-
truation, etde prendre I'^tat de cette membrane k ce moment, comme
terme de comparaison pour les autres opoqucs.

!• Le premier uterus est celui d'une femme de 35 ans, ayanteu
des enfants, et qui est morte h Thdpital le neuvieme jour, d'une fievre
typhoide. Elle avait ete menslruee quatre jours avant sa mort, et V^
coiilement n'avait pas completement cessd quand la mort arriva. L*u-
t^rus a macer^ pendant quelques jours dans Talcool avant Texaraen.

La cavity du corps de la matrice est plus large que de coutume. II
contient quelques lambeaux d'une membrane molle, en m6me temps
qu'un peu de mucus sanguinolent. Les parois oppos^es ne sont pas en
contact. La surfacejinterne 6taitteinte de sang, et on y voyait attaches
beaucoup de petits lambeaux membraneux qui lui donnaient une ap-
parence in^gale et floconneuse. En suivant de bas en haut la mem-
brane interne, h travers le col de Tut^rus, on la voyait se terminer
brusquement au-dessus de Torifice interne, avec un bord nettement
indiqu^, et au-dessus de ce point la muqueuse faisait defaut.

Le Dr Tayler Smith a observed la mdme chose : <c J'ai eu Toccasion,
dit-il, d'observer plusieurs uterus de femmes mortes pendant le flux
catam^nial. Dans tous les cas, j'ai trouv^ la muqueuse du corps de la
matrice, ou bien dans un 6tat de desegregation, ou bien man quant
completement. Dans Tun de ces cas la muqueuse avait tout h fait dis-
paru. A la partie sup^rieure du col la d^cbirure 6tait tr6s-apparente.
Dans le canal cervical la muqueuse etait en parfait ^tat; mais, k To-
rifice interne, elle cessait brusquement et comme si elle avait ete dis=-
s^qu^ avec un scalpel au-dessous de ce point (Manual uf obstetrics).

Dans une section perpendiculaire k la surface interne de Tuterus,
les faisceaux de fibres musculaires se voyaient tr6s-bien k la surface
et etaient d'une couleur brunatre.

2o Le second uterus provenait d'une femme morte du tetanos. On
ne put avoir de renseignements sur T^poque menstruelle, mais il ne
pouvait douter que la menstruation n'eiit cess^ depuis peu, car Tu-
U5rus avait une apparence identique k ce qui est d^crit plus haul. La



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REVUE CLINIQUE. 625

surface de la cavit6 du corps, cependant., avail moins de parties flo-
conneuses fix6es sur elle, et pr^sentait, pour cette raison, une appa-
rence plus lisse que dans Tul^rus precedent. Get uterus, examin6
pendant qu*il ^lait encore frais, pr^sentait h la surface interne de son
corps, de nombreux points desquels on pouvait faire suinter du sang
h la pression.

Ces deux uterus furent durcis dans Pal cool, et aprte cela examines
au moyen du microscope.

(The obstetrical Journal).
A suivre.



REVUE CLINIQUE.



Femme rachitique. « Bassin de V cent, et demi. — 2* grossesse. -^
Accouchement pr6matur6 artiflciel & sept mois et demi environ. —
Complications. — Enfant n6 mort. — Suites naturelles pour la
femme.

Le 28 jum 1875 s'est pr6sent^e &la Clinique la femme H...,blanchisseuse
&g6e de 'id ans, enceinte pour la seconde fois et arriv6e au septi^me mois
de sa grossesse. Elle raconte qu'elle est venue accoucher pour la premiere
fois k terme , il y a trois ans, k la Clinique, que son accouchement a 6t6
trds-difQciie, qu'il a fallu employer le forceps et que I'enfant a succomb6
quelques minutes apr^s sa naissance. Elle vient, ajoute't-elle, long temps avant
le terme, M. Depaul le Ivi ayant conseilli, parce qu'elle a un bassin de 7 centi"
mdlres et demi seulement. On s'est reports aux cahiers d'observation et on a
trouv6 en effet que cette femme avait bien retenu la legon faite par M. De-
paul dans un but facile k comprendre.

Cette femme, qui porte sur ses membres des deformations rachitiques
peu marquees, est petite (I m6lre 20 centimetres de hauteur), la colonne
vert6brale est droite, mais le bassin pr^sente une diminution notable du
diam^tre ant6ro-post6rieur du d6troit sup6rieur; en effet, le professeur
ayant voulu contrdler sa premiere mensuration, trouve encore 7 centime-
tres et demi. Les demieres regies ont apparu le 15 novembre 1874, elles
revenaient, avant cette ^poque, r^guli^rement et avec abondance, il n'y a
**eu aucun des accidents ordinaires pendant la grossesse, la femme est sous
ce rapport dans les meilleurs conditions. D'un autre cdt6, les battements du
coeur de I'enfant s'entendent nettement et fortement.du c6t6 droit.

Le professeur d6cida, dans Tint^rdt de Tenfant et dans celui de la m^re,
de provoquer Taccouchement avant terme et k un moment oCi le diamfetre
bipari^tal de la tete foe tale pourrait encore passer k travers un bassin ainsi
r6tr6ci. Le 13 juillet, au septidme mois et demi environ de la grossesse,
M. Depaul, apr^s avoir fait placer la femme en travers de son lit et sur le
bord, les jambes 6cart6es et maintenues par des aides, introduisit avec une
Archives de Tocologie. — ogtobbs 1875. 40



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6U hfiVUB GUNiQUE.

pince, dans la cavit6 du col, un odae d'^ponge prepar6e qui fut mainUau
par un morceau d'6ponge ordinaire. Cette op6ration ne fut pas difficile, car
le col, qui avait 6t6 dilat6 par le passage du premier enfant, avait son orifice
externe ainsi que sa cavit6 un peu entrou verts. L'6ponge donna naissance
k quelques contractions utfirines peu fortes qui r6veill6rent la femme dans
la nuit, sans toutefois rempftcher de reposer pendant quelques heurw, «l
fut maintenue en place jusqu'au lendamain i4 k neuf heures du matin.
Lors de Textraction de r6ponge on constata que le col 6tait efTac^, Torifice
ouvert, et qu*on arrivait facilement sur les membranes, malheuseusement
& partir de ce moment les contractions ut6rines cessdrent et le col se re-
forma en parti e.

M. Depaul prescrivit alors des douches vaginalee qui furent donn6es au
moyen d'un grand irrigateur : la premiere le mfime jour, 14 juillet, dans
la soiree ; la seconde le lendemain matin et la troisi^me le soir. Les deux
premieres douches ne d6termin^rentque quelques contractions qui cess^rent
bientdt, mais k partir de la derni^re les contractions ut6rines devinrent
plus r^guli^res, plus douloureuses, et k une heure du matin la dilatation
du col fut complete.

Le 16 juillet, k huit heures un quart, lors de Parriv^e de M. Depaul, on
ne sentait, par le toucher vaginal, qu'une grosse poche d'eau et on ne pou-
vait pas atteindre la partie fcetale, le professeur rompit les membranes et,
apr^ quelque difficult^, portant le doigt tr^s-haut derridre la sympbise
pubienne, reconnut un pied. II fallait attendre, les membranes 6taient ro»>
pues et il o'y avait pas d'engagement de la partie qui se pr68eBtait,)esJ^aU
tements du coBur 6taient du reste toujours forts et r6guliers.

A 3 heures du m6me jour le si^ge s'6tait un peu engage, les battements
du coeur foeUl conservaieut leur force et leur r6gularit6, mkis la femme ,
souffrant depuis vingt et une heures, commengait k s'alTaiblir, le professeur
fut done oblig6 d'intervenir; cette intervention ne donna nullemeot rtisoo
k ceux qui, eomme Simpson, pr^oonisent la version dans lee cas d^angustie
pelvienne, et vient au contraire appuyer Tid^e de M. Depaul qui dit, dane
ces oas, k eause de la longueur et des difiicult^s de rextractioa podalique :
« enfant bien oompromis.i» Comme nous Tavonsd^j^ dit, on avait afPairQ i
une presentation de rextr6mit6 pelvienne, quant di la position c'^tait ttse
sacro-lat^rale droite vari6t6 post6rieure.

Apr^ avoir endormi la femme par les inhalations duoblorofomie, 1q pied
gauche est amen^ et Gx6 par un lac, le si^ge n'est extrait qu'apr^ d'asaex
fortee tractions, il faut d6gager lee bras relev^ de chaque cdt6 de la I6te,
enUu Textraction de la t^te est aussl tr6s«difiicile, M. Depaul plaoe d«ux
duigte de la main droite dans la bouche et deux doigts de la main gaueha
surTocciput, fait ainsi. une espdco de forceps, et apr^ quelquee tractioaa
6nergiques, comme les os du or&no ne sont pas ossifies, on entend ud petit
craquement et la tSte finit par passer^ Mais I'enfant, pendant cesmanoeuvrea
longuee et difdciles, avait fait des inspirations, il avait aval6 de ces liquidea
contenuB dans la cavit6 uterine, aussi ne donne^i^il que quelques eignes da
vie et meurt-il bient6t. La d^Uvranoe a 6t6 naturelle, On trouve sur Id pa»
ri6tal gauche un enfoacenient osee^ notable de Tos, et uua di^Qoction d^uAo



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REVUE CUNIQUE. 627

de« tptieulationa des vept6bres cervicoles, r^sultat des tractions necessities
pour la sortie de la t6te.

11 est probable que Tenfant aurait pu vivre ct surtout que toutes ces le-
sions n'auraient pas 6t6 produites s'il y avait eu presentation de la t6te.
En effet, au moyen du forceps, la t6te aurait pu 6tre I6g6rement comprim6e,
mieux soutenue, du moins la manoeuvre aurait ete bien moins longue et
moins difficile.

Quant k la mdre, ses suites de couches sont tout k fait normales, et jus-
qu'aujourd*bui 24 juillet, huiti6me jour aprds son accouchement, eiU n'a
pas eprouv6 le moindre malaise. D' Mabtbl.

Bu bromure de potassium k tr^s-haute dose dans r^clampsie puer-
pdrale; par M. le docteur Rene Bidard, de Domfront i^Orue),

Obsbbvation. — Le 17 juin 1874, je fus appel6 en toute h&te au bourg
de Champsecret, & 18 kilometres de Domfront (Orne), aupr^s d'une dame
Chochon,marchande de nouveautes, Ag6e de 37 ans, d'une constitution ncr-
voso-lynnphatique, iissez robuste, d'une excellento sant6 anterieure et d'une
nature fort intelligente et tr6s-gaie. Elle n'avait jamais faitaucune maladie
grave, et avait accouche, il y atreize ans, d'un gar^on actuellement tres-ro-
buste : depuis cette 6poque,ni couche, ni fausse couche, ni flueurs blanches.
A chaque epoque menstruelle, de Violentes migraines qui disparaissaient
avec recoulement sanguin. En dehors des rdgles, sante parfaite.

Au moment oh je fus appele pres d'elle, elle etait enceinte de huit mois
et, pendant cette grossesse, elle n'avait 6prouv4 ni migraines, ni vomisse-
ments, ni malaises d'aucune sorte. L'app6tit avait ete excellent, sa gaiete
ordinaire plus grande encore que de coutume, et k aucune epoque de sa
groBsesse elle n'eprouva de refrpidissement d'aucune espece, ni jamais
trace de rhumatismes ou d'affection cardiaque.

Cependant, entre le sixieme et le septierae mois de sa grossesse, elle
avait remarque, sans y attacher grande importance, que ses cbaussures de-
venaient trop etroites et que ses jambes gonflaient assez sensiblementvers
le soir: bientdt elle vit ses paupieres, surtout la Bup6rieure, dit-elle, gon-
fler; puis un peu plus tard elle eprouva dans tout le corps comme une sen-
sation de pesanteur generale, et les doigts etaient engourdis k ce point que
le sens du toucher, ant6rieurement tres-d61icat, etait devenu incertain, ce
qui la gernait fort dans son commerce.

' Le 6 juin seulement elle consulta un medeciu qui passait par hasard dans
lalocalite, II la rassura sur son etat, et lui demanda de lui envoyer un peu
de ses urines, cequi fut fait le lendemain 7 juin, L'acide nitrique n'ayant
determine aucun pr6cipite, on n'eut pas recours k la chaleur. Aucun traite-
ment ne fut present, exceptc une pommade anodine contre une legere tu-
mefaction de la glande thyroide dont s'etait plainte la malade, et qui per-
siste toujours en conservant le mSme volume,

Les choaes depuis lors se maintinrent dans le statu quo, J'ai beauconp
questionne la malade et, comme elle est fort intelligente, j'ai acquis la cer-
titude que pendant lea dix jours qui pr6c6derent ce qui va bientdt etre cle-
opit, la vue ne cessa d'dtre excellente ; il n'y put auoune cephalalgie, aucun



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628 REVUE CLINIQUE.

vertige, aucune rachialgie, aucune douleur ^pigastriqiie, aucun vomisse-
inent, aucune dyspn^e, aucun trouble des sens; enfin ni somnolence ni agi-
tation. Seul, Tced^me desjambes et des paupi^res persistait avecun I6ger
engourdissement dusens du toucher. Le caractdre 6tait exactement le m6me
que de coutume et lintelligence tout aussi nette.

La veille, le 16 juin, elle alia, par un temps magnifique, k pied, avec son
mari, diner chez des amis, k une lieue de \k. L'app6tit 6tait parfait, le ca-
ract^re toujours le mdme; elle n'6prouva aucune fatigue de sa course de
deux lieues, assez longue pour une femme parvenue au huiti^me mois de
sa grossesso. Avant de se meltre au lit, elle mangea un potage de bon ap-
p6tit, puis dormit sans se r6veiller toute la nuit du 16 au il.

Elle se r6veilla k six heures, un pen fatigu6e, sans app6fit, assez triste ;
se montra, centre son habitude, peu communicative, vaqua avec lenteur k
ses occupations ordinaires, et, vers onze heures du matin, s'affaissa dans
son escalier en poussant plusieurs cris. Son mari uccourut, la releva et la
porta snr son lit. Elle accusait un violent mal de I6te et vomit une grande
quantity de bile jaune et verte. II crut au retour de ses migraines babi-
tuelles, etalla cbercher une religieuse qui lui appliqua des sinapismes sur
les jambes. Vers midi, la boucbe commenga k se d6vier k droite, puis a
gauche, les yeux obstin^ment fix^s en haut. Les muscles des m&choires se
contractent avec force, puis surviennent des convulsions toniques des mus-
cles de la face, du cou, du tronc et des membres, des brassurtout. Le corps
entier etait contracture et 80ulev6 par soubrosauts, le rachis un peu coorb^
en arri^re. Les poings 6taient ferm6s avec force, puis convulsions clonigae3
de tout le corps, mais qui toutefois ne parvenaient pas k le d^placer.
Ecchymoses des conjonclives et enfin transpiration abondante. La respira*
tion resta longtemps anzieusc, la face turgescente, violac6e, puis bleu&tre.
Puis peu k peu tons ces sympt6mes diminu^rent graduellementd'inlensitfe,
et au bout d*un quart d'heure, cet acc^s, qui devait dtre suivi de dix-huit
autres, prit fin.

Vingt-cinq minutes environ s6par6rent le premier du deuxiftme acc^s, et
dans rintervalle non-seulement la connaissance ne revint pas, mais le tris-
mus persista, quoique avec un degr6 moindre d'intensit6, et la face ne per-
dit pas compl6tement son aspect vultueux et turgescent. On pouvait, sans
provoquer la moindre sensation de douleur, pincer etpiquer les teguments.

Les pupilles^taient fixement dirig^es en haut et enarri^re. La religieuse,
qui n'avait pas assists aux leQons cliniques du professeur Trousseau, tenta
& quatre reprises difT^rentes, mais en vain, de pratiquer la saign^. Elle
n'obtint que 4^5 gouttes de sang tr^s-noir.

On avait, sur ces entrefaites, envoys en toute h&te cbercher un m^decin
k Domfront, et je ne pus arriver aupr^s de la malade que vers deux heures
etdemiede Tapr^s-midi. Je la trouvai alors aux prises avec son neuvi^e
acc^s. Le plus fort de tous, au dire des trop nombreux t^moins qui encom-
braient la maison, avait 6t6 le troisi^me acc6s, pendant lequel la face ^tait
rest^e noirdtre pendant deux k trois minutes. Une p6riode de vingt minutes
environ avait s6par6 chacun desaccdsquiavaient pr6sent6 tons lam6me r^p6-
Ution des symptdmes d6jk d6crits. Je me suislivr6 a ce sujetli une enquftte



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REVUK CLINIQUE. 629

des plus 86rieuses et tous les details qui pr6c6dent sont de la plus rigou reuse
exactitude.

Le commissionnaire qui m'avait 616 exp6di6 ne put me fournir le moin-
dre renseigndment, et, partant, je ne pus me raunir chez un pharmacien
d'aucun medicament et je me trouvai absolument d6sarm6 et impuissanten
presence d'une dclampsie puerp6rale de la plus extreme gravity.

Le diagnostic sautait en quelque sorte aux yeux en pr6sence de cet abdo-
men pro6minent et n'admettait pas d'h6sitation, surtout apr^s les quelques
details sommaires qui me furent alors fournis.

Tout d'abord je me h4tai de pratiquer le toucher vaginal pour savoir ce
qui se passait du c6t6 du col de la matrice. Malheureusement, il n'y avait
aucun commencement de travail. Le pouls 6tait lent, le trismus tr6s-intenso,
la face bleuAtre ; la bouche oscillait d'une oreille k I'autre, une salive san-
guinolente obstruait lesl6vres.

Apr6s avoir fait litt6ralement couvrir cuisses et jambes de papier-sina-
pisme, je lis la prescription suivante :

Bromure de potassium IrSs-pur (Fa!li6res). 20 grammes
Eau distill6e 200 —

Pendant qu'on allait en toute hAte faire remplir cette ordonnance h Dom-
front, je pus me procurer et appliquer derriSre les apophyses masloides 10
sangsues, 5 de ohaque c6t6, qui ne tir6rent quepeu de sang, tr6s-noir d*ail-
leurs. Je sentais, k ma. grandc surprise, k travers les parois abdominales,
des mouvements 6nergiques du foetus, et trfes-souvent je pratiquais le tou-
cher vaginal pour voir si le travail n'allait pas enfm commencer; et vu I'ex-
cessive gravit6du pronoslic, je ne m*arr6tai kla. pens6e qui, je dois le dire,
me harcelait sans cesse, de provoquer un accouchement arlificiel, que pour
repousser bien loin cette id6e, dans rint6r6t et de noire art et de ma repu-
tation, car le bon public qui m'entourait et m'obs6dalt de ses avis, plus
saugrenus les uns que les autres, n'aurait paa manqu6 d'attribuer aux efforts
que j'aurais pu faire dans ce sens la funeste issue quo tout le monde pr6-
voyaitet atlendait.

Les accds n'avaient pas diminu6 ni en frequence ni en intensit6 : ils s'6-
taient reproduits au moins toutes les vingt minutes et duraient chacun de
douze k quinze minutes, en offrant toujours la repetition des mSmes symp-
tfimes.

Le dix-septieme acc^s venait de finir, quand enfin, vers 4 heures, arriva
la solution bromuree. Avant de la formuler je m'etais demandft si je ne de-
vais pas m'adresscr au chloroforme ou au moins au chloral; mais, eu egard
k I'asphyxie imminente, je donnai la preference au bromure de potassium
k tres-haute dose, et bien m*en prit.

J'administrai la solution par cuiller6es i bouche toutes les cinq ksix mi-
nutes. J*etais reduit k chaque fois k entreprendre une lutte centre les mk-
choires qui, fortement resserr^es Tune contre i'autre, opposaient un obsta-
cle tres-serieux au passage de Textremite de la cuiller. Port heureusement
je parvins toujours h introduire integralement chaque cuilleree dans la bou-



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630 REVOE CLINIQUE.

ohe, et tou jours le mouvement de deglutition s'op^ra avec une bien plus
grande facility que je n'aurais de prime abord esp6r6. La malade n'avail
pas conscience du passage de ce liquide d'une saveur si d6sagr6able. — Au
bout de cinq quarts d'heure, la solution enti^re avait 6t6 prisa, et deus
acc^ seulement 6taient survenus dans cot intervalle : le premier, tr^s-peu
intense, de cinq minutes, et le second, excessivement 16ger, de deux minu-
tes seuiement.La respiration 6tait sensiblement plus libre: le trismus per-
sistait encore, mais tr^s-amoindri, la face n'^tait plus congestionn6e, il n'y
avait plus, depuis plus d'une heure, de soubresauts du tronc. Les accds
6taient bien dcilnitivement vaincus et i] ne s'en produisit plus aucun par la
suite.

Mais le travail ne se d6clarait pas, et 6videmment il ne pouvait y avoir
d'autre issue favorable & esp^rer que si Taccouchement avait lieu. II 6tait
5 heures et demie, et depuis une heure le fcBtus ne donnait plus signs de
vie. Plus r^solu que jamais k ne pas essayer de provoqucr arliCciellement*
I'accouchement, je me rappelai alors certaines propri6t68 abortives r^cem-
ment attribu6es au sulfate de quinine. J'eus la bonne fortune de pouvoir
m'en procurer deux grammes dans la locality. No pouvant Tadministrer a ma
malade que sous forme de solution, je fis dissoudre ohaque gramme dans
un verre d*eau, grace a deux cuiller6es k bouche environ de vinaigre tr6s-
fort. La patiente avala toutes les dix minutes ohaque cuillerfees k bouche
de ce nouveau breuvage, sans avoir la moindrs conscience de Tacte auto-
matique de la deglutition qui s'accomplissait toujours assez facilcment, fli
de la saveur execrable de cette nouvelle solution.

Maintes fois j'ai constats Tinsensibilit^ absolue de toute la surface cuta-
n6e et m6me des conjonctives au froid et aux piqures.

Enfm ^7 heures du soir, k ma grande joie, le travail se d6clara;les dou-
leurs, I6g6res d'abord, devinrent de plus en plus fr6quentes et fortes. Le
col se dilata lenlement, mais progressivement.

Je fis mettre la malade dans un bain de si6ge dont I'eau 6tait fr6quem-
ment renouvel6e. Elle ne le quitta qu'^ 11 heures pour accoucher d'un en-
fant de huit mois tr^s-fort, mais sans vie, qui arriva sans qu'il fiit n6ces-
saire de recourir au forceps. La d6livrance se fit tr6s-ais6mcnt.

La malade fut prise imm6diatement apr^s d*un frisson tr§s-fort qui dura
une demi-heure. Elle ne reprit pas un spul instant connaissance, et vers
mipuit s'endormit dans un coma profond, stertoreux, dont elle nosortit que
le surlendomain 19 juin, k 9 heures du matin.

En se r6veillant, ellen*avait nullement conscience dece qui s'6tait pass6,
pas mSme de son accouchement. Elle accusait une prodigieuse fatigue dans
tous les muscles de la tfite, du cou, du tronc etdes membres, des bras sor-
tout. Elle so plaignait d*un grand mal de t6te et de cuissons ardentes dans
les jambes. Elle eiait comme h6b6t6e et tr^s-assoupie. Elle se rendonnit
encore pendant seize heures cons6cutives.

Le 21, elle reprit compl^teraont possession d'elle-mSme et, d^s le 23, elle
se remit a ses occupations. Les urines, analys6es le 22 par la chaleuret par
I'acide nitrique, ne repr^sentaient pas la moindre trace d*albumine.

A aucun moment la malade n'a 6prouv6 de trouble mental ni de trouble



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REVUE CLmiQtJE. 63 i

de la vue. L'oed^me des paupi^res et des jambes disparut dds le 20. Aucune
h6mipl6gie, mSme 16gdre, ne se manifesta.

La quinzaine suivante elle eut une grande difficult^ k faire les plus 616-
mentaires calculs d'arithm6tique : la m6moire des chiffres fit, comme on Ta



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