William H. (William Henry) Powell.

Archives de gynécologie et de tocologie. ... . Première annéetome XXIII, [1874-1896] online

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fournis par notre honorable confrere, M. |le Dr Ternisien, sur la grossesse
ot Taccouchement qui ont pr6c6d6 la naissance de ce monstre.

«La femme 0..., demeurant k B , &g6e d'environ 40 ans, est bien con-
stitute ainsi que son mari et les quatre enfants qu'elle a eus ant6rieure-
ment. Celte femme est d*un temp6rament nerveux et tr6s-irritable. Pendant
•la derni6re grossesse. elle a 6prouv6 de la part de son vieux p^re, sourd et
aveugle depuis vingt ans, des tracasseries et des contrari6t6s continuelles
qui la mettaient souvent dans un veritable 6tat d'exasp6ration. La grossesse
a 6t6 trds-p6nible.

« Le 21 mars 1874, k huit heuros du matin, cette femme est accouch^e
trSs-facilement et sans le secours du m^decin, d'une fille bien constitute,
mais un peu maigre. Elle s*aperQut de suite que Tut^rus contenait encoro
un autre enfant. Elle me fit appclcr, dil M. Ternisien, et il fut facile do
constater par le toucher, un dcuxi^me enfant situ6 au dfetroit sup6rieur. II
s'agissait d*une pr6sentation des pieds. Quelques efforts pour entratner les
pieds vers la vulve rest^rent sans rfisultat. Comme il n'y avait aucune con-
traction de la matrice, M. le Dr Ternisien administra un& potion contenant
2 grammes de seigle ergot6. A la deuxi^me cuiller6e, il survint des contrac-
tions tr6s-6nergiques, et vers les trois heures de relev6e, les pieds apparu-
rent k la vulve et furent bient6t suivis du bassin.

€ La d^livrance fut aussi tr6s-prompte et ne pr6senta aucune particula-
rity, le placenta sortit imm^diatemcnt et sanstraction.

« Le foetus que nous venions de recovoir pesait Irois kilogrammes. Tout le
tissu cellulaire, notablement inliltr6, pr6sentc uno certaine induration qui

diminu6 aprSs quelques heures par suite du souldvement de T^pidermc,
surtout au niveau des pieds. »

Aspect general. — Ce monstre est formS par une grosse masse arrondio
par en haut et termin^e infdrieurement par un bassin auquel font suito
deux membres pelviens.

Le foDtus a une longueur totale de 23 centimetres, il p§se 3 kilogrammes.

La partie sup^rieure de la masse foetale, large de 14 centimetres, dans la-
quelle on reconnatt, par le palper, k la partie moyenne et sup^rieure, une
saiilie dure et recourb6e en avant; sur les parties lat^rales et inf^rieures,
les duret^s formdes par les crfites iliaques qui sont recouvertes par uno
* grande ^paisseur de tissus mous et comme infiltr^s de graisse et de 86ro-
sit6, la saiilie moyenne et sup^rieurese continue manifestement aveclaco-
lonnevert^brale etle sacrum.



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BEVUE DES SOClfiTfiS SAVANTES. 5r>

De chaqae cAt6 de rextr6mit6 recoiirb^e de cette saillie dure et moyenne,
on sent, sous les teguments, doux petits 09 mobiles sur la tige centrale; ccs
pelits OS paraissont 6trc dcs rudiments de claviculos.



Aucun vestige de tfitc, de cou, des membres supfiricurs ni de thorax.

En avantet sur la partie moyennc, k 5 centimetres de la convexitd 8up6-
rieure, la peau,6pai8se, est rid6e et couverte de petits poils bruns, longs
de 2 i 3 centimetres. Cette portion dcs teguments, recouverte de poils,
forme connme une sorte de gros mamelon qu'on soul^ve facilement et au-
dessoas dnquel se trouve une depression, un enfoncement recc)uvert de te-
guments qui se continucnt avec renveloppc cutun6e g6nerale. Du fond de
cette depression part une depression plus profonde de laquelle part un cor-
don ombilical assez greie et long de 12 centimetres. Get ombilic est situe a
4 centimetres de la symphyse pubienne.

Les cuisses, volumineuses, sont developp6es beaucoup plus que cclles d'un
foetus k ierme, elles offrent Taspect de Telephantiasis k cause de rinfiltra-
tion considerable de tous les tissus par une enorme quantity de serosite;
les femurs sont mobiles dans les cavites cotyloldes.

Les jambes, courtes et volumineuses, sont termin6c9 par deux picdsbots
equin varus; le droit presento deux appendices qui represcntcnt le gros et
le deuxieme orteil, le gauche en a trois.

Uensemble des membres inf6rieurs ofTre une courbure notable k conca-
viie interne.

Si roQ place le foetus dans la position verticale, il repose sur la partie la
plus posterieuredubord externe de chaque pied.

En ecartant les membres inferieurs on trouve, au-desous du mont de
Venus, des organes genitaux externes assez bien conformes.



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56 REVUE DBS SOCII^TES SAVANTES.

D'abord, les grandes et les petitcs Idvres, entrc lesquelles on apercoit h
la partie sup6rieure une d6pression qui parait fitre le rudiment de I'urd-
thre, mais dans laquellc un stylet boutonn6 nc pcut pas p6n6trer. Au-dcs-
sous une membrane hymen perc6o k sa partie moycnne d'un tron qui ad-
met facilement une sonde cannel6e qu'on fait aisd-ment p6n6trer dans Ic
vagin.

En arriftre de la vulve, un p6rin6e de 15 millimetres d'6tendue, limit6 en
arrifere par un orifice anal assez large et danslequel on intro'duit, sans peine,
une sonde de calibre moyen. De chaque c6t6 dc cet anus, dcs fesses norma-
lement conform6€s.

Dissection, — Une incision courbe h convcxite inf6rieurc passant au-des-
su8 du pubis permet de relover ce qui rcpr6scnte la paroi abdominale avec
le cordon. La cavit6 abdominale, prcsquc nulle, est r6duite ^ la c^vitd du bas-
sin; le resteest rempli par un tissu ccllulaire lAche, infiltr6 de la mSmcs6-
rosit6 qui se trouve dans toute T^paisseur des parois.

Dans cot abdomen rudimentaire on ne trouve ni foie, ni rein, ni pancreas,
ni rate, ni estomac, ni intestin grSle.

Du gros intestin, il n'existe que 3 centimetres du rectum qui se tcrmino
en cul-de-sac k sa partie libre et sup6rieure et par I'anus k sa partie info-
rieure.

En avant de ce rudiment du rectum on voit un petit corps aplati d'avant
en arri^re, du volume d*un petit pois, dur et resistant, qui est 6videmmcnt
le rudiment d'un ut6rus qui, sur ses cfit6s, ne pr6sente point d'ovaires;ac-
col6e k la partie ant6rieure de ce petit corps, entrelui et la face post6ricurc
du pubis, une cavit6 qui est la vessie.

Dans la cavit6 rcctale on trouve un mucus d'un blanc grisAlrc qui n'ost
autre que le mucus intestinal non color6 par la bile, comme cola s'observc
dans les cas du cloisonnement de I'intestin.

Ainsi, en r6sum6, ce foetus monstrucux ne pr6sente comme organes in-
ternes que la partie inferieure du rectum, un rudiment d'ut6russans ovaircs
et un rudiment de vessie.

Pas traces de poumons ni de cocur.

La colonne vert6brale forme un arc de cercle k concavity ant^ricure tr6s-
marqu^e. Nous en donnerons une description plus complete quand nous
aurons pr6par6 le squelette.

Ee bassin parait bien conforrafi. Le tissu musculaire, qui parait tout
d'abord compietement absent sur les coupes pratiqu6cs aux parois abdomi-
nales et dans Tepaisseur des membres inf6rieurs, se retrouve trds-bicn
quand on poursuit la dissection d'uno fagon plus complete. Tout le systemc
musculaire des membres inferieurs est normal, les muscles sont d6color6s,
p&les et comme macer^s.

Examines au microscope, ils ofTrent une situation normale dans les pa-
rois de Tabdomen et dans les membres inferieurs. Quclques-uns d'cntre cux
sont cependant le si6ge d'un commencement de regression graisscusc. Le
bassin est normaL



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REVUE DBS SOClfiT^S SAVANTES. 57

Lcs nerfs du bassin et des membres pelviens ne prfisentcnt rien dc par-
ticulier.

Les articulations coxo-f6moralcs sont r6guli6res, il en est de mfime de
celles des genoux. Aux pieds s'observent des anomalies nombreuses; outre
la direction vicieuse que nous avons d6ja signal6e, on voit qu'il manque
certains os du tarse et du m6tatarse, ainsi que plusieurs orteils.

Les tibias et lesp6ron6s, quoique assez r6gulidrement con formes, olTrent,
suivant leur axe longitudinal, une torsion assez marqu6e d'arrifere en avant
et de dehors en dedans, de telle fagon que la mortaise tibio-p6ronidre, au
lieu d'avoir son diam^tre* transverse dirig6 d'avant en arri^re et de devant
en dehors, Ta presque transversal. Au pied gauche, la face dorsale regarde
directement en avant, le talon en dehors et rextr6mit6 libre des orteils en
dedans.

Dans le squelette, on retrouve Tastragale, le calcan6um et le scaphoide
ainsi que le cuboido, mais il n'existeque detia?cun6i formes au lieu detrois,
trois m6tatarsiens correspondant chacun k un des orteils rudimentaires.

An pied droit, c'est k pcu pr^s la mdme disposition. Seulement,il n'existc
qoe deux m6tatarsiens dont un tout k fait rudimentaire. Chacun de ces os
correspond aux deux autres rudiments d'orteils, la direction g6n6rale du
pied est d'ailleurs k peu de chose prfts la m6me qu'au pied gauche.

Les filets nerveux des membres ofTrent une disposition normale, un tron-
Qon de moelle remplit ce qui existe de colonne vert^brale.

Nous ne pouvons pas laisser passer cette communication sans la
faire suivre de quelques reflexions, et surtout sans attirer Tattention
da lecteur sur le rapprochement qui doit ^tre fait entre le monstre du
D' Temisien, et ceux de MM. Depaul et Moldenhauer (1).

11 faut remarquer avant tout que, dans ces trois cas, les placentas
n'ont pas 6t6 assez scientiflquement examines. On n'a quelques va-
gues renseignements que pour celui de I'enfant dc Moldenhauer, et
encore cela se borne-t-il k indiquer que le d^livre 6tait unique 'et
que les cordons venaient chacun s'insdrer sur des points difiE§rents
de la masse placentaire, car dans ces trois exemples, le monstre
ac^phale 6tait le r6sultat d'une grossesse g^mellaire, I'autre jumeau
£tant d'ailleurs bien constituS.

Les trois monstres sont acardiaques, mais ne sont pas tons compl6-
tement ac^phales, car dans celui de Moldenhauer, on trouvait un ru-
diment d'ceil et d'oreille. Les membres sup^rieurs qui manquent
compKtement dans le specimen prdsent6 par M, Blot, sont r6duits k
un seul dans le monstre de Moldenhauer, et sont deux dans celui de

(i) Voir t. ler, pages 306 et 310.



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58 HEVUE DES SOClfiTfiS SAVANTES.

M. Depaul. Mais dans ces deux cas, ils sont trfes-incomplfetoment d6-
velopp(^s.

Les membres inferieurs se retrouvent dans les trois cas, mais avec
des degr^s divers de malformation,

Les organes gdnitaux sont neltement indiquds dans ces trois
monstres. Deux fois ce sont des filles? et une fois un gargon.

Chaque fois le tissu cellulaire 6tait consid^rablement infiltrd.

Enfin les organes internes sont plus ou moins completement ddve-
lopp6s dans les trois cas que Ton pent ranger dans cet ordre salon le
degrd d'imperfection : i^ le monstre du D^ Ternisien; 2« celui de
M. le professeur Depaul ; 3** celui de Moldeuhauer, qui prisente le
raoins d'arrfits dans le dSveloppement de tous les organes.

SOCIETE DE CmRURQIE.

Seance du 2 decembre 1874.

M. TiLLAux a observe di verses vari6t6s de corps Qbreux de Put^rus
donnant lieu h des difflcult^s de diagnostic. II a vu un polype ^ appa-
ritions intermittentes; il sortait sous Tinfluence des contractions ul6-
rines etrentrait bient6tapr6s.

Autre varidld plus difficile h reconnaltre : Une dame avail 616 op6r6e
d'un polype simple au moyen de T^craseur. Un an aprds ceite ope-
ration,* elle ressentit des douleurs qui lui firent croire h Texistence
d'un autre polype. M. Tillaux fit des recherches minutieuscs h I'aide
de rhyst6rom5tre et ne trouva rien. Deux jours apr5s, il y avait dans
le vapin un polype du volume d'un oeuf de poule; cette tumeur s'otait
done ddvelopp^e dans Tepaisseur de Tutdrus. C'etait un corps flbreux
interstitiel, qui, sous I'influence des contractions utdrines, dtait des-
cendu dans le vagin.

M. Tillaux rcgut dans son service une femmo Hgee de 32 ans,
ayant un polype utdrin qui faisait saillie h la vulve et remplissait tout
le vagin. Les premieres hdmorrhagies avaient eu lieu six ans aupara-
vant. La tumeur occupant tout le petit bassin, allait jusqu'i Tombilic.
Des tractions avec la pince de Museux rest5rent sans rdsultat. On ne
pouvait savoir le sidge de Timplantation du pddicule, car le polype
remplissait exactement le vagin et aplatissait le rectum et la vessie.
Des tractions encrgiques abaisserent la tumeur; M. Tillaux fit Je plus



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REVUE DES SOCI^rtS SAVANTES. r»9

haul possible une incision verticale dans la masse, et put s'assurer
que Tut^rus n'^tait pas compris dans la masse. Alors, quittant le
bistouri, il appliqua une chalne d'dcraseur. Lorsque roperation fut
termin^e, on put voir que le corps flbreux dtait sessile, implants sur le
fond de Tut^rus renvers6 en cul de bouteille ; une partie du fond de
I'uWrus faisait corps avec la masse enlev^e. La malade mourut qua-
rante-huit heures apr5s I'op^ration.

Ainsi, le fond de Tut^rus avait etd enlevdavec le corps fibreux. 11
est diflicile de savoir exactement oil il faut couper ; si on laisse une
portion de la tumeur, on ris(Jue des accidents d'infection putride.
Lorsque M. Tillaux aura h enlever un fibrome non pddicul6, il n'em-
ploiera plusT^craseur ; il coupera avec le bistouri, couche par couche,
afin deserendre corapte de la situation du tissu ut^rin.

M. Tarnibr. M. Tillaux s'est assurd avec PhystdromStre que le po-
Ij'pe n'6lait pas dans I'utdrus, dans sa seconde observation ; mais le
passage de Tdtat sessile h Tdtat p6dicul6 ne se fait pas en quelques
jours. On a beau avoir Thabitude de Thystdromfetre, on'peut faire pas-
ser la sonde h c6td du polype, celui-ci existant dans la cavitd de la
matrice.

M. DuPLAY. D'une fagon gdndrale, quand on op6re des polypes vo-
lumineux de la matrice, dont on ne connalt pas le point d'insertion, il
est dangereux de faire des tractions. Si Ton ne pent arriver h la
partie superieure, il vaut mieux morceler la tumeur pour atteindre le
point d'implantation : on evite ainsi Tinversion de la matrice.

M. GuENioT recommande Temploi des aiguilles h acupuncture pour
diagnostiquer le tissu utdrin du tissu du corps fibreux. Les portions
de corps fibreux laissees dans la matrice ne sont pas pr6cisdment vouees
ausphac^le; la tumeur pent repulluler, c\ il vaut mieux courir cette
mauvaise chance que d'enlever la parol de Tutdrus.

M. GuYON. II n'y a aucun inconvenient h laisser une partie du pd-
dicule dans Tuterus ; d'ailleurs on en laisse toujours plus ou moins.

Jarjavay conseillait, quand on ne pouvait pas savoir si la fond de
Tuldrus constituait le pedicule, de fendre la tumeur longitudinale*
ment, el par coups successifs, d'atteindre la limite du fibrome;
car les corps fibreux, sans traction prealable, peuvent renverser
Tuterus.

M. Dbspres, dans ces cas douteux, emploie le toucher rectal pour
s'assurer de la position de la matrice.



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(JO REVUE DES SOClfiTES SAVANTES.

M. PoLAiLLON tpaite en ce moment un polype ut^rin par les ligatures
succesbives; il se sert de Tinstrument de Maisonneuve et d'unegrosse
flcelle.

M. Blot a examine la pifece pr^sent^e par M. Tillaux ; il a romar-
qu6 qu'avec les ongles on s^parait facilement le fibrome de la paroi
uterine. Dans ce cas, il eiit fallu faire avec les doigts ce que Ton fait
dans les cas de placenta adherent.

M. Marjdlin dit qu'on eiit aid^ le diagnostic avec lo toucher rectal et
rintroduction d'une sonde dans Tutdrus.

M. DuBRUEUi pr6f6re, dans ces cas, Tinstrument de Maisonneuve h
r&raseur lin(§aire ; on passe le fil de fer comme on veut, et il ne glisse
pas comme la chalne.

M. Terrier. M. Chassaignac a invente T^craseur courbe pour enle-
ver les polypes de Tut^rus, et il recommande de n'exerccr aucune
traction sur la tumeur. On n'a jamais d'hdmorrhagie si Ton op^re par
les regies formulees par J'auteur de la m^thode.

M. Forget. Autrefois on eiit plac<5 h demeure un serre-nceud deDe-
sauH sur la partie supdrieure de la tumeur en augmentant ou dimi-
nuant la constriction suivant le besoin; si Tutdrus eiit 6t6 compris
dans la ligature, on eiit peut-6tre obtenu Tadhfeion des s6reuses, et la
malade trouvait une chance de gu6rison.

M. TOiLAUx. II est facile de dire qu'il ne faut pas tirer sur le corps
flbreux, mais si M. Duplay avait vu la malade, ne pouvant obtenir de
notion sur le corps fibreux que par le toucher hypogastrique, il eiit
renonc^ h I'opdration, ou il exit agi sur la tuineur en la tirant au
dehors. M. Tillaux a eu le tort de quitter le bistouri et de poser une
chalne d'6craseur qui a gliss^.

SOCIETE ANATOMIQUR.

Siancedejuillet,

CSorps fibreux de Pat^rns faisant saillie dans la cavit6 vaginale. —
Retention d^rine m^connue. — Ponction de la vessle. — Aucnn
accident cons^cutif du c6t6 de Pappareil nrinaire. — Quelques
Joars plus tard^ phl^bite uterine. — Mort; par M. Budin^ interne des
h6pitaux.

Le 29 mai 1874, la nomm6e Claudine Qh..., ag6e de 52 ans, 6tait admisc
h ITidpital. Habituellement bien portante, cette fctome avait 6t6 r6gl6e k



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REVUE DES SOCIETES SAVANTES. • 61

17 ans, s'6tait inariee k 33 et avait eu sept enfants, le dernier en octobre 4867.
Depuis cette 6poque jusqu'en 4873 elle fut Ir^s-r^guli^rement menstru^e
pendant 5 ou 6 jours chaque mois. Jamais elle n'a perdu de sang dans Tin-
tervalle de ses regies. Veuve depuis 4872 ; elle aflirme n'avoir eu aucun
rapport sexuel depuis 4874.

Au 4" mai 4873, ses regies, qui *6taient apparues le mois pr6c6dent, ne
revinrent pas; il en fut de memc en juin et juillet. Au 4" aoiit survinrent
des pertes excessivement abondantes qui persist^rent, quoique moins fortes
a certains moments, jusqu'au 4" mai 4874. Elle n'6prouvaitaucunedouleur
dans le ventre, marchait et dormait bien. Son ventre 6tait assez volumineux
mais elle n'y prStait aucune attention. Tr^s-affaiblie et craignant le retour
de nouvelles hemorrbagies, elle demanda son admission h Tbdpital.

L'examen pbysique de cette malade donna les renseignements suivants ;
Le ventre 6tait arrondi, plus volumineux que normalement. Au palper, on
constatait I'existence d'une tumeur r6guli6rement globuleuse, arrondie
partant de la partie inf6rieure de I'abdomen et remontant jusqu'^Tombilic.
Cette tumeur 6tait mate k la percussion ; la sonorit6 perdue au-dessus et
sur les cfit6s indiquait que les intestins 6taient refoul6s. Cette tumeur 6tai
de plus liquide, car il existaitune fluctuation tr6s-6vidente. II n'y avait pas
d'ascite. A Tauscultation, ni bruit de souffle, ni battements du ccBur foetal.

En pratiquant le toucher vaginal, on trouvait une tumeur qui faisait
saillie dans la cavit6 du vagin. Cette tumeur 6tait arrondie, dure, r6nitente,
on peu irr^guli^re k la surface. Elle avait le volume d'une t6te de fcctus
arrivee au septi^me mois. Elle sortait k travers Torifice du col ut6rin qui
pr^entait une dilatation grande comme la paume de la main. Lesl^vres du
col formaient un cercle complet. Entre ces l^vres et la tumeur on pouvait
faire p^n^trer Tindex, mais il 6tait bientdt arr6t6 dans un cul-de-sac. Cette
disposition, bien constat6c du c6t6 gauche, existait dans tout le pourtour
excepts dans un point k droite oCi le doigt p6n6trant de trois centimetres et
demi It quatre centimMres et demi n'6tait pas arr6t6. II y avait done autour
de la tumeur un foss6, une rigole presque compl^tement circulaire.

Cette tumeur 6tait-elle solide ou liquide? En combinant le palper abdo-
minal et le toucher, lorsqu'on appuyait une main sur la tumeur liquide de
Fabdomen, on sentait refoul6e celle qui faisait saillie dans le vagin. En per-
cutant le ventre, on crut apercevoir la sensation de flot transmise au doigt
qui pratiquait le toucher, mais cette sensation ^taitpeu nette.

11 n'existait du reste aucun trouble de la d6f6cation, la malade n'6tait pas
constip^e ; aucun trouble de la miction^ elle urinait plusieurs fois par jour
sans jamais 6prouver de douleurs dans le ventre, ses urines 6taient du reste
limpides et ne contenaient pas d'albumine.

A quelle affection avait-on affaire ? Existait-il une tumeur liquide de Tab-
domen ay ant d6prim6 le fond de Tut^rus et ay ant d6termin6 une inversion
de cet organe ? Existait-il plutfit une tumeur k la fois solide et liquide d6ve-
lopp^e dans T^paisseur de la parol ut6rine ? Ou bien enfin n'y avait-il pas
deuxtumeurs superpos^es, une liquide, abdominale, et une solide, uterine?
Pour arriver au diagnostic complet, il failait : 4* pratiquer le cath6t6risme



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62 R£VUE DES SOCIETES SAVANTES.

ut6rin, ce qui 6tait facile et nullement dangereux, car la fenrme ne pr^sen-
tait aucun signe de grossesse ; 2« faire une ponction exploratrice pour voir
quelle 6tait la nature du liquide.

Le cath6t6risme ut6rin fut fait. Dans le point oili h droite le doigt n'6tait
pas arr6t6 par la rigole circulaire, on fit p6n6trer une sonde en gommo qui
enfonga jusqu'k 44 ou 15 centimetres environ. La premiere supposition
n'6tait done plus admissible, il n'y avait pas inversion ut6rine.

Un m6decin de rh6pital, fort habile dans le diagnostic des affections
utt^,rines, ayant 6t6 appcl6 pour voir cette malade, pensa qu'il existait deux
tumours, une tumour solide qui 6tait un corps fibreux de Tut^rus, et une
tumour liquide €uperpos6e, probablcment un kyste de Tovaire. L'existence
d'une seule tumour liquide et ^ parois 6paisscs restait copendant admissible
ct la ponction exploratrice fut r6solue. Mais dans la nuit du 3 mai au 4" juin^
la malade coramenQa ^ pcrdre du sang. L'6coulement pc'rsista lo 1*^' juin
jusqu'au 2 juin au matin. Comme il 6tait tr6s-abondant, on dut alors prati-
quer le tamponncmcnt en imbibant de perchlorure de fer les deux premieres
boulettes de charpie. L*h6morrhagie s'arrfita; on enleva le tampon le lende-
main soir 3 juin et il no persirita qu'un 16ger suintement pendant quelques
jours.

Le 10 juin k 9 heures du matin, la malade 6tant tout a fait bien portanle
ct ayant urin6 assez abondamment une heure auparavant, on pratiqua la
ponction avec le trocurt capillaire de I'aspirateur Dieulafoy. On retira
1,120 grammes d'un liquide limpide, transparent, I6g6rement jaunfttre, ne
contenant pas d'albumine. En pratiquant alors le toucher, on sentit la
tumour qui sortait ^ Iravers Torifice du col utSrin ; elle 6tait moins saillante,
plus d6pressible, en partie, rentr6e et ne paraissait cependant pas avoir et6
vid6e.

Lajoum^e fut bonne, le repos absolu au lit fut present. Le lendemain
matin on constata que la tumeur abdominale s'etait en partie reproduite ;
la tumeur uterine 6tait de nouvcau dure el trds-saillante dans le vagin.

Le liquide qui avait 6t6 extrait, examin6 au laboratoire do physiologic do
la Faculty par M. Galippe, n'6tait autre que de I'urine. On avait done ponc-
tionn6 la vessie par erreur, il 6tait du restc facile de s'en assurer : il suf-
fisait de pratiquer le cath6t6risme de la vessie, et comme la tumeur s'6tait
reproduite au c6t6 de I'abdomen, elle devait dispataitre de nouveau. C'est
ce qui fut fait le 1 1 i 6 heures 1/2 du soir ; bieu que la malade edt urin6
1 heure 1/2 auparavant, il sortit un litre de liquide, le ventre tomba ct le
corps fibreux qui faisait saillie k travers I'orifice du col s'affaissa. L'exp6*
rience fut du reste r§p6t6e Ic 12 juin.

L'6tat g6n6ral de la malade continuait h etro excellent lorsque le 1-4 k
6 heures du soir^ quatre jours aprSs la ponction, elle fut prise d'un frisson;
Une heure plus tard elle vomit et eut de la diarrh6e toute la nuit. Elle crut
k une simple indigestion. Le 15, elle eut de lali^vre, la langue 6tait sale, un
peu si^che, la pcau 6tait chaude, il n'existait de douleur bien nettemeni
limit^e en aucun point de Tabdomen.

iQjuin, La nuit a 6t6 mauvaise, la Dialade n'a pas dotmi. La il5vre pof-



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REVUE DES SOGIETfiS SAVANTES. t>3

siste pendant la journ6e. Comme il paralt exister une leg^re douleur du
c6t6 du rein droit on fait appliquer quatre vcntouses scarifi6es. Le soir h
6heures, frisson violent, k 6 heurcs 1/-2, pouls 152. T. vagin. 4:2o,2. Les
urines examinees sont normales, elles ne contiennenl pas do sang, elles ne
rcnferment pas de trace d'albumine.

47 matin. La fi^vre est toujours vive : pouls, 116; T. V. 40o,2 ; il n'y a
pas de douleur bicn nette dans le ventre ni dans la region lombaire, il existe
an peu d'ccd^me dcs membres inf^rieurs. Malgr6 la li^vre, la malade dit ne
pas soufTrir, se sentir tr^s-bien, et elle demande ^ se lever \ le facies est
allure, la langue et les levressont s^ches.

Soir. Pouls 132 ; T. V. 4lo. 11 y a eu un nouveau frisson k 5 heures. Depuis
^a veille la malade a expuls6 1 litre V-2 d'urine ; elle a dii 6tre sondec le
matin et le soir.

i8 ji/m, matin. Pouls 124 ; T. V. 40^3. On avail d'abord pens6 h une ne-
phrite aigue ou h une phlcbitc uterine. Les doulcurs n'cxistant pas nettc-
racnt du c6te dcs reins, les urines conscrv&nt jusqu'alors leurs caract^rcs
normaux, et ne conlerant ni sang, ni album ine, la secondc supposition restc



Online LibraryWilliam H. (William Henry) PowellArchives de gynécologie et de tocologie. ... . Première annéetome XXIII, [1874-1896] → online text (page 7 of 82)